Ayotzinapa, Guerrero : « Vous les avez pris vivants, rendez-les nous vivants ».

Posted in Actions, Archives, Campagnes, Communiqués on 13 octobre 2014 by liberonsles

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Le 26 septembre 2014, une centaine d’étudiants de l’École Normale Rurale d’Ayotzinapan se sont rendus dans la ville d’Iguala pour collecter des fonds et manifester. Pour ce faire, les étudiants sont montés dans des bus du service public et, après qu’ils eurent expliqué le but de leur action aux chauffeurs des bus, ceux-ci ont accepté de les transporter gratuitement à Iguala.

Ce type d’actions n’est pas exceptionnel, elles ont lieu plusieurs fois par an depuis des années.

D’une part, elles permettent de collecter des fonds pour l’école laissée à l’abandon par les différentes instances du gouvernement (municipale, étatique, fédérale) et, ainsi, de faire en sorte que les pensionnaires, tous et toutes des jeunes de familles rurales pauvres, puissent suivre leurs études pour devenir professeurs d’école.

D’autre part, ces actions sont une protestation contre les réformes éducatives néo-libérales qui peu à peu font fermer les Écoles Normales Rurales. (De 1922 à aujourd’hui nous sommes passés de 46 de ces écoles à 17 dont 2 sont actuellement en cours de fermeture). C’est que dans ces écoles, les élèves n’apprennent pas seulement à devenir professeur, mais ils et elles apprennent à développer leur esprit critique et à rester proche du peuple.

Cependant ce 26 septembre 2014, l’action des étudiants d’Ayotzinapan ne s’est pas déroulée comme d’habitude. L’État à travers sa police et ses paramilitaires, qu’aujourd’hui la presse appelle narco ou groupes criminels, a décidé de réprimer cette mobilisation. Ils ont tiré sur les bus transportant les étudiants, tuant 6 personnes, dont trois étudiants d’Ayotzinapa.

Ils ont arrêté 43 étudiants qui sont actuellement portés disparus.

« Pienso, luego me desaparecen. »

Cette phrase « je pense, donc ils me font disparaître », inspirée de « pienso, luego soy », « je pense donc je suis » de Descartes, résume le sentiment partagé par beaucoup au Mexique et dans le monde. Elle apparaît sur les murs et fait le tour des réseaux sociaux et se diffuse pour condamner cette répression féroce de l’État.

« Vivos se los llevaron, Vivos los queremos »

Des manifestations et des actions ont eu lieu et continuent d’avoir lieu partout au Mexique et dans le monde. Au cri de « Vous les avez pris vivants, rendez-les nous vivants », nous sommes des milliers à exiger que les 43 étudiants apparaissent en vie.

Des hommes, des femmes de tous horizons, des étudiants, des professeurs, des organisations ont exigé du gouvernement municipal d’Iguala, du gouvernement de l’État de Guerrero et du Gouvernement Fédéral, la présentation en vie des 43 élèves de l’École Rurale de Maîtres Isidro Burgos, portés disparus.

Cette attaque représente une des agressions les plus graves des ces dernières années à l’encontre de la jeunesse mexicaine et des étudiants.

À San Cristobal de Las Casas, Chiapas, plus de 20 mille membres de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ont réalisé une marche silencieuse en partageant la douleur et la rage. L’EZLN a émis un communiqué annonçant sa participation à la manifestation nationale et internationale qui a eu lieu le 8 octobre, convoquée par les familles des étudiants. Dans ce communiqué l’EZLN signalait : « Aux étudiants de l’école de Maîtres d’Ayotzinapa et à leur famille, nous voulons dire que vous n’êtes pas seul-e-s, votre douleur est la nôtre et nôtre est votre digne rage »

Cette répression est un message d’intimidation de l’État à destination de tous ceux qui s’opposent à ce système, où les profits valent plus que nos vies. Mais nous resterons debout, comme le dit le père d’un disparu : « Mon fils ne s’est pas plié, alors moi non plus ! ».

Les étudiants de Ayotzinapa ne se sont pas rendus, alors nous non plus !
Vous les avez pris vivants, rendez-les nous vivants !

Les trois passants

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Ayotzinapa nous fait mal

Posted in Actions, Archives, Campagnes, Communiqués on 13 octobre 2014 by liberonsles

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À ceux qui écoutent, dans ce Mexique de sang et de douleur.

Comment ne pas commencer à évoquer Ayotzinapa sans se poser beaucoup de questions ? La terreur et le manque de mots pour décrire ce sentiment si profond et terrible se mêlent aux nombreux doutes, à l’inquiétude, à la colère et aux pensées déchirées.

Qu’êtes-vous en train de nous dire ?

Les Écoles Normales Rurales ont toujours représenté au Mexique le secteur étudiant engagé, conscient et pauvre. Durant des dizaines et des dizaines d’années, ces écoles ont été le berceau de la formation d’innombrables personnes courageuses, qui ont su utiliser la chance qui leur était donnée d’étudier pour servir le peuple, vivre la douleur du peuple et lutter ensemble avec le peuple. Elles sont le symbole de la rébellion de la jeunesse, et c’est peut-être pour cela qu’elles sont arrêtées, tuées, brûlées, mutilées, torturées. Autant de violences infligées, ces dernières années, aux « criminels », aux jeunes, aux migrants, aux indigènes, aux femmes, aux enfants, à des milliers et des milliers de personnes.

Il semble que ce MASSACRE représente une fracture, un point final, un message qui dit : « Voilà ce qui arrivera à tous ceux qui ne se laissent pas faire, à tous ceux qui ont de la dignité ».

Il semble que le crime n’est plus d’être un criminel parce qu’être un criminel, c’est exactement la même chose qu’être un politique, un président, un gouverneur, un maire, un sicaire, un policier ou un militaire. La manière dont s’est réalisée cette agression brutale positionne la guerre au Mexique à un autre niveau. Actuellement, parler de « criminalisation de la protestation sociale » c’est bien peu ; nous sommes aujourd’hui face à l’extermination du mécontentement, face au génocide de l’espoir. C’est cela, le message qu’il y a derrière ce massacre.

Les jours précédant ces faits sanglants, le mouvement étudiant se renforçait – et il continue de le faire –, avec le 2 octobre dans les têtes, les étudiants du Polytechnique dans les rues, et beaucoup de rage dans tout le pays. Iguala n’arrive pas par hasard, à cause de problèmes municipaux ou de trafiquants de drogue qui règlent leurs comptes. Ce que nous voyons, c’est un type de « nettoyage exemplaire ». Ce n’est plus une punition, ni une répression, c’est comme si certaines forces policières avaient décidé d’en finir avec les rebelles, les gêneurs, les irrévérencieux, les rouges, d’une façon atroce, sans vergogne, parce que cela fait longtemps que la raison et la fameuse « légalité » ont disparu, comme les milliers de vies devenues « absentes » durant ces dernières années.

Nous ne sommes pas face à la crise d’un État démocratique, nous sommes face au boom d’un État délinquant, qui fonctionne à base de sicaires, de paramilitaires au même moment où il finit de légaliser les injustices. Entre le massacre des étudiants de l’École Normale à Iguala et son dialogue-spectacle avec les étudiants du Polytechnique à Bucareli, le gouvernement d’Enrique Peña Nieto et celui d’Ángel Aguirre, et avec eux toutes les autorités de ce pays, tous les partis politiques, nous démontrent leur manière de mettre de « l’ordre », leur façon d’être « respectueux des Droits de l’Homme ».

Ayotzinapa nous fait mal d’une façon que nous ne pouvons décrire. Cela nous fait penser à une réponse qui n’est pas encore claire, comme si durant ces dix derniers jours le silence dans beaucoup de lieux et de beaucoup de gens, la douleur contenue, l’impuissance acide et profonde, la rage aiguisée et la terreur sur les lèvres, dans les cœurs, dans les têtes nous mettaient à l’épreuve, une énorme épreuve : comment faire quelque chose qui ne soit pas absurde, comment ne pas rester uniquement spectateur, comment arrêter cela, comment dire davantage que « NON », davantage que « ÇA SUFFIT », davantage que « JUSTICE » ?

De fait, ces dernières années au Mexique comme dans beaucoup de régions du monde, on sent qu’il manque quelque chose, que l’espoir n’est plus celui d’avant, que ce n’est pas suffisant, que l’on ne voit pas de futur et que l’incertitude et l’horreur sont devenues constantes.

Pendant ce temps les agressions du pouvoir, d’où qu’elles soient, quelles qu’elles soient, sont brutales, séquentielles, rongent de plus en plus le quotidien et semblent être « sans raison et sans but ».

De fait si ces jours-ci, bien que cette indignation grandisse de plus en plus, la nausée, qui pourrait peut-être se convertir en élan, ne suffit pas. C’est pour cela qu’Ayotzinapa, ses étudiants, font mal, nous retournent.

Enrique Peña Nieto et ceux qui sont derrière lui agissent avec le vieux style des dictatures et le nouveau discours des « démocraties », c’est-à-dire avec le style le plus abouti de la perversité politique mexicaine. Ils sont en train de réussir à construire un pays où le crime est une politique d’État, c’est-à-dire où tout est disponible pour un bon prix, où dans cette relation coût-bénéfice aucune vie n’est indispensable.

Nous vivons dans un système où on externalise le coût politique, au sens où celui qui a le pouvoir utilise d’autres personnages politiques pour qu’ils assument la responsabilité de l’horreur, et où ces derniers à leur tour externalisent ce coût politique et les conséquences juridiques vers d’autres, jusqu’au moment où toute la classe politique réussit à se dissocier du massacre, où le système est sauf. « Aller jusqu’au bout pour faire justice » ne signifie finalement plus que mettre en prison quelques policiers-sicaires qui ont tiré (et cela dans le meilleur des cas). À Ayotzinapa, comme dans tant d’autres endroits du Mexique, les groupes de pouvoir feront leur possible pour que la responsabilité soit celle de quelques personnes « sacrifiables », afin que le système d’impunité et de violence puisse continuer son chemin brutal. Le système politique du Mexique n’est pas corrompu, la corruption est le système politique du Mexique.

Nous ne devons pas nous habituer à tant de mort, nous devons arrêter cette inertie et nous devons le faire sans tomber dans les vieilles réponses, sans oublier l’histoire. Marchons, crions, pensons, interrogeons-nous et apprenons d’une autre façon et contruisons un savoir collectif pour nous opposer à cette barbarie.

Notre solidarité va aux étudiants de l’École Normale Rurale « Raúl Isidro Burgos ».

Ayotzinapa nous fait mal.

Enlace Urbano de Dignidad
Nodo de Derechos Humanos
Les trois passants
Comisión Takachiualis de Derechos Humanos
Proyecto de Animación y Desarrollo

Source

Traduit par les trois passants/correction Valérie

Communiqué de la RvsR : Face aux assassinats et disparitions d’Ayotzinapa, Guerrero.

Posted in Archives, Campagnes, Communiqués on 13 octobre 2014 by liberonsles

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Face aux assassinats et disparitions d’Ayotzinapa, Guerrero.

Nous, membres du Réseau contre la Répression et pour la Solidarité, exprimons notre protestation la plus forte face aux assassinats et à la disparition des élèves de l’École Normale Raúl Isidro Burgos, d’Ayotzinapa, Guerrero.

Depuis les années quarante du siècle dernier, les perspectives de croissance et de renforcement professionnel des professeurs ruraux et urbains ont été de plus en plus difficiles et jonchées d’obstacles. La réduction des budgets éducatifs destinés aux Écoles Normales Rurales est devenue une constante depuis 1940. Ainsi, une conséquence du mouvement estudiantin de 1968 fut la décision par le régime de Díaz Ordaz de fermer 17 écoles de formation d’enseignants, et de les réhabiliter comme écoles secondaires agricoles. De cette façon le priisme démontrait sa haine envers les élèves de ces centres scolaires, qui avaient participé de façon ouverte à la formation des étudiants.

Avec l’arrivée des gouvernements néolibéraux (De La Madrid, Salinas, Zedillo, Fox, Calderón et bien évidement Peña Nieto), l’éducation des Écoles Normales Rurales n’a plus – selon leur perspective – de raison d’être, puisque l’éducation doit accepter et assimiler les règles du marché, c’est-à-dire l’offre et la demande. Selon ces principes, il ne vaut pas la peine d’apprendre aux étudiants à réfléchir. On doit leur transmettre un nouveau concept éducatif, basé sur l’habileté et les compétences, qui leur permettent d’offrir leur main-d’oeuvre aux entreprises nationales et transnationales. Cette nouvelle perspective de l’éducation a été largement rejetée par la majorité des élèves et des professeurs venant des Écoles Normale rurales et urbaines qui voient, angoissées, se dégrader quotidiennement leur source de travail.

Avec le retour du PRI au Gouvernement Fédéral, l’on a promu d’une manière grotesque toute une série de « réformes structurelles » dont l’axe prioritaire est de remettre les biens renouvelables et non renouvelables du pays, au capital étranger. À l’intérieur de ces réformes se trouve celle de « l’éducation », qui transforme d’un seul coup les relations bilatérales entre les travailleurs de l’enseignement et leurs patrons. L’opposition qu’elle rencontre est constante, intelligente et fondée surtout sur une orientation collective. C’est ce qui gêne les trois instances du gouvernement (municipal, étatique et fédéral) qui observent comment ses engagements avec les grandes sociétés internationales, se voient bloqués par ces maîtres « normalistas » qui n’acceptent pas la vente de la richesse du pays.

Elba Esther Gordillo, avant d’être chassée de son mandat a initié toute une campagne de diffamation contre les instituteurs et concrètement contre les « normalistas ». Elle a même réussi à déclarer que les écoles de maîtres « las normales » devaient être fermées, puisqu’elles étaient un « foyer de guérilleros ». Immédiatement une organisation, filiale de la principale chaîne de télévision « Mexicanos Primero » (Mexicains d’abord), a repris et diffusé les calomnies émises par la dirigeante syndicale Gordillo et a initié une campagne de lynchage contre les maîtres, principalement avec l’appui des médias massifs de communication. La croisade de haine entreprise par ce groupe patronal a compté bien sûr sur l’appui inconditionnel des personnages (Ndt : journalistes au service du pouvoir en place, employés de l’une des chaînes de télévision televisa, monopole de l’information au Mexique) tels López Dóriga, Gómez Leyva, Ruiz Healy, Micha, Loret de Mola et d’autres ennemis remarquables des organisations des maîtres « normalistas ». De plus, le gouvernement par le biais des fonctionnaires tels Schmelkes, Guevara, Chuayffet, ont créé une atmosphère de mépris contre les maîtres « normalistas » et leur lutte pour l’amélioration de leurs conditions de vie.

Les meurtres et les disparitions des étudiants d’Ayotzinapa ont montré une fois de plus le visage de la violence et du massacre quotidien que vit le Mexique et plus précisément dans l’État de Guerrero. La joyeuse image que le gouvernement d’Enrique Peña Nieto veut montrer du Mexique s’écroule. La violence initiée par Felipe Calderón continue et s’intensifie, et la relation entre l’État, ses institutions et le narcotrafic tombe aujoud’hui dans la plus vulgaire impudence. Là se trouvent Los Rojos, Los Guerreros Unidos, La Familia, Los Templarios, José Luis Abarca, Ángel Aguirre Rivero, Enrique Peña Nieto : tous d’accord pour terroriser la population, justifier les exécutions des militants sociaux, et pour garantir l’impunité aux criminels et aux militaires.

Les étudiants de l’école de maîtres « les normalistas » représentent le visage de tant et tant de jeunes disparus, assassinés, de la jeunesse persécutée, de la jeunesse comme monnaie d’échange ; la jeunesse d’en bas, qui s’organise, qui lutte, qui se défend et qui pour tout cela est assassinée. Les « normalistas » prennent le visage de la douleur, de l’indignation, parce qu’en eux se trouve le visage de tant et tant de morts.

Nous, le Réseau contre la Répression et pour la Solidarité, rendons responsables de ce crime Enrique Peña Nieto, Ángel Aguirre Rivero et José Luis Abarca, et nous nous joignons à la marche nationale convoquée par les parents des étudiants disparus qui aura lieu le 8 octobre.

Ya Basta des crimes contre la jeunesse de ce pays !
Nous exigeons que soient punis les coupables intellectuels et matériels de cette politique qui persécute avec violence ce que le Mexique a de mieux : ses jeunes !
Présentation en vie des étudiants normalistas disparus d’Ayotzinapa !
Justice pour les étudiants assassinés !
Que le capitalisme disparaisse, pas les personnes !
Contre le pillage et la répression :
la solidarité !
Réseau Contre la Répression et par la Solidarité
(RvsR)

Notes de Traduction :
La Normal ou Escuela Normal : L’École Normale Rurale d’Ayotzinapa a été créée en 1926. C’était l’époque post-révolutionnaire, celle où la population mexicaine vivait majoritairement à la campagne, et où un vaste projet éducatif devait alors s’appuyer sur les enseignants ruraux. L’école normale d’Ayotzinapa a été depuis de nombreuses années considérée comme l’un des bastions de la contestation sociale radicale, composée principalement des fils de paysans des zones les plus pauvres du pays. Il existe actuellement neuf écoles Normales Publiques dans l’État de Guerrero mais seule l’École Normale Raúl Isidro Burgos d’Ayotzinapa est rurale. Lucio Cabañas Barrientos et Genaro Vázquez ont étudié dans cette école de maîtres ruraux. Tous deux sont devenus maîtres et, comme militants paysans, ont participé à la lutte armée dans les années 70, porteurs de la pensée critique radicale et de la lutte sociale dans ce coin du Mexique marqué par la pauvreté, la répression et l’oubli.
Normalistas : nom donné aux étudiants-enseignants ruraux de l’École Normale.
Enrique Peña Nieto : président du Mexique
Ángel Aguirre Rivero : Gouverneur de l’État de Guerrero
José Luis Abarca : maire de Iguala, en fuite depuis le 27 octobre dernier suite aux attaques perpétrées contre les étudiants.
Elba Esther Gordillo, surnommée « La maestra » : a été pendant 24 ans l’ex-dirigeante du Syndicat mexicain des Travailleurs de l’Éducation (SNTE). Elle a été arrêtée le 26 février 2013 pour détournement, délinquance organisée et blanchiment de 200 millions de dollars. La « maestra » était connue pour ses multiples abus de pouvoir et son énorme pouvoir de corruption.

Source Enlace Zapatista

Traduit par Les trois passants/correction Valérie

Guerrero: Ayotzinapa, crime contre l’humanité

Posted in Archives, Campagnes on 13 octobre 2014 by liberonsles

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Ayotzinapa, crime contre l’humanité
par Luis Hernández Navarro

Ce sont des jeunes, en majorité des enfants de familles paysannes, étudiants de l’école Normale Rurale (NdT : écoles rurales formant des professeurs d’école). C’est pour cela qu’ils les ont fait disparaître de force. Ils défendent l’éducation publique, l’éducation rurale, l’enseignement au service des plus nécessiteux, la transformation sociale du pays. C’est pour cela qu’ils leur ont tiré dessus et les ont séquestrés.

La disparition forcée des élèves d’Ayotzinapa a été l’œuvre conjointe de la police municipale et de sicaires au service du cartel « les Guerriers Unis ». Il n’y a pas de différence entre les uns et les autres. Le jour, les criminels travaillent en uniforme ; de nuit ils sont habillés en civil. Dans le climat délictueux qui règne actuellement dans de vastes zones de l’État de Guerrero, les narcotrafiquants et les gendarmes sont les deux faces de la même médaille.

Les garçons d’Ayotzinapa ont été séquestrés et mitraillés parce que ceux qui l’ont fait pouvaient le faire. Il ne leur a été absolument pas difficile de leur donner la mort ou de les enlever en marge de la loi. Le climat de diabolisation, d’impunité généralisée et un État délictueux leur ont fait croire que rien ne leur arriverait, qu’ils avaient la permission de tuer.

De fait, bien avant le 26 septembre, les étudiants de l’École Normale Rurale ont été diabolisés dans la région et dans le pays. On a répandu sur eux d’absurdes calomnies. Sans preuve, ils ont été calomniés par les commerçants de l’État, par les entrepreneurs menés par Claudio X. González et son organisation « Mexicanos Primero » (Les Mexicains d’abord), par les actuels fonctionnaires de l’éducation, par les hommes politiques de tous les partis.

Dans l’État du Guerrero, l’impunité est la règle du jeu. Les victimes des massacres perpétrés à Aguas Blancas (1995) et El Charco (1995) continuent d’attendre que justice soit faite. Armando Chavarría, leader du Congrès du Guerrero et candidat au gouvernement de l’entité, a été tué en 2009. Son crime n’a jamais été résolu. En décembre 2011 des policiers ont assassiné deux étudiants d’Ayotzinapa. Les meurtriers se baladent librement. Beaucoup de régions de l’entité sont pleines de cimetières clandestins qui abritent les squelettes de défunts sans nom.

Acapulco, Iguala, Eduardo Neri et encore beaucoup d’autres communes de l’État de Guerrero sont des territoires sous contrôle de narcotrafiquants. Guerreros Unidos, Los Rojos, La Familia et ses ramifications se disputent les business de marijuana et de l’opium, les routes et les marchés de stupéfiants, l’industrie de la séquestration et de l’extorsion. Pour cette raison les polices communautaires et les groupes d’auto-défense ont poussé comme des champignons. Le 12 septembre dernier un commando de 100 hommes masqués a fait irruption dans la communauté de Carrizalillo, où opère une énorme mine canadienne de Goldcorp, en mitraillant les civils, afin de laisser le message que cette hameau leur appartient.

Comme le démontrent les cas d’Iguala et d’Olinalá, parmi beaucoup d’autres, ces cartels jouissent de la protection et de l’appui d’hommes politiques, de policiers communaux et du gouvernement de l’État. Quand José Luis Abarca, maire d’Iguala, a été signalé comme le responsable du meurtre de trois adversaires à son gouvernement, la dénonciation a été freinée. Le maire a été protégé par le Congrès local, par des fonctionnaires du gouvernement étatique et par au moins un député fédéral. Nestora Salgado, une commandante de la police communautaire d’Olinalá, a été emprisonnée en août 2013 dans la prison de haute sécurité parce qu’elle avait publié un communiqué de presse dans lequel elle signalait l’implication du maire de sa municipalité et d’autres fonctionnaires gouvernementaux dans le trafic de drogues.

Ces réseaux de complicité obligent les pouvoirs de l’entité à disparaître. Avec de tels réseaux, il n’y a pas moyen que justice soit faite. L’administration du gouverneur de l’État de Guerrero Ángel Aguirre Rivero a été inaugurée par le meurtre de deux étudiants d’Ayotzinapa. Le nouveau crime perpétré contre ceux-ci, le 26 septembre dernier, rend son départ nécessaire. De toute façon, c’est un élu absent.

Le gouverneur Aguirre ne tire pas les ficelles du gouvernement du Guerrero. Pour tout effet pratique, surtout dans ce qui concerne les affaires de sécurité, celui qui conduit l’administration de l’entité est son neveu, Jesús Ernesto Aguirre Gutiérrez, d’abord coordinateur de Projets Stratégiques de l’administration de l’Etat et à présent conseiller externe, avec ses bureaux dans la Maison du Guerrero avec du personnel sous son commandement.

Avant de devenir un super-opérateur du gouvernement de son oncle, Jesús Ernesto Aguirre Gutiérrez était un médiocre fonctionnaire de l’Institut de la sécurité sociale et des services sociaux des travailleurs de l’État (ISSSTE), d’où il a été accusé d’avoir dévier des millions de pesos pour appuyer la campagne de son cousin germain, Ángel Aguirre Herrera, comme candidat à la députation fédérale pour le district 8 du PRI de la Costa Chica.

Aguirre Gutiérrez s’occupe de la relation avec la presse, les acteurs politiques et les pouvoirs factuels clés de toute sorte dans l’entité, il décide en matière d’achats, d’éducation et de tourisme. Dans les faits, c’est la main qui berce le berceau du gouvernement de l’État. Avec un tel pouvoir, il ne peut pas prétendre être étranger à ce qui s’est passé à Iguala.

Ce sont des policiers qui ont tiré sur les étudiants d’Ayotzinapa et qui les ont arrêtés. C’est le directeur de la sécurité publique d’Iguala, Francisco Salgado Valladares, qui a ordonné de les arrêter. Les garçons ont été transportés dans des véhicules officiels. À toutes fins pratiques, les autorités étatiques ont permis que le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et le directeur de sécurité publique prennent la fuite. Le PRD a mis du temps, une semaine ! à expulser de ses files le président municipal et, malgré les graves dénonciations qui existaient à son encontre depuis sa désignation comme candidat en 2012, le parti l’a toujours protégé et couvert. Et même maintenant il continue à défendre Ángel Aguirre Rivero.

Si dans la région campe le pouvoir du narcotrafic, c’est parce que les trois niveaux de gouvernement le permettent. Peu importe où l’on regarde, Ayotzinapa est un crime d’État, mais c’est aussi un crime contre l’humanité, comme il est stipulé dans le Statut de Rome de la Cour Internationale Pénale. Il n’y a pas d’autre façon de nommer l’homicide de six personnes aux mains de policiers (dont trois étudiants), la torture et la disparition forcée de 43 jeunes, en majorité fils de paysans et d’élèves de l’Ecole Rurale de Normale Raúl Isidro Burgos. Vous les avez pris vivants, rendez-les nous vivants !

Source

Traduit par Les trois passants/correction Valérie

Mexique : Des prisonniers anarchistes se déclarent en grève de la faim. Solidarité !

Posted in Archives, Campagnes, Communiqués, Ville de Mexico on 5 octobre 2014 by liberonsles

hueloctCommuniqué de Jorge Mario González García, Carlos López “El Chivo”, Fernando Bárcenas Castillo et Abraham Cortes Ávila

Aux médias libres
Au peuples du monde
Aux opprimé-e-s

Motivés par un sentiment de rébellion et par un clair et véritable rejet de tous les  mécanismes de contrôle et, parmi eux, de celui du système carcéral, nous,  anarchistes et libertaires, prisonniers séquestrés par l’État mexicain, nous avons décidé d’utiliser l’un des outils de lutte dont nous disposons depuis l’enfermement : la grève de la faim. Et cela à partir d’aujourd’hui, 1er octobre, un an après les arrestations du 2 octobre 2013, dix mois après la séquestration de Fernando Barcenas et neuf mois après celle d’Amélie, Carlos et Fallon.

Pour nous, la grève n’est pas synonyme de faiblesse. Nous cherchons encore moins à endosser une posture de victime. Au contraire, nous assumons la grève comme une alternative de lutte que nous jugeons adéquate pour protester et proclamer dans les faits notre insoumission face à l’enfermement de nos corps, à l’humiliation, à l’isolement et à la frustration que signifie le fait d’être incarcéré dans ces centres de terreur. Nous avons choisi de passer à l’action au lieu d’accepter la prison comme une situation « normale ».

L’État cherche à former des citoyens dociles et serviles pour maintenir son « ordre social » établi et pouvoir ainsi soutenir la structure de production capitaliste qui ne bénéficie qu’à la classe dominante. Les prisons jouent un rôle primordial dans la configuration de ces bons citoyens et c’est la société bourgeoise qui cherche la réadaptation de la ou des prisonnier-e-s.

Nous rejetons la supposée fonction de réinsertion que la prison peut exercer dans nos vies. Nous la considérons non seulement comme inutile, mais aussi comme largement nocive. C’est pour cela que nous avons décidé de continuer à lutter pour la détruire, en commençant par de petites actions de négation et de non-reconnaissance de son influence dans nos vies.

Nous déclarons cette grève de la faim pour un temps indéfini, sans demander ou clamer quoi que ce soit. Nous ne cherchons pas l’amélioration des conditions en prison. Il s’agit simplement de ne pas accepter ni reconnaître sa fonction dans nos vies, en agissant de façon coordonnée et solidaire.

Par cette action nous accompagnons la manifestation de protestation du 2 octobre, 46 ans après le génocide de Tlatelolco, sans oubli ni pardon et menant la guerre jusqu’à la fin de l’oppression.

Nous ne cesserons jamais d’aspirer à la liberté !
Nous n’abandonnerons pas la lutte pour elle !

Jorge Mario González García (Torre Médica del Reclusorio de Tepepan)
Carlos López “El Chivo” (Reclusorio Oriente)
Fernando Bárcenas Castillo (Reclusorio Norte)
Abraham Cortes Ávila (Reclusorio Norte)

Traduit par les trois passants/correction Valérie

Source 1

Source 2

Rappel :

Les prisonnier-e-s du 2 octobre 2013

portmariopngMario González García est un étudiant du Collège de Sciences Humaines (CCH) de Naucalpan, âgé de 21 ans et militant anarchiste. Il a été arrêté dans un transport public avec d’autres compagnons, quelques heures avant la manifestation commémorative du 2 octobre à laquelle il se rendait. Lors de son arrestation, Mario a été torturé par la police (chocs électriques sur tout le corps, fracture du pied…). Mario a été condamné le 10 janvier 2014 à cinq ans et neuf mois de prison pour attaques à la paix publique. Les délits d’atteinte à la paix publique (ou attaques à la paix publique, en espagnol) ont été montés de toutes pièces pour pouvoir criminaliser son activisme politique et sa pensée anarchiste.

Le 11 juillet 2014, la magistrate Marín Sasaki a dicté une nouvelle sentence de 5 ans 1 mois et 15 jours de prison à l’encontre du compagnon Mario González García. Le CAZ – Collectif d’Avocats Zapatistes et le CADJS – Collectif d’Avocats en Défense de la Justice Sociale présenteront un recours de protection directe (Amparo directo) qui sera remis à un Tribunal Associé du Circuit, en signalant encore une fois toute la série de violations concernant la procédure et de violations des droits humains dont a fait l’objet Mario González.

portabrahamAbraham Cortez Avila est un jeune artisan âgé de 23 ans, originaire de l’État d’Oaxaca. Il a été arrêté le 2 octobre 2013 pendant la manifestation commémorant les quarante-cinq ans du massacre de Tlatelolco, et condamné le 2 juin dernier à 13 ans et 4 mois de prison ferme pour les délits d’attaques à la paix publique en bande organisée et tentative d’homicide. Abraham se trouve dans la Prison Nord de la Ville de Mexico.

Les prisonnier-e-s du 13 décembre 2013

ferFernando Bárcenas militant libertaire, a été arrêté le 13 décembre 2013, accusé d’avoir brûlé un arbre de noël de Coca-Cola. Il a été condamné à de la prison ferme pour les mêmes délits d’attaques à la paix publique et association de malfaiteurs. Un recours (Amparo) a été présenté par sa défense et il est dans l’attente de son appel. Luis Fernando a écrit plusieurs lettres depuis la prison en critiquant la situation d’enfermement dans laquelle il se trouve.
Luis Fernando, âgé de 18 ans, est étudiant au Collège de Sciences Humaines (CCH) de Vallejo et travaillait pour aider sa famille. Il a été arrêté alors qu’il participait à une manifestation contre la hausse de 67% des tarifs du métro décidée par le Gouvernement de la Ville de Mexico. Ensuite il s’est vu accusé d’avoir brûlé un arbre de noël appartenant à Coca-Cola. Il se trouve aussi dans la prison Nord à Mexico, mais à un autre étage que les prisonniers du 2 octobre.

Les prisonnier-e-s du 5 janvier 2014

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Carlos López, Amélie Pelletier et Fallon Poisson

Le 17 février 2014 marquait la fin des quarante jours « d’arraigo » (détention provisoire) décrété par le Procureur Général de la République contre les militants anarchistes Carlos, Amélie et Fallon. Amélie et Fallon sont détenues actuellement dans la prison pour femmes Reclusorio Femenil de Santa Martha Acatitla. Carlos se trouve dans le Reclusorio Oriente. Il et elles sont accusé-e-s d’avoir lancé le 5 janvier 2014 des pierres et des cocktails Molotov sur des installations du Secrétariat de Communications et Transports et sur une concession NISSAN. Les charges retenues contre lui et elles étaient : dégâts matériels, sabotage, délinquance en bande organisée et terrorisme. Cependant, à la fin de « l’arraigo », il et elles ont été relâché-e-s faute de preuves. Mais la Police du District Fédéral (Ville de Mexico) les a ensuite remis-e-s en détention pour des accusations de dommages et attaques à la paix publique. Tous les trois sont en attente de leurs sentences.

Carlos a écrit plusieurs lettres racontant sa difficile situation dans la prison d’Oriente, l’une des plus surpeuplées de la ville. Il fait l’objet d’abus carcéraux, de tabassages et vit dans une situation de violence et de harcèlement constant. Cependant, il signale fermement dans l’une de ses lettres : « Le système carcéral cherche à ce que nous voyions sa violence comme quelque chose de « normal », que nous en prenions l’habitude, que nous comprenions que c’est comme cela que la prison doit se mener. Personnellement, je ne pense pas me laisser domestiquer, je n’ai pas peur de ses représailles ». Malgré les difficiles conditions de détention dans lesquelles il se trouve, Carlos se tient toujours debout dans l’attente de sa sentence.

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Mexique : Prison pour tous ceux qui luttent pour la défense de la terre, les ressources naturelles et la culture indigène : le cas de Mario Luna, porte-parole de la tribu Yaqui

Posted in Actions, Archives, Campagnes, Communiqués on 23 septembre 2014 by liberonsles

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Il y a quelques jours, le Congrès National Indigène (CNI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) émettaient ensemble un communiqué pour la liberté de Mario Luna, porte-parole de la tribu Yaqui. Suite à ce communiqué, de nombreuses manifestations de solidarité ont appuyé l’appel pour sa libération immédiate.

 En s’adressant aux hommes et femmes de la tribu Yaqui, au peuple du Mexique, à la Sexta nationale et internationale ainsi qu’aux gouvernements du Mexique et du monde, ce communiqué signalait :

 “Nous exigeons l’annulation immédiate des ordres d’arrestation et l’arrêt de la fabrication de délits contre les membres de la tribu Yaqui. Nous condamnons la criminalisation de leur lutte, nous disons aux mauvais gouvernements issus des partis politiques que la rivière Yaqui a été historiquement le socle de la continuité ancestrale de la culture et du territoire de la tribu Yaqui. Nous qui formons le Congrès National Indigène (CNI), réaffirmons qu’un coup porté contre l’un des nôtres est un coup porté contre nous tous et toutes et ainsi nous répondons en conséquence face à toute tentative de répression contre cette digne lutte ou contre n’importe quelle autre lutte ».

« Ils n’ont pas réussi à tuer nos peuples parce que, comme des graines, ceux-ci continuent à pousser. Ils ont voulu nous tuer avec leurs armes à feu, et comme ils n’ont pas réussi, ils ont essayé en vain de nous tuer avec leurs maladies. Ceux qui ont le pouvoir ont utilisé beaucoup d’autres moyens pour nous achever, nous, les indigènes ».

 « Aujourd’hui, ils veulent nous tuer avec des éoliennes, des autoroutes, des mines, des barrages, des aéroports, avec le narcotrafic ; aujourd’hui, ici dans le Sonora, ils veulent nous tuer surtout avec des aqueducs ».

Le communiqué affirme que jeudi dernier, 11 septembre 2014, « les membres de la Procure Générale de Justice de l’État de Sonora ont arrêté notre compagnon et porte-parole de la tribu Yaqui Mario Luna, en l’accusant de faux crimes, montés de toutes pièces. De cette manière, ils prétendent incarcérer la lutte menée par la tribu Yaqui pour la défense des eaux qui, en 1940 et après une longue guerre, avaient été reconnues comme les siennes par le président de l’époque Lazaro Cardenas. Ce fut à partir de 2010 que les hommes de l’argent voulurent les reprendre par le biais d’un aqueduc appelé « Independencia », en ignorant une résolution émise par la Cour Suprême de Justice de la Nation et en piétinant ainsi tous les droits et les accords internationaux qui sont en notre faveur ».

 « L’aqueduc Independencia n’est pas du tout au service des pauvres, pour les faire accéder à l’eau et au progrès – comme le signalent les hommes de là-haut –, l’aqueduc est destiné aux riches qui veulent nous enlever cette eau qui pendant des siècles a appartenu à la tribu Yaqui. Au lieu de nourrir les champs et les récoltes ils veulent nous enlever l’eau pour la mettre au service des grandes compagnies industrielles de l’État de Sonora ».

 Face à cette situation, nous, les collectifs, groupes, organisations et individus signataires de cette lettre, réaffirmons notre solidarité avec le compagnon Mario Luna et signalons ce qui suit :

 15 septembre 2014

 En raison de l’arrestation de MARIO LUNA ROMERO, Secrétaire des Autorités Traditionnelles de la Tribu Yaqui et porte-parole, au niveau national et international, de la lutte en défense de l’eau et de la vie de la rivière Yaqui et contre la construction de l’Aqueduc Independecia, survenue le 11 septembre à Ciudad Obregón (État mexicain de Sonora),

Nous dénonçons

- le harcèlement et la persécution auxquels – avec d’autres membres de la tribu yaqui – Mario Luna a été soumis pendant des mois en raison de son travail de dénonciation de la construction illégale de l’aqueduc Independencia et de son œuvre de défense de l’autonomie et de la survivance de la tribu Yaqui ;

- la violation systématique des droits et le non-respect, de la part du gouvernement de l’État de Sonora représenté par Guillermo Padrés Elías et CONAGUA (Commission National des Eaux), de l’ordre émis par la Cour Suprême de Justice de la Nation et par le juge du 8eme district qui ordonnait « l’arrêt immédiat de l’opération de l’aqueduc Independencia », ainsi que le fait d’ignorer toutes les mesures dictées à ce sujet.

 Nous exigeons

- la libération immédiate de notre compagnon MARIO LUNA,

- la fin de la répression contre les membres des groupes et brigades de défense de l’eau de la tribu Yaqui à qui nous exprimons notre inconditionnelle solidarité.

Un coup porté contre l’un de nôtres est un coup porté contre tous et toutes !

 

¡NÁMASKASIA ACHAIM KAABE AMAU TAWABAANE!

 Collectifs, groupes, organisations :

Asamblea 15m Delicias. Zaragoza, Estado Español

Asociación de Vecinos Lanuza-Casco Viejo. Zaragoza, Estado Español

ASSI (Acción Social Sindical Internacionalista)

Associazione Jambo, commercio equo. Fidenza -Italia

Associazione Ya Basta! Milano

Campaña internacional de apoyo a los juicios contra los genocidas en Argentina

Casapueblos

CEDOZ (Centro de Documentación sobre Zapatismo)

CGT de Teruel, Estado Español

CGT Estado español

Chunta Aragonesista, Estado Español

Colectivo de Aprendizaje y Enseñanza Zapatista del Reino Unido

Colectivo Zapatista, Manchester

Comité Mons. Óscar Romero de Madrid – Estado Español

Enlace Urbano de Dignidad, Puebla, Mexico

Grupo IRU. Estado Español

Grupo Solidaridad con Chiapas, Dorset

Grupo Solidaridad con Chiapas, Edimburgo

Grupo Solidaridad con los Zapatistas – Essex

Grupo Solidaridad con México, Londres

Gruppe B.A.S.T.A., Münster, Alemania

Intersindical de Aragón. Estado Español

KIPTIK, Bristol

La Reus, Cultural i Solidària per la Pau – Catalunya

Les trois passants. Paris, France

Nodo de Derechos Humanos, Puebla, México

Plataforma de Solidaridad con Chiapas y Guatemala de Madrid. Estado Español

Plaza de los Pueblos 15M

Publicación Codo a Codo

Radio Topo. Zaragoza, Estado Español

Servicio de Traducción Zapatista del Reino Unido

Sindicato Único de Trabajadores SOLIDARIDAD OBRERA. Estado Español

Zap Sol UK

Et  individus signataires

Source

Antécédents

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Traduit par les trois passants/Correction Valerie et Myriam

Depuis l’Europe : Solidarité avec les prisonnier-e-s anarchistes emprisonnés à Mexico

Posted in Campagnes, Communiqués, Ville de Mexico on 3 septembre 2014 by liberonsles

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mois d’août 2014

Compagnons et Compagnonnes :

Par cette lettre, les collectifs signataires, expriment leur solidarité avec les prisonnier-e-s anarchistes arrêtés à Mexico et envoient leur salutation solidaire à chacun d’eux et d’elles à l’occasion de cette Semaine Internationale de Solidarité avec les prisonnier-e-s anarchistes qui aura lieu à Mexico et dans d’autres endroits du monde du 26 au 30 août de cette année.

Nous envoyons de vives salutations aux compagnons et compagnonnes Mario González García, Carlos López, Amélie Pelletier et Fallon Poisson. Sachez que nous avons lu vos communiqués et nous voyons que l’esprit rebelle continue à être présent dans vos actions, vos mots et dans votre cœur ; depuis nos espaces, plusieurs d’entre nous ont diffusé le mieux possible votre situation et votre lutte à l’intérieur de la taule d’où vous résistez jour après jour et d’où vous construisez une forme de protestation quotidienne contre le système carcéral. Compagnons et compagnonnes, nous voulons vous envoyer une forte accolade pour vous encourager, sachez que vos paroles ont dépassé les frontières et résonnent dans plusieurs coins du monde.

Grâce aux communiqués que vous avez émis dès le début de votre détention, nous sommes au courant de l’état de santé de certains d’entre vous, des dures conditions que vous devez affronter, mais, nous avons également entendu vos paroles de rage qui décrivent en détail le système carcéral où l’abus de pouvoir, la corruption, l’intimidation, l’autoritarisme, la torture physique et psychologique ainsi que l’humiliation quotidienne renforcent la répression systématique que le système capitaliste utilise pour faire taire la voix de la protestation, du désaccord, de la rébellion de tous ceux et celles qui en ont assez et qui ont soif de changer les choses.

Nombreuses ont été les phrases où vous décrivez votre espace actuel de vie, les relations avec les autres détenus, les médecins, et le personnel pénitentiaire, et malgré les difficultés rencontrées, vous êtes toujours debout en restant cohérents avec votre pensée anarchiste. Cette phrase récurrente qui signale  que « dehors nous ne sommes pas libres » résonne en nous…et la liberté que nous cherchons sans cesse, que l’on voudrait nous monnayer, est celle pour laquelle nous luttons depuis nos différentes tranchées. C’est parce que nous sommes à la recherche de cette liberté que nous avons hâte que vous soyiez dehors des centres d’enfermement et que vous puissiez enfin vous promener dans vos quartiers, vos maisons, avec vos amis et avec vos proches, c’est en raison de notre infatigable quête de liberté que nous ne pouvons vous oublier et que nous espérons que vous gardiez courage, courage ! compagnons et compagnonnes.

De notre côté nous continuons à être attentifs à votre situation, à votre lutte, à votre rébellion, à vos paroles, à votre cheminement, bien que vos pas soient limités par les murs, vous nous avez démontré que malgré les dures circonstances dans lesquelles vous vous trouvez, vous ne vous rendez pas, vous ne vous vendez pas, vous ne vous taisez pas.

Bien que cette lettre ait été spécialement faite pour les compagnons et compagnonnes anarchistes incarcérés, nous ne pouvons omettre de mentionner les détenus par le gouvernement de la ville de Mexico à la tête de laquelle se trouve Monsieur Mancera et ses collègues répresseurs et qui ont rempli les prisons de manifestant-e-s, d’étudiant-e-s, des gens d’en bas mécontents comme c’est le cas d’ Abraham Cortez Avila et de Luis Fernando Bárcenas et d’autres encore.

Une forte salutation et courage à vous tous et toutes !
Nous sommes là !
LIBERTÉ pour Mario, Carlos, Amélie et Fallon!
Prisonnier-e-s Anarchistes Liberté !
Liberté pour Abraham Cortez Avila et Luis Fernando Bárcenas !
À bas les murs des prisons !

En solidarité:

Alternative Libertaire, France
Anarchist Black Cross, Paris, France
Asociación Solidaria Café Rebeldía-Infoespai, Barcelone
ASSI (Acción social Sindical Internacionalista)
Caracol Zaragoza, État Espagnol
Confederación General del Trabajo (CGT) État Espagnol
CSPCL, Paris, France
Fédération anarchiste (France, Suisse, Belgique)
Gruppe B.A.S.T.A., Munster, Alemania
Internationale des Fédérations anarchistes (IFA)
Les trois passants, Paris, France
Plataforma de Solidaridad con Chiapas y Guatemala de Madrid, État Espagnol
laPirata :
-Nodo Solidale, Rome et Mexique
-Collettivo Zapatista lugano, Suisse
-Nomads, Bologna, Berlin
-Adhérents individuels

Source

traduit par les trois passants
correction Amparo

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Anciens élèves de la Petite École zapatiste de la Garrucha : Nous sommes là !

Posted in Chiapas, Communiqués, EZLN on 3 septembre 2014 by liberonsles

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Aux hommes, femmes et enfants du Caracol III :
« Résistance vers une Nouvelle Aurore »
(Resistencia Hacia un Nuevo Amanecer). La Garrrucha
Au Conseil de Bon Gouvernement « Le chemin du Futur »
Aux hommes et femmes de l’EZLN
À la Sexta
Aux hommes et femmes du Mexique et du monde qui cheminent et ressentent toutes choses en bas et à gauche.

août 2014

Compañeros et compañeras:

Nous, individus et collectifs signataires de cette lettre, avons eu l’honneur de nous être trouvés sur le territoire rebelle de la Garrucha pendant la Petite Ecole Zapatiste, au mois d’août 2013. Dès que nous avons mis les pieds sur ce digne et rebelle territoire, nous avons su que rien ne serait pour nous comme avant. Nous avons tant appris et tant partagé. Non seulement le maïs, les tortillas, le pozol, les haricots, la maison qui nous a logés, les pas, les conversations, les rires et les bons moments passés à vos côtés , mais aussi la rage et la rébellion : celles qui, aujourd’hui et peut-être plus qu’avant, nous feront vous regarder et profondément ressentir, dans notre cœur, les agressions et les intimidations qui vous sont infligées, à vous, enfants, hommes et femmes zapatistes, qui avez été et qui êtes encore nos professeurs, nos guides (votanes), nos accompagnateurs et nos compagnons-nes.

Très souvent, les familles qui nous accueillaient nous ont dit que nous ne devions pas avoir peur de changer les choses, qu’il nous fallait prendre la vie entre nos mains. Très souvent nous avons reçu leurs conseils de continuer comme nous le pouvions la lutte pour charger ce monde, pour le rendre meilleur. L’autonomie, la liberté coûtent, nous disaient-elles, mais à la fin les résultats sont là ; et nous l’avons ainsi vu et vécu.

Cela fait vingt ans que nous cheminons à l’école des zapatistes, mais la Petite École a sans doute été l’expérience la plus profonde. Elle a fait que pour nous rien ne sera comme avant.

Tout au long de ces années, les agressions des paramilitaires, les programmes gouvernementaux, les harcèlements systématiques, les menaces, les assassinats ont essayé de piétiner la rébellion, concrétisée en autonomie quotidienne – nous disaient les compas zapatistes. «  Mais nous sommes toujours là ! », nous disaient-ils aussi.

Eh bien, compas zapatistes, nous aussi nous sommes toujours là !

D’ici, nous regardons, nous éprouvons, et nous ne pouvons pas cesser de vous dire que nous observons tout ce que le mauvais gouvernement vous a fait depuis l’assassinat du votan Galeano, lâchement exécuté… Mais Galeano est mort pour vivre.

Lui, il vit en chacun de nous. Et très humblement, quand nous vous disions que pour nous rien ne serait comme avant, cela signifie que quand nous nous regardons dans le miroir, jour après jour, nous nous disons que oui, autre chose peut exister, d’autres pas peuvent tracer le chemin avec dignité, car nous avons les vôtres comme exemple.

Aujourd’hui, nous ne nous contentons pas de condamner verbalement les attaques récemment perpétrées par les membres de l’ORCAO contre nos compas zapatistes. Désormais, nous affirmons que nous sommes en train de ressentir ces agressions et que la seule chose qui nous reste est de continuer à nous révolter, de continuer à lutter. Nous continuerons à nous révolter comme nous pourrons depuis nos espaces pour dire aux mauvais gouvernements que nous n’oublions pas, que nous ne nous vendons pas et que nous continuons à regarder et à sentir la rébellion des hommes, femmes et enfants zapatistes qui sont semence et chemin.

Ce fut la leçon que nous a laissée la Petite École et en tant qu’élèves que nous avons été, nous sommes toujours là !

Vous n’êtes pas seuls et seules !
Galeano vit !

En solidarité

Anciens élèves de la Petite École zapatiste du territoire autonome rebelle de la Garrucha :

Anaid, Mexique
Carla Peracchi, Barcelone
Claudia I. Espinosa Díaz, Mexique
Iván de Jesús Rodríguez Muñoz, Mexique
Miguel Ángel Martínez Ramírez, Mexique
Yael García, Chiapas, Mexique
Les trois passants, France.

Source

MEXICO: L’enfermement d’un anarchiste

Posted in Archives, Campagnes, Ville de Mexico on 25 août 2014 by liberonsles

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L’enfermement d’un anarchiste
Par Alejandra Natalia Rodriguez Escobar
11 août 2014.

Ma destination, c’est la tour médicale de la prison de Tepepan, et le patient incarcéré est Jorge Mario González García. Trois contrôles préalables à l’entrée dans l’hôpital m’attendent  : identification, fouille vestimentaire et tampons de sécurité. Cependant, l’entrée n’est pas si simple. À une première tentative, le jogging vert que je porte n’est pas autorisé ; ensuite je dois encore attendre car le gardien de service n’a pas fait mention de mon changement de vêtement.

« Lit 213, c’est votre patient, attendez ici qu’ils viennent vous chercher pour vous indiquer le chemin », me dit l’un des gardiens . Quelques minutes plus tard, un policier arrive pour me conduire à l’ascenseur. Après avoir passé mon dernier contrôle, je vois un homme jeune, mince, aux cheveux frisés et en robe de chambre blanche, attendant la visite. Le premier contact est une embrassade suivie de félicitations. Hier, Mario González a fêté son 22ème anniversaire.

Mario González est incarcéré depuis le 2 octobre dernier, accusé d’attaques à la paix publique. Malgré les irrégularités juridiques dans son dossier et l’inexistence d’une quelconque preuve qui l’incrimine, il a été condamné à plus de 5 ans de prison ferme*, sans droit à une caution. En décembre dernier, Mario a mis fin à une grève de la faim qui a duré presque 60 jours. Les conséquences sur son état de santé sont significatives.

Les chambres des hôpitaux ont la caractéristique d’être froides et sobres  ; cependant, on perçoit autre chose dans celle-ci. En plus de la solitude du seul patient, une accumulation de livres empilés lus et qui restent à lire, ainsi que des journaux nationaux, décorent la chambre. Des textes anarchistes et un résumé des écrits de Ricardo Flores Magón sont les plus visibles. - « Celui-ci, je suis en train de le lire », me dit-il, en même temps qu’il me montre un exemplaire du « Traité du savoir vivre à l’usage des nouvelles générations ». - « C’est un livre qui parle de l’agitation sociale radicale qui a inspiré les jeunes du mai français et il m’a été très utile », m’explique-t-il.

Sur le bureau près du lit, on voit un Rubik’s cube – avec la face jaune complétée.  J’observe un petit gâteau presque terminé, puis je demande : « Comment as-tu passé ton anniversaire ? »

⁃    « Bien. Le fait de sentir et de voir le soutien de mes compagnons dehors m’a donné beaucoup de courage et même, pendant un moment, je me suis senti libre. J’ai pris ce couvre-lit noir et avec du papier toilette j’ai mis un « A » que j’ai suspendu avec le ruban que les infirmières utilisent pour le sérum, et je l’ai mis à ma fenêtre qui donne sur la rue, je sais que cela peut me coûter une sanction, mais même en étant enfermé tu peux être libre dans la mesure où toi-même tu exerces ta liberté, et j’ai la liberté de montrer qui je suis », répond-il.**

Comme je lui demande ce qui lui manque le plus de quand il était libre, le jeune soupire et sourit   : « Il me manque d’être avec ma compagne, de prendre le soleil, de voir des films et d’écouter la musique  ; mais le fait de pouvoir lire plus, me fait penser que la rue est très similaire à la prison, dans les deux endroits tu as de mauvaises conditions de vie, tu es soumis à la dynamique du au jour le jour, en luttant pour survivre ».

« La réclusion m’a servi pour lire, pour écrire et pour réfléchir, mais je ne souhaite ça à personne : parfois je veux parler avec quelqu’un, les infirmières ou les patients, mais il m’est interdit de le faire sous prétexte que « je transgresse la sécurité institutionnelle »« .

Dans la tour médicale de Tepepan, il y a parmi les détenus des personnalités telles qu’Elba Esther Gordillo*** et Andrés Granier Melo, ex-gouverneur de l’État mexicain de Tabasco. Comme Mario se trouve dans la section masculine de la prison, il lui est arrivé de croiser ce dernier et même de le saluer, non pas pour établir une conversation ou une amitié avec lui – assure-t-il –, mais parce qu’il est parfois nécessaire de parler avec quelqu’un pour résister à la réclusion et à l’isolement.

Selon Mario, c’est surtout le fait qu’il se revendique anarchiste qui explique son maintien en détention. En effet, bien que sa défense ait démontré qu’il n’y avait pas de motifs pour prolonger son incarcération, on lui a refusé sa liberté. Il considère que l’anarchisme fait peur à l’ordre établi. Si l’État craint ce courant politique, c’est aussi  parce que, selon Mario, c’est le chemin qui rapproche le plus les êtres humains de la liberté.

L’interview est interrompue par un gardien qui signale que mes vingt minutes de visite sont écoulées. Mais obtempérer est impossible puisque nous en sommes arrivés à discuter de l’un des moteurs de la lutte sociale que Mario revendique : la défense de l’éducation publique et gratuite. Il parle de son activisme dans le Collège de Sciences Humaines, siège Naucalpan. L’entretien est à nouveau interrompu. Les adieux sont accompagnés d’une demande : « Continuez à diffuser mon cas et merci de votre venue ».

Ndt : Dans les jours qui viennent, d’autres initiatives sont envisagées pour continuer la lutte pour la libération de Mario Gonzalez, et une semaine dédiée aux prisonnier-e-s anarchistes aura lieu du 26 au 30 août au Mexique et ailleurs.

Pour l’instant, vous pouvez, si vous le souhaitez, écrire un mot à Mario à cette adresse postale :

Jorge Mario González García
(Torre Médica Tepepan) Centro Femenil de Readaptación Social Tepepan.
Calle La Joya s/n Colonia Valle Escondido
Delegación Xochimilco.CP.14600 Ciudad de México, Distrito Federal.
MEXICO. (comptez trois à quatre semaines pour l’arrivée du courrier à Mexico DF)

Vous pouvez également envoyer votre message à l’adresse mail suivante : solidaridadmariogonzalez@riseup.net

Source en espagnol

Plus d’infos

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*La magistrate du Tribunal Supérieur de Justice de la ville de Mexico, Celia Marín Sasaki, membre de la Cinquième Salle Pénale, la même magistrate qui avait condamné notre compagnon anarchiste et adhérent à la Sexta, Víctor Herrera Govea le 2 octobre 2009, a prononcé, le 11 juillet 2014, une nouvelle sentence de 5 ans 1 mois et 15 jours de prison contre Mario González García.

** le 9 août 2014, les ami-e-s de Mario, des personnes solidaires et sa famille ont fêté à l’extérieur de la prison son 22e anniversaire. Des chansons, des discours et plusieurs activités se sont déroulés ce jour-là pour accompagner Mario qui a pu regarder depuis sa fenêtre cet événement en solidarité avec lui. Pendant cet événement – comme Mario le raconte- il a suspendu un A d’anarchie à sa fenêtre aux yeux de tous ceux et toutes celles qui se trouvaient dehors.

***Elba Esther Gordillo, surnommée « La maestra » a été pendant 24 ans l’ex-dirigeante du Syndicat mexicain des Travailleurs de l’Éducation (SNTE). Elle a été arrêtée le 26 février 2013 pour détournement, délinquance organisée et blanchiment de 200 millions de dollars. La « maestra » était connue pour ses multiples abus de pouvoir et son énorme pouvoir de corruption.

Traduit par les trois passants et Caracol Solidario
Correction : Valérie

Depuis la Sexta dans le monde : Gaza vit et résiste !

Posted in Archives, Communiqués on 25 juillet 2014 by liberonsles

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« Et, peut-être, qu’un petit garçon ou une petite fille de Gaza survivent aussi. Peut-être qu’ils grandiront et, qu’avec eux, grandiront aussi la colère, l’indignation, la rage. Peut-être qu’ils deviendront soldats ou miliciens de l’un des groupes qui luttent en Palestine. Peut-être qu’ils se retrouveront à combattre Israël. Peut-être qu’ils le feront en tirant avec un fusil. Peut-être en s’immolant avec une ceinture de cartouches de dynamite autour de la taille. Et alors, là-haut, ils écriront sur la nature violente des palestiniens et feront des déclarations en condamnant cette violence et on recommencera à discuter s’il s’agit de sionisme ou d’antisémitisme. Et alors personne ne demandera qui a semé ce qui est récolté. » (Sous-commandant Insurgé Marcos. Mexique, 4 janvier 2009)

Combien de fois nous retrouverons-nous à discourir, agir et résister devant la violence raciste de l’État d’Israël contre les peuples natifs de Palestine?

Le 22 juillet 2014, les journaux informent que les opérations militaires d’Israël dans la bande de Gaza ont fait plus de 500 morts et 3000 blessés, tous palestiniens. Ils disent, écrivent, que c’est une guerre. Mais les morts tombent seulement d’un côté, et parmi les morts, il y a des enfants, des bébés, des femmes, des vieillards. Certains regardaient un match, d’autres dormaient, d’autres couraient dans la rue en essayant d’échapper, inutilement, à la pluie de bombes qui fait trembler ce petit coin martyrisé de la planète.

Nous demandons : où est la guerre ?… Ceci EST UN MASSACRE !

Ils nous informent aussi qu’il y a eu jusqu’à présent 7000 tonnes d’explosifs lancés sur ce territoire. Tant de plomb ne reste pas dans l’air… il a éclaté dans des foyers, des hôpitaux, des écoles, des parcs publics, des marchés. Là où le peuple vit, travaille, tombe amoureux et se repose. Et aujourd’hui il meurt et est déchiqueté.

Alors que nous rédigeons ce communiqué, le coeur blessé et les mains chargées de rage, les palestiniens et palestiniennes sont en train de mourir. Quand ces lignes seront arrivées à d’autres coeurs honnêtes et solidaires, des dizaines, peut-être des centaines de personnes seront mortes.

Ce que fait Israël, depuis 66 ans, est un nettoyage ethnique sur un territoire conquis avec l’appui des pays capitalistes ; alors que de manière systématique ils en profitent pour tester en direct de nouvelles armes (qui après se vendent à d’autres pays) pour permettre d’exploiter des territoires, des ressources et la force de travail (avec les colonies sionistes sur ce qu’il reste du territoire palestinien).

Israël est l’exemple le plus clair de la perfection à laquelle peut arriver la machine affreuse du capitalisme : une société bien insérée dans l’économie globale, moderne et à la fois théocratique, nationaliste, sécuritaire et militarisée, totalement construite sur le pillage, la discrimination, l’exploitation et l’extermination « lente » d’un autre peuple, le palestinien. Tout cela en se présentant au monde comme l’unique démocratie de la région, comme un fortin occidental dans une « zone de barbares ».

La dignité et la résistance des palestiniens et des palestiniennes émeuvent beaucoup de ceux qui sont en-bas dans le monde, c’est cela leur arme la plus puissante. Dans tous les territoires où nous vivons nous continuerons à boycotter les produits israéliens, en dénonçant ses atrocités et en levant le drapeau du Peuple palestinien, qui au-delà de ses autorités corrompues – du Hamas ou du Fatah – continue d’être un exemple de fermeté dans l’histoire contre les génocides racistes. Tenaces, comme des oliviers séculaires devant la modernité destructrice.

Notre rage est une embrassade. Depuis en bas et à gauche, avec l’autonomie dans le coeur comme proposition anticapitaliste et de paix, nous accompagnons dans la douleur et dans la lutte nos frères et sœurs palestiniens.

Collectifs et groupes adhérents à la Sixième Déclaration de la Forêt  Lacandone de l’EZLN :

AMERICAMINOS, comunicación independiente (Mexique)
Asamblea de Mexicanos (Buenos Aires, Argentine)
ASSI – Acción Social y Sindical Internacionalista (État Espagnol)
Associació Solidaria Cafè Rebeldía-Infoespai (Barcelona, Catalunya – État Espagnol)
Asociacion Espoir Chiapas / Esperanza Chiapas (France)
Associazione Ya Basta! Milano (Italie)
Brújula Roja (DF, Mexique)
Caracol Solidario, Besançon (France)
Caracol Zaragoza (État Espagnol)
Centro de Documentación sobre Zapatismo – CEDOZ (État Espagnol)
Centro Sociale XM24, Bolonia (Italie)
CGT – État Espagnol
Colectivo de adherentes a la Sexta (Tarija et Huacaya, Bolivie)
Colectivo de Telefonistas Zapatistas (DF, Mexique)
Colectivo Votán Zapata (DF, México)
Comitato Chiapas “Maribel” – Bergamo (Italie)
Comitato Madri per Roma Città Aperta  (Italie)
Comité de Familiares y Amigos de Secuestrados Desaparecidos y Asesinados (Guerrero, Mexique)
Comite Noruego de Solidaridad con America Latina (Norvège)
Comité de Madres de Desaparecidos Políticos de Chihuahua (Mexique)
Comité Amigos de Puerto Rico (Puerto Rico)
Compañeros/as de Uruguay adherentes a la Sexta (Uruguay)
Cooperativa El Rebozo (Oaxaca, Mexique)
Coordinadora Valle de Chalko (Mexique)
Colectivo Autonomo de Apoyo a Sobrevivientes de la Tortura- Caasot (Mexique)
Colectivo Radio Zapatista (Chiapas, Mexique)
Dorset Chiapas Solidarity Group (Royaume-Uni)
Encuentro de Organizaciones de Córdoba (Argentine)
Espacio de Lucha contra el Olvido y la represión – ELCOR (Chiapas-Mexique)
Frente del Pueblo (DF, Mexique)
GT “No Estamos Todxs” (Chiapas, Mexique)
La Pirata:
-Colectivo Zapatista “Marisol”Lugano (Suisse)
-Nodo Solidale (Italie et Mexique)
-Nomads (Italie et Berlin)
-Adherentes Individuales
La Sexta en Surponiente-DF  (Mexique)
La Voz de los Zapotecos Xiches en Prisión (Oaxaca, Mexique)
Les trois passants (Paris, France)
Movimiento Insumis@ Zapatistas (Mexique)
Movimiento Popular la Dignidad (Buenos Aires, Argentine)
Movimiento Revolucionario Comechingón (Cordoba, Argentine)
Movimento Utopia e Luta (Porto Alegre, Brésil)
Mujeres y la Sexta (DF, Mexique)
Nodo de derechos Humanos (Puebla, Mexique)
Piratas X Tierra Mojada (Cordoba, Argentine)
Plataforma de Solidaridad con Chiapas y Guatemala de Madrid (État Espagnol)
Radio K’astajib’al (Guatemala)
Red de Solidaridad con Chiapas (Buenos Aires, Argentine)
Red Movimiento y Corazón Zapatista (DF, Mexique)
Regeneración Radio (DF, Mexique)
Taller de Desarrollo Comunitario A.C. (Guerrero, Mexique)
Universidad de la Tierra (Oaxaca, Mexique)
Veredas Autónomas (Oaxaca, Méxique)
20ZLN  (Milano – Italie)
__________________

Traduit par les trois passants et Caracol Solidario
Correction Myriam

Mise à jour concernant la situation des prisonnier-e-s de la ville de Mexico. Liberté aux prisonnier-e-s de Mancera!

Posted in Archives, Campagnes, Ville de Mexico on 11 juillet 2014 by liberonsles

2octmex Liberté aux prisonnier-e-s de Miguel Angel Mancera, maire de la ville de Mexico !

Par Les trois passants
11 juillet 2014

Tandis que les médias de l’État et les médias commerciaux mènent un véritable lynchage médiatique contre les manifestants « violents » et les « anarchistes-casseurs », le gouvernement fédéral d’Enrique Peña Nieto et le gouvernement de Miguel Angel Mancera, maire de la Ville de Mexico, ont déclenché depuis 2012 une véritable persécution contre les mouvements sociaux, en particulier contre les mouvements anarchistes.

À ce jour, cinq compagnon-e-s anarchistes ou lié-e-s au mouvement anarchiste se trouvent incarcéré-e-s pour avoir participé à des manifestations, piquets de protestation, actions, etc. Certains ont été condamnés à plus de cinq ans de prison ferme, comme Jorge Mario González García. L’entreprise de diffamation poursuivie par le Gouvernement de la Ville de Mexico à l’encontre de Mario González a atteint sa compagne Nuria Ramirez, qui dès le début s’est mobilisée avec une énergie inépuisable pour la liberté de son compagnon. De la même façon, les personnes proches de Mario se sont vues harcelées par les autorités du fait de leur dénonciation systématique de la politique répressive du gouvernement. Le Gouvernement de la Ville de Mexico utilise un discours de violence pour tenter de légitimer la véritable violence qu’il exerce sur la société en général et sur les mouvements sociaux en particulier, violence qu’il érige en mode de gouvernement. La répression visant les manifestants, à partir du 1er décembre 2012, l’a clairement démontré.

Les cas d’autres prisonniers et prisonnières sont également dans une situation difficile. Concernant les anarchistes Carlos López, Amélie Pelletier et  Fallon Poisson accusé-e-s d’avoir lancé le 5 janvier 2014 des pierres et des cocktails molotov sur des installations du Secrétariat de Communications et Transports et sur une concession NISSAN, leur cas se trouve en suspens. De la même façon que pour Mario, ils avaient été relâché-e-s faute de preuves et juste après la Police de la ville de Mexico les a remis-e-s en détention pour des accusations de dommages et attaques à la paix publique. Tous les trois sont en attente de leurs sentences. Carlos a écrit plusieurs lettres racontant sa difficile situation dans la prison d’Oriente, l’une des plus surpeuplées de la ville. Carlos fait l’objet d’abus carcéraux, tabassages et vit dans une situation de violence et de harcèlement constant. Cependant il signale fermement dans l’une de ses lettres « Le système carcéral cherche à ce que nous voyions sa violence comme quelque chose de « normal », que nous en prenions l’habitude, que nous comprenions que c’est comme cela que la prison doit se mener, personnellement, je ne pense pas me laisser domestiquer, je n’ai pas peur de ses représailles ». Quant à Luis Fernando Bárcenas, militant libertaire arrêté le 13 décembre 2013 et accusé d’avoir brûlé un arbre de noël de Coca-Cola, il a été condamné à de la prison ferme pour les mêmes délits d’attaques à la paix publique et association de malfaiteurs. Un recours (Amparo) a été présenté par sa défense et il est dans l’attente de son recours en appel. D’autres jeunes ont été condamnés à de lourdes peines de prison, comme ce fut le cas pour Abraham Cortés Ávila, âgé de 23 ans, arrêté le 2 octobre 2013 pendant la manifestation commémorant les quarante-cinq ans du massacre de Tlatelolco. Il a été condamné le 2 juin dernier à 13 ans et 4 mois de prison ferme pour les délits d’attaques à la paix publique en bande organisée et tentative d’homicide.

Face à cette persécution, il faut mentionner que la majorité des personnes arrêtées dernièrement ont été accusées d’attaques à la paix publique. L’article 362 du Code Pénal de la ville de Mexico – District Fédéral concernant les « attaques à la paix publique » a été modifié après trois semaines d’actions pour exiger son abrogation, suite aux arrestations massives durant la manifestation contre l’investiture présidentielle d’Enrique Pena Nieto le 1er décembre 2012, ce qui devrait permettre que les détenus suivent leur procès pénal en dehors de la prison. L’article, qui spécifie le délit de « attaques à la paix publique », consiste en réalité en une assignation pour terrorisme que le gouvernement de la ville de Mexico utilise pour criminaliser les dissidents…

Voici une mise à jour concernant les cas de neuf prisonnier-e-s que Miguel Angel Mancera, maire de la ville de Mexico, et son gouvernement répressif maintiennent en prison (Juillet 2014).

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