Oaxaca: Sept pièces du puzzle Loxicha

Alavrotros

De nuit ils ont été pris. Plusieurs personnes fortement armées, habillées tout en noir et encagoulées ont tout à coup fait irruption dans la cellule que les prisonniers partageaient. Avec violence, ils ont été fouettés contre le mur et on leur a attaché les mains derrière le dos. Ils ont été maintenus ainsi, attachés, debout pendant des heures jusqu’à ce que les hommes habillés en noir les fassent sortir de leur cellule, sans qu’ils sachent quand ils allaient revoir cette cellule qu’ils avaient partagée pendant seize ans.

Jamais aucun d’eux, ni personne, n’aurait voulu vivre dans ce lieu construit dans le seul but d’enfermer les gens et de leur arracher la liberté. Cependant, après seize ans, les sept hommes avaient changé les murs de cette prison en la rendant un peu plus habitable, un peu plus humaine. C’était déjà leur foyer, le lieu où ils travaillaient, où ils préparaient la nourriture, où ils recevaient leurs petits-fils et petites-filles et leurs visites, où ils écrivaient des lettres à la machine. Tout ce qu’ils avaient réussi à construire tout au long d’une demi-vie a disparu en un instant.

En les poussant avec violence, les hommes en uniforme les ont obligés à monter dans un autobus qui les attendait, le moteur allumé, pour ensuite les emmener loin de là. Ils ont été emmenés avec d’autres prisonniers qui montaient eux aussi, les mains attachées. Ils soupçonnaient déjà où on les amènerait mais l’incertitude était suffocante, plus encore pour ces sept hommes qui avaient tant de fois été arrêtés, séquestrés, portés disparus, torturés, et transférés d’une prison à l’autre. Ce qu’ils savaient avec certitude c’est qu’ils ne reviendraient jamais dans ce lieu où ils n’avaient jamais voulu venir, mais qu’au cours de presque dix-sept ans, ils avaient converti en foyer, leur foyer.

Les prisonniers Loxicha ont été transférés le 20 juin 2013 de la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », dans l’État d’Oaxaca, vers la prison n°6 « Huimanguillo », État du Tabasco. Puis ils ont été re-transférés de cette dernière vers à nouveau la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », où ils résistent aujourd’hui. Les conditions de détention et de vie sont totalement différentes – voire plus hostiles – que dans la prison d’Ixcotel, les visites sont très difficiles à obtenir, avec beaucoup de restrictions, des contrôles répétés et systématiques, de constantes humiliations vers les familles. Malgré cela la lutte et la détermination des compagnons restent intactes.

Ce texte est la première partie d’une série d’écrits qui s’intitulent : Sept pièces du puzzle Loxicha. Ce travail collectif a été réalisé par « La Voix des zapotèques xiches en prison », L’agence indépendante « Subversions » entre autres.

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