Mexico: Communiqué de Jorge Mario González García, première et deuxième partie.

MARIOLB

 Jorge Mario González García, Ville de Mexico, mai 2014.

Aujourd’hui, je veux envoyer une salutation aux gens pauvres, rebelles, conscients, solidaires, dépossédés, dissidents, exclus, qui cheminent à contre-courant, inadaptés à cette société malade, aux gens exploités, nobles, humbles, sensibles, misérables, malheureux, prisonniers, différents de l’exploiteur, trompés, désespérés, attrapés, tristes, maltraités, frappés, humiliés, discriminés, piétinés et à ceux qui lisent ces simples lignes de quelqu’un qui pense que toute cette injustice ne peut pas continuer.

Une excuse pour mon silence, je sais qu’il est très important de maintenir la communication, bien que je n’ai pas écrit depuis longtemps, c’est grâce à l’aide de ma compagne que mes lettres peuvent se répandre ailleurs, j’essaierai d’écrire plus souvent, j’ai beaucoup de choses à dire, bien que parfois il m’est difficile de le faire.

Un mois est passé à peu près depuis que j’ai reçu le résultat de l’appel déposé, qui a confirmé la sentence du juge. A partir de cet instant, j’ai commencé à comprendre que ma réclusion allait durer un bon moment, peut-être jusqu’au recours qui vient d’être déposé, à une autre instance, ou même jusqu’à 50 ou 60 % de ma condamnation à 5 ans 9 mois de prison ; le fait d’y penser a été difficile pour moi, puisque la réclusion est une méthode de répression qui implique beaucoup de choses négatives à tous points de vue. Je pense aux autres prisonniers et prisonnières politiques qui sont en train de vivre des moments difficiles, comme Álvaro Sebastián et bien d’autres ex-prisonniers qui ont montré une grande force : Alberto Patishtan, condamné à 60 ans et emprisonné pendant 13 ans, ou encore, les prisonniers et prisonnières d’Atenco qui ont été condamnés à de lourdes peines de prison après avoir vécu une forte répression pour défendre leurs terres, tous ont été libérés grâce à la solidarité, je les salue tous et toutes. Ces histoires témoignent de la lutte impressionnante menée pour changer l’ordre des choses.

Ces dernières semaines j’ai reçu des bonnes nouvelles puisque plusieurs compagnons qui étaient prisonniers dans la prison nord et qui avaient été arrêtés suite à la répression du 2 octobre 2013, ont été libérés.

J’ai aussi été mis au courant qu’apparemment, les personnes arrêtées le 1er décembre 2012 seront indemnisées du fait que l’État les a torturées et arrêtées arbitrairement, comme il a l’habitude de le faire et continuera de le faire, puisque la répression est son unique fonction professionnelle ; cyniquement l’État pense qu’avec l’indemnisation tout finira par être oublié, alors que la mort du compagnon Kuy   n’est même pas mentionnée. Les seuls qui veulent oublier ce sont eux, les gens du pouvoir. Et que dire d’Almeida ? Qu’après la répression qui s’est abattue contre la marche silencieuse de mardi dernier en protestation contre les lois de télécommunications, on prétend que la police de la ville de Mexico est démocratique -comme si cela pouvait être crédible- et que cette ville protège la liberté d’expression,  alors que nous savons que tout cela est dit seulement pour satisfaire les oreilles du pouvoir et pour tromper les ingénus.

À quelques jours du XVe anniversaire du début de la grève de l’UNAM de 1999, je veux exprimer mon admiration à cette génération qui a marqué l’histoire par sa grande conviction solidaire, rebelle, et combattante, qui a influencé les générations suivantes.

J’ai reçu la revue « Rebeldia Zapatista » dont une bonne partie est consacrée aux lettres anarchistes avec diverses réflexions, parmi ces lettres il y a celle d’un collectif de compagnons solidaires du Costa Rica qui m’a mentionné, je remercie cette revue d’avoir inclus cette lettre, ainsi qu’une photo où l’on voit une banderole portée par deux compagnons sur laquelle est écrit qu’ils réclament ma liberté depuis Guadalajara. Aux compagnonnes et compagnons de l’EZLN, je vous envoie une forte salutation et ma solidarité dans les moments difficiles et répressifs que vous êtes en train de traverser.

Je remercie pour leur inestimable solidarité, les compagnons et de compagnonnes prisonnier-e-s et ex-prisonnier-e-s politiques, les individus et organisations en tout genre et du monde entier, cela me fait plaisir de voir toute cette solidarité envers moi : communiqués, banderoles, slogans criés, manifestations, blocages et tagues dans la rue, rassemblements, assemblées, évènements, flyers, affiches, émissions de radio, notes dans les espaces de médias alternatifs, les vidéos qui parlent de ma situation, les livres, les fanzines que m’ont été envoyées, les lettres reçues, le soutien économique et juridique… tout cela m’encourage à ne jamais abandonner pour me relever après être tombé, je remercie beaucoup tous ceux et toutes celles qui ont soutenu la lutte pour la liberté de prisonnier-e-s.

Beaucoup de gens disent que personne ne peut rien faire contre le gouvernement ni en venir à bout, que mes objectifs sont utopies et qu’il faut seulement me préoccuper de moi-même, que si je continue en agissant ainsi, je vais rester enfermé ou je vais finir par disparaître ou par mourir. C’est probablement vrai, mais partout où je regarde, je vois la cruelle réalité dans laquelle nous nous trouvons coincés. Les motifs de nous révolter ne manquent pas et les motifs pour être heureux ne manquent pas non plus, je pense que vivre en se révoltant est la seule façon d’être heureux, c’est pourquoi parfois je suis à l’aise malgré les conséquences. C’est le chemin que je veux prendre, parce que pour moi, une petite dose de solidarité, de folie, de joie et de liberté, donne plus de satisfaction qu’une vie pleine de regrets, de tristesse, de lassitude, de résignation et d’oppression.

Est-ce qu’il est possible de « ne pas chercher des ennuis », de vivre « tranquille », sans risques et confortablement ? Peut-on être « impartiale » dans un monde comme celui-ci où il y a celui qui galère et celui plein de billets, celui qui arnaque et celui qui est arnaqué ? Est-il normale et plus convenant d’être une partie du problème et non pas une solution ? Est-ce que c’est mieux de se résigner parce que nous pensons que nous ne pouvons rien changer plutôt que de se battre et en finir avec tout ce qui nous opprime ? Nous vivons tranquillement tandis que les ressources naturelles sont sur-exploitées en condamnant les générations futures à (sur)vivre sur une planète privée des belles ressources naturelles que nous voyons encore ? Est-il préférable de supporter tant d’injustice, d’exploitation, de misère et d’hypocrisie qui nous entourent ?

Est-ce qu’il vaut mieux fuir toute cette réalité ou l’ignorer, alors qu’elle est tout le temps sous notre nez ? Quelle est la meilleure méthode pour combattre tout cela ? Si l’on choisit de faire face à l’exploiteur, chacun, selon les différentes situations et raisons, choisit sa méthode ; pour certains il est plus important de diffuser l’information, pour d’autres c’est l’action (qui peut être considérée aussi comme une forme de diffusion), et autres moyens. L’important est de choisir de quel côté on est, ou si  on reste juste spectateur / position dans laquelle normalement tu ne risques pas grande chose sauf que tu peux subir les conséquences de la guerre, même si tu n’as pas décidé d’y participer.

Ce serait bien si tout cela n’existait pas, mais bien que nous soyons nombreux à le vouloir, malheureusement cela ne se passe pas ainsi : si tu ne fais pas partie de la solution, tu fais partie du problème. Je pense que faire partie de la solution c’est chercher et se battre pour l’émancipation : la solidarité de l’humanité pour et par l’humanité. Je suis sûr que c’est ça la solution : essayer de lutter pour tout cela, tout le temps, à travers l’action, la parole, l’écriture, la réflexion, la pensée, l’écoute,  l’entraide, la lecture, le partage, l’observation, les cris, la lutte, la chanson, les pleurs, le rire, la danse et  l’amour.

Pour tous et toutes, anarchie, santé et révolution sociale !
Solidarité avec Carlos, Amélie, Fallon et tous les prisonnier-e-s politiques dans le monde !

Communiqué de Mario González , mois de mai 2014.

Traduit par les trois passants et Caracol Solidario

Source

plus_d_infos

Publicités

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :