Cas de Mario González : réflexions autour de l’arrestation et de l’enfermement.

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Par le groupe de soutien à Jorge Mario González García

28 juin 2014.

Brève description du cas de Mario Gonzalez :

Jorge Mario Gonzalez Garcia est un étudiant du Collège de sciences humaines de Naucalpan (établissement dépendant de l’UNAM), qui s’est opposé aux réformes éducatives de l’Université Nationale Autonome du Mexique visant à mettre en place la privatisation de l’éducation publique. Ces réformes nuisent en effet aux intérêts des étudiants et du pays en général. À cause de son opposition, Mario avait reçu des menaces.

Le 02 octobre 2013, Mario a été arrêté avec dix autres personnes dans un transport en commun, de façon violente et arbitraire, alors qu’il se rendait à la manifestation commémorative du 2 octobre. Sa détention a été clairement illégale et jusqu’à présent tout le processus de son incarcération a été rempli d’irrégularités. Il s’agit d’un prisonnier politique. Il reste enfermé car ses idées représentent une menace pour le pouvoir politique en place.

Alors qu’une importante caution a été versée, Mario reste détenu sous l’accusation « d’Attaques à la Paix Publique » et il est considéré comme un « individu socialement dangereux ». (1)

Du fait de toutes ces irrégularités, Mario a entamé une longue grève de la faim dont le but était de signaler l’injustice commise à son encontre et d’exiger sa libération. Elle a duré 56 jours, causant des dommages irréversibles dans son organisme et nécessitant son transfert à la tour médicale du centre carcéral féminin de Tepepan, dans la Ville de Mexico où il se trouve actuellement hospitalisé. Cependant, le système carcéral du Gouvernement de la Ville de Mexico (GDF), fidèle à son mépris de la vie humaine et à son autoritarisme, le maintient toujours en prison.

Quelques réflexions sur l’incarcération

Les objectifs de la prison : soumettre la personne à l’isolement, à l’intimidation et à la destruction non seulement de son corps mais de sa dignité afin de briser sa participation politique.

Nous savons que les lois servent à défendre les intérêts du mauvais gouvernement, à justifier la répression en soi. Nous savons que nous ne pouvons rien attendre de ce soi-disant appareil légal, c’est-à-dire qu’il n’y aura aucun type de justice pour nous car  aucun procès à notre égard n’a été attaché conforme à ses propres lois et à ses propres  normes.

Cependant, le prisonnier doit continuer à suivre son procès juridique et à épuiser toutes les instances, afin de saisir la moindre erreur de leur part comme occasion de rendre sa libération possible. Toutefois, nous sommes sûrs que ce sont les mobilisations sociale et politique qui feront sortir notre compagnon de prison.

Nous considérons que les premières heures de détention sont les plus Importantes. Il faut avoir les numéros de téléphone des avocats afin de pouvoir avoir une représentation juridique adéquate, de préférence des avocats expérimentés dans les cas d’emprisonnement politique.

Il est nécessaire d’user de toutes les ressources juridiques, de tous les recours, les habeas corpus (Amparos) etc. Nous savons que l’État ne reconnaîtra jamais que la prison accomplit une fonction de punition envers la dissidence sociale.

Évidemment il s’agit d’un processus long et épuisant, ce pourquoi il est toujours avantageux et indispensable de chercher des réseaux de soutien, familiaux, économiques et politiques.

Les impacts du système carcéral

Pour ceux et celles qui sont à l’extérieur (la famille, les amis, les proches, etc.) il existe des impacts psychologiques : peur, tristesse, énervement, frustration, fatigue, maladie. Pour ceux et celles qui sont à l’intérieur (pour le prisonnier-e-s) : torture, mauvais traitements, coups, impact économique car la prison coûte cher et les frais juridiques également, épuisement physique et psychologique. Nous avons tout de même expérimenté des changements dans les dynamiques politiques des personnes impliquées.

Possibles apprentissages

Pour Mario, le processus carcéral a connu différentes étapes, grâce auxquelles nous nous sommes rendu compte qu’il générait une grande capacité à se surpasser, se mettre debout. C’est difficile mais possible et grâce à cette capacité, nous pouvons aller de l’avant.

Il s’agit d’une lutte continuelle, la lutte pour la survivance de soi-même. Malgré l’emprisonnement entre les griffes de ce monstre gouvernemental, on peut continuer à être soi-même.

Il est possible de trouver d’autres moyens de transgresser l’enfermement , il y aura toujours différentes façons de dépasser l’enfermement. Apprendre à nous organiser autrement. Les expériences vécues par d’autres prisonniers ou ex-prisonniers, desquelles nous pouvons apprendre, seront toujours de grand utilité. Connaître profondément le système carcéral nous permet de mieux le comprendre et de pouvoir mieux le combattre.

Nous voyons la nécessité de repenser un monde sans prisons, car le système carcéral ne permettra jamais aucune réinsertion sociale. Il faut repenser d’autres formes de « réinsertion sociale ». Pour toutes ces raisons, il est indispensable de ne pas oublier les compagnons qui sont en prison.

Conclusion

Nous ne pouvons pas nous habituer à la répression. Il est nécessaire de trouver des alternatives qui nous aident à la combattre, à nous coordonner avec d’autres luttes, à nous mettre en relation pour faire face à la politique de terreur menée par l’État Mexicain.

(1) Le 7 octobre la juge des délits non graves Marcela Ángeles Arrieta a fixé une caution de 130, 000 pesos (un peu plus de 7000 euros, ce qui est totalement disproportionné par rapport au salaire minimum mexicain qui est de 3 euros par jour environ). Cette somme a été réglée mais le jour prévu de sa libération, un groupe de policiers ont ramené Mario en prison, la tête couverte et en le rouant de coups, sans donner d’explications. L’argument de la Juge a été que Mario est une personne dangereuse pour la société. De cette façon, la juge a annulé sa remise en liberté sans prévenir la défense.

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Traduit par les trois passants
Correction Myriam et Valérie

Source en espagnol (Reseña tomada de la exposición de Nuria Ramírez en el I Foro contra la Represión)

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