MEXICO: L’enfermement d’un anarchiste

Mariolibre9aout1

L’enfermement d’un anarchiste
Par Alejandra Natalia Rodriguez Escobar
11 août 2014.

Ma destination, c’est la tour médicale de la prison de Tepepan, et le patient incarcéré est Jorge Mario González García. Trois contrôles préalables à l’entrée dans l’hôpital m’attendent  : identification, fouille vestimentaire et tampons de sécurité. Cependant, l’entrée n’est pas si simple. À une première tentative, le jogging vert que je porte n’est pas autorisé ; ensuite je dois encore attendre car le gardien de service n’a pas fait mention de mon changement de vêtement.

« Lit 213, c’est votre patient, attendez ici qu’ils viennent vous chercher pour vous indiquer le chemin », me dit l’un des gardiens . Quelques minutes plus tard, un policier arrive pour me conduire à l’ascenseur. Après avoir passé mon dernier contrôle, je vois un homme jeune, mince, aux cheveux frisés et en robe de chambre blanche, attendant la visite. Le premier contact est une embrassade suivie de félicitations. Hier, Mario González a fêté son 22ème anniversaire.

Mario González est incarcéré depuis le 2 octobre dernier, accusé d’attaques à la paix publique. Malgré les irrégularités juridiques dans son dossier et l’inexistence d’une quelconque preuve qui l’incrimine, il a été condamné à plus de 5 ans de prison ferme*, sans droit à une caution. En décembre dernier, Mario a mis fin à une grève de la faim qui a duré presque 60 jours. Les conséquences sur son état de santé sont significatives.

Les chambres des hôpitaux ont la caractéristique d’être froides et sobres  ; cependant, on perçoit autre chose dans celle-ci. En plus de la solitude du seul patient, une accumulation de livres empilés lus et qui restent à lire, ainsi que des journaux nationaux, décorent la chambre. Des textes anarchistes et un résumé des écrits de Ricardo Flores Magón sont les plus visibles. – « Celui-ci, je suis en train de le lire », me dit-il, en même temps qu’il me montre un exemplaire du « Traité du savoir vivre à l’usage des nouvelles générations ». – « C’est un livre qui parle de l’agitation sociale radicale qui a inspiré les jeunes du mai français et il m’a été très utile », m’explique-t-il.

Sur le bureau près du lit, on voit un Rubik’s cube – avec la face jaune complétée.  J’observe un petit gâteau presque terminé, puis je demande : « Comment as-tu passé ton anniversaire ? »

⁃    « Bien. Le fait de sentir et de voir le soutien de mes compagnons dehors m’a donné beaucoup de courage et même, pendant un moment, je me suis senti libre. J’ai pris ce couvre-lit noir et avec du papier toilette j’ai mis un « A » que j’ai suspendu avec le ruban que les infirmières utilisent pour le sérum, et je l’ai mis à ma fenêtre qui donne sur la rue, je sais que cela peut me coûter une sanction, mais même en étant enfermé tu peux être libre dans la mesure où toi-même tu exerces ta liberté, et j’ai la liberté de montrer qui je suis », répond-il.**

Comme je lui demande ce qui lui manque le plus de quand il était libre, le jeune soupire et sourit   : « Il me manque d’être avec ma compagne, de prendre le soleil, de voir des films et d’écouter la musique  ; mais le fait de pouvoir lire plus, me fait penser que la rue est très similaire à la prison, dans les deux endroits tu as de mauvaises conditions de vie, tu es soumis à la dynamique du au jour le jour, en luttant pour survivre ».

« La réclusion m’a servi pour lire, pour écrire et pour réfléchir, mais je ne souhaite ça à personne : parfois je veux parler avec quelqu’un, les infirmières ou les patients, mais il m’est interdit de le faire sous prétexte que « je transgresse la sécurité institutionnelle »« .

Dans la tour médicale de Tepepan, il y a parmi les détenus des personnalités telles qu’Elba Esther Gordillo*** et Andrés Granier Melo, ex-gouverneur de l’État mexicain de Tabasco. Comme Mario se trouve dans la section masculine de la prison, il lui est arrivé de croiser ce dernier et même de le saluer, non pas pour établir une conversation ou une amitié avec lui – assure-t-il –, mais parce qu’il est parfois nécessaire de parler avec quelqu’un pour résister à la réclusion et à l’isolement.

Selon Mario, c’est surtout le fait qu’il se revendique anarchiste qui explique son maintien en détention. En effet, bien que sa défense ait démontré qu’il n’y avait pas de motifs pour prolonger son incarcération, on lui a refusé sa liberté. Il considère que l’anarchisme fait peur à l’ordre établi. Si l’État craint ce courant politique, c’est aussi  parce que, selon Mario, c’est le chemin qui rapproche le plus les êtres humains de la liberté.

L’interview est interrompue par un gardien qui signale que mes vingt minutes de visite sont écoulées. Mais obtempérer est impossible puisque nous en sommes arrivés à discuter de l’un des moteurs de la lutte sociale que Mario revendique : la défense de l’éducation publique et gratuite. Il parle de son activisme dans le Collège de Sciences Humaines, siège Naucalpan. L’entretien est à nouveau interrompu. Les adieux sont accompagnés d’une demande : « Continuez à diffuser mon cas et merci de votre venue ».

Ndt : Dans les jours qui viennent, d’autres initiatives sont envisagées pour continuer la lutte pour la libération de Mario Gonzalez, et une semaine dédiée aux prisonnier-e-s anarchistes aura lieu du 26 au 30 août au Mexique et ailleurs.

Pour l’instant, vous pouvez, si vous le souhaitez, écrire un mot à Mario à cette adresse postale :

Jorge Mario González García
(Torre Médica Tepepan) Centro Femenil de Readaptación Social Tepepan.
Calle La Joya s/n Colonia Valle Escondido
Delegación Xochimilco.CP.14600 Ciudad de México, Distrito Federal.
MEXICO. (comptez trois à quatre semaines pour l’arrivée du courrier à Mexico DF)

Vous pouvez également envoyer votre message à l’adresse mail suivante : solidaridadmariogonzalez@riseup.net

Source en espagnol

Plus d’infos

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*La magistrate du Tribunal Supérieur de Justice de la ville de Mexico, Celia Marín Sasaki, membre de la Cinquième Salle Pénale, la même magistrate qui avait condamné notre compagnon anarchiste et adhérent à la Sexta, Víctor Herrera Govea le 2 octobre 2009, a prononcé, le 11 juillet 2014, une nouvelle sentence de 5 ans 1 mois et 15 jours de prison contre Mario González García.

** le 9 août 2014, les ami-e-s de Mario, des personnes solidaires et sa famille ont fêté à l’extérieur de la prison son 22e anniversaire. Des chansons, des discours et plusieurs activités se sont déroulés ce jour-là pour accompagner Mario qui a pu regarder depuis sa fenêtre cet événement en solidarité avec lui. Pendant cet événement – comme Mario le raconte- il a suspendu un A d’anarchie à sa fenêtre aux yeux de tous ceux et toutes celles qui se trouvaient dehors.

***Elba Esther Gordillo, surnommée « La maestra » a été pendant 24 ans l’ex-dirigeante du Syndicat mexicain des Travailleurs de l’Éducation (SNTE). Elle a été arrêtée le 26 février 2013 pour détournement, délinquance organisée et blanchiment de 200 millions de dollars. La « maestra » était connue pour ses multiples abus de pouvoir et son énorme pouvoir de corruption.

Traduit par les trois passants et Caracol Solidario
Correction : Valérie

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