MEXIQUE: Début du Premier Festival Mondial des Résistances et des Rébellions contre le capitalisme

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Début du Premier Festival Mondial des Résistances et des Rébellions contre le capitalisme
Où ceux d’en haut détruisent, ceux d’en bas reconstruisent
21 décembre 2014.

À 15h passées, en présence d’un grand nombre d’assistants et selon une cérémonie Otomí, la Communauté de San Francisco Xochicuautla (État de Mexico) a inauguré et présenté les travaux du Premier Festival Mondial des Résistances et des Rébellions contre le Capitalisme.

Face à l’estrade, 43 chaises représentaient symboliquement les étudiants normaliens disparus à cause de l’État mexicain, le 26 septembre 2014. Était ainsi manifestée l’espérance de les avoir parmi nous.

Cet évènement avait été décidé au mois d’août dernier, lors de la rencontre (Compartición) entre le Congrès National Indigène (CNI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), rencontre nommée « Compagnon David Ruiz García »*. Les participants y avaient partagé et exposé leurs expériences et stratégies contre le capitalisme.

Les premiers mots ont été prononcés par les membres de la communauté de Xochicuautla : « Aujourd’hui, Xochicuautla est l’exemple du fait que, au Mexique, non seulement on assassine des étudiants mais qu’on assassine aussi la nature ».

La communauté, qui fait partie du CNI (Congrès National Indigène), a partagé avec les participants les difficultés rencontrées dans la lutte contre la construction de la route Toluca-Naucalpan, dont la réalisation détruira le bois Otomí-Mexica, connu aussi comme le Grand Bois d’Eau.

“Nous savons l’importance de préserver la nature. Nous avons été créés pour rappeler au monde qu’il n’existe pas de chose plus précieuse que la vie même, manifestée dans cette Terre Mère, et qu’elle n’a pas pu être remplacée par l’or, l’argent ou les billets créés par l’homme. Ils pourront dire que nous sommes pauvres et que nous renonçons au développement, que nous sommes pauvres parce que nous n’avons pas d’argent … »

La majorité des communautés du CNI ont mené une lutte contre le gouvernement et le secteur privé puisque, avec la construction de routes, l’installation de mines, la construction d’aqueducs, l’installation de conduites de pétrole, ou d’autres projets, ils ont détruit des lieux essentiels pour la survie des villages comme les rivières, les montagnes, les bois, etc.

« À présent, nous nous rendons compte que quatre maladies affectent nos frères mexicains. La première est l’ignorance ; nous ignorons le danger que la Terre Mère est en train de vivre. La deuxième est l’apathie… La troisième est la peur… La dernière et la plus grave maladie qui affecte les gouvernants est l’argent… »

Quelques parents des étudiants disparus de l’école « Raúl Isidro Burgos » ont dit quelques mots en remerciant les organisations, collectifs et individus pour leur appui et leur solidarité.  « Jamais nous ne fatiguerons, car ces 43 chaises attendent les 43 élèves et que ces 43 maîtres vous sont destinés, à vous, gens humbles qui avez besoin d’eux. »

Des membres d’autres communautés et du CNI ont pris la parole en remerciant les milliers de personnes présentes et en demandant d’être attentifs à la situation des diverses luttes et des résistances qui se développent sur le territoire mexicain.

Un communiqué émis par les paysans tzeltales du terrain communal de San Sebastian Bachajón a été lu, où ils expliquent leur lutte pour la récupération de leurs terres : «  Notre peuple continue de lutter contre le pillage et la répression du mauvais gouvernement qui veut nous enlever nos terres coûte que coûte, nos ressources naturelles et notre dignité en tant que peuple… Il nous enlève notre terre pour la donner aux entreprises et aux politiciens corrompus afin qu’ils deviennent encore plus riches, tandis que nous, nos communautés, meurent de faim… »

Enfin ont commencé les différentes activités culturelles lancées par la communauté de San Francisco Xochicuautla et prévues pour tout le festival.

La communauté de San Francisco Xochicuautla a été fortement réprimée pendant des années, notamment ces derniers mois. Le 3 novembre 2014, bien que ses membres aient déposé plusieurs recours (amparos), l’entreprise Autovan a fait irruption avec ses machines et ses travailleurs sur le territoire communal de Xochicuautla, avec l’appui des centaines de CRS municipaux et locaux. Face à cette incursion illégale, les paysans de la communauté ont interpellé les forces de l’ordre en exigeant qu’on leur montre le permis de construire relatif à  l’autoroute privée qui prévoit de détruire un bois qui fournit de l’eau à la vallée du Mexique. Jusqu’à présent, la réponse des autorités gouvernementales a été l’arrestation arbitraire d’au moins 20 indigènes ñathö.

Les compagnons de Bachajon, eux aussi, ont été réprimés en réponse à la lutte contre le pillage de leurs terres. Si leur lutte a été constante et infatigable, le gouvernement a frappé fort en assassinant le compagnon Juan Vázquez Guzmán le 24 avril 2013 et le compagnon Juan Carlos Gómez Silvano le 21 mars 2014, et en emprisonnant les compagnons Juan Antonio Gomez Silvano, Mario Aguilar Silvano, Roberto Gomez Hernandez, Santiago Moreno Perez et Emilio Jimenez Gomez.

Arrêtés le 16 septembre 2014, Juan Antonio, Mario Aguilar et Roberto Gómez sont aujourd’hui enfermés pour avoir lutté pour leurs droits légitimes au territoire en affrontant le gouvernement qui cherche à les dépouiller de leurs terres, où se trouvent les Cascades d’Agua Azul, afin d’y construire le futur méga-projet touristique CIPP-CAA (Centre Intégralement Planifié – Cascades d’Agua Azul). Depuis des années, les compagnons organisés du terrain communal de Bachajon n’ont pas cessé de dénoncer la persécution politique et le pillage de leurs terres, et ce malgré la répression, l’assassinat et l’emprisonnement de leurs compagnons.

Extrait du communiqué de la communauté indigène Ñatho de San Francisco Xochicuautla, Lerma, État du Mexique- Congrès National indigène et du  front de villages indigènes pour la défense de la Terre Mère :

« … L’État mexicain juge inacceptables les revendications du peuple face à toutes les injustices dont il s’est rendu coupable contre lui : injustices commises aujourd’hui à Iguala Guerrero contre nos frères normaliens ruraux d’Ayotzinapa mais aussi, hier déjà, contre nos frères de San Salvador Atenco et nos frères d’Acteal et d’Aguas Blancas… Harcèlements et persécutions de nos frères Yaquis, des prisonniers politiques de Tlanixco, des défenseurs de l’eau et d’autres encore… Injustices commises à Tlatlaya, avec le cas de la garderie ABC… Constants féminicides, jamais élucidés, perpétrés dans l’État du Mexique… Répressions, persécutions et  harcèlement à Xochicuautla et Huitzizilapan, avec l’arrestation arbitraire dans deux occasions des compagnons indigènes ñathos et finalement l’incarcération de 22 d’entre eux ».

« …Les pouvoirs en place veulent nous faire taire quand nous protestons contre les injustices dont l’État est l’auteur, contre sa corruption et son impunité. Leur solution, nous l’avons déjà entendue ces jours-ci dans la bouche du président lui-même : « Encore plus de répression » ».

“Nous leur disons que nous ne nous fatiguerons pas, que nous continuerons d’avancer de défendre notre Terre Mère”

“…Cette relation que nous avons entretenue au long des siècles avec notre Mère la Terre, c’est ce qui nous réunit aujourd’hui ici pour continuer à la défendre …”.

Résumé et traduction les trois passants et Myriam/correction Valérie

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*David Ruiz García a perdu la vie dans un accident alors qu’il rentrait de l’hommage réalisé à la mémoire du votan zapatiste Galeano, le 25 mai 2014.

Sources (médias libres) :
Donde los de arriban destruyen, los de abajo reconstruimos +audio+photos
“Lo que pasa en Xochicuautla es el espejo de lo que pasa en otros pueblos de todo el país”, pueblos originarios.
Communiqué – début du Premier Festival mondial des Résistances et des Rébellions contre le capitalisme
Vidéo : Arrestations à Xochicuautla, 3 novembre 2014.

 

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