Quatre saisons derrière les barreaux. Première partie.

Fernando Bárcenas Castillofer est un jeune anarchiste, musicien et étudiant du Collège de Sciences Humaines, siège Vallejo – ville de Mexico. Il a 20 ans et a été arrêté le 13 décembre 2013, dans le cadre des protestations contre l’augmentation du prix des billets du métro. Il a été accusé d’avoir mis le feu à un l’arbre de Noël de l’entreprise Coca-Cola, depuis lors il se trouve dans la prison Nord à Mexico. Pendant son arrestation, il a un temps disparu et n’a pas eu le droit à un coup de téléphone, il a aussi subi des agressions physiques et verbales et il n’a disposé d’aucune défense juridique durant la première partie de son procès pénal. En décembre 2014 il a été condamné à 5 ans et 9 mois de prison pour les délits d’attaques à la paix publique et association délictueuse, il a fait appel et il est dans l’attente de la décision. A l’intérieur de la prison, Fernando a élaboré plusieurs projets de diffusion et d’information tels des fanzines et le journal anti-carcéral “El Canero”.

Écrits du compagnon anarchiste Fernando Barcenas Castillo depuis la prison préventive masculine – Nord de la ville de Mexico :

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Quatre saisons derrière les barreaux. Première partie.
Par Fernando Barcenas Castillo
11 février 2015.

Tout à coup, tout semble changer d’une façon radicale, tout s’assombrit et tu te rends compte qu’une bataille a commencé et que tu devras la livrer par toi même.

En marchant sur le trottoir, tu vois au loin quelques types en uniforme, alors tu préfères ne pas courir pour ne pas attirer leur attention. Grave erreur ! Ils s’approchent et les esclaves en uniforme t’interceptent, te font subir un contrôle de routine et si tu refuses, alors ils essaient de te soumettre, tu te débats avec eux, mais un homme corpulent en uniforme arrive et t’étrangle par derrière, tu essaies de résister… mais c’est impossible à ce moment là ; trois personnes te soutiennent et le cameraman qui disait « appartenir aux médias indépendants » apparaît sur les lieux en collaborant avec la police, alors tu te rends compte qu’en réalité il s’agissait d’un policier des renseignements généraux..

Tout arrive en une seconde

Tu te demandes si cette détention correspond à un acte arbitraire ou bien s’il s’agit d’une détention sélective ; après quelques instants et après les spéculations de la police, tu te rends compte qu’il s’agit bien de la deuxième option. Ils t’arrêtent et t’encerclent avec six autres manifestants, seuls deux d’entre eux se retrouvent dans la voiture de police, ce sont deux mineurs, ils ont l’air paniqués. Alors tu essaies de les rassurer et de les calmer pour qu’ils n’aient pas peur, puisque sans doute dans leur cas, il s’agit d’un acte arbitraire et ils sortirons le lendemain matin. Finalement, tes affirmations s’avèrent correctes puisque c’est seulement toi qu’ils cherchent.

Après être sortis de la voiture de police, ils commencent à t’insulter, ils communiquent par radio, et tu ne sais pas quoi penser, peu à peu tu observes ce qui se passe autour et tu vois les sacs à dos de ceux et celles qui ont été arrêtés être fouillés et tu continues d’observer fixement pour vérifier qu’ils n’introduisent pas des drogues ou des balles dans tes affaires ; une habitude connue chez la police.

Ils essaient de t’intimider et alors le débat, la confrontation idéologique commencent ; tu sais que tu es entre leurs mains et tu n’arrives pas à réaliser que tout ce qui t’arrive est réel, tu est détenu entre les mains de ton ennemi, tu ne penses qu’à t’échapper mais ce serait une lâcheté de laisser tomber les autres camarades.

Les questions commencent, ils insistent et essaient de te faire tomber dans leur jeu. Pourquoi l’as-tu brûlé ? Qui te paie ? Es-tu anarchiste ? Quel est ton nom complet ? Et si jamais tu donnes un faux nom qui ne colle pas, alors ils te giflent très fort et… tu vois les visages des mineurs effrayés, et ben, tu réponds avec ton nom complet.

Ils te menacent et certains coupent la cartouche de leurs armes devant toi pour essayer de t’intimider, mais tu es ferme, tu ne peux pas céder et encore moins accepter ce qu’ils t’imputent, cela, ce n’est pas une détention aléatoire, ça fait partie d’une guerre sociale.

Ils appellent leurs collègues et une femme commandante arrive, ils te jettent dans le fourgon et surveillent tous tes mouvements, tu ne peux pas bouger, les genoux te brûlent à cause de la tôle chauffée à blanc par le moteur. Pendant ces instants là, tu voudrais que la camionnette heurte ou se renverse pour pouvoir ainsi t’échapper, mais bien que le chauffeur conduise mal, le fourgon ne se renverse jamais. Tu arrives à un commissariat, ils ont trop nombreux en uniforme. Ils te font descendre du véhicule, alors tu croises le regard du compagnon et de la fille avec qui tu étais quand ils t’ont arrêté.

Les policiers se comportent d’une manière infantile et se mettent à plaisanter entre eux ; ils te traitent à la fois comme le pire qu’ils aient jamais vu, et en même temps il semblerait qu’ils profitent de toi, tu es une sorte de trophée pour eux, tu es celui qu’ils espéraient tant arrêter.

Ils essaient de te prendre en photo et se moquent, tu ne peux que baisser le visage et essayer de fuir les caméras.

Après tu réussis un peu à t’évader du contrôle policier, ils te jettent de nouveau dans le fourgon et l’immobilité recommence ; après 40 minutes environ, tu arrives à l’autre commissariat, d’autres policiers et agents attendent ton arrivée et le même processus se répète. Dès qu’ils le peuvent ils essaient de te mettre dans un coin obscur, pour comme ils disent : « te donner une bonne leçon » et « pour que l’on t’apprenne à te comporter comme il faut »,  » alors tu te disais un putain d’anarchiste hé » – te crie un vieux moustachu et voilà que tu es arrivé au Ministère Public et que la bataille commence !!

Traduit par les trois passants et Myriam/correction Val

Source 
Voir aussi: Lettre du compagnon anarchiste Fernando Bárcenas à un an de sa détention.
Le compagnon anarchiste Fernando Barcenas, condamné à 5 ans et 9 mois de prison ferme

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