La lutte pour l’autonomie à Eloxochitlán de Flores Magón (première partie)

La lutte pour l’autonomie à Eloxochitlán de Flores Magón

(première partie)

La lucha por la autonomía en Eloxochitlán de Flores Magón (1 de 2)
Rafael Camacho, 13 mai, 2015

LE CONTEXTE

 

Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. C’est une commune d’environ cinq mille habitants qui se trouve dans la région appelée Cañada, dans l’État d’Oaxaca. Comme les deux tiers des communes de l’État d’Oaxaca, elle est régie par le système des us et coutumes ou système normatif des communautés indigènes.

La communauté est composée de 24 quartiers et deux agences communales ou ranches. L’« élection » des autorités communales ainsi que celle des représentants des quartiers a lieu tous les trois ans. Les agents communaux sont élus par le système des « us et coutumes » pour une période d’un an. Parmi les principales fonctions exercées il y a la représentation de la commune devant la mairie et la gestion de la communauté. L’Assemblée Générale est l’organe de prise de décisions par vote à main levée. À la différence d’autres communes de l’État d’Oaxaca, à Eloxochitlán, les femmes participent aussi à la prise de décisions.

L’ingérence de partis politiques

ni-pri-ni-pan-ni-prd-en-yucatanC’est au début des années 2010, avec l’arrivée des élections communales du mois de novembre, que les partis politiques ont commencé à s’immiscer dans le processus d’organisation communautaire. L’achat de voix, la corruption ont été quelques-unes des méthodes employées par les partis politiques et leurs représentants pour gagner les élections, en totale violation des formes traditionnelles de prise de décisions.

Suite à la défaite d’Eviel Pérez Magaña, candidat du PRI [Parti Révolutionnaire Institutionnel] au poste de gouverneur de l’État d’Oaxaca, face au parti de la coalition « Unis pour la Paix et le Progrès » formé par le PRD [Parti de la Révolution Démocratique – de gauche], le PAN [Parti d’Action Nationale – de droite], Convergence et le PT [Parti du Travail – de gauche], Manuel Zepeda, priiste originaire d’Eloxochitlán a été soutenu par Convergence pour gagner la présidence communale. C’est par l’achat de voix et en s’alliant aux leaders des quartiers qu’il a gagné la présidence municipale avec seulement un tiers de voix, en piétinant les formes traditionnelles d’organisation et de prise de décisions.

Les partis en désaccord ont demandé en vain à ce que leur participation dans la gestion de la commune soit prise en compte car, selon la tradition, ceux qui arrivent en deuxième ou troisième place aux élections doivent intégrer le gouvernement avec le candidat élu. Face au refus du candidat élu, les responsables communaux se sont alors adressés au Secrétariat Général du Gouvernement de l’État d’Oaxaca (SEGEGO) et aux autorités responsables, mais sans réponse favorable. C’est ainsi que le conflit post-électoral a commencé, en donnant en même temps naissance à l’Assemblée Communautaire qui mène des actions et manifestations pour faire pression et demander le respect des formes traditionnelles d’organisation et de prise de décisions.

Une histoire parmi tant d’autres de pillage et de mépris

Eloxochitlan-

La période durant laquelle le président et ses proches exercent le pouvoir avec autoritarisme et répression est également une époque de détournement des ressources naturelles et économiques appartenant à la commune. Zepeda encourage le pillage de ressources (de sable, du gravier et de roches de la rivière), au bénéfice de ses propres entreprises et de celles de ses proches, comme la société de construction au nom de son gendre David Tello, celle de matériaux au nom de son épouse et une autre au nom de son frère Vicente Zepeda. De plus, il attribue des postes publics à toute sa famille, en désignant son fils Manuel comme directeur de logistique et maintenance de la commune, et sa fille Elisa Zepeda comme directrice du DIF [L’équivalent au service de la protection de l’enfance DDASS] et conseillère du développement communal. Sans appel d’offres, il assigne des travaux à ses propres entreprises – pratique opposée aux formes traditionnelles d’organisation [par us et coutumes] du village mais très proche de la façon d’agir des partis politiques.

En juin 2011 l’ouragan Beatriz a fortement frappé l’État d’Oaxaca, causant de graves dégâts dans la Sierra mazateca et dans la communauté d’Eloxochitlán. Il y a eu des dizaines de personnes sinistrées, et le bétail et les champs ont été fortement endommagés aussi dans la commune. Quelques habitants considèrent que les dommages ont été la conséquence directe des travaux menés au niveau de la rivière, puisque son lit a été modifié en raison du pillage de pierres et de sable qui servaient antérieurement de protection naturelle.

Devant la tragédie, le Service de Protection Civile fait acte de présence dans la communauté et réalise une cartographie des dégâts, toujours en accord avec le président municipal, à qui il remet des fonds pour aider les familles sinistrées. Ces ressources n’ont été distribuées qu’à ses proches, en excluant de la distribution tous les membres de l’Assemblée communautaire.

La Chasse aux sorcières

En 2012 une véritable chasse aux sorcières est lancée contre les membres de l’Assemblée communautaire : des dizaines de délits fabriqués sont utilisés pour émettre des mandats d’arrêt [des ordres d’appréhension] contre eux. Certains ont abandonné la communauté tandis que d’autres inscrivent un recours juridique de protection [amparo – habeas corpus].

Quelques mois après, l’ouragan Ernesto frappe la Sierra Mazateca. Au cours des travaux de reconnaissance des dégâts, des membres de l’Assemblée Communautaire sont interceptés par un groupe d’au moins 30 hommes. À la tête de cette embuscade se trouve le président municipal accompagné par des policiers municipaux qui, sans explication, agressent les habitants, conduisant à l’arrestation de Pedro Peralta [père de Miguel] qui – comme c’est déjà bien connu – a été porté disparu et torturé pendant plus de sept heures, avant d’être présenté à la prison de Cuicatlán, accusé du délit de niveau fédéral de « port d’arme à usage exclusif de l’armée » (l’arme appartenait au groupe agresseur). Il a été aussi accusé de « coups et blessures » (délit de droit commun).

Le juge du tribunal mixte de Huautla de Jiménez, Modesto Isaías Santiago Martínez, a reclassé le délit de torture et blessures contre Pedro et dans le même temps il a relancé les mandats d’arrêt contre des membres de l’Assemblée Communautaire. La Commission Nationale des Droits de l’homme (CNDH) n’a jamais émis de mesures de précaution malgré la preuve de torture signalée pendant l’expertise réalisée par le bureau du Procureur Général de la République (PGR) qui conclut que dans le cas de Pedro, le Protocole d’Istanbul a été violé [Il s’agit d’un protocole pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants].

Depuis 2011, Manuel Zepeda instaure un climat de violence et de répression contre l’Assemblée Communautaire. Désavoué par l’Assemblée Communautaire dès 2011, le mandat de Manuel Zepeda (2011-2013) a été caractérisé par la corruption, l’enrichissement illicite et personnel.

De 2013 à 2014, la nouvelle administration municipale conduite par Alfredo Bolaños Pacheco et les membres de l’Assemblée Communautaire est harcelée par Manuel Zepeda. À plusieurs reprises ce dernier menace de prendre la mairie.

Le 24 novembre 2014, Manuel Zepeda et son groupe passent des menaces aux actes en prenant d’assaut la mairie d’Eloxochitlán, séquestrant une partie du conseil municipal durant plus de cinq heures. Ils en profitent pour dérober les 60000 pesos qu’il y avait en trésorerie.

Le 14 décembre 2014, l’Assemblée communautaire d’ Eloxochitlán de Flores Magón se réunissait afin de désigner, selon ses us et coutumes, son futur maire. Lors de cette réunion, un groupe de cent cinquante personnes dirigées par l’ex-maire Manuel Zepeda a fait irruption et a tiré à l’arme à feu. Trois participants de l’assemblée sont alors grièvement blessés.

Face à cette attaque, l’Assemblée communautaire poursuit les agresseurs afin de les arrêter. Une nouvelle fois ils sont la cible d’une fusillade. C’est dans ce contexte que le fils et un homme de main de Manuel Zepeda perdront la vie. Ces deux personnes ont participé activement à la fusillade contre l’Assemblée communautaire.

Manuel Zepeda est finalement neutralisé et arrêté en possession d’une arme à feu de calibre 20. Sept membres de l’Assemblée communautaire le remettent alors au Ministère public de Huautla.

Ces sept personnes sont aujourd’hui incarcérées sous l’accusation d’homicide qualifié et tentative d’homicide. Les trente ordres d’arrestation contre des membres de l’Assemblée communautaire sont également liés à ces événements.

Si Manuel Zepeda se permet d’agir ainsi, c’est parce qu’il est soutenu par une partie du PRD. Une nouvelle fois, comme dans de nombreuses communautés du Mexique, la pénétration des partis politiques dans la vie communautaire engendre conflit et violence. En effet, ce qui se joue à Eloxochitlán, c’est la légitimité de l’Assemblée communautaire face au système électoral des partis.

Ces trente ordres d’arrestation obligent les membres de l’Assemblée communautaire à quitter le village.

C’est dans ce contexte que, le jeudi 30 avril 2015, Miguel Ángel Peralta Betanzos [fils de Pedro Peralta], lui aussi membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, a été arrêté sur son lieu de travail au centre-ville de Mexico.

Comme toutes les autres, cette arrestation, s’est faite avec une grande violence, par des policiers ministériels du D.F. [ville de Mexico].

Une campagne nationale a commencé au Mexique pour faire connaître le cas et pour obtenir la libération des membres de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón. S’y associant, la Croix Noire Anarchiste du Mexique a décidé de suivre le cas.

Traductions Les trois passants, Caracol Solidario et Patxi

Correction et relecture Annette et Valérie

Merci beaucoup à Patxi pour tous les éclaircissements et informations

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Sources :

Proyecto Ambulante : La lucha por la autonomía en Eloxochitlán de Flores Magón (1 de 2)
Subversiones

Articles d’intérêt :

magonismoRicardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire (David Doillon)

* Ricardo Flores Magon (Textes) Bibliothèque Anarchiste

De l’anarchiste comme figure littéraire dans l’œuvre de Ricardo Flores Magón (David Doillon)

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