MEXIQUE : les élections et au-delà. Au moins 127 personnes arrêtées

Les chiffres des personnes blessées et arrêtées par les forces de l’ordre commencent peu à peu à émerger, certains médias évoquent environ 127 personnes arrêtées, principalement dans les États d’Oaxaca, Guerrero, Chiapas et Michoacan. Une personne a été assassinée par balle: le jeune Antonio Vivar Díaz, étudiant en dernière année de Licence de Développement Communautaire de l’Université Pédagogique Nationale (UPN) de Tlapa de Comonfort, qui laisse un enfant de 8 mois derrière lui.

54275c2f5b6ffd18c7bf4a515635e4c3_LMEXIQUE : les élections et au-delà. Au moins 127 personnes ont été arrêtées pendant les actions et les mobilisations contre le pouvoir

Pendant la journée électorale mexicaine, diverses radios libres ont transmis de façon conjointe des nouvelles données par des équipes d’information réparties un peu partout au Mexique pour casser le blocus de l’information imposé et manipulé par les médias payants et vendus. Toute la journée du 7 juin et jusqu’à l’aube et pendant les premières heures du 8 juin, les témoignages de la révolte contre les élections et au-delà n’ont pas cessé de s’enchaîner.

Pour garantir coûte que coûte la farce électorale, des militaires, des policiers, des groupes de choc (paramilitaires) ont été déployés dans plusieurs villes du pays : Oaxaca, Guerrero, Michoacán, Chiapas… Les médias dominants, Televisa, TV Azteca, Tele Fórmula et Milenio, déchainent leur lynchage médiatique contre la rébellion croissante et minimisent la mobilisation. (1)

Le mécontentement social est en ébullition du nord au sud du pays, la rage éclate à nouveau, il ne s’agit pas d’une simple colère passagère, mais de la conséquence d’une longue histoire d’abus, de répression, de mépris et d’autoritarisme exercés jusqu’au bout par l’État mexicain et les gouvernements successifs. La révolte pré- et post-électorale a fait émerger une fois de plus les exigences, les luttes, les résistances des organisations, des collectifs, des individus qui continuent de lutter contre cet autoritarisme aveuglant, continuent de lutter – dans beaucoup de cas – pour l’autonomie, le respect de leurs us et coutumes propres, de leurs terres, de leurs territoires, contre le pillage démesuré des ressources, les expropriations, privatisations, assassinats, disparitions, emprisonnements, tortures. Le Mexique est à bout, et dans cette révolte, les urnes nourrissantes du capitalisme ne représentent que la carcasse d’un système pourri qui continu de gonfler les portefeuilles de « ces messieurs-dames » les députés, les sénateurs, les narcos, les investisseurs, les hommes et femmes d’affaires, les hauts commandants de l’armée et de la police, tous malades de pouvoir et tous désireux de continuer cette guerre où tout leur est permis.

Oaxaca

Après les fortes mobilisations et suite aux actions de boycott des élections (les incendies des bureaux, de la propagande officielle et de bulletins électoraux…) plusieurs communiqués commençaient à rendre compte de cette mobilisation nationale qui s’est avérée intense, déterminée et fortement réprimée.

Le communiqué de la Communauté autonome Ghi`Xhi`Roo`- Álvaro Obregón [Oaxaca] déclare :

« Aujourd’hui, 7 juin 2015, dans le cadre de la journée de lutte contre le processus électoral, l’assemblée communautaire Ghi`Xhi`Roo- Álvaro Obregón a décidé de se joindre à cette initiative, nous avons expulsé les partis politiques et leurs bureaux électoraux, et en installant l’assemblée permanente nous avons décidé de résister pour notre vie et notre autonomie ». Depuis 10 heures du matin leurs compagnons et compagnonnes originaires de la communauté indigène zapotèque [Binnizà] ont été attaqués par des pistoleros payés par les autorités officielles de la région et qui ont fait irruption dans l’assemblée permanente. La répression a laissé derrière elle 10 personnes blessées, dont une dans un état grave. « C’est de cette manière qu’ils essayent de piétiner notre autonomie, c’est comme ça qu’ils essayent de piétiner notre organisation, mais, face à un peuple libre, ils auront besoin de plus que ça pour réussir à le faire plier ». Signée par l’Assemblée Générale communautaire Alvaro Obregon, le Conseil d’Anciens et leur garde communautaire, l’Assemblée de villages indigènes de l’Itsmo en défense de la terre et le territoire, leur déclaration finit par la phrase : « La terre, la mer, le vent ne se vendent pas, ils s’aiment et se défendent, pour l’autonomie et l’autodétermination de nos villages » (2)

RFM

D’autres communiqués ont circulé rapidement, comme celui de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón [Oaxaca], où a été décidé également de boycotter les élections. Parmi leurs exigences : la libération immédiate de leurs 10 compagnons prisonniers, dont le compagnon récemment arrêté Miguel Angel Peralta (très investi dans le processus d’autonomie d’Eloxochitlán) ainsi que l’abrogation des mandats d’arrêt contre 20 membres de l’assemblée. Dans le communiqué émis le 8 juin, l’Assemblée déclare : «  Face à la récente et évidente violation des droits humains des habitants d’Oaxaca ainsi que face aux humiliations et aux attaques systématiques de nos formes originaires d’organisation, l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón reste ferme sur le chemin d’une longue lutte, où la fatigue et l’épuisement ne sont qu’une raison pour lever les ailes et continuer à travailler pour le respect de l’auto-organisation des peuples originaires, et ce malgré le fait d’être au milieu du terrorisme d’État »(…)« Nous sommes témoins de la farce électorale avec laquelle prétend se légitimer un appareil de pouvoir toujours étranger à la vision et aux besoins des communautés d’Oaxaca, pour cette raison nous nous joignons aux appels lancés par la société civile, les villages du Mexique en résistance, les étudiants, les ouvriers, les organisations (…) pas un vote de plus pour ceux qui ont déchiré nos frères d’Ayotzinapa , Tixtla, Tlapa, Cheran, San Quintín, Xalapa, Atenco, San Dionisio del mar, Álvaro Obregón et tous les villages et les individus qui pour avoir levé leur voix, ici dans notre Mexique, ont été réprimés et massacrés (…) L’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón condamne l’intervention des forces de l’ordre mandatées par le gouvernement de Gabino Cué. Leur déploiement démontre, une fois de plus, l’échec catégorique de son discours « de transition politique et de gouvernement différent » et prouve ainsi clairement que le système politique est décadent et caduc ». (3)

Huajuapan  [Oaxaca] :

Dans cette localité de la région mixteca, des milliers d’effectifs de l’armée, de la police fédérale et de la gendarmerie, avançaient dans des convois en direction d’Oaxaca.

Les autorités fédérales avaient pour objectif d’étouffer par le feu et le sang les protestations et les résistances locales. Le boycott électoral convoqué par la Coordination Nationale des Travailleurs de le l’Éducation (CNTE) et reprise par des communautés de l’entité, se trouvait confronté à tout l’État mexicain. Dans le studio de la radio locale libre, le téléphone ne cessait pas de sonner, pour appeler à se joindre aux mobilisations, depuis le studio on appelait à la prudence, mais dans les faits l’histoire, elle, était toute autre. À midi les gaz et les boucliers des policiers ont fait leurs apparitions aux côtés de 4 hélicoptères de guerre, ce n’était pas une menace. L’affrontement avait déjà commencé, provoqué par quelques centaines de policiers fédéraux et de l’armée. Des centaines d’habitants et de professeurs qui se trouvaient à proximité de L’institut National Électoral (INE) ont commencé alors la résistance. Après quelques heures d’affrontements la police anti-émeute s’est repliée, quelque temps plus tard la population s’est repliée également. Certains se sont joints à la barricade de l’autoroute internationale, entre fumée de pneus brulés, chansons de protestation, les moments de tranquillité étaient stressants et fragiles.(4)

À Oaxaca de nombreuses actions – pour boycotter les élections et revendiquer de multiples exigences – ont été menées par des organisations, groupes, individus et maîtres d’école dans la ville d’Oaxaca, à Tehuantepec, Juchitán, Niltepec, Zanatepec, Chahuites, San Francisco Ixhuatán, Salina Cruz, Tapanatepec et Matías Romero entre autres. Rien qu’à Juchitán, 1000 éléments de la police fédérale et de l’Armée ont été déployés. De nombreuses arrestations ont eu lieu, on parle de plus de 79 personnes arrêtées. (5)

Cliquez ici pour lire l’article complet [Guerrero : Tixta, Tlapa de Comonfort ; Veracruz ; Les arrestations + vidéos]

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