Mexico: La grève de la faim, une stratégie de lutte, Fernando Barcenas

La grève de la faim, une stratégie de lutte.

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Ville de Mexico, Fernando Barcenas Castillo

La grève de la faim, une stratégie de lutte, Fernando Barcenas

Nous devons voir la grève de la faim comme un outil de lutte à disposition des prisonnier-e-s, une façon de commencer le combat qui se développera au sein de la prison. C’est aussi une fenêtre vers l’extérieur, que nous pouvons utiliser pour étendre et propager la lutte anti-carcérale.

En ce sens la grève de la faim organisée de manière informelle à l’intérieur des prisons du District Fédérale [Ville de Mexico] et qui a commencé le 27 juin dernier avec 8 compagnons, cherche à être une incitation à l’action précise, tout de suite et maintenant !

C’est un cri de guerre contre les autorités pénitentiaires, un cri de ras-le-bol de devoir survivre enterré vivant, et qui vise aussi à clamer que malgré la soumission et le servilisme de la masse carcérale, il y en a certain-e-s qui se rebellent quand même et résistent et refusent d’être rabaissé-e-s et humilié-e-s.

Parce que la société tente de dominer nos vies et que nous ne voulons pas l’accepter, parce que malgré cela il existe encore plus de dignité, de sensibilité et de compassion pour ce qui est humain et pour la vie, dans les coeurs de ces rebelles solitaires mais solidaires.

J’espère que ceux et celles qui lirons ces paroles pourront comprendre que mon intention réelle et personnelle de coordonner une grève collective à travers la proposition informelle de la Coordination Informelle des Prisonnier-e-s en Résistance (C.I.P.R.E.) était principalement de sortir du calme routinier de la prison. Une initiative où chacun et chacune des personnes qui y ont participé comme à bien d’autres actions que nous avons mises en place à l’intérieur, a pu exprimer cette élévation exquise de la rébellion par le corps et l’esprit, aspirer à avoir la capacité réelle de s’auto-déterminer, être libre et oser défier les chaînes et les barreaux tant physiques que mentaux qui nous entravent et nous emprisonnent.

La majorité des prisonnier-e-s marginalisé-e-s nous nous retrouvons dans la compréhension réelle et consciente de la prison, comme mécanisme de contrôle politique et d’exploitation économique. L’ordre social, tel que celui qui existe dans la rue, est de tendance  mafieux, ainsi ceux-celles qui contrôlent la drogue et le paysage social par la corruption, contrôlent la prison, devenant les oppresseurs de population carcérale, tant pour le pouvoir que cette pratique leur apporte, tant pour l’argent provenant de la corruption qui sert à payer le silence et la complicité des autorités qui bénéficient le plus de cela, en effet cela permet  à ces dernières d’auto-réguler les prisons et les fonctionnaires du plus haut niveau hiérarchique en sont récompensés. Cela a pour conséquence que la plus grande partie de la population (nous parlons de 90%) vit marginalisée parce qu’elle n’a pas de ressources économiques pour survivre et obtenir le plus élémentaire, déjà elle doit en premier couvrir les frais des taxes illégales pour pouvoir commencer à générer de l’argent. À cause de cela nous avons tant de fonctionnaires, de gardiens et de trafiquants de drogues qui exploitent les autres pour profiter de leur travail et de leur effort.

Avec toutes ces actions nous cherchons, non seulement à amplifier l’agitation à l’intérieur des prisons et à amplifier la diffusion, mais aussi et surtout à montrer notre désir d’une action réelle et concrète contre les prisons. Hélas le mouvement anti-carcéral est très faible et il n’y a pas d’interaction réelle et/ou communication entre individus et/ou collectifs de supposée tendance libertaire ou anti-autoritaire.

À cause de cela, à plus d’une occasion, les différentes actions et batailles des prisonnier-e-s se perdent dans l’oubli et l’isolement, devant affronter toujours plus des répressions plus violentes et permanentes et des menaces de mort de la part de l’administration pénitentiaire, qui a fait des offres économiques à différents prisonniers pour intimider et/ou attaquer avec des couteaux et d’autres armes les prisonnier-e-s qui refusent de se rendre, d’être rabaissé-e-s et humilié-e-s ou qui ont dénoncé les abus des gardiens et des techniciens des prisons.

Face à cela naît l’idée de coordonner les actions directes des prisonnier-e-s contre l’institution carcérale de façon revendicative pour éviter ainsi qu’ils-elles soient isolé-e-s et que l’administration pénitentiaire puissent les cacher. Il s’agit d’amplifier et d’étendre la solidarité réelle entre les opprimé-e-s et diriger les énergies collectives contre le spectre carcéral.

La Coordination Informelle des Prisonnier-e-s en Résistance n’est pas un collectif formel, nous réitérons donc l’incapacité de l’auto-dénommé « Bloque Libertario » de comprendre la situation et le caractère informel de cette coordination. Ainsi nous dénonçons les agissements autoritaires de ce « Bloque » qui a altéré et retiré une page complète de la publication anticarcérale N°3 du journal « El Canero ». Ils ont déjà pris l’initiative d’altérer le contenu réel pour y mettre de la propagande en leur faveur, ce qui reflète clairement leur protagonisme. C’est pour cela que nous ne reconnaissons aucun exemplaire de ce journal qui a été altéré par ce groupe de personnes, et nous démentons l’existence d’une page Facebook de la Coordination Informelle des Prisonnier-e-s en Résistance et nous exigeons des créateurs de cet espace virtuel qu’ils l’éliminent immédiatement, car comme nous l’avons souligné, la C.I.P.R.E. existe uniquement de manière informelle et dans les actions coordonnées. En plus, cela représente un enlisement et une déviation médiatique de ce qui se passe en réalité dans les prisons du D.F [District Fédéral/Ville de Mexico], ce contre quoi la coordination se bat de manière effective.

Un autre point à traiter est que certain-e-s ont attaqué et critiqué la lutte des prisonnier-e-s parce qu‘elle a un caractère « légaliste » (exiger de meilleures conditions et traitements à l’intérieur des prisons), cependant cela ne veut pas dire que le but de la plupart de ceux et celles qui revendiquent nos actions en tant que C.I.P.R.E ne soit pas l’abolition et la destruction totale des prisons. Mais nous devons nous situer dans le paysage et le lieu où nous nous trouvons, où nous sommes nous devons agir avec stratégie et non aveuglément par « idéologie », quelle qu’elle soit. En plus, s’il est vrai que ces luttes commencent sur une ligne réformiste des « droits humains », cela ne veut pas dire qu’elles restent enlisées dans les actions dites institutionnelles, mais qu’il s’agit d’analyser le paysage et en même temps d’augmenter l’intensité de la confrontation institutionnelle pour finir par la nier en tant « qu’autorités ».

Cela est commun et déborde la plupart du temps parce que tout-e-s les prisonnier-e-s les plus marginalisé-e-s et exploité-e-s, nous nous sentons profondément pénétré-e-s par le mépris et la rancoeur de souffrir de l’impuissance, de l’injustice et des abus les plus lâches que l’homme peut imaginer.

Enchaîné-e-s quotidiennement, nos âmes dénudées face à la volonté des maîtres du monde, dirigé-e-s quotidiennement selon les caprices de l’administration fasciste qui maintient les privilèges de ceux qui gouvernent. Un coeur  trop serré par tant de mal peut héberger en son sein rancoeur, haine et vengeance.

Comment oublier qu’ils nous retiennent contre notre volonté et nous massacrent silencieusement ? Comment ne pas penser avec haine quand on entend le compagnon se faire battre, les pleurs de son âme blessée à mort dans son orgueil, cet enterrement de l’humanité, ces barreaux, ces grilles, ces regards moqueurs et indifférents, ces mitards ? Comment oublier ces mateurs violeurs d’intimités déflorées odieusement à travers les barreaux d’une cellule, ces dénigrements des personnes captives pour les pousser au suicide, à la folie ou au désespoir ? Comment un être humain peut-il survivre à cela et être normal ?

Cependant, qui s’intéresse à ce qui se passe en prison ? Réellement personne. La société n’a pas à se préoccuper de ce qui arrive à une poignée de « délinquant-e-s » nuisibles. Et surtout nous tou-te-s, qui sommes regroupé-e-s, vivons à ses dépends.

Peut-être qu’ils ont le droit de nous mépriser et d’être avides de vengeance une fois qu’ils-elles nous tiennent entre leurs mains.

Cependant nous ne leur reconnaissons pas le droit de se nommer «honnêtes citoyens». Nous ne leur reconnaissons pas le droit d’être libre selon leurs lois alors qu’eux-mêmes collaborent ensemble pour commettre un nombre incalculable de délits inscrits dans leur code pénal.

Ceux et celles qui dirigent leur haine contre nous ne font que se haïr eux-elles-mêmes à cause de leur immonde lâcheté.

Pour tout cela, j’espère que ce texte nous fera réfléchir un peu sur l’organisation et l’agitation extérieure. Elles ne doivent pas être activées uniquement dans les périodes de grève de la faim des compagnon-ne-s en prison, quand le temps est compté et que la mort peut surgir à chaque heure. Beaucoup voient de fausses victoires et cela fait que l’on ne pense pas à de nouvelles propositions et réflexions sur ce qu’il faut faire réellement. Il est triste que pour que certains se mobilisent, il faille que soient déjà passés 20 ou 30 jours de grève de la faim. Cela démontre qu’il y a des failles et des défaillances dans les formes de communication et d’organisation.

J’espère, donc, par ces réflexions, pouvoir apporter une graine libertaire qui donne les fruits d’une plus grande réflexion pour agir avec plus d’efficacité et d’effectivité contre tout ce qui nous empêche d’être nous-mêmes.

 Avec amour et rébellion
Fernando Barcenas Castillo

 

Traduit par les trois passants

Source Cruz Negra Anarquista – Mexico (CNA)

voir: [Mexico] Déclaration de Fernando Barcenas Castillo à propos de la grève de la faim.

 


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