Mexico: Communiqué du transfert des compagnons de la C.I.P.RE et rapport médical.

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Communiqué du transfert des compagnons de la C.I.P.RE [Coordination Informelle des Prisonniers en Résistance] vers la prison Nord de la ville de Mexico et rapport médical.

Par Fernando Bárcenas

Il y a quelques jours, je menais une grève de la faim qui aura duré 53 jours en tout ; cette situation a compliqué mon état de santé et j’ai dû être transféré à la tour médicale de Tepepan [prison-hôpital]. J’ai fait face aux mauvais traitements de la part du personnel administratif qui à plusieurs reprises a cherché à nous faire abandonner la grève de la faim, au harcèlement policier et à la négligence du personnel médical (médecins et infirmières),qui a essayé de nous changer de dortoir. Il a fallu nous confronter aux gardiens de prison, qui utilisent la force pour nous dissuader de défendre nos droits.

Par la suite, le personnel a menacé de nous mettre à l’isolement ou bien de nous transférer, c’est-à-dire se défaire du problème sans se préoccuper de l’état de santé de personne.

Dans la nuit du 31 août, ils sont venus nous informer de notre sortie de l’hôpital. Cela a été décidé arbitrairement par le personnel de sécurité, sans la moindre explication d’un médecin. J’ai contesté cette procédure : comme le médecin n’est jamais venu, j’ai refusé de manière pacifique de quitter l’hôpital. Les matons de Tepepan ont répondu comme d’habitude par l’intimidation ; comme nous ne cédions pas à leur chantage institutionnel, ils ont appelé des renforts en provenance de la zone féminine ainsi que des agents de sécurité de l’unité de réaction immédiate (URI). Au total, nous étions entourés par environ huit matons accompagnés de la sous-directrice de la prison ; tous ont essayé de nous faire sortir mais face à notre refus, ils m’ont poussé par terre avec un autre compagnon.Une fois par terre,ils nous ont tabassés à plusieurs reprises, sur le dos, les jambes et la tête ; ils ont essayé de nous séparer mais nous nous sommes serrés les uns contre les autres. Ils nous ont relâchés un moment en nous disant que nous allions tous y passer.

Ensuite, ils ont appelé par talkie-walkie les gardes de la prison nord. Deux gardes de la Prison Préventive Masculine du Nord sont venus [ RPVN-Ville de Mexico] et de façon agressive ont insinué qu’en arrivant à la prison Nord j’allais être tabassé «  si je faisais chier ». Comme je ne descendais pas, attendant qu’un médecin m’explique la raison de mon transfert, les gardes sont à nouveau intervenus par la force et nous ont séparés à coups de poing, nous ont amenés vers l’assenceur et, une fois les portes fermées, m’ont tabassé une fois de plus, ont apporté mes affaires et m’ont fait monter dans une camionnette avec d’autres compagnons. En arrivant au « ReNo » [la prison Nord] j’ai été accueilli par le commandant Jaramillo à qui j’ai expliqué que mon état de santé n’était pas rétabli et que la décision administrative prise à l’hôpital de Tepepan était arbitraire, ce à quoi il a répondu que je devais me rendre à mon dortoir car je n’étais plus en grève de la faim.

Ces deux derniers jours, j’ai constaté que mon état de santé est toujours instable, ce qui a été confirmé par le rapport médical établi par le Dr. Sevlas et la nutritionniste Avelina Landa Verde. Je souffre toujours de douleurs aux reins, de constants maux au cœur, de diarrhée et d’affaiblissement musculaire, ce qui m’épuise dans ma vie quotidienne.

Fernando Bárcenas

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Rapport médical, suite au transfert de Fernando Bárcenas Castillo et José Santiago Hernández de l’hôpital vers la prison Nord.

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Par ces lignes, l’équipe médicale solidaire qui s’est occupé de Fernando Bárcenas et José Hernández, souhaite faire connaître leur état de santé critique ce jour, conséquence de négligences et de fautes commises durant la grève de la faim et les deux dernières semaines de récupération.

Aujourd’hui 2 septembre 2015, quinze jours ont passé depuis que les compagnons ont recommencé à s’alimenter après cinquante-quatre jours de grève de la faim, levée à cause de l’état de santé délicat dans lequel ils se trouvaient du fait non seulement du jeûne prolongé, mais aussi d’omissions dans leur suivi médical, de transferts et déplacements durant des moments critiques ainsi que de restrictions de liquides et de miel, omissions constatées à la Tour Médicale de Tepepan.[Prison Hôpital]

Après avoir perdu 13 kg, Fernando a gagné 4.5 kg, s’est remis du pellagre; le scorbut a diminué, ainsi que le risque de problèmes rénaux. Cependant, il a souffert de diarrhée durant cinq jours, en étant mal suivi et mal soigné. Après le transfert forcé à la prison Nord,à l’aube du 1er septembre, nous constatons toujours des signes de contusions en raison des coups reçus à la tête et au dos. En conséquence, il souffre de maux au coeur, d’une vue brouillée, de mal de tête, nausées, faiblesse musculaire aux jambes. Il a été replacé au sein de la population générale, ce qui ne favorise pas sa récupération.

José Santiago a récupéré 4,5 des 8 kg perdus durant la grève de la faim, il s’est également remis du scorbut, mais la semaine dernière a présenté des altérations de la pression artérielle (PA) jusqu’à des niveaux de 140/80, qui n’ont pas non plus été traitées à la Tour Médicale. Après les coups reçus pendant le transfert, nous l’avons trouvé avec des contusions à la tête et au visage. Il souffre de douleurs au côté gauche, de maux au coeur, de douleur à l’abdomen, de douleur et faiblesse musculaires générales. De plus, il est en manque d’appétit du à une intolérance aux aliments. Il se trouve dans un état de santé délicat et il est convenu qu’une observation médicale soit effectuée par le personnel médical de la prison Nord [bâtiment annexe].

Tous les deux doivent rester au repos, raison pour laquelle un transfert vers la zone d’arrivée a été demandé, au lieu de la zone de population générale. Un régime polymérique, l’administration de sérum oral et la prise d’échantillons de laboratoire pour évaluer leur état de santé leur ont été prescrits.

Au vu de tout ceci, nous dénonçons le manque d’attention médicale ainsi que le manque éthique du personnel de la Tour Médicale de Tepepan. Bien qu’il s’agisse d’un centre appartenant au ministère de la santé, nous soulignons les fautes graves suivantes :

1. L’absence d’attention médicale en cas d’urgence. Pendant les jours les plus critiques de la grève de la faim, a été solicité à travers différentes instances telles la Commission de Droits de l’homme de la ville de Mexico et le service médical de la prison Nord que les personnes en grève soient soignées à la Tour Médicale, ce qui a été refusé, après qu’ils aient été tranférés à l’hopital dans des conditions négligentes et ramennés à la prison Nord par des ordres contradictoires.

2. Ne pas disposer de la préparation adéquate. Après leur arrivée à la Tour Médicale, leur accès à la consommation de liquides, d’électrolytes, de miel et d’agrumes a été réduit, sans raison. Il leur a été uniquement permis de consommer 1 litre d’eau, 3 cuillères de miel et 1 citron par jour. Ils [le personnel médical] se reposaient sur de faux arguments prétendant respecter la « Déclaration de Malte », ce qui est incorrecte. La dite incorrection leur a été signifié Déclaration en main, à ce quoi ils ont opposé une « actualisation » de la dite Déclaration,ce qui est ridicule, étant donné, qu’une Déclaration ne peut pas être mise à jour mais seulement être remplacée par une nouvelle.

3. Le traitement irrespectueux et indigne. Quelques membres du personnel ont refusé de mesurer les signes vitaux, les appels des grévistes n’étaient pas traités lorsqu’ils se plaignaient de douleurs. L’administration de médicaments, d’électrolytes, de sérum, leur a été refusée sans argument médical. Au contraire, la réponse qui leur a été donnée, était « qu’ils étaient là parce qu’ils l’avaient décidé ».

4. Pas d’accès à l’information médicale. Tant aux grévistes qu’à l’équipe médicale solidaire, l’accès aux informations complètes relatives aux résultats de laboratoire, diagnostics et au traitement administré a été refusé à plusieurs reprises. La même situation s’est reproduite lors du transfert du 1er septembre : aucune explication médicale ne nous a été donnée et l’équipe médicale n’a pas été mise au courant de la décision de transfert.

5. Le droit à une deuxième opinion [médicale] a été bloqué. Même en disposant des permis requis, en plusieurs occasions, la révision du dossier médical nous a été refusée et nos indications médicales n’ont pas été prises en compte pour le traitement médical et le suivi. Ainsi, le droit de décider librement de son suivi médical a été bafoué.

6. De multiples négligences médicales. Comme équipe de santé, nous sommes préoccupés par le fait que le personnel de la Tour Médicale, afin d’isoler Fernando, José et d’autres internes traités dans la chambre de cet hôpital, a prescrit la sortie à chaque patient, bien qu’ils se soient trouvés dans des états de santé critiques. Pour cette raison, nous sollicitons qu’une enquête soit faite sur chaque cas, afin de prévenir toute complication de santé.

Nous portons à votre connaissance cette information, afin que les instances désignées soient sanctionnées, qu’une attention médicale adéquate soit offerte aux internes pour qu’ils puissent bénéficier d’une récupération adéquate et qu’une enquête soit menée afin de connaitre l’état de santé des internes affectés.

Équipe médicale solidaire
Docteur généraliste. Guillermo Selvas – Matricule professionnel :1101851
Nutritionniste. Avelina Landaverde – Matricule professionnel : 8004956

Source Cruz Negra Anarquista de Mexico

Traductions Les trois passants
Corrections Val et Myriam

LA C.I.P.RE c’est quoi ? [chronologie]

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