Mexico: Chronique de la Grève de la Faim Collective – (C.I.P.RE)

Chronique de la Grève de la Faim Collective – Coordination Informelle de Prisonnier-e-s en Résistance ( C.I.P.RE ) du 27/06/2015 au 18/08/15

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Je [Fernando Barcenas] souhaite manifester ma satisfaction devant les résultats de cette grève de la faim collective que nous avons réalisée à travers la proposition organisationnelle informelle de la C.I.P.RE. (Coordination Informelle des Prisonniers en Résistance).

Le but principal a été atteint, puisque nous avons montré tant à nos bourreaux qu’aux compagnon-nes « compas » de même affinité que nous, que nous, les prisonnier-es, même dans des conditions brutales d’internement, nous gardons l’initiative de nous organiser, de nous solidariser et de nous lancer dans la lutte pour rejeter et ignorer ceux qui nous torturent quotidiennement et essaient de nous humilier pour nous contrôler et pour nous domestiquer.

Je dois dire aussi que, avant tout, la dimension collective a été le fruit du travail préalable d’organisation avec la bande recluse (des ateliers de lecture, des cercles d’étude autogérés par les prisonnier-es, et aussi un travail ardu de diffusion et d’agitation à l’intérieur de la prison). Il faut mentionner que le numéro 3 du journal de combat « El Canero » a été photocopié et diffusé par un groupe de compagnon-nes « compas » qui a trouvé un espace pour s’organiser, déterminé à casser la passivité qui règne dans la prison et devant un mouvement anticarcéral extrêmement faible dans les rues (à l’exception de quelques collectifs et ami-e-s qui ont toujours appuyé les luttes individuelles de certain-e-s prisonnier-e-s anti-autoritaires)

Cependant, c’est réel, ce mouvement s’est forgé au sein de la prison grâce à la cohérence et la détermination de certain-e-s prisonnier-es en lutte qui n’ont pas trébuché et qui ont donné naissance à ce que, aujourd’hui nous connaissons comme la Coordination Informelle des Prisonniers en Résistance. [CIPRE]

Je ne mentionnerai pas leurs noms pour sauvegarder leur intégrité, puisque le caractère informel est précisément destiné à éviter le suivi et la dissolution sociale. En plus de cela, il ne s’agit pas de créer des héros [protagonistes], des porte-parole, ou des leaders charismatiques. Cependant, ils savent qu’ils étaient là, présents, et je leur envoie une chaleureuse accolade pleine d’amour, de révolte et de solidarité.

Des victoires partielles suite à la grève de la faim collective :

• Irwin García Freyre a réussi à obtenir sa liberté, même s’il a trahi les compagnons en donnant des informations au directeur de la prison ; il a atteint son objectif.

• Luis Lázaro Urgell a réussi à obtenir sa remise de peine, ce qui veut dire que dans quelques mois il obtiendra sa liberté.

• Julián López Barrón a obtenu d’être transféré au Centre d’Exécution des Sanctions (Annexe de la prison Nord), où il aura un travail rémunéré. En plus de cela, il a obtenu la fusion de ses 2 peines, ce qui peut lui permettre de sortir sous caution le mois prochain.

• On a réussi à élargir la diffusion du journal de combat «  El Canero » à l’intérieur et à l’extérieur de la prison, grâce aux compagnon-ne-s solidaires qui le diffusent dans les rues et parmi la population de la prison Nord.

• On a réussi à okuper à nouveau une cellule dans la zone d’Arrivée, ce qui permet de soutenir grandement les compagnons punis ou les nouveaux arrivants, les plus vulnérables à la violence carcérale. Actuellement, cet espace est maintenu par le compagnon Julio César Núñez, qui continue la grève de la faim dans la prison Nord pour garder cette « okupa » occupation.

Voilà : le panorama est toujours un peu oppressant, mais une bataille nous laisse toujours une forte impression. En effet, la guerre sociale et la lutte contre ce qui est imposé ne sont pas et ne peuvent pas être mesurées comme une marchandise capitaliste, c’est-à-dire selon les standards économiques (gagner ou perdre), puisque toute bataille que nous dépassons, nous apporte de l’expérience pour continuer à conspirer et à organiser l’extension de la révolte qui est déjà devant nous tou-te-s.

On se secoue, on se met debout et on prépare la phase suivante.

C’est pour cette raison que je prétends lancer un appel solidaire aux compagnon-nes en résistance, pour construire de nouvelles voies de coordination et d’attaque contre ce monstre carcéral qui contraint nos vies dans une réalité aliénée, et de plus en plus inhabitable pour ceux et celles d’entre nous qui n’ont pas les moyens d’entrer dans leur cercle social dégueulasse.

Nous vivons une réalité capitaliste d’accumulation par dépossession, par pillage, par vol… Les gouvernements « démocrates » et « républicains » ne sont plus qu’une actualisation de l’ancien colonialisme. De nos jours le capitalisme fonctionne de la même manière, en s’appropriant l’eau, la terre, en expulsant des communautés entières au profit de « mégaprojets », de grands travaux d’infrastructure, d’hydroélectrique, d’exploitation des mines et des monocultures, et d’une féroce spéculation immobilière urbaine.

Malheureusement, nous faisons face à une stagnation sociale à cause d’une culture de masse de plus en plus aliénée… L’indifférence des majorités domestiquées fait que nous sommes extrêmement peu nombreux à revendiquer les actions quotidiennes comme un symbole de guerre. Tant dans la prison que dans les rues, peu nombreux-ses en effet sont ceux et celles qui attaquent l’État avec ses propres armes et sans concession.

Où est donc passé l’éclat de notre anarchie ? Où est passé l’anarchisme féroce et combatif, cette révolte qui se répandait quand on luttait partout, dans tous les coins du monde, en rendant coup pour coup, terreur contre terreur. Sans préjugés, en ne se demandant pas : « Qui se chargera de la propagande ? », mais plutôt : « Quelles actions se chargeront de fonctionner comme propagande ? »

Où est donc passée l’énergie de l’anarchisme ? Cela fait des années qu’il n’y a plus de manifestations violentes, comme lorsque la police avait peur en entendant le cri de : Vive l’Anarchie !

Aujourd’hui personne ne dit rien, ils se sont limités à répéter jusqu’à l’épuisement le même idéalisme d’il y a 150 ans, à la différence qu’avant on agissait, grâce à l’existence d’un prolétariat conscient de son statut d’opprimé.

Toutes les forces stagnent dans des promesses. Cependant, un cœur ferme et solidaire ne peut pas rester tranquille, ne peut pas s’assoupir dans la pourriture de l’inaction.

Sortons donc de cet anarchisme qui est resté stagner dans l' »activisme » du XXIe siècle. Dans ce sens, nous devons fortement persévérer… À leur violence, opposons la nôtre.

Que se fassent entendre à nouveau les voix de l’anarchisme combatif, celui qui vit à la marge de la société corrompue et de ses lois. C’est un travail ardu, dur et dangereux, et qui bien sûr ne s’inscrit pas dans la légalité.

Coordination Informelle des Prisonnier-e-s en Résistance [C.I.P.RE]

Source Croix Noire Anarchiste de Mexico

Traduction Les trois passants
Corrections Myriam et Valérie
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LA C.I.P.RE c’est quoi ? [voir les Écrits de prison ]  et   Qui est Fernando Bárcenas Castillo ? ( Écrits de prison )

 

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