[Mexico] Abraham Cortés, après 2 ans derrière les barreaux. Nous ne t’oublions pas !

portabrahamAbraham Cortés Ávila a été arrêté le 2 octobre 2013 pendant la manifestation commémorant les quarante-cinq ans du massacre de Tlatelolco*, il se trouve enfermé dans la Prison Nord de la Ville de Mexico.

« La prison est un instrument de destruction, elle ne te réhabilite pas, elle fait mal, elle détruit… et comme ils disent ici : elle fait de toi un enfoiré »

« Le 2 octobre 1968 est un jour d’injustice, de disparition et de mort. Maintenant, ce n’est pas seulement un jour, c’est tous les jours, ce système qui gouverne pareil à tous les précédents, c’est toujours la même chose, le peuple connaît seulement la pauvreté, ici dans la prison nous sommes punis aussi, le bourgeois n’est rien sans le peuple. Des centaines, des milliers de prisonniers, et chaque fois il y a plus de prisons, l’injustice c’est pour le peuple… ça suffit ! »

« Avant, je pensais que l’esclavage n’existait plus et je pensais que nous étions libres, mais non, la vérité c’est que nous n’avons jamais été libres, nous n’arrivons pas à l’indépendance totale, nous continuons d’être des esclaves, mais à présent nous ne sommes pas esclaves d’un seul patron, mais d’un président, de l’armée, de la police. Nous devons donner toujours notre adresse pour qu’ils aient le contrôle sur nous, sans parler de la carte d’identité, être plus surveillés ce n’est pas possible ».

« Prison, institution de répression, école de méchanceté, d’obscurité, de froideur, de crainte, d’égoïsme, de vice, le lieu de destruction dans lequel nous sommes séquestrés (…) »

– Abraham Cortés –

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Abraham Cortés Ávila a été arrêté le 2 octobre 2013 pendant la manifestation commémorant les quarante-cinq ans du massacre de Tlatelolco*, il est le seul à rester en prison après les arrestations du 2 octobre 2013. Abraham faisait face à une accusation de tentative d’homicide, pour avoir supposément lancé des cocktails Molotov contre les lignes de policiers anti-émeutes. Ceci en plus d’une autre accusation pour attaques à la paix publique en bande. Pour ces accusations, le compagnon avait été condamné à 13 ans et 4 mois de prison ; cependant, grâce à une procédure en appel (Amparo) qu’il a mené, une nouvelle sentence a été prononcée de 5 ans et 9 mois pour le délit d’attaques à la paix publique en bande, car l’accusation de tentative d’homicide a été rejetée. Abraham se trouve dans la Prison Nord de la Ville de Mexico.

Abraham avait pris part à la grève de la faim collective qui a eu lieu du 1er octobre au 17 octobre 2014 avec les compagnons anarchistes Jorge Mario González García (à l’époque, enfermé à la prison – hôpital de Tepepan) Carlos López (qui se trouvait derrière les barreaux de la prison d’Oriente) et Fernando Bárcenas Castillo (actuellement à la prison Nord) Ensemble ils avaient déclaré, le 1er octobre 2014** : «   Motivés par un sentiment de rébellion et par un clair et véritable rejet de tous les mécanismes de contrôle et, parmi eux, de celui du système carcéral, nous, anarchistes et libertaires, prisonniers séquestrés par l’État mexicain, nous avons décidé d’utiliser l’un des outils de lutte dont nous disposons depuis l’enfermement : la grève de la faim. Et cela à partir d’aujourd’hui, 1er octobre, un an après les arrestations du 2 octobre 2013 (…) Pour nous, la grève n’est pas synonyme de faiblesse. Nous cherchons encore moins à endosser une posture de victime. Au contraire, nous assumons la grève comme une alternative de lutte que nous jugeons adéquate pour protester et proclamer dans les faits notre insoumission face à l’enfermement de nos corps, à l’humiliation, à l’isolement et à la frustration que signifie le fait d’être incarcéré dans ces centres de terreur. Nous avons choisi de passer à l’action au lieu d’accepter la prison comme une situation « normale » … »

Nous ne t’oublions pas ! Abraham a la calle !! Crève la taule !

Dernière lettre d’Abraham

Depuis la prison Nord (Reclusorio Norte del DF)

25 février 2015

portabrahamC’est un nouveau jour de lutte, un nouveau jour de résistance, un nouveau jour pour élever la voix, un nouveau jour avec le poing levé, un nouveau jour pour rendre visible l’injustice des institutions, institutions créées pour exercer la répression et l’exploitation, institutions qui tentent de faire taire, de pervertir et détruire la population. Cela fait 16 mois que je suis séquestré dans cette institution, au départ j’étais dans le quartier d’arrivée, à présent je suis dans la zone de la population dite tranquille, bien qu’ils aient essayé de magouiller pour nous envoyer dans le quartier dangereux, comme quand ils nous ont déplacés dans le Centre d’observation et de Classification, où ils nous ont assignés dans une zone dangereuse, un quartier disciplinaire pour la population dite normale.

Maintenant, ils essaient de nous donner discrètement en pâture à la population [carcérale générale], utilisant des stratégies diverses qui touchent les compagnons, et nous pointent du doigt cherchant à nous rendre responsables de la dégradation des aménagements de condition de détention, mais pour nous cela n’a pas d’importance, ici nous avons d’autres tâches et d’autres options de lutte, car du mal peut sortir le bien. Compagnons, dans ce jour de lutte, je ne demande pas seulement ma liberté, ni celle de mes compagnons, mais celle de tous ici dedans ; je ne veux pas seulement qu’ils révisent bien mon dossier, mais que ces institutions n’existent plus, parce que je suis et nous sommes conscients que ce sont des centres d’exploitation et d’esclavage.

Prison, institution de répression, école de méchanceté, d’obscurité, de froideur, de crainte, d’égoïsme, de vice, le lieu de destruction dans lequel nous sommes séquestrés depuis 16 mois par un gouvernement corrompu, plein de mensonges, plein d’ambition ; pendant ces 16 mois je ne suis pas le seul à vouloir sa prétendue libération, il y a plus de 12 mille internés qui cherchent la même chose, comme ceux qui arrivent chaque jour, ignorant tout d’ici. Mais ce qui est clair pour moi c’est que bien qu’ils nous « libèrent », nous ne serons pas « libres », car avec tant d’institutions nous ne savons plus à qui faire confiance, de plus avec leurs maudites stratégies pour éloigner la population en général, car ce qui est vécu n’est pas de l’indifférence,ce que l’ont ressent c’est la crainte des gens, la crainte qui peu à peu cesse d’exister, depuis ici, dedans, c’est ce que je peux voir, entendre et sentir, même si cette institution répressive essaie de nous faire taire, de nous faire disparaître, de nous séquestrer, ou de nous tuer, nous n’avons plus peur, nous ne la sentons plus.

Prison égal répression
Répression égal institution
Institution égal gouvernement
Gouvernement égal prison

Abraham Cortés Ávila

 * Le 2 octobre 1968, à quelques jours de l’imposition des Jeux Olympiques, le gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz et son Ministre de l’intérieur, avec l’aide de l’armée, réprimèrent brutalement la révolte étudiante en assassinant plus de 300 personnes et en faisant 700 blessés et plus de 3000 arrestations. Le 2 octobre 2013, une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Mexico commémorait le quarante-cinquième anniversaire du massacre des étudiants en 1968. Une fois de plus, la répression policière fait irruption à cette date. L’usage démesuré de gaz lacrymogène, le lancement aveugle de flash-balls ont laissé derrière eux plus d’une centaine de détenu-e-s  et de nombreux blessés.

  ** Grève de la faim des prisonniers anarchistes ici et

Taduit par les trois passants, correction Amparo et Valérie

Qui est Abraham Cortés Ávila ?

 

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