[Mexico] Fernando Sotelo, après un an d’incarcération, toujours debout !

Luis-Fernando-4Luis Fernando Sotelo, étudiant âgé de 20 ans, adhérent à la Sixième Déclaration zapatiste, a été arrêté le 5 novembre 2014 suite aux manifestations et aux actions pour la présentation en vie des 43 étudiants disparus depuis le 26 septembre 2014. Le juge a signifié sa mise en détention préventive pour les délits d’attaques à la paix publique [délit qui est pénalement du même type que le délit de terrorisme], d’attaques aux voies de communication et de dégradations (d’une station de Tramway, d’un distributeur de titres de transport et de caméras de surveillance). Quatre entreprises privées et le gouvernement de la Ville de Mexico, demandent à Sotelo de payer une somme effrayante de 13 millions de pesos, l’équivalent de 685 700 euros de dommages et intérêts. Cela signifie que Fernando sera soumis à un procès judiciaire, qu’il devra affronter enfermé dans la prison préventive Sud de la ville de Mexico. À présent, les avocats solidaires et la famille mènent une lutte acharnée et ardue contre le système judiciaire.

luis ferécris de prison

Lettre de Luis Fernando Sotelo depuis la Prison Sud de la Ville de México, 24 octobre 2015 et Journée pour la libération de Luis Fernando

Avant tout, bien des salutations et amitiés à toutes et tous (pour vos luttes).

Je suis un prisonnier du D.F, (capitale du Mexique) conséquence des lois ambiguës manigancées, des lois capitalistes quoi, comme le sont par exemple, tout particulièrement les qualifications des délits, attaques sur la voie publique. Dommages à la propriété privée et attaques à la paix publique.

Sous les projecteurs, ceux d’en haut et leurs gouvernements, disent qu’ils combattent l’insécurité et le crime ! Mais il est évident qu’en réalité ce n’est qu’un discours et que la seule chose qu’ils combattent vraiment c’est l’insécurité de leurs profits et que chaque parcelle capitaliste est une incitation au crime.

Je suis un individu réprimé par la bureaucratie, les institutions pénitentiaires et celles de la « justice ». Rien que cette situation fait partie de l’organisation dans la logique néolibérale, à laquelle il faut ajouter les politiques d’en haut sans distinction de couleurs [de partis].

Ils se mettent au service des capitalistes par compromission ou omission, en légiférant pour punir ceux qui portent atteinte à la propriété (comme si on pouvait porter atteinte à une chose morte) ; compromission, lorsqu’ils rendent la « justice » ; lorsque la majorité des prisonniers n’est plus qu’une caution, une réparation économique, c’est à dire un butin de guerre pour les juges, les mps – ministères publics, les policiers, les gardiens de prison… ; omission, lorsqu’ils ignorent les lois qui devraient te mettre à l’abri de la corruption des fonctionnaires publics. En réalité il n’y a pas besoin d’être organisés dans la lutte pour vivre la répression dans sa chair propre. Tous les prisonniers (c’est à dire ceux qui « tombent » en prison sous diverses qualifications, vol, lésions, etc., etc.) sont réprimés et on leur applique les règles de l’exploitation et du mépris.

Ici, on entend, plus ou moins fréquemment, sur un ton sentencieux du « haut de leur autoritarisme », « ce n’est pas moi qui t’ai conduit ici » ou « je ne t’ai pas demandé de venir ». Évidemment ceux qui prononcent ce genre de phrases (les gardiens ou les « porte-clefs ») le font pour se laver les mains et le visage de la honte. Pour moi, cela signifie juste qu’ils ne sont pas la totalité de la structure de l’état, tout au plus ils en sont une pierre angulaire. En fait qu’ils soient tout ou partie, leur version actuelle est répressive (policière) et autoritaire (radical) car leur but principal est de créer une société sur un mode carcéral.

Tout ce qui sort des limites de la démocratie officielle (électorale) et des lois de l’exploitation par les puissants doit être méprisé, criminalisé et réprimé, condamné…

Ceux d’en haut ont aussi utilisé le discours de la transition, du changement et en effet tout change, non pour le bien de la majorité, ni pour le bien de ceux qui ont besoin de prendre le changement entre leurs mains. Mais ce qui surgit c’est la Révolte, parce que ce monde est tellement étroit pour la vie qu’ils ont beau en changer les couleurs, jusqu’à faire naître de « nouvelles illusions » mais selon moi, tant que l’on continuera à vouloir transformer le monde (pour l’améliorer) et pour la majorité avec les mêmes moyens, les mêmes types d’organisations qui servent à tuer, faire disparaître, faire taire, emprisonner et désunir les peuples je crois que l’on ne fera que reculer. Tout au plus, avec cette logique on encourage l’oubli du mal fait à ceux d’en bas depuis ces espaces que sont les partis. Et l’histoire quotidienne (pas l’histoire officielle) nous apprend qu’en « oubliant » on vit dans un autre temps qui n’est pas celui du présent pour AGIR ni même celui du futur pour RÊVER.

A tous ceux et celles qui m’écoutent (et me lisent) n’oubliez pas la douleur et la tristesse de voir et vivre dans un monde globalisé par le capital. Nombreux et nombreuses sont héritiers de la résistance contre le pillage, pour ceux d’en haut, les puissants, il n’y aura pas de butin du pillage tant que nous n’oublierons pas.. Il est bon parfois de se demander d’où je viens ? Où je vais ? Qu’est-ce que je fais ici ?

Pour ma part, j’essaie de nourrir ma réflexion aussi bien par vos encouragements que par votre critique, non pas parce que j’assume le rôle unique de « l’opinologue » mais parce que je crois que mes paroles font écho aux vôtres, pour que fleurisse le dialogue. Un dialogue entre ceux qui marchent contre la réalité.

Plusieurs héritiers sont des résistants au mépris, certains ont été criminalisés (comme moi) mais n’oublions pas que parmi nos rêves il y a celui de vouloir cesser de croire en cette « normalité » qui nous sépare, nous exclut et nous isole. C’est dans des espaces comme ceux-là que je sens la rupture avec cet ordre survalorisé par les personnes aliénées par l’argent et l’exploitation, parfois ils pourraient même aller jusqu’à nous inviter à notre propre exploitation. Parce qu’aujourd’hui, c’est relativement plus agréable, parce qu’avec moins de travail je pourrais peut-être avoir accès à plus de produits à consommer que je n’en avais hier . Mais ne nous trompons pas, ce ne serait pas pour notre vie ni au service d’une vie bien remplie mais ce serait pour et au service du capital.

Je remercie vivement le temps qui m’est donné pour développer mon flot ou mes parenthèses sur ma façon de voir (c’est vous qui en déciderez) puisqu’en fin de compte, je le fais pour partager, malgré la répression que je dois affronter de face, c’est à dire en prison, et parce que je veux continuer à analyser et à exercer la résistance contre celle-ci. C’est pour cela que dans la mesure du possible et de vos réponses j’aimerais en savoir plus sur comment vous résistez, comment vous voyez la résistance et le combat contre ceux qui soutiennent l’époque néolibérale par le pouvoir ; en savoir plus sur vos luttes, sur vos prisonniers, sur vos réflexions.

C’est tout en ce qui concerne ma parole dans cet espace, je vous souhaite une bonne journée et surtout les fruits de vos efforts individuels et collectifs pour être présents et organisés.

Rage et haine contre la prison ( la sociale et  la cage) !

Vie et Liberté pour toutes et tous !
Avec tendresse, à la prochaine

Luis Fernando Sotelo Zambrano
24 octobre 2015

Par téléphone depuis le Prison Sud, Contribution à LA RENCONTRE NATIONALE DE LA RVSR (le Réseau contre la Répression et pour la Solidarité ) TLANIXCO 24 OCTOBRE 2015

NOTE: Sur la Journée pour la libération de Luis Fernando Sotelo Zambrano:  Un appel national et international à la solidarité a été lancé, entre autres par le Réseau contre la Répression et pour la Solidarité et la Croix Noire Anarchiste de Mexico. Parmi les propositions figure le lancement d’une campagne d’envoi de lettres solidaires pour Fernando Sotelo, du 2 au 15 novembre. Les lettres et mots de soutien peuvent être envoyé-es à l’adresse : fernandosotelolibre@riseup.net. L’autre possibilité est d’envoyer des lettres de soutien exigeant la liberté du compagnon aux ambassades et consulats du Mexique dans d’autres pays. Une campagne graphique a également été lancée afin d’exiger la liberté de Fernando Sotelo, soit par l’élaboration de banderoles, graffitis, collages dans des lieux publics, ou par la réalisation/création d’affiches en solidarité avec Luis Fer. Envoyer les photos et/ou les images d’affiches, actions…. à : fernandosotelolibre@riseup.net

Source Cruz Negra Anarquista de Mexico

Traduit par Amparo et les trois passants

Plus d’infos sur Fer Sotelo

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