[Mexique – À dix ans] Femmes du cas Atenco : Ni oubli ni pardon ! (+ chronologie)

INFO
Contre l’oubli

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Nous insistons : nous ne cédons pas devant les stratégies de l’État, nous continuons la lutte, nous continuons à parier sur une « autre réparation » celle qui reconstruit le tissu social, la confiance, la solidarité, celle qui évoque la mémoire et construit la vérité pour nous celles et ceux qui sommes en bas. Femmes ayant subi la torture sexuelle durant les opérations policières du 3 et 4 mai 2006 à Atenco.

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À 10 ans de la torture sexuelle perpétrée par des agents fédéraux et de l’État mexicain contre 27 femmes, durant les opérations policières réalisées à Texcoco et à San Salvador Atenco, entités apparentant à l’État de Mexico, d’autres cas similaires sortent à la lumière et sont dénoncés, démontrant ainsi que la violation sexuelle est une pratique courante des forces de sécurité mexicaines. En attendant que la Commission Interaméricaine de Droits de l’homme (CIDH) analyse si l’État mexicain est responsable ou non de la torture sexuelle contre 11 des 27 femmes qui ont décidé de dénoncer la torture sexuelle subie durant les opérations policières du 3 et 4 mai 2006, les organisations sociales continuent de documenter de nouvelles violations. (1)

Le même pouvoir en place

En 2006 le secrétaire du Gouvernement de l’État de Mexico était Humberto Benítez Treviño, l’actuel président du Collège de l’État de Mexico, collège d’études supérieures et équivalent au système des grandes écoles ; Wilfredo Robledo était le secrétaire de Sécurité Publique – aujourd’hui, conseiller de sécurité du candidat du PRI – Parti révolutionnaire institutionnel – au gouvernement de Veracruz, Héctor Yunes Landa–; le chef de l’État-Major de la Police Fédérale Préventive était Ardelio Vargas Fosado, aujourd’hui mandataire de l’Institut National de Migration ; et l’actuel titulaire de l’Exécutif fédéral Enrique Peña Nieto, était le gouverneur de l’État de Mexico à l’époque.

À 10 ans

Cela fait déjà dix ans que dans les rues de Texcoco et de San Salvador Atenco les 3 et 4 mai 2006, les trois niveaux de gouvernement avec l’aide des principaux partis politiques et l’ensemble de l’appareil de l’État mexicain ont déchaîné leur violence et leur brutalité par l’intermédiaire de leurs forces policières et judiciaires contre des hommes et des femmes qui défendaient le droit à la terre et à la solidarité. Une blessure incontestable du processus de construction du tissu de l’Autre Campagne (aujourd’hui la sexta) a été la violente répression du 3 et 4 mai 2006 à San Salvador Atenco. Bilan de la répression : Javier Cortés Santiago et Alexis Benhumea assassinés par la police, des nombreux blessés et 207 personnes arrêtées .

Suite à ces faits, un groupe de femmes qui avaient été arrêtées et torturées par l’État mexicain dans son ensemble, a décidé de porter plainte contre celui-ci pour la torture sexuelle qu’elles ont subi. Ces plaintes ont commencé au niveau national, où comme on pouvait s’y attendre, elles ont reçu pour toute réponse le silence et l’oubli. Ce qui a amené cette plainte à un niveau international tel que la Commission Inter-américaine des Droits Humains. (2).

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Ainsi le 14 mars 2013, Italia Mendez une des femmes ayant subi la torture sexuelle, a exposé son cas et présenté ceux des onze compagnes dénonçantes devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains à Washington. Ces onze compagnes ont décidé avec rage et dignité de continuer la lutte et la dénonciation de l’attaque perpétrée à Atenco par l’État Mexicain.

Pour elles, il est clair que l’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social qui non seulement affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais aussi les collectifs, les organisations et la société. Depuis l’opération policière à Atenco en 2006, l’État continue de nier qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement en raison d’une stratégie étatique. Il continue à déclarer avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État de Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par des policiers qui ont agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression. (3)

Suite à la réunion des femmes survivantes du cas Atenco à la CIDH à Washington, représentées par Italia Mendez, celle-ci a déclaré que « le fait pour l’État Mexicain de présenter aux femmes du cas Atenco une « solution amicale » représentait la dernière carte qui pouvait être jouée par l’État afin d’éviter un examen par la Cour et en même temps, cela représentait une maniéré d’atténuer le cas Atenco partout dans le monde. Il est clair que par cette proposition, l’intention de l’État était de minimiser le niveau des violations graves aux droits humains à San Salvador Atenco ».(4)

L’État Mexicain a tenté en vain durant l’audience publique à la CIDH par l’intermédiaire de sa représentante Lía Limón García, sous-secrétaire aux Affaires Juridiques et aux Droits Humains, de négocier une « solution amicale » avec les onze femmes qui ont été agressées sexuellement pendant l’opération policière de 2006 à Atenco et qui portent plainte, afin d’éviter une sanction éventuelle de la Cour Interamericaine des Droits Humains (CoIDH). Ce que les femmes d’Atenco ont instantanément refusé.

Bárbara Italia Méndez Moreno – représentante des onze femmes qui ont été agressées sexuellement- a donné lecture d’une lettre écrite par celles-ci, devant les magistrats, les représentants de l’État mexicain, les avocats ainsi que devant des dizaines de personnes qui se sont rendues à l’audience :

« Nous ne voyons pas de possibilité et ce n’est pas notre désir d’explorer une solution amicale, puisque l’État a démontré pendant plus de six ans, non seulement son incapacité à répondre à nos demandes de vérité et de justice, principalement parce que les seules actions qu’il ait menées visaient notre dénonciation au niveau inter-américain et international, mais aussi parce qu’il continue de répandre une fausse information sur ce qui s’est passé à Atenco et sur la recherche de justice. » (5)

Lettre signée par Mariana Selvas Gómez, Georgina Edith Rosales Gutiérrez, María Patricia Romero Hernández, Norma Aidé Jiménez Osorio, Claudia Hernández Martínez, Ana María Velasco Rodríguez, Yolanda Muñoz Diosdada, Cristina Sánchez Hernández, Patricia Linares, Suhelen Gabriela Cuevas Jaramillo et Bárbara Italia.

Avec le temps…

« nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes, mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la judiciarisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions (…)Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté. »(6)

La lutte a continué, entre autres, par le biais de la Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle, cette campagne contre la répression est menée par des femmes qui ont été arrêtées lors des opérations de contrôle de population à Texcoco et à Atenco, le 3 et 4 mai 2006. Femmes qui ont survécu aux tortures à caractère sexuel et physique, telles que : les agressions, postures obligées pour un temps prolongé et la prison. Depuis l’été 2008, ce groupe de femmes a commencé à travailler pour rendre visible les buts de la répression en abordant de manière franche et ouverte l’utilisation de la torture sexuelle comme instrument de contrôle social, utilisé couramment par la police et les militaires au Mexique.

Voici leur dernier communiqué paru en mai 2015 :

Communiqué de la Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle, 9 ans après la répression à Texcoco et à San Salvador Atenco

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Nous n’oublions pas la répression des 3 et 4 mai 2006, à Texcoco et San Salvador Atenco. Elle a constitué un châtiment exemplaire, toute sa brutalité déversée sur nos corps, les fibres les plus sensibles de notre être ont été touchées et ensuite, exhibées.

La solidarité a été le prétexte utilisé par l’État pour assiéger, frapper, perquisitionner des domiciles, assassiner et torturer. Ce fut un acte de guerre contre l’Autre Campagne [aujourd’hui la sexta], ils ont essayé, par la terreur, de nous annuler, nous réduire, nous démobiliser.

La réponse a été merveilleuse, une vague de solidarité a réussi à rompre le siège policier à San Salvador Atenco, une campagne nationale et internationale a commencé, où des milliers et des milliers d’adhérents à la Sexta [nationale] et la Zezta Internationale ont obtenu la libération de ceux et celles qui avaient été emprisonné-e-s : L’alerte rouge lancée par l’EZLN [Armée Zapatiste de Libération Nationale] et son appel à mobilisations, les blocages des routes et les actions dispersées réalisées de part et d’autre du pays et du monde, le piquet de protestation [aux environs de la prison], les gardes, le barco (7), les concerts solidaires, les cris depuis l’autre côté du mur de la prison. Tout cela, a été l’effort et le fruit de la solidarité et de l’organisation de nous tous et toutes qui sommes la Sexta et des gens solidaires d’en bas.

La violence est inhérente au capitalisme et à l’État, comme un binôme du système d’exploitation et de domination. Évidemment cette dernière n’est pas nouvelle, cependant à présent nous pouvons voir comment elle s’aggrave, s’approfondit et se socialise, ce qui plonge la société dans l’incertitude, la peur et la paralysie.

Il est de plus en plus évident que la répression est une pratique généralisée dans ce pays, nous avons vu avec horreur comment la politique d’en haut a annoncé une guerre contre le trafic de drogues, pour, dans les faits, la diriger contre la société, contre les gens d’en bas : des milliers de personnes ont été assassinées et de la même manière le crime fait aux femmes s’est déployé ; d’autres femmes et d’autres hommes, aussi par milliers, ont disparu ; beaucoup d’autres personnes ont été le bouc émissaire qui remplit les prisons, grâce aux déclarations auto-inculpatoires arrachées par les corps policiers et militaires après de terribles séances de torture au cours desquelles la torture sexuelle apparaît de plus en plus comme une pratique généralisée contre les femmes.

Il existe aussi, la répression sélective contre les résistances qui luttent contre ce système asphyxiant, prédateur de la vie. Nos frères et soeurs bases d’appui Zapatiste ont été la cible d’une guerre ouverte et de plus en plus hostile et violente de la part de groupes paramilitaires, ce sont des attaques systématiques contre la construction de l’autonomie des communautés Zapatistes. C’est le système de la domination qui, à travers de la CIOAC Historique (8), a perpétré le terrible crime; frapper à coups de machette, torturer et assassiner l’instituteur [votan] zapatiste Galeano.

La nuit du 26 au 27 septembre jusqu’à l’aube a été terrible pour les normaliens d’Ayotzinapa, avec le meurtre de 6 personnes, dont trois normaliens, les 43 étudiants disparus, en plus d’un autre étudiant dans le coma. Dans la même logique pour générer la terreur, on comprend la brutalité exercée contre Julio César Mondragón.

Les stratégies de contrôle social sont dessinées minutieusement : selon la cible, selon le dommage qu’elles essaient de provoquer, selon la réaction qu’elles attendent. L’État se prépare et affute son coup. Certaines fois c’est à travers les forces policières et militaires que la violence est exercée, d’autres fois, à travers des groupes paramilitaires ou par le biais du trafic de stupéfiants.

Nous, en 2008, quand nous avons entamé ce cheminement collectif, nous avons pensé qu’il était et continue d’être vital, de caractériser la répression, décortiquer ses objectifs, comprendre les stratégies et les méthodes utilisées pour briser les personnes et les collectivités ; comment constituer une communauté ? comment fortifier l’organisation ? Élaborer des stratégies de confrontation tous et toutes, ensemble. Notre pari – le pourquoi de notre travail – c’est de nous organiser contre ce rouage du Capitalisme qu’est la répression.

Ils noarton3538-bd910us répriment pour nous briser, mais ensemble hommes et femmes nous nous reconstruisons.

Faire appel à la mémoire, cette proposition n’est pas des moindres, il s’agit de reconstruire notre histoire racontée par nous-même, recourir à la vérité, de comment les événements se sont passés, comment nous avons vécu, survécu, comment nous avons fait face au puissant. Ce sont des expériences collectives qui nous renforcent et qui nous rappellent que nous regardons le pouvoir en face et même avec la peur toujours là, même en étant petites, nous lui faisons face.

Neuf ans se sont écoulés et nous n’oublions pas, parce qu’aujourd’hui plus que jamais la répression est en vigueur. Nous ne pardonnons pas parce que le meurtre, la prison, la torture et la disparition continuent d’être le langage d’en haut. L’État affine sa stratégie : nous démobiliser par la violence n’a pas fonctionné. Maintenant il recourt à la pression et aux menaces, ce ne sont plus les bêtes en uniforme qu’ils envoient, maintenant ce sont des hommes et femmes habillées avec des vêtements coûteux, avec des portefeuilles pleins de prébendes et de pots-de-vin, qui essaient de nous casser à travers la création de fonds et d’indemnisations.

Nous insistons : nous ne cédons pas devant les stratégies de l’État, nous continuons la lutte, nous continuons à parier sur une « autre réparation » celle qui reconstruit le tissu social, la confiance, la solidarité, celle qui évoque la mémoire et construit la vérité pour nous celles et ceux qui sommes en bas.

Solidarité et soutien mutuel
Mai 2015.

Campaña contra la represión política y la tortura sexual
[ Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle ]

Résume/traductions les trois passants, Caracol Solidario et Amparo

Corrections Valérie et Myriam

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(1) A 10 años de Atenco: Tortura sexual, práctica común de la policía mexicana, Revista Proceso, 2 de mayo 2016, por Anayeli García Martínez
(2) Déclaration de solidarité avec les femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Réseau contre la Répression et pour la Solidarité (RvsR)
(3) À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser » Article écrit en 2012, par Barbara Italia Mendez
(4) Atenco, ni perdón ni arreglo “amistoso”. Revista Proceso 18/Mar/2013 por Gloria Leticia Díaz
(5) Ibid
(6) Op cit : À Atenco : Nous ne pourrons …par Barbara Italia Mendez
(7) Barco : [le colis], c’est l’expression utilisée pour passer solidairement les produits nécessaires en prison : savon, shampoing, papier toilette… Dans ce cas précis, les personnes du piquet de protestation qui se tenait à l’extérieur de la prison, faisaient le « barco », c’est à dire, faisaient passer le colis aux prisonnières avec les produits dont elles avaient besoin.
(8) Le 2 mai 2014, la CIOAC-Historique [Centrale Indépendante des Ouvriers Agricoles et Paysans] organisation paramilitaire liée au Parti de la Révolution Démocratique (gauche) a attaqué le Caracol de La Realidad, l’un des cinq centres régionaux où siègent les Conseils de bon gouvernement zapatistes, le bilan de cette attaque a été la destruction d’une école et une clinique, plusieurs personnes blessées et l’assassinat du votan [maître] Galeano, l’un des responsables de la Petite école zapatiste (Escuelita) qui symbolise la nouvelle initiative zapatiste internationale et nationale.

À lire : À propos de la nomination d’Ardelio Vargas à l’Institut National des Migrations (INM)

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À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser »

barmarÀ Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser ».

Italia Méndez*

« Plan d’une extermination : écraser l’herbe, arracher tout, depuis la racine jusqu’à la dernière plante vivante, arroser la terre avec du sel. Après, tuer la mémoire de l’herbe. Pour coloniser les consciences, pour les supprimer ; pour les supprimer, les vider du passé. Annihiler tout témoignage qui rappelle que dans la contrée il y a eu autre chose que du silence, des prisons et des tombes. Il est interdit de s’en souvenir… » Eduardo Galeano

Mexico. En 2002, avec le soutien d’organisations et de collectifs, le Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT) a réussi à arrêter le projet économique le plus ambitieux du mandat de Vicente Fox Quesada, alors président du Mexique : la construction du nouvel aéroport international de Mexico qui s’étendait sur 4.550 hectares de terres de culture confisquées par le gouvernement fédéral sur le terrain communal de San Salvador Atenco, moyennant une indemnisation de sept pesos (moins d’un euro) par mètre carré.

La lutte des paysans du FPDT est devenue un exemple d’organisation et, surtout, de victoire. La légitimité de leur combat, leur capacité d’organisation et la solidarité nationale et internationale ont été les éléments clefs qui ont permis d’arrêter non seulement l’État et tous ses appareils, mais aussi le capital, puisque des centaines d’entreprises se frottaient déjà les mains en espérant obtenir de grands bénéfices du pillage des biens communaux.

En 2006 naît l’Autre Campagne, un mouvement national rassemblant des milliers de personnes adhérentes à la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Sur tout le territoire national, elle émerge comme un mode d’organisation qui doit constituer une alternative à la logique électorale des candidats alors engagés dans la campagne. Elle se dresse, provocante et dangereuse pour le pouvoir.

C’est dans ce contexte que, les 3 et 4 mai 2006, le terrorisme d’Etat s’est abattu à Texcoco et à San Salvador Atenco. Par la répression politique, le sang et la prison, le pouvoir a décidé de mettre fin au cheminement de l’Autre Campagne. Tout a commencé par un conflit ciblé entre de petits producteurs de fleurs et de légumes et les autorités municipales de Texcoco : celles-ci niaient le juste droit des premiers à travailler en commercialisant leurs productions sur la voie publique. Le FPDT, toujours solidaire des autres luttes, accompagnait les producteurs et jouait le rôle d’interlocuteur.

alexisbenhumeaBilan de la répression : Javier Cortés Santiago et Alexis Benhumea assassinés par la police, 207 personnes torturées et emprisonnées, des centaines de perquisitions, cinq personnes d’autres pays – survivantes de la répression – expulsées, la persécution politique et judiciaire des membres du FPDT, l’utilisation de la torture sexuelle contre nous, les femmes détenues. La classe politique dans sa totalité a légitimé les faits de diverses manières, il y a eu des applaudissements retentissants et des silences complices.

La répression politique a pour but très concret la désarticulation, par la terreur, de toute organisation qui s’oppose aux intérêts de l’État et au pouvoir économique. L’objectif principal est d’empêcher les personnes d’identifier les buts que poursuit la répression, afin d’annuler leur capacité de défense et de confrontation.

L’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social si puissant que non seulement il affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais il a aussi des répercussions sur la famille, les collectifs ou les organisations et, naturellement, sur la société. Depuis l’opération policière à Atenco, l’État a nié qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement. Face à des preuves irréfutables, il a déclaré avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État du Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par une paire de policiers nerveux et qui avaient agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression.

La préméditation, l’intentionnalité et l’impunité prouvent que cette atteinte au corps des femmes, mise en œuvre à des moments très précis, vise à envoyer un message brutal à l’« ennemi » en répandant le sentiment de culpabilité, la stigmatisation et la peur.

mujeres-de-atenco-6to-anivDans notre expérience, l’appui mutuel nous a permis de mettre en évidence les buts et les principes de la torture sexuelle. Lorsque nous nous sommes retrouvées toutes ensemble dans la prison de Santiaguito, plusieurs d’entre nous ont décidé d’écrire leur témoignage. Nous avons choisi de transformer la culpabilité et la honte en responsabilité et de désigner les coupables. La divulgation de l’atteinte à nos corps, de nos visages et de nos noms nous a permis de casser le silence. Nous savions que cela ne suffirait pas, mais c’étaient nos premiers pas dans un chemin si long et si sinueux qu’il ne pouvait être parcouru que collectivement.

Le rôle de la dénonciation sociale, tant en 2006 qu’aujourd’hui, a été fondamental. Lorsque nous étions isolées, nos moyens de communication étaient des morceaux de papier mais des centaines de voix ont été le haut-parleur de nos paroles et les récits d’horreur ont acquis une valeur réparatrice : l’innommable, l’inénarrable s’écoutait à haute voix, peu à peu se dissipait le tabou qui consiste à parler de quelque chose de si intime. La honte disparaissait. Nous avons refusé le rôle que les responsables nous avaient attribué et surmonté la culpabilité et la peur, à travers un accompagnement psychologique et un travail collectif.

Face à la répression, d’innombrables manifestations de protestation ont eu lieu, et de grands efforts organisationnels ont été réalisés en vue de la libération de prisonnières et de prisonniers. La peur était coûteuse en énergie et beaucoup de personnes ont renoncé à la participation politique, quelques groupes se sont désarticulés, le tissu social s’est déchiré. Intimider la société à travers le châtiment exemplaire de ceux et celles qui luttent : ce message avait été envoyé, renforcé encore par l’impunité des coupables, la dilution de leur responsabilité l’idée que « rien ne peut être fait face au pouvoir de l’État ».

Découvrir l’étendue de la répression a été réellement dévastateur. Comment recomposer le tissu social ? Comment combattre la peur ? Comment nous reconstruire ?

2011-11-09-104959Atenco.gifCertaines d’entre nous insistent sur la nécessité de mettre en évidence les instruments du contrôle social par l’État, et de multiplier les discussions autour de cette problématique. À cette fin, nous avons lancé depuis l’été 2008 « Une campagne contre la répression politique et la torture sexuelle », en cheminant main dans la main avec des organisations et des collectifs qui ouvraient leurs espaces à ces réflexions. Cette campagne vise à mettre au jour les conséquences de la répression, telles qu’elles ont été vécues sur le plan individuel et collectif.

Analyser avec distance les mécanismes répressifs nous permet de nous placer dans un rôle actif, et nous rend capables de leur faire face sans abandonner nos luttes et nos idéaux.

Ces mécanismes obéissent à des stratégies définies selon les effets que l’on cherche à provoquer dans la population, auprès des organisations et des individus. Ils ne sont pas furtifs et encore moins aléatoires. La répression à San Salvador Atenco n’a pas eu lieu par hasard : transformer un modèle d’organisation, de résistance et de victoire en symbole de mort, de torture et de prison, met en évidence l’intérêt du Pouvoir à déformer notre perception, arrêter à tout prix l’Autre Campagne et tatouer dans notre peau le message de la défaite.

Après six ans de résistance nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes, mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la juridictionnalisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions.

Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté.

Aujourd’hui, comme il y a six ans, les hommes politiques lancent leurs campagnes électorales pleines de mensonges et de faux-semblants. Aujourd’hui, comme il y a six ans, nous insistons : notre lutte ne se borne pas aux formes politiques d’en haut, nous continuons notre chemin sans nous contenter du « moins pire ». L’idéal de liberté ne s’efface pas : malgré la répression, nous sommes toujours debout.

Italia_3-384x384* Bárbara Italia Méndez a été arrêtée le 4 mai 2006 au matin dans une maison de San Salvador Atenco, dans l’État de Mexico, où elle s’était réfugiée pour échapper à la police. Elle s’était rendue de Mexico à San Salvador Atenco après avoir appris qu’un mineur avait été tué et que des manifestations et des affrontements avec la police avaient eu lieu.
Selon son témoignage, des membres de la Policía Federal Preventiva (PFP, Police fédérale préventive) ont fait irruption dans la maison et l’ont arrêtée sans aucune explication. Les policiers lui ont tiré les cheveux, l’ont obligée à s’accroupir et l’ont rouée de coups ; elle a été blessée à la tête et présentait de multiples contusions. Son chemisier remonté sur la tête, elle a été ensuite contrainte de monter dans un véhicule de la police et de s’allonger sur d’autres détenus. Pendant le trajet jusqu’à la prison de Santiaguito près de Toluca, dans l’État de Mexico, elle a dû enlever ses vêtements, a été passée à tabac, menacée, a subi des agressions sexuelles et été violée à l’aide de différents objets par des membres de la police de l’État sous les encouragements de leurs collègues.

Traduit par les trois passants

Merci à Valérie pour les corrections

Source

Plus d’infos : Femmes dénonçant le cas Atenco + Videos et brève chronologie des faits

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Brève chronologie des faits

libresatencoresiste-img_assist_customLe 22 octobre 2001, le gouvernement fédéral décrète l’expropriation de 11.500 hectares, parmi lesquels 5.400 sont des terres productives appartenant à Atenco, en offrant en compensation 7,20 pesos par mètre carré. Le projet était la construction du nouvel aéroport international de la ville de Mexico, violant ainsi les droits naturels et sociaux des communes à décider de l’usage d’un territoire qui leur a toujours appartenu.

Le Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT, Front communal en défense de la terre) s’est organisé et a décidé de défendre leur territoire.

Finalement, le 2 août 2002, le gouvernement se vit forcé d’abroger le décret d’expropriation qui n’avait jamais démontré son utilité publique et annula le projet d’aéroport.

5 avril 2006 : L’Autre Campagne passe par Atenco et le FPDT adhére à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

2 mai : Une table de négociation se tient au bureau du sous-procureur de l’État de Mexico avec les autorités de l’État au sujet du respect au droit du travail des fleuristes des villages de Texcoco. Ceux-ci avaient été violemment expulsés de leur marché quelques mois auparavant et avaient demandé l’aide du FPDT. Ce jour-là, un accord fut passé permettant la vente de fleurs pour les 3, 10 et 15 mai et ordonnant aux policiers gardant le marché de se retirer.

3 mai : À 5 heures du matin, les fleuristes accompagnés du FPDT se présentèrent au marché de Texcoco mais le gouvernement de l’État n’avait pas tenu parole. Ce furent des centaines de policiers qui provoquèrent des affrontements et arrêtèrent des membres du FPDT et des fleuristes.

4 mai : Le lendemain, ce furent 3 500 policiers puissamment armés qui envahirent Atenco. Ils réalisèrent des arrestations arbitraires et enlevèrent plus de 200 personnes dont des mineurs et des personnes âgées. Les gens arrêtés furent torturés et les femmes violées.

Bien des actions ont été menées pour libérer toutes et tous les prisonnières et prisonniers d’Atenco. Douze personnes étaient encore emprisonnées qui purgeant des peines qui vont de 31 ans, pour neuf d’entre elles, à 67 ans et 6 mois pour Felipe Alvarez Hernandez et Hector Galindo et jusqu’à 112 ans pour Ignacio del Valle, enfermés dans une prison de haute sécurité. Et il reste encore des personnes avec des mandats d’arrêt.

Après 4 ans et 1 mois de mobilisation populaire et de recours légaux, le 30 juin 2010 à 13h00 la Cour Suprême de Justice de la Nation a voté la liberation des 12 prisonniers du FPDT.

Jorge Alberto Ordóñez Romero, Román Adán Ordóñez Romero, Alejandro Pilón Zacate, Juan Carlos Estrada Cruces, Julio César Espinoza Ramos, Inés Rodolfo Cuellar Rivera, Edgar Eduardo Morales Reyes, Óscar Hernández Pacheco et Narciso Arellano Hernández ont été libérés le 30 juin 2010.

Ignacio del Valle Medina, Felipe Álvarez Hernández, Héctor Galindo Gochicoa ont été libérés le 1er juillet 2010.

2016 Le gouvernement continue sa pression sur les terres collectives d’Atenco et la lutte continue…

À lire ailleurs : Depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et depuis l’Autre Europe : communiqué de soutien à San Salvador Atenco au Mexique

Exposition : ATENCO…Que s’est-il passé?

Exposition sur Atenco (Archive 2006)

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