[Mexico] Fernando Sotelo bientôt deux ans derrière les barreaux

« Chaque argument défendu par le maton pour justifier sa corruption et sa médiocrité, avec des mots « d’ordre social » contre le prisonnier, laisse voir l’incohérence de son éthique. Une éthique promue dans des relations « officielles » entre le maton et le/la prisonnier-e. Avec la capacité d’exploiter les prisonnier-e-s dans un ordre économique qui inclut les déshérités à cette participation. Le truc c’est que s’ils participent, ils le font en jouant le rôle du consommateur moderne – tel un spectateur - et le spectacle se joue sur la même scène que celle où agit le gouvernement « comme il se doit », « justement », « normalement » sur demande de la société ou, au mieux, en veillant aux intérêts de celle-ci. »

– Luis Fernando Sotelo –

ferzamLuis Fernando Sotelo, étudiant âgé de 20 ans, adhérent à la Sixième Déclaration zapatiste, a été arrêté le 5 novembre 2014 suite aux manifestations et aux actions pour la présentation en vie des 43 étudiants disparus depuis le 26 septembre 2014. Le juge a signifié sa mise en détention préventive pour les délits d’attaques à la paix publique [délit qui est pénalement du même type que le délit de terrorisme], d’attaques aux voies de communication et de dégradations (d’une station de Tramway, d’un distributeur de titres de transport et de caméras de surveillance). Quatre entreprises privées et le gouvernement de la Ville de Mexico demandent à Sotelo de payer une somme effrayante de 13 millions de pesos, l’équivalent de 685 700 euros de dommages et intérêts. Cela signifie que Fernando sera soumis à un procès judiciaire, qu’il devra affronter enfermé dans la prison préventive Sud de la ville de Mexico. À présent, les avocats solidaires et la famille mènent une lutte acharnée et ardue contre le système judiciaire.

Le 10 novembre 2014, le juge lui a signifié sa mise en détention préventive pour les délits d’attaques à la paix publique, d’attaques aux voies de communications et dégradations.

libertad-yaaaDernière Lettre envoyée par Fernando Sotelo depuis la prison préventive Sud de la ville de Mexico (lettre publique)

Bonjour, compagnonnes et compagnons solidaires, aux compagnonnes et compagnons de Caracol Solidario, du Groupe Proudhon, du Resto Trottoir, des Trois passants :

Je m’étais précédemment engagé à vous écrire, il me semble honnête de m’excuser.

L’information que je souhaitais partager avec vous quand je vous ai dit que je vous écrirais concernait la vie quotidienne.

Mais après une punition imposée par les autorités du Conseil Technique Inter-disciplinaire – organe administratif de la prison – et suite à notre contestation (articles dans la presse et recours en révision), ils nous proposent maintenant d’avoir des activités comme du sport, la tenue d’un séminaire de philosophie avec un autre compagnon, le Dr. Felix Hoyo, ou encore la participation à un cinéclub.

Ce qui est en train de se passer est ce qui se passe au niveau de beaucoup de processus d’organisations et de luttes : l’autorité en place essaie de réduire les autonomies.

Je pense qu’avec deux compagnons je pourrais réaliser certains projets. Et cela bien que les autorités nous surveillent particulièrement et nous traitent différemment de la majorité de la population (carcérale). Mais nous voyons que le problème est l’imposition – de quoi ? D’une exploitation subie. La corruption de la loi et de l’ordre est soutenue par les structures même du pouvoir en place.

Nous, avec nos petits efforts, nous avons dû commencer par ne pas oublier.

En effet, bien qu’aujourd’hui ils nous traitent mieux ou simplement avec plus de respect (sachant que les puissants aussi ont peur), nous savons que les « concessions du pouvoir » ne sont que des moqueries pour nos rêves et nos dignités.

Cependant nous nous félicitons et nous apprenons à nous développer avec d’autres compagnons prisonniers d’une autre façon – sans autorisation – et sans matériel : tables, télés, salles, chaises, ballons de l’institution – c’est plus ou moins un plan sans concession.

Nous savons que la logistique fait défaut à nos projets mais nous ne voyons pas pourquoi nous devrions mettre en place un scénario de conciliation avec ceux qui sont responsables de l’injustice carcérale…

C’est ainsi que je partage avec les prisonniers la routine.

En attendant qu’un jour nous soyons toutes et tous libres.

Luttant tous les jours avec l’ennemi numéro un : soi-même.

PS : Ma situation juridique, telle que je la vois depuis ma perspective, laisse penser que le procès sert à justifier l’insoutenable (une prise en otage de ma vie). Avec le climat de la politique d’en haut, on voit que la pantomime – démocratie s’intéresse plus à ses poches pleines d’argent qu’à la participation de tous.

Ma liberté n’a pas de prix, mais elle a une grande valeur et beaucoup de gens luttent pour la même chose : pas uniquement pour ma liberté mais, à travers elle, pour la liberté qui nous appartient à toutes et tous. Cette liberté autonome, digne et rebelle que nous apprenons à semer mais aussi à récupérer des mains de l’oppresseur. Je suis content de votre soutien, compas. Et savoir que la libération des prisonnier-e-s quelles qu’ils/elles soient fait partie du projet que l’on nomme liberté m’incite à être heureux.

– Luis Fernando Sotelo –

Fanzine – Écrits de Prison, Fer Sotelo

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