[Mexico] Aux accros du pouvoir, mais plus à ceux qui ont été « pourris par ce pouvoir » : Lettre de Luis Fernando Sotelo

Depuis la prison préventive Sud de la ville de Mexico

Vraiment ? personne ne se rend compte que je ne me manifeste pas en faveur de la loi d’amnistie ?

reclusur

Aux accros du pouvoir, mais plus à ceux qui ont été « pourris par ce pouvoir »

Lettre de Luis Fernando Sotelo

Il est de mon devoir de défendre la position que j’ai prise pour résister, que vous le vouliez ou non. Je sais que cela peut paraître difficile, mais je vois que ça l’est uniquement parce que vous ne pouvez négocier mes décisions, ni mes actions.

Alors, que veulent de moi ou de mes proches les gens des partis politiques ? Simplement parce qu’ils ont réussi à obtenir une photo qui virtuellement me rapproche de leur position.

Vraiment ? personne ne se rend compte que je ne me manifeste pas en faveur de la loi d’amnistie ?

Auparavant, j’ai essayé d’être critique, maintenant je veux être direct : je ne veux pas que quiconque, membres de partis politiques ou non, mette la pression ou sollicite la promulgation d’une loi d’amnistie ou de « pardon » pour me libérer. Si vous continuez à le faire, n’espérez de moi que mon désaccord. Et si vous l’obtenez, c’est-à-dire, si réellement il est possible qu’à travers la séparation des pouvoirs – législatif, exécutif, fédéral – on me libère  : sachez qu’ils m’auront donné raison de dire que pour la totalité des organismes instances gouvernementales, une solution réelle et transformatrice ne présente aucun intérêt.

Pourquoi ? puisqu’ils savent dans quel état, ou plutôt, dans quelle situation se trouve la structure de l’État ? On favorise l’instauration de politiques policières, il y a autour de celles-ci des courants de « néo-fascisme » et de « néo-conservatisme ». Et tous veulent oublier comment cela a commencé ? C’est-à-dire qu’ils veulent oublier que déléguer à un juge la vie (ou des vies) est la première erreur ? Oublier que déléguer c’est aliéner ? et plus… Ils veulent encore plus de délégation de responsabilités ?… Plus d’autels pour la politique d’en haut ? Cette politique qui normalise ma séquestration ?

Cela a déjà été dit et je l’assume : si je voulais m’asseoir pour parler ( ou si quelqu’un le faisait à ma place…) je le ferais par mes propres moyens. Mais en attendant, la position merdique de parler à ma place, me « représente » déjà comme une image du désespoir.

C’est pourri de dire que la seule chose que je veuille soit sortir de prison. J’ai confiance en la défense juridique ( qui est menée par de vrais compagnons ), j’ai complètement confiance dans la stratégie qui consiste à épuiser toutes les voies [juridiques] possibles. C’est pour cela que je ne vais pas favoriser la paresse de véritables parasites sociaux, qu’ils soient députés ou ministres. Si leur « travail » est de me libérer, qu’ils arrêtent d’empêcher ma libération. Que les premiers cessent de chercher ma famille et mes compagnon-ne-s ? Et les seconds, qu’ils n’essaient pas de nous tromper : nous savons qui tire les ficelles de la répression, nous savons que si la volonté de me libérer existe, elle se concrétisera par la pression des personnes solidaires, de compagnons réels, et cette volonté sera due à l’existence de ces personnes et parce que la vérité et la raison seront de mon côté.

Assez de spéculation sur la « cause » des prisonniers !

Je ne vais pas me prêter au jeu de la mode ou de la conjoncture. Personne, membre d’un parti ou d’un gouvernement ne se préoccupe de moi. La preuve en est que cela fait 2 ans que je suis en prison accusé, et maintenant même plus cela, de quelque chose que je n’ai pas fait, parce que je suis considéré comme un ennemi de l’ordre répressif, parce que je suis de trop à cause de mes idées dans un monde pratique gouverné par la finance, parce que je n’ai pas honte mais que j’ai beaucoup de dignité. Arrêtez d’utiliser mon image pour vos « télé-novela » du système. Et si je ne me suis pas vendu, si je ne me suis rendu, si je n’ai pas renoncé, c’est parce que je ne suis pas comme vous. Je ne veux pas que vous vous battiez pour moi, je sais très bien que vous vous battez contre moi – parce que vous savez que je ne suis pas de votre famille.

Arrêtez de chercher ma famille et arrêtez de vous prononcer pour une sortie politique de la prison, faible ou feinte. Comprenez que votre conception du droit n’envie en rien la conception qu’en a , n’importe quel policier, dont le travail est de frapper le faible ou celui qui est différent… Vous êtes les complices et les co-auteurs de cette expérimentation de vie sociale.

C’est pour cela que je déclare :

Alejandro Lugo, Rosa Isela Martínez, Luna Flores et Francisco Estrada NE SONT PAS mes compagnons. Ils mettent la pression, proposent et appuient l’élaboration d’une loi d’amnistie en faisant semblant de se préoccuper pour ma libération. Et, concernant la campagne pour ma libération, ils ne font que mentir et harceler ma famille et mes compagnon-ne-s pour qu’ils assistent à des réunions qui n’ont aucun sens (meeting « pro-amnistie », interview, etc.) malgré le fait que j’ai clairement donné mon point de vue sur l’amnistie.

Rosa Isela a submergé d’appels téléphonique une compagnonne de la campagne [Ndt : pour la libération de Fernando Sotelo]. Elle voulait qu’elle participe avec ma mère à une réunion, à base de mensonges, disant à ma mère que le collectif de la campagne pour ma libération était au courant de la dite réunion et mentant à la compagnonne en lui disant que ma mère était déjà présente à la réunion.

Luna Flores : Tu te vantes de dire que tu me rends visite pour gagner des « like » ou des amis ?

Alejandro Lugo et Francisco Estrada, arrêtez de supplanter ma parole… ou au moins, Avez-vous lu ma dernière lettre où je parle de votre foutue amnistie ?

Mort à leur système d’oppression !

5 Novembre 2016

Luis Fernando Sotelo Zambrano

Traduit par Les trois passants, correction Amparo

Sources Proyecto Ambulante, CGT- Estado español, Adherentes a la Sexta Barcelona

fersoteloLuis Fernando Sotelo, étudiant âgé de 20 ans, adhérent à la Sixième Déclaration zapatiste, a été arrêté le 5 novembre 2014 suite aux manifestations et aux actions pour la présentation en vie des 43 étudiants disparus depuis le 26 septembre 2014. Le juge a signifié sa mise en détention préventive pour les délits d’attaques à la paix publique [délit qui est pénalement du même type que le délit de terrorisme], d’attaques aux voies de communication et de dégradations (d’une station de Tramway, d’un distributeur de titres de transport et de caméras de surveillance). Après 1 an et 9 mois de procès, notre compagnon Luis Fernando Sotelo a été condamné en première instance à 33 ans et 5 mois de prison et à une amende de 519 815,25 pesos (26 000€). Plus d’infos

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