[Oaxaca] Communiqué de femmes d’Eloxochitlán, pour la liberté de tous les comuneros prisonniers.

Communiqué de femmes d’Eloxochitlán.
Pour la liberté de tous les comuneros prisonniers.
16 mai 2018.

Nous, femmes indigènes mazatèques, filles, sœurs, mères et compagnes des 7 de l’Assemblée Communautaire de Eloxochitlán de Flores Magón*, prisonniers et poursuivis depuis le 14 décembre 2014, levons de nouveau la voix aujourd’hui pour dénoncer : pendant 3 ans et 5 mois, nous avons subi un climat de harcèlement et de persécution mis en œuvre par la famille Zepeda Lagunas, dont les membres se sont approprié un certain nombre de postes municipaux (s’imposant en faisant fi de notre système d’organisation), et usé des moyens de communication de masse, ainsi que de leurs relations politiques et de leur richesse économique pour tenter d’effacer, par tous les moyens possibles, la mémoire de ce qui se passe et de ce qui s’est réellement passé dans notre village.

Nous et nos compagnons prisonniers et poursuivis en justice vivons depuis plus de 3 ans et 5 mois déjà l’injustice de l’enfermement et l’usure émotionnelle et physique qu’elle suppose. Nos familles en pâtissent depuis que l’on nous a privés de la tranquillité de pouvoir marcher librement dans notre communauté. Nous, en tant que femmes indigènes, avons dû faire face aux rudoiements, aux attitudes désagréables et aux grossièretés des membres de ce tribunal, le Tribunal Mixte de Première Instance du District de Huautla de Jiménez. Nous, en tant que femmes indigènes de N´guixo, avons eu affaire au népotisme et à la corruption de ceux qui se présentent comme les représentants de la Justice. Cela fait maintenant 3 ans et 5 mois que nous exigeons la liberté de nos compagnons. On a cherché à nous écraser en faisant circuler de fausses rumeurs par-delà nos montagnes. Pourtant, vous, membres du Tribunal, n’ignorez pas que dans le dossier qui a été monté de toutes pièces ne figure pas une seule preuve qui justifie de garder nos compagnons en détention ni de maintenir les poursuites contre eux.

Si bien qu’au jour d’aujourd’hui, il existe plus de 5 résolutions qui jouent comme protection juridique, des procédures d’appel, et même une sentence qui a acté la remise en liberté de 7 de nos compagnons. Cessez de relayer les mensonges d’une famille qui n’a d’autre intention que celle de s’approprier notre naxinanda** et nos ressources naturelles. Cessez de faire tremper les mains de la Justice dans le jeu de la corruption et cessez de vous moquer de nous plus longtemps, cessez de retarder la liberté de nos pères, de nos fils, de nos frères et de nos compagnons.

En tant que femmes indigènes de N´guixo, nous exigeons de nouveau de vous que vous cessiez de couvrir la famille Zepeda Lagunas, que vous cessiez de servir les caciques qui se sont approprié notre communauté grâce à des discours trompeurs. Nous exigeons de vous la libération de nos compagnons, car vous savez pertinemment que dans aucun des six tomes du dossier 02/2015 ne figure la moindre raison valable pour faire durer ce mensonge plus longtemps.

C’est au nom de cette douleur et de cette rage que nous portons en nous, qu’aujourd’hui nous disons : cette plaisanterie a assez duré, ¡basta ! Aujourd’hui, mercredi 16 mai 2018, nous sommes là, en grève de la faim en solidarité avec nos compagnons prisonniers et pour exiger leur libération. Notre présence au tribunal est notre manière d’exhiber ses mensonges, et de dénoncer que le procès mené à bien jusqu’ici viole les promesses du tribunal et dément celle d’une justice soi-disant rapide et efficace. Jusqu’à aujourd’hui, ce tribunal a retardé de bien des manières la libération de nos compagnons, mais aujourd’hui nous l’affirmons : nous ne le permettrons plus. Notre voix doit être entendue et nous lutterons jusqu’à ce qu’elle le soit. Nous ne laisserons pas les mensonges continuer de grever nos vies.

Les femmes, les filles, les mères les sœurs, les compagnes d’Herminio, Alfredo, Jaime, Omar, Fernando, Isaías, Miguel et les 16 poursuivis en justice.

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*Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. C’est une commune d’environ cinq mille habitants qui se trouve dans la région appelée Cañada, dans l’État d’Oaxaca. Comme les deux tiers des communes de l’État d’Oaxaca, elle est régie par le système des us et coutumes ou système normatif des communautés indigènes. À la différence d’autres communes de l’État d’Oaxaca, à Eloxochitlán, les femmes participent aussi à la prise de décisions.

** naxinanda : commune mazatèque.

Traduction Louise

Source (espagnol) Cruz Negra Anarquista de Mexico

[Oaxaca] La lutte pour l’autonomie à Eloxochitlán de Flores Magón (deuxième partie)

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