[OAXACA] Nouvelles du prisonnier anarchiste Miguel Betanzos : 25 jours en grève de la faim

Lettre depuis la prison de Cuicatlan Oaxaca. Reçue le 11 octobre 2019.

15 jours ouvrables et le juge Modesto Isaías Santiago Martínez n’a pas tenu son engagement.

Le 19 septembre lorsqu’à eu lieu l’audience finale, le Juge du Tribunal Mixte de Huautla de Jiménez, s’est engagé verbalement à se prononcer dans les 15 jours ouvrables à venir or il n’a pas tenu son engagement.

Aujourd’hui 10 octobre, les 15 jours ouvrables que le juge avait pour se prononcer sur ma situation juridique, selon le code pénal de l’État de Oaxaca, se sont écoulés et il n’a pas non plus tenu son engagement.

Aujourd’hui, moi par contre oui, cela fait 4 ans 5 mois et 10 jours que je suis en prison pour un procès fabriqué de toutes pièces, aujourd’hui voilà 22 jours que je n’ai pas ingéré un seul aliment, car je sais pertinemment qu’il n’y a pas le moindre motif pour rester un jour de plus en prison et je proteste avec mon corps, pour exiger de façon déterminée ma liberté en échange de la mise en danger de ma santé.

Aujourd’hui le juge annonce qu’il peut prendre tout le temps qu’il lui plaît pour prononcer la sentence, mais ce temps est mon temps, mon temps volé, mon temps emprisonné, mon temps a des jours ouvrables et des jours non ouvrables, mon temps ne répond pas à leurs codes ou à leurs lois, auxquels pourtant ils prétendent continuer à le soumettre.

En même temps, dans toutes les instances chargées de faire respecter et de permettre l’accès à un « système de justice rapide, objective, rendue de façon impartiale » ils prétendent qu’ils ne sont pas compétents, qu’ils ne peuvent rien faire, qu’il faut prendre patience, alors je réaffirme la chose suivante, votre fonction publique est un simulacre, une farce en votre nom. Il est évident que le pouvoir d’une députée règne sur ces institutions. Avec de telles réponses, le retard et les irrégularités juridiques tout au long de mon enfermement, ils continuent de démontrer que leurs institutions sont seulement au service du caciquisme, de ceux et celles qui nous dépouillent, de ceux qui mentent pour occuper des fonctions publiques, des ambitieux.ses, des corrompu.e.s.

Aujourd’hui, je dois également dire que la raison pour laquelle j’ai rompu la grève du silence que je menais depuis le 12 septembre, a été lorsqu’ils ont décidé de ne pas me présenter à mon audience sous des prétextes grotesques. Je dois dire que je remercie avec toute l’énergie qui me fait résister, tous et toutes celle.s.x qui sont restés attentifs, qui ont fait écho à mon silence et sont parvenus à faire du bruit autour de leurs mensonges. Mais je dois aussi dire, insister même que ni la députée Elisa Zepeda Lagunas ni son père le tortionnaire Manuel Zepeda Cortés, ne peuvent plus continuer à soutenir ni juridiquement ni médiatiquement leurs accusations à mon encontre. Elisa et Manuel, ceux qui me dénoncent dans le dossier 02/2015, on fabriqué les faits de telle sorte que le seul pilier qui leur reste et sur lequel ils peuvent s’appuyer est l’impunité, le trafic d’influences et la manipulation du Pouvoir Judiciaire. De leurs six témoins à charge, un n’a pas reconnu sa déclaration, les déclarations des deux autres ne sont qu’une copie de celle de Manuel Zepeda, deux n’étaient pas sur les lieux (ils ont rapporté ce qu’on leur a raconté) et l’autre témoin dit que les personnes étaient masquées. Il n’y a rien d’autre dans le dossier, ces témoignages contradictoires, vagues et déjà controversés, c’est tout ce que le juge doit prendre en considération, il n’y a rien qui demande un temps indéfini, car malgré l’argument selon lequel il ne peut prononcer ma mise en liberté parce que mon dossier comporte six tomes et s’il y a six tomes c’est qu’ils sont remplis de pages d’arrêts accumulés par les irrégularités et les violations tout au long de la procédure. Le juge le sait parfaitement, car c’est lui-même qui était chargé du Tribunal au début du montage du dossier et c’est lui qui a émis les mandats d’arrêts ; lui en tant que spécialiste des lois sait pertinemment que les témoins à charge n’ont aucune valeur de preuve et que l’argumentaire juridique que nous avons présenté pour ma défense le démontre pleinement. En tant que juge incorruptible il devrait agir de façon impartiale en dictant la sentence de ma mise en liberté immédiate sans délais et sans poursuivre cette farce fabriquée et utilisée par la famille de caciques des Zepeda Lagunas.

Je termine en disant que je poursuis ma grève de la faim pour exiger qu’ils cessent de retarder ma mise en liberté.

Miguel Peralta 

Prisonnier en grève de la faim.

Source : anglais et espagnol  

Traduction Amparo

Miguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, Miguel a été arrêté au centre-ville de Mexico. Cette arrestation a été perpétrée avec une grande violence par trois personnes en civil sans identification ni mandat d’arrêt, accompagnées de plus de 20 policiers « ministériels » de la ville de Mexico. Toutes ces irrégularités concernant l’arrestation de Miguel constituent une attaque de plus contre l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán, dans la continuité de celles qui ont été perpétrées depuis 2010 par le groupe cacique dirigé par la famille Zepeda et à présent par Elisa Zepeda, l’actuelle députée locale, présidente de la Commission de Justice du Congrès d’Oaxaca du parti au pouvoir de MORENA*.

Miguel est l’un des 7 prisonniers indigènes membres de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui se trouvent enfermés dans les différentes geôles de cet état Mexicain. Plus de 23 membres de l’Assemblée d’Eloxochitlán, hommes et femmes, sont sous mandats d’arrêts et ont été criminalisés pour avoir défendu « les us et coutumes communautaires » qui prévoient une autre façon de choisir ses représentants, s’opposant aux partis politiques soutenus par les caciques locaux qui essaient d’imposer à tout prix leur pouvoir afin de mieux contrôler la communauté par la peur et la prison.

Le 26 octobre 2018, Miguel a été condamné à 50 ans de prison.

Le 12 septembre 2019, Miguel aurait dû être présenté devant le Tribunal Mixte de Première Instance de Huautla de Jiménez, Oaxaca, pour une nouvelle comparution définitive, droit qui lui a été encore une fois refusé par la Cour, l’audience a été reportée au 19 septembre 2019.

Note : MORENA (Movimiento de Regeneración Nacional) parti politique de l’actuel Président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador.

Le 19 septembre 2019, Miguel annonçait sa grève de la faim.

Miguel Betanzos condamné à 50 ans de prison. Prise de position

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