VIDEO : Miguel Peralta Betanzos suite à l’obtention de sa libération

Intervention de Miguel Peralta Betanzos
suite à l’obtention de sa libération

Mercredi 16 octobre, 2019. CDMX
Depuis l’École Nationale d’Anthropologie et d’Histoire ENAH. Df México
Transcription de la vidéo / Radiozapote fréquence libre

Salut, alors comment ça va, cool de voir ici tous les potes, ben on ne s’est pas vus depuis un bail pas vrai ?

Je voudrais remercier d’abord “Les autres avocats” qui ont toujours été sur le pied de guerre. Et parfois, sans trop de blé, on arrivait à peine à leur payer leurs frais, c’est pour ça que je me suis mis en grève de la faim Ah! Ah!

Bon je voudrais un peu partager avec vous mes réflexions sur la situation de la détention, parce que bon, la situation juridique, je crois qu’elle est plus que connue, tout mon procès est bourré d’irrégularités, depuis le jour de mon arrestation, j’ai été maintenu au secret pendant plus de 20 h et on m’a transféré dans une prison qui ne dépendait pas de ma juridiction, c’est à dire qu’elle se trouvait à plus ou moins 340 km de ma communauté qui est Eloxochitlán de Flores Magón.

En fait, des 8 témoignages, les 8 étaient faux, un témoin par exemple a reconnu que lui n’avait rien déclaré du tout, et finalement il a retiré sa déclaration. Deux autres témoins par exemple ont recopié exactement la même déclaration que celle du père de la personne décédée et c’est comme ça qu’avec ces 8 témoignages ils m’ont condamné l’année dernière à 50 ans de prison. Ces déclarations ont été contestées lors des interrogatoires et la supercherie a été démasquée, rien ne coïncidait ni dans le temps, ni le lieu mais bref comme ça j’ai passé 4 ans 5 mois et 14 jours à résister, c’est une situation difficile de s’opposer au système de justice pourri de notre pays et dont les institutions à la fin, ne font que faire semblant de travailler.

Par exemple, le nouvel organisme chargé des peuples indigènes, le – je ne sais même plus son foutu de nom – ah oui, l’IMPI, par exemple, si tu en as besoin quand tu es prisonnier, la première chose qu’ils te demandent c’est si tu as un traducteur ou la seule chose qu’ils peuvent te proposer c’est une aide pour demander ta mise en liberté anticipée, ils n’ont aucune intervention réelle par rapport à la population carcérale. Par exemple à Cuicatlan, la majorité des détenus sont d’origine indigène : il y a des Chinantèques, Mazatèques qui sont la majorité de la population, il y a des Mixtèques, Mixes il y a des Zapotèques, il y a aussi des Triquis, un tas de frères triqui, Amuzgos et Cuicatèques. Les Mazatèques sont la majorité, du coup on appliquait les formes de convivialité culturelle mazatèque vous connaissez, non ? On communique par le biais du « sifflet » *.

Les autres questions dont je voudrais parler c’est les formes de convivialité que l’on trouve dans la prison (NDT dans la prison de Cuicatlan), parce que là c’est justement l’endroit où se pose la question de l’entraide mutuelle, de la solidarité. Quand tu arrives pour faire ta peine, tu arrives sans rien, ben les potes de galère, sans te connaître t’offrent quelque chose à manger d’abord, des tongs, une serviette, du savon, du papier toilette. Parce que c’est juste cette sensibilité, cette question du collectif envers ceux qui sont privés de liberté, qui sont enfermés. On est toujours limité par la question de l’alimentation. Pour plaisanter, on disait qu’on nous donnait tous les jours, ou presque tous les jours de l’année de la nourriture cubaine haricots rouges et riz, au bout d’un moment tu t’en lasses, en même temps c’est super parce que c’est totalement végétarien. Mais Cuicatlan c’est un endroit où il fait une sacrée de chaleur, par exemple aux mois d’avril, mai, juin les températures peuvent arriver jusqu’à 43°, la seule façon de t’hydrater c’est de se cotiser entre potes pour acheter une boisson gazeuse pour s’en sortir et passer la journée. Il n’y a pas d’autre façon de s’en tirer que de travailler par nécessité, pour essayer de faire face aux dépenses de base et à celles que chaque jour apporte.

En détention, nous menons aussi la lutte pour le travail indépendant. Avant 2015, il y avait des personnes qui étaient les « patrons » c’est à dire des personnes qui apportaient le matériel, le plastique, aux détenus qui faisaient des sacs. Les prix étaient déjà fixés par le patron et puis sont arrivés d’autres détenus qui venaient d’autres prisons et qui avaient d’autres idées, comme le travail indépendant par exemple, pour subvenir nous-mêmes à nos besoins et à ceux de nos familles, que ce ne soit plus une question esclavagiste. Du coup, la lutte pour le travail indépendant et pour un commerce juste à l’intérieur de la prison a commencé et du coup on a réussi à obtenir que nos familles puissent faire entrer le matériel à l’intérieur de la prison et que nous autres nous puissions vendre nos sacs à un prix plus juste et non pas à celui imposé par le patron. Ben les patrons arrivaient le vendredi et le mercredi -ils continuent de venir d’ailleurs- mais les compagnons qui sont en prison ils ont maintenant la liberté de s’acheter leur matériel et de les vendre là où ils pensent que c’est plus intéressant, à un prix plus juste.

En ce qui concerne l’alimentation là aussi nous nous sommes battus, parce que comme je vous l’ai dit ils ne nous donnaient pratiquement que du riz et des haricots rouges. Bon et par exemple aussi, le téléphone c’est super cher, à peu près 2 pesos la minute et en étant enfermé ben bien sûr tu te lâches, t’en finis pas de parler parce que c’est ta seule façon de t’évader de ce quotidien à part en imagination ou en écrivant. Parce qu’en fin de compte la prison elle a été faite pour ça, l’état l’a faite pour ça, pour créer ce laboratoire, pour exécuter ses manœuvres et soumettre la population. Bon nombre de compagnons qui étaient avec moi pendant ma détention étaient là dedans depuis plus de 12 ans sans avoir jamais eu leur jugement, et ça continue comme ça d’ailleurs. Les défenseurs publics leur demandaient de l’argent alors qu’ils dépendent du tribunal et que normalement ils reçoivent des indemnités ou qu’on les paie pour s’occuper d’un certain nombre de personnes à défendre, mais comme plus ils ont de personnes à défendre plus ils gagnent de primes à la fin il vaut mieux qu’il y ait le plus de personnes en détention, c’est un cercle vicieux.

Je voudrais aussi vous dire que les commissions des droits humains par exemple celles de Oaxaca, sont de mèche avec le système pénitentiaire, la seule chose qu’elles font c’est faire des recommandations. Moi par exemple, ils ne sont jamais venus me voir pendant ma grève de la faim, les seuls contacts que nous avons eus ça a été au téléphone.

Et bref quoi, ça a été difficile et maintenant je profite avec vous du menu de la liberté. Et puis j’aimerais remercier tous les compas de l’ENAH d’avoir organisé cet événement et tous les compas qui se sont solidarisés depuis les réseaux sociaux, ou dans la rue… Et sérieux, on voit une ambiance un peu différente maintenant, à cause des espaces que les autorités sont en train de confisquer ici et à la fin on est toujours obligé de résister, de refuser ce qu’on nous impose, nous devons nous battre d’une façon juste, nous n’avons jamais réclamé aucun caprice, nous avons toujours exigé la justice. Moi, pour ma part, j’ai toujours pensé que ça allait prendre plus de temps, que j’allais rester plus longtemps en détention et j’étais sur le point de changer de stratégie rapport à la grève de la faim et puis l’inespéré est arrivé, ou plutôt ce que j’espérais le plus, parce qu’en fin de compte quand on est enfermé la seule chose à laquelle tu rêves c’est toujours à la liberté, tous les jours ce que tu veux c’est être dehors avec les tiens, les serrer dans tes bras, parler, rigoler..bref être dehors.

Merci beaucoup aussi aux compas des autres collectifs et à tous ceux de notre bande qui, internationalement, se sont prononcés pour ma liberté et aux personnes de ma communauté qui ont tout le temps été présents aux audiences malgré la situation que cette femme, la députée Elisa Zepeda, a imposé et qui continue malgré son discours « féministe » de maintenant, c’est clair ses mensonges continuent de grossir et c’est aussi une mythomane.. Bref, malgré tout cela, la résistance continue dans notre communauté, il y a des personnes qui pensent que nous devons sauver les valeurs communautaires, être indépendants, que nous sommes capables de penser par nous-mêmes et que l’on ne doit pas nous manipuler.

Et bon, lol !! salut et liberté
et Vive l’anarchie !

Miguel Peralta Betanzos

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* Le sifflet est une forme sifflée de la langue mazatèque qui est une langue tonale. Lorsque l’on siffle on imite le ton et le rythme du langage parlé. On siffle seulement avec les lèvres, sans les doigts. Le langage sifflé des mazatèques possède 31 différences d’accent et de tonalité et de la sorte il est possible de simplifier des messages complexes éliminant toutes les ambiguïtés. C’est à dire qu’il est impossible de se tromper sur ce que dit un message sifflé. Dans la prison de Cuicatlan, les détenus se font passer des messages grâce à ce langage, sans que les autorités ni les matons ne puissent comprendre de quoi il retourne.

** Elisa Zepeda Lagunas est aujourd’hui présidente de la Commission Permanente de l’Administration et de la Justice du Parlement de Oaxaca, elle a l’investiture de Morena (Mouvement Régénération Nationale) parti politique de l’actuel président du Mexique Andrés Manuel López Obrador.

 VIDEOCompartición de Miguel Peralta Betanzos después de lograr su liberación. Miércoles 16 de Octubre, 2019. CDMX – Desde la Escuela Nacional de Antropología e historia (ENAH). DF México Radiozapote frecuencia libre

Bref résumé du conflit

A Eloxochitlán de Flores Magón deux formes de désignation des représentants s’affrontent. D’un côté, une forme d’autonomie d’élection des représentants de la communauté par l’Assemblée communautaire selon le système indigène « d’us et coutumes ». Ses fondements renvoient à la mémoire des frères Ricardo et Enrique Flores Magón, anarchistes dérangeants de la Révolution mexicaine en raison de leur combat contre les structures centralisées et autoritaires du pouvoir. De l’autre côté, le pouvoir des caciques représenté par la famille Zepeda, imposé par la force et la recherche du contrôle du pouvoir soutenu par les partis politiques.

Miguel Ángel Peralta Betanzos a été arrêté dans la ville de Mexico le 30 avril 2015. Miguel Ángel Peralta Betanzos activiste mazatèque anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire de Eloxochitlán de Flores Magón. Le délit dont il était accusé est celui de tentative d’homicide qualifié contre Eliza Zepeda Lagunas et son frère Manuel Zepeda Lagunas. C’est ainsi que Miguel Ángel Peralta Betanzos a été condamné à 50 ans de prison pour les délits d’homicide et de tentative d’homicide en réunion qui se seraient produits à Eloxochitlán de Flores Magón le 14 décembre 2014.

L’accusation provient de celle qui est aujourd’hui députée sous le drapeau de MORENA, Eliza Zepeda Lagunas, et qui a accusé 34 personnes d’avoir tué son frère ainsi qu’un policier municipal, alors qu’aucune preuve n’a été apportée pour corroborer ces accusations.

Depuis le jour de sa détention jusqu’à aujourd’hui, des collectifs, des amis et des proches ont entamé une lutte pour obtenir la libération de Miguel Ángel Peralta Betanzos et des autres accusés sans preuves par la députée. Aujourd’hui encore, 7 personnes sont détenues sans jugement pour cette affaire.

En août dernier, lors d’une conférence de presse, les familles des prisonniers ont dénoncé le fait que des indigènes étaient toujours détenus sous pression de la députée, ils ont assuré que celle-ci avait falsifié l’information et créé les conditions pour faire arrêter et persécuter les opposants et activistes membres de l’Assemblée Communautaire.

Le contexte dans lequel se sont déroulés les faits et qui ont conduit à l’accusation de Miguel, naissent de la résistance et de l’organisation que la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón a mené contre le caciquisme des Zepeda dans cette communauté. Dans ce contexte une assemblée communautaire a été convoquée le 14 décembre pour élire l’une de leurs autorités. Selon « Les autres avocats », durant cette assemblée Eliza Zepeda et son frère Manuel Zepeda ainsi qu’un groupe paramilitaire ont déclenché un affrontement armé contre l’Assemblée. Manuel Zepeda meurt durant cet affrontement, les médias ont couvert l’événement en donnant la version d’Eliza Zepeda selon laquelle les affrontements qui avaient eu lieu dans la communauté étaient la conséquence directe de la violence machiste d’une campagne menée à son encontre parce qu’elle était femme et voulait être mairesse de Eloxochitlán. La députée utilise aujourd’hui dans la presse, des arguments aux accents « féministes » pour légitimer ses abus de pouvoir de cacique recourant à l’usage de la force et s’est alliée aujourd’hui au parti gouvernemental MORENA pour se couvrir. L’Assemblée craint que suite à la libération de Miguel, les représailles et les abus se poursuivent, dus aux pressions de l’actuelle députée et de son groupe caciquiste.

 

Traductions et corrections Amparo, Val et les trois passants

Fanzines

Agitation (en cours de traduction)

 

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