Le Peuple Yaqui en résistance

Les Yaquis sont, à l’origine, établis dans la vallée du Río Yaqui au nord de l’État mexicain de Sonora et dans le sud-ouest de l’Arizona, aux États-Unis. Les Yaqui, n’ont cessé, depuis des siècles, d’être en guerre avec touts les pouvoirs qui se sont succédés au Mexique depuis les conquistadores. En dépit des persécutions, des humiliations, des répressions, des déportations et des massacres, ils ont toujours et durant des générations défendu leur terre et leurs ressources avec intégrité, comme ils l’ont dit dans un dernier communiqué « Toute autorité traditionnelle et tout membre de la tribu Yaqui se consacre à la défense de la terre et de l’eau »

Sonora : Deux membres de la Tribu Yaqui toujours derrière les barreaux

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La Tribu Yaqui a depuis des siècles lutté contre le pillage et le vol des eaux et du territoire. Leur histoire est remplie d’invasions, de menaces, d’humiliations, de guerres, d’expulsion, de répression ; nombreux et nombreuses ont été ceux et celles qui ont défendu coûte que coûte la terre, la rivière Yaqui, leur territoire ancestral des mains de ceux qui avaient le pouvoir, leur lutte a été constante et sans relâche contre la destruction et la mort.

Dans ce contexte, en septembre 2014, Mario Luna, porte-parole et secrétaire de l’Autorité Traditionnelle Yaqui, adhérent à la sexta déclaration de la forêt lacandonne, a été arrêté par des éléments habillés en civil, et par la suite, présenté à la prison de Hermosillo où il se trouve aujourd’hui derrière les barreaux. Il a été accusé de séquestration aggravée et vol de véhicule. Cette accusation contre le porte-parole de la tribu est utilisée comme argument pour emprisonner tous ceux et celles qui comme Mario ne cessent de se battre pour la défense de leur propre vie. Par la persécution et la prison, l’Etat de Sonora essaie d’intimider la tribu pour qu’elle renonce à sa lutte contre le pillage. La persécution s’est poursuivie et le 23 septembre dernier un autre membre de la tribu, Fernando Jiménez, a été également arrêté et accusé de séquestration et de vol de véhicule. Tous deux ont fait appel -en ne pouvant pas sortir sous caution- et attendent leur procès.

Métaphoriquement pour les yaquis, le territoire est un nid, ils l’appellent : toosa. Son représentant principal est le « kobanoa » : la tête de l’oiseau qui l’habite; le peuple – assemblée communautaire – qu’ils appellent masam ou tea: les ailes de l’oiseau. Le peuple Yaqui se voit lui-même comme une unité : corps – tête – ailes qui s’articulent dans l’image d’un oiseau, un corps qui décide et agit d’une forme conjointe, pour le peuple Yaqui, le secrétaire n’a pas d’existence métaphorique. Le secrétaire n’est pas une figure de l’histoire traditionnelle, il a fallu l’inventer pour pouvoir parler aux yoris, c’est-à-dire aux blancs. Et pendant longtemps sa fonction n’a pas été importante : on requérait d’un jeune, quelqu’un qui savait bien lire et écrire et surtout qui avait l’endurance et la patience d’aller et revenir des bureaux du gouvernement étatique et fédéral. Mario était non seulement le porte-parole et représentant de sa tribu, de son peuple, il a été aussi le secrétaire, et comme d’autres membres de sa tribu, il est à son tour humilié par les yoris, aujourd’hui les autorités gouvernementales qui continuent de mener la guerre.

Le contexte – NAMAKASIA!

Mantenimiento NOVILLO

Namakasia! est le cri de lutte avec lequel la Tribu Yo’eme, plus connue comme la tribu Yaqui, s’est levée pour la défense de l’eau, la vie, son histoire, sa culture. Le cri avec lequel ils nous appellent à la solidarité, contre un projet de pillage et de mort que les gouvernements sont en train de mettre en place sur leur territoire, en les privant de l’eau de la rivière Yaqui, au bénéfice des industries et de leurs maîtres qui s’enrichissent en spoliant des biens qui devraient appartenir à toutes et tous ceux et celles qui en prennent soin et résistent dans ces terres rebelles situées au nord du Mexique dans l’État de Sonora.

La Tribu Yo´eme, ou Yaqui, est un peuple autochtone qui a toujours habité sur ce territoire bien avant la conquête européenne, à l’origine ils habitaient le long de la rivière Yaqui et pendant des siècles ont été expulsés, comme beaucoup des peuples autochtones de leurs territoires ancestraux.

La lutte de la Tribu Yaqui, fait partie de sa propre histoire, dès 1533, quand l’expédition des envahisseurs, dirigée à l’époque par Diego de Guzmán, est arrivée dans la région de la rivière et de la Vallée du Yaqui, ils ont été reçus par les guerriers de la Tribu, qui se sont battus contre les troupes de l’envahisseur. À partir de ce moment, la lutte des Yaquis a été constante pour se défendre du pillage de leur territoire d’abord mené par les européens et ensuite par l’État mexicain. Ils ont dû se lever et rester toujours debout pour mener la lutte, et depuis cette époque, ils ont connu la guerre à plusieurs reprises, se sont défendus des invasions étrangères et mexicaines qui ont toujours voulu les dépouiller de leurs terres et les soumettre à l’esclavage.

200px-Yaqui_indiansÀ la fin du XIXe siècle, le gouvernement mexicain a lancé un appel clair pour coloniser la région de la Vallée du Yaqui dans l’Etat de Sonora, l’invasion de leur territoire n’a fait que s’amplifier cherchant toujours à leur confisquer leurs terres fertiles, irriguées par les affluents de la rivière Yaqui. C’est en raison de cette répression constante que les Yaquis se battent depuis lors pour la défense de leur territoire et contre le pillage des ressources. Ces invasions ont donné naissance à ce que l’on appelle les « Guerres du Yaqui », un long affrontement entre les troupes fédérales et la Tribu Yaqui qui a toujours fait savoir qu’elle ne permettrait jamais l’invasion de son territoire ancestral. De ces révoltes, les plus connues ont été celles menées par Cajeme et Tetabiate. Ensuite, le gouvernement de Porfirio Díaz a planifié une stratégie pour en finir avec la résistance Yaqui : les déporter vers la Vallée Nationale, dans l’État d’Oaxaca, et vers las haciendas de henequen [ grandes plantations de henequen sous forme de ranchs familiaux d’élevage du bétail, centres agricoles et industriels] dans l’État de Yucatán, où les Yaquis ont été exploités et faits esclaves au profit des grands propriétaires terrains. Cependant, cette situation ne signifia pas la défaite de la tribu Yaqui, la lutte pour la récupération de leur territoire ancestral a continué pendant l’époque révolutionnaire de 1910 et jusqu’à l’époque post- révolutionnaire.

Entre 1937 et 1939, durant le gouvernement de Lázaro Cárdenas, un accord a été signé entre la Tribu Yaqui et le gouvernement mexicain, dans lequel, les terres leur sont restituées et qui reconnait officiellement 34 % de leur territoire ; dans le même temps les autorités traditionnelles de la tribu sont officiellement reconnues ainsi que le droit collectif à 50 % de l’eau du barrage de “La Angostura” et de la totalité des puits et d’assainissement « non contrôlés ». Cependant, malgré ces accords, durant le XXe siècle, le pillage des territoires de la Tribu Yaqui, ainsi que le droit à l’eau de la rivière ont été une menace constante de la part des gouvernements et des entrepreneurs, devant laquelle, la lutte de la Tribu a été sans relâche pour faire face au pillage et la mort que ceux d’en haut continuent d’imposer aux peuples autochtones.

RioYaqui4En 2010, avec l’arrivée au pouvoir de Guillermo Padres Elías [gouverneur de l’État de Sonora], le projet Intégral intitulé « Sonora Si » a été lancé, dans lequel est prévu la construction de « l’Aqueduc Indépendencia », qui prétend extraire l’eau de la rivière Yaqui, il s’agit de l’extraction de 75 millions de mètres cube d’eau par an, afin de les envoyer vers la capitale de Hermosillo, pour alimenter l’industrie, ainsi que les zones résidentielles [de luxe] de cette ville. Ce projet de destruction et de mort contre les Yaquis, représente une nouvelle menace contre la vie de la Tribu, en la condamnant à disparaître en tant que peuple et culture. La Tribu Yaqui est fortement liée, économiquement et culturellement à la rivière Yaqui.

Ce projet de pillage prétend dépouiller les Yaquis non seulement de l’eau, mais aussi du territoire, de la culture, de la vie communautaire, de sa propre existence, le tout au profit des capitaux industriels et agricoles installés dans la région. Face à cette situation, la Tribu Yaqui a élevé la voix une fois de plus, a fait résonner ses tambours de lutte, en expliquant qu’aujourd’hui comme hier, ils ne permettront pas ce pillage, ils se sont mobilisés, social et légalement, par la mise en place des blocages des autoroutes, des mobilisations, ainsi que par des recours juridiques [amparos], ils ont même obtenu que la Cour Suprême de Justice de la Nation [SCJN] leur accorde un recours, qui ordonne la suspension de l’extraction de l’eau de la rivière Yaqui, l’ordre émis par cette cour suprême a été ignoré par le gouvernement de l’état de Sonora et par la propre Commission Nationale des eaux [CONAGUA], puisque deux des cinq extracteurs d’eau fonctionnent encore et continuent à transporter l’eau de la rivière Yaqui vers la capitale du Sonora, Hermosillo.

Résumé et traduction Les trois passants / correction Amparo et Val

Sources :

Regeneracion Radio
Subversiones
yaquisiempre

Vidéo [ Média dominant ] construction de « l’Aqueduc Indépendencia », la guerre de l’eau au Mexique

Vidéo [ Média dominant ] construction de « l’Aqueduc Indépendencia »  un aperçu du pillage et la destruction de la région Yaqui

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CONVOCATION DE LA TRIBU YAQUI A LA CARAVANE NATIONALE POUR LA DÉFENSE DE L’EAU, DU TERRITOIRE, DU TRAVAIL ET DE LA VIE.

Face à la vague de réformes structurelles capitalistes qui mettent en péril l’existence de notre Nation, en nous spoliant de notre territoire et en mettant en danger la vie elle-même avec leurs dénommés méga-projets, la militarisation, l’insécurité et la privatisation des biens communs, nous, la Tribu Yaqui ainsi que des dizaines de peuples premiers, d’organisations paysannes et urbaines, des en dehors des partis, des affectés par les dégâts environnementaux, des communautés religieuses de base et des organismes de défense des droits humains

CONVOQUONS
La Caravane Nationale pour la Défense de l’Eau,
du Territoire, du Travail et de la Vie
qui aura lieu du 11 au 22 mai 2015

La Caravane aura les objectifs suivants :

♦ Renforcer et coordonner les mouvements de résistances populaires contre le modèle néolibéral et ses réformes structurelles, en faisant face à la criminalisation et à la répression croissantes de l’opposition sociale dans notre pays.

♦ Initier un processus national d’organisation et de coordination autour de la défense de l’eau, de sa réappropriation par la population, contre les propositions de loi de privatisation du mauvais gouvernement.

Le 11 mai, trois caravannes partiront : une de Vicam (Cajeme Sonora), une autre de Pijijiapan (Chiapas), et une autre de Piedras Negras (Coahuila), en direction de la capitale Mexico.

Pendant ces 11 jours, tout au long du parcours des caravanes mais aussi lors des événements organisés simultanément dans d’autres Etats, des actions, assemblées, forums et conférences de presse auront lieu pour mettre en lumière les innombrables luttes qui se multiplient face à tous les projets imposés par la corruption et la violence : le détournement des sources via les aqueducs, l’extraction de minerais toxiques, le fracking, les barrages, les gazoducs, les centrales thermo-électriques, la dévastation forestière, l’urbanisation sauvage, les autoroutes, la privatisation de l’énergie et des systèmes de distribution de l’eau, la pollution agrochimique et industrielle, la destruction de nos semences originelles par les OGM et la surexploitation des travailleurs mexicains. Le 20 mai, nous célèbrerons à Plan de Ayala (Morelos), une Rencontre Autochtone, Paysanne et Populaire, pour relancer un Nouveau Plan de Ayala pour la défense de l’eau et de la terre. Les caravanes du nord et du sud convergeront le 21 mai à Xochimilco DF pour ensuite se diriger, le 22 mai sur le Zocalo de la Ville de Mexico.

Les Caravanes chercheront à ouvrir un processus national de convergences à court, moyen et long termes qui se poursuivra jusqu’à obtenir :

♦ La suppression de tous les méga-projets qui affectent la vie, l’eau, la terre et l’air dans notre pays et partout où le peuple se soulève pour défendre ses droits.

♦ La réapparition de nos 43 compagnon-nes de Ayotzinapa, et obtenir justice pour les disparitions forcées dont l’État est responsable .

♦ Justice pour nos compagnonnes et compagnons assassiné-e-s pour avoir défendu la liberté et la vie.

♦ Liberté immédiate pour les défenseurs de l’eau de la Tribu Yaqui, Mario Luna et Fernando Jiménez et pour toutes et tous les prisonniers politiques du pays.

♦ Fin de la militarisation du pays, arrêt de la répression et halte au harcèlement et aux attaques contre les bases d’appui zapatistes.

♦ Abandon des réformes structurelles

♦ Rejet de la Loi Générale de l’Eau de la CONAGUA et lutte pour une nouvelle loi qui s’oppose à la privatisation, établissant les bases pour un bon gouvernement de l’eau par les peuples et la société civile.

♦ Récupérer notre souveraineté alimentaire et énergétique.

♦ Récupérer les droits des travailleurs.

♦ Construire une alternative de bon gouvernement qui garantisse la liberté, la démocratie et la justice pour le peuple du Mexique.

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui résistent au néolibéralisme à participer à cet effort d’action unitaire sans autre critère que le respect mutuel, la coopération fraternelle et la volonté sincère d’avancer dans l’unité de la lutte populaire dans notre pays.

Les trois caravanes parcourront plus de 70 localités et villes de 22 Etats de la République.

Nous, Peuple Yaqui, somme un peuple et une Nation qui a toute une histoire de lutte et de résistance en défense de son territoire et de ses ressources naturelles, toujours pour le bien être des générations présentes et futures. Actuellement et pour la première fois de notre histoire, nous avons entamé une lutte juridique contre l’État mexicain pour défendre notre ressource naturelle qu’est l’eau, et nous avons suivi à la lettre ce que la loi et le mandat judiciaire nous dictaient. Dans ce contexte, et face au projet de l’aqueduc “Independencia” que le gouvernement de l’Etat de Sonora, Conagua et Semarnat tentent d’imposer par la force, alors qu’ils ont été déboutés sur plan juridique.

Nous sommes convaincus que toute lutte juridique doit être accompagnée d’une mobilisation sociale, de résistance et de désobéissance civiles et pacifiques. C’est avec cette stratégie que pendant un an et onze mois nous avons pu maintenir le barrage routier de façon intermittente sur la route fédérale numéro quinze Guadalajara-Nogales au kilomètre 47.5, dans le but de faire connaître la lutte et le bien fondé de notre démarche et de notre lutte juridique.

C’est pour tout cela que nous exigeons :

L’annulation du projet d’aqueduc “Indépendencia” et le démantèlement des travaux en cours !

Présentation en vie des 43 étudiants de l’École Normale Rurale Ayotzinapa !

Liberté pour Mario Luna Romero, Fernando Fernando Jiménez Gutiérrez et pour tous les prisonniers politiques

Vive la lutte pour l’eau, la vie, le travail et le territoire !

Fraternellement

Tribu Yaqui

Plus d’information sur :  http://caravanaporlavidamx.blogspot.mx/

Traduction Amparo et les trois passants / correction Caracol Solidairio

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 Solidarité avec la lutte du Peuple Yaqui

 Prison pour tous ceux qui luttent pour la défense de la terre, les ressources naturelles et la culture indigène : le cas de Mario Luna, porte-parole de la tribu Yaqui

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Il y a quelques jours, le Congrès National Indigène (CNI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) émettaient ensemble un communiqué pour la liberté de Mario Luna, porte-parole de la tribu Yaqui. Suite à ce communiqué, de nombreuses manifestations de solidarité ont appuyé l’appel pour sa libération immédiate.

En s’adressant aux hommes et femmes de la tribu Yaqui, au peuple du Mexique, à la Sexta nationale et internationale ainsi qu’aux gouvernements du Mexique et du monde, ce communiqué signalait :

“Nous exigeons l’annulation immédiate des ordres d’arrestation et l’arrêt de la fabrication de délits contre les membres de la tribu Yaqui. Nous condamnons la criminalisation de leur lutte, nous disons aux mauvais gouvernements issus des partis politiques que la rivière Yaqui a été historiquement le socle de la continuité ancestrale de la culture et du territoire de la tribu Yaqui. Nous qui formons le Congrès National Indigène (CNI), réaffirmons qu’un coup porté contre l’un des nôtres est un coup porté contre nous tous et toutes et ainsi nous répondons en conséquence face à toute tentative de répression contre cette digne lutte ou contre n’importe quelle autre lutte ».

« Ils n’ont pas réussi à tuer nos peuples parce que, comme des graines, ceux-ci continuent à pousser. Ils ont voulu nous tuer avec leurs armes à feu, et comme ils n’ont pas réussi, ils ont essayé en vain de nous tuer avec leurs maladies. Ceux qui ont le pouvoir ont utilisé beaucoup d’autres moyens pour nous achever, nous, les indigènes ».

« Aujourd’hui, ils veulent nous tuer avec des éoliennes, des autoroutes, des mines, des barrages, des aéroports, avec le narcotrafic ; aujourd’hui, ici dans le Sonora, ils veulent nous tuer surtout avec des aqueducs ».

Le communiqué affirme que jeudi dernier, 11 septembre 2014, « les membres de la Procure Générale de Justice de l’État de Sonora ont arrêté notre compagnon et porte-parole de la tribu Yaqui Mario Luna, en l’accusant de faux crimes, montés de toutes pièces. De cette manière, ils prétendent incarcérer la lutte menée par la tribu Yaqui pour la défense des eaux qui, en 1940 et après une longue guerre, avaient été reconnues comme les siennes par le président de l’époque Lazaro Cardenas. Ce fut à partir de 2010 que les hommes de l’argent voulurent les reprendre par le biais d’un aqueduc appelé « Independencia », en ignorant une résolution émise par la Cour Suprême de Justice de la Nation et en piétinant ainsi tous les droits et les accords internationaux qui sont en notre faveur ».

« L’aqueduc Independencia n’est pas du tout au service des pauvres, pour les faire accéder à l’eau et au progrès – comme le signalent les hommes de là-haut –, l’aqueduc est destiné aux riches qui veulent nous enlever cette eau qui pendant des siècles a appartenu à la tribu Yaqui. Au lieu de nourrir les champs et les récoltes ils veulent nous enlever l’eau pour la mettre au service des grandes compagnies industrielles de l’État de Sonora ».

Face à cette situation, nous, les collectifs, groupes, organisations et individus signataires de cette lettre, réaffirmons notre solidarité avec le compagnon Mario Luna et signalons ce qui suit :

15 septembre 2014

En raison de l’arrestation de MARIO LUNA ROMERO, Secrétaire des Autorités Traditionnelles de la Tribu Yaqui et porte-parole, au niveau national et international, de la lutte en défense de l’eau et de la vie de la rivière Yaqui et contre la construction de l’Aqueduc Independecia, survenue le 11 septembre à Ciudad Obregón (État mexicain de Sonora),

Nous dénonçons

– le harcèlement et la persécution auxquels – avec d’autres membres de la tribu yaqui – Mario Luna a été soumis pendant des mois en raison de son travail de dénonciation de la construction illégale de l’aqueduc Independencia et de son œuvre de défense de l’autonomie et de la survivance de la tribu Yaqui ;

– la violation systématique des droits et le non-respect, de la part du gouvernement de l’État de Sonora représenté par Guillermo Padrés Elías et CONAGUA (Commission National des Eaux), de l’ordre émis par la Cour Suprême de Justice de la Nation et par le juge du 8eme district qui ordonnait « l’arrêt immédiat de l’opération de l’aqueduc Independencia », ainsi que le fait d’ignorer toutes les mesures dictées à ce sujet.

Nous exigeons

– la libération immédiate de notre compagnon MARIO LUNA,

– la fin de la répression contre les membres des groupes et brigades de défense de l’eau de la tribu Yaqui à qui nous exprimons notre inconditionnelle solidarité.

Un coup porté contre l’un de nôtres est un coup porté contre tous et toutes !

¡NÁMASKASIA ACHAIM KAABE AMAU TAWABAANE!

Collectifs, groupes, organisations :

Asamblea 15m Delicias. Zaragoza, Estado Español
Asociación de Vecinos Lanuza-Casco Viejo. Zaragoza, Estado Español
ASSI (Acción Social Sindical Internacionalista)
Associazione Jambo, commercio equo. Fidenza -Italia
Associazione Ya Basta! Milano
Campaña internacional de apoyo a los juicios contra los genocidas en Argentina
Casapueblos
CEDOZ (Centro de Documentación sobre Zapatismo)
CGT de Teruel, Estado Español
CGT Estado español
Chunta Aragonesista, Estado Español
Colectivo de Aprendizaje y Enseñanza Zapatista del Reino Unido
Colectivo Zapatista, Manchester
Comité Mons. Óscar Romero de Madrid – Estado Español
Enlace Urbano de Dignidad, Puebla, Mexico
Grupo IRU. Estado Español
Grupo Solidaridad con Chiapas, Dorset
Grupo Solidaridad con Chiapas, Edimburgo
Grupo Solidaridad con los Zapatistas – Essex
Grupo Solidaridad con México, Londres
Gruppe B.A.S.T.A., Münster, Alemania
Intersindical de Aragón. Estado Español
KIPTIK, Bristol
La Reus, Cultural i Solidària per la Pau – Catalunya
Les trois passants. Paris, France
Nodo de Derechos Humanos, Puebla, México
Plataforma de Solidaridad con Chiapas y Guatemala de Madrid. Estado Español
Plaza de los Pueblos 15M
Publicación Codo a Codo
Radio Topo. Zaragoza, Estado Español
Servicio de Traducción Zapatista del Reino Unido
Sindicato Único de Trabajadores SOLIDARIDAD OBRERA. Estado Español
Zap Sol UK
Et individus signataires

Source

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Antécédents

yaquisolCommuniqué de 2012 : Au Peuple digne Yaqui,  Aux Peuples Indiens qui exigent: « plus jamais un Mexique sans nous! », Au Mexique qui exige une halte à la Guerre, A ceux qui construisent un autre monde depuis en bas et à gauche

La lutte digne du Peuple Yaqui contre la construction de l’aqueduc appelé « Indépendance » est encore un exemple de la résistance contre la spoliation, l’impunité et le saccage. Une fois de plus la réponse du gouvernement fédéral et local est de frapper, de réprimer, de harceler et porter atteinte au peuple du Mexique.

Le Peuple Yaqui vit une situation d’alerte. Les policiers, l’encerclement, les hélicoptères qui tournent, ne peuvent être qu’une preuve de plus, que ceux qui jouent à l’illégalité sont ceux d’en haut, pour continuer de livrer à quelques entrepreneurs mesquins ce qui appartient aux gens.

Telle est la violence et la criminalité des intérêts qui sont derrière cette tentative de dépossession et qui ont été jusqu’à menacer de mort la Juge du Huitième Tribunal de District, María del Rosario Alcántar Trujillo, ainsi que sa famille, face à la possibilité que celle-ci ordonne l’usage de la force publique pour arrêter la construction de l’aqueduc « Indépendance ». Aux raisons de la justice, aux déterminations légales, le gouvernement de Sonora, présidé par Guillermo Padres Elías, et le gouvernement fédéral de Felipe Calderón Hinojosa, répondent avec des armes et des menaces.

Dans le contexte de guerre qui se vit au Mexique, un fait de répression comme celui qui approche contre le Peuple Yaqui, pourrait être brutal.

Nous voulons que ceux qui défendent le Territoire Yaqui sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’il existe des milliers de personnes, des groupes et des organisations solidaires au Mexique et dans le monde, avec les yeux fixés sur ce qui se passe, tous et toutes disposé-e-s à réagir dans une seule et même voix de rage et de dignité face à ceux qui menacent de couvrir de sang la terre défendue d’une manière pacifique et juste.

La lutte de nos compagnons yaquis est pacifique et l’offensive des puissants est violente, comme toute leur logique de guerre contre le peuple mexicain.

Halte aux agressions contre le Peuple Yaqui!

Mexique
Red Contra la Represión y por la Solidaridad
Enlace Urbano de Dignidad
Nodo de Derechos Humanos
Unión de Defensores de Derechos Humanos

France
Grupo Les trois passants
Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL)
Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA – Nitassinan)
Secrétariat international de la CNT
Corsica Internaziunalista (Corsica)
Caracol Solidario

État Espagnol
Confederación General del Trabajo(CGT) Estado español
Centro de Documentación sobre Zapatismo -CEDOZ-(Estado español)
Plataforma de Solidaridad con Chiapas de Aragon
Grupo IRU (estado español)
Red Libertaria Apoyo Mutuo(estado español)
Plataforma de Solidaridad con Chiapas de Madrid
ASSI (Acción Social Sindical Internacionalista)
Plataforma de Solidaridad con Chiapas de Aragon
Grupo IRU (estado español)
Red Libertaria Apoyo Mutuo(estado español)
Plataforma de Solidaridad con Chiapas de Madrid

Grèce
Colectivo ALANA (Solidaridad, Resistencia, Dignidad) (Grecia)
Cooperativa de Comercio Solidario y Alternativo “La Semilla” (Grecia)

Autriche
Caracol mundo-eco de latido en solidaridad /Viena

Suisse
Unión Mexicana Suiza (UMES) de Zürich, Suiza

Italia y Mexico
Nodo Solidale

Source

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Arrêt immédiat  de l’aqueduc Independencia !

Chronologie :

* 9 septembre 2011
A 3h45 du matin Vendredi 9 septembre, 500 policiers de l’État de Sonora, ont réprimé les manifestants pacifiques de la tribu Yaqui qui bloquaient la route fédérale passant à côté de leur territoire pour protester contre la construction d’un aqueduc. Il y a actuellement 9 détenus.

Cette aqueduc qui est en train d’être construit va venir voler l’eau se trouvant sur le territoire autonome des indigènes Yaqui, leur privant d’une ressource essentielle à leur agriculture et tout simplement à leur vie. Le groupe Carso est à l’initiative de ce projet. Ce groupe appartient à l’un des hommes les plus riches du monde : Carlos Slim, qui cherche à faire encore plus de profit. En effet cette précieuse eau ne servira pas à la population mais à des entreprises qui en ont besoins pour leur fonctionnement et pour augmenter leur capacité de production et donc leur profit. Parmi ces entreprises ont trouve Big Cola, entreprise de boisson mexicaine mais aussi des entreprises internationales tel que Ford ou encore le cimentier Apasco.

Trois décisions de justice ont demandé l’arrêt des travaux de constructions. Mais le gouverneur de l’État de Sonora, Guillermo Padres Elias du PAN (Partis d’Action National, parti du président de la république mexicaine Felipe Calderon) s’entête, ne respecte pas la loi et utilise la police pour déloger les personnes qui s’opposent à cette construction illégale. Et cela dans le seul but de satisfaire des intérêts privés.

La lutte de nos compagnons yaquis est pacifique et l’offensive des puissants est violente.

Nous exigeons la libération immédiate et sans conditions des 9 détenus !
Nous exigeons l’arrêt immédiat des travaux de construction de l’aqueduc dit « Independencia » !
Nous exigeons que soit respecté l’autonomie du peuple et du territoire Yaqui !

Urgent : troisième agression.
9 septembre 2011

À tous les frères indiens,
À toutes les organisations solidaires avec la lutte pour la défense de l’eau,
Au peuple en général,

Nous vous informons que la campagne de répression et de harcèlement contre nous, qui luttons pour éviter le pillage de nos ressources naturelles, la terre et l’eau, continue de manière arbitraire et en toute impunité.
Nous avons enregistré 9 détenus, dont le seul délit est d’avoir appelé au calme les membres de la garde traditionnelle qui étaient énervés à cause des bousculades qui ont eu lieu sur le lieu que nous utilisons pour réaliser des réunion sur le campement.Nous vous informons que face à l’imminente agression, les anciens ont donné l’ordre à la garde traditionnelle d’éviter à tout prix de répondre aux agressions et nous avons pris la décision de concentrer nos forces pour protéger nos anciens.

Le 7 septembre à 15 heures les éléments la PEI (Police d’investigation de l’État de Sonora) ont frappé deux éléments de la garde traditionnelle, pendant qu’ils étaient en train de faire leur travail de surveillance sur notre territoire sacré, afin d’éviter un accident alors que la PEI orientait les véhicules qui transitaient vers des tuyaux qui pouvaient exploser.

Le 8 septembre à 18h20, une autre opération de protection et de surveillance de notre garde traditionnelle a été reçue par des coups de feu provenant d’éléments de la  PEI, qui sont sous les ordres de Guillemermo Padres Elias « dé-gouverneur » de l’État de Sonora. Ces faits ont été documentés et attestés par la presse locale et la commission des droits humains de l’État de Sonora.

Aujourd’hui vers 3h20, nous avons été informés qu’environ 600 éléments des forces de police fédérale, de l’État de Sonora et municipale, se sont approchés dans le but d’effectuer une expulsion brutale du piquet que nous maintenons sur la route internationale au niveau de Vicam. Face à cela nos anciens ont donné l’ordre d’évacuer la zone et de se concentrer dans l’enceinte que nous utilisons pour nos réunions, laissant le transit complètement libre sur la route.

Les forces publiques du mauvais gouvernement sont arrivées jusqu’à cette enceinte pour insulter et essayer de provoquer notre garde traditionnelle. Face à l’évidente provocation, certains membres de la localité ont lancé un appel afin de maintenir la discipline et pour ne pas répondre à la provocation. Ces appels étant pris pour preuves de leadership, ces bonnes personnes (9), parmi elles une femme et un membre du conseil des anciens, ont été arrêtées sans que nous sachions jusqu’à maintenant où elles ont été officiellement emmenées.

Nous rendons responsable directement le gouverneur de Sonora de ce qui pourrait arriver à ces bonnes personnes, et nous en appelons au tribunal suprême de justice, au congres de l’Union, afin qu’ils obligent Guillermo Padres Elias, gouverneur de Sonora et membre du PAN, à respecter et à revenir à un état de droit, en arrêtant l’oeuvre du mal appelé Aqueduc Indépendance.

Cordialement,
Les autorités traditionnelles des villages de Vicam, Potam, Loma de Bacum
et la troupe Yoremia des huit villages Yaquis de Sonora au Mexique

*Le 7 septembre.

Tribu Yaqui : le niveau d’alerte augmente face à la répression, barrages de police et survols d’hélicoptères  à Vicam, État de Sonora, territoire Yaqui

Le niveau de tension a augmenté chez la Tribu Yaqui, le Gouvernement de l’État a ordonné la suspension des classes dans toutes les écoles de Vicam, collèges et les lycées inclus et interdit par des barrages de police  le libre accès à la communauté, toute personne qui veut entrer dans le territoire est contrôlée et questionnée, ils demandent même les cartes d’identités.

CORDIALEMENT,
LES AUTORITÉS TRADITIONNELLES DE VICAM ET DE POTAM

ALERTE : le premier acte de violence, la police étatique a agressé deux éléments de la garde traditionnelle, alors que les policiers faisaient des rondes par un passage non autorisée par la tribu.
Les autorités traditionnelles de vicam et de potam.

* 25 août 20011

PEUPLE DE VICAM, SONORA, MEXIQUE, TERRITOIRE DE LA TRIBU YAQUI, 25 AOÛT 2011.

À TOUS LES PEUPLES DE LA PLANÈTE TERRE
À TOUTE L’HUMANITÉ
À TOUT LE PEUPLE DU MEXIQUE
À TOUS LES FRÈRES INDIGÈNES
À TOUTES LES FORCES DE LUTTE PARTISANES ET NON PARTISANES.

En ce moment, sur les  sols mexicains, sur les  terres de Sonora et contre le territoire Yaqui,l’agression la plus criminelle continue d’être perpétrée contre la tribu Yaqui et contre sa production de nourriture ;  des actions orchestrées par le président de la république Felipe Calderon et le gouverneur de l’état  Guillermo Padres Elias perpétuent l’une des plus longues guerres de  l’histoire contre les peuples indigènes du Mexique, et plus concrètement contre notre peuple Yaqui, par la construction d’un aqueduc appelé « indépendance » qui apportera l’eau du Novillo, l’un  des barrages intermédiaires du bassin de la rivière Yaqui qui comporte les barrages « La Angostura » et le « Oviachic ».

Cette construction porte atteinte  de manière flagrante aux dispositions judiciaires qui octroient une protection des  garanties constitutionnelles, à travers une mesure de précaution d’urgence délivrée  par un tribunal agraire à la tribu Yaqui, suite à la demande de restitution des eaux et au recours déposé  par les agriculteurs de la vallée du Yaqui contre l’appel d’offres de l’aqueduc. L’ordonnance d’arrêt des travaux a été prononcé par un juge de district et ratifié par un tribunal collégial en faveur des producteurs agricoles de la vallée du Yaqui, le 14 août 2011. Ceci établie  que le gouverneur Guillermo Padres fait outrage au tribunal.

A cause de la désobéissance et de l’abus d’autorité dont fait preuve le mauvais gouvernement, il y a quelques heures à peine, la  juge du district a donné un délai péremptoire de 24 heures au supérieur hiérarchique du gouvernement de l’état, pour qu’il arrête la construction de l’aqueduc « indépendance » et rétablisse l’état de droit qui a été bafoué,à défaut de quoi la force publique sera utilisée.

La réponse du gouvernement s’est faite connaître dans les médias par la phrase habituelle « rien ni personne n’arrêtera la construction de l’aqueduc indépendance » et dans le même temps, le gouverneur de l’état ordonne la mise en œuvre de tactiques dilatoires afin de différer le plus possible l’accusé de réception du jugement, et évidemment, à partir d’aujourd’hui on ne trouvera pas le gouverneur dans son bureau.

De ce fait, l’état mexicain, et en la matière Felipe Calderon et Guillermo Padres Elias,continuent de se montrer devant l’opinion publique mondiale, nationale, régionale et locale comme des instruments du pouvoir économique d’entreprises étrangères qui les obligent à bafouer et mépriser les lois mexicaines, les conventions et traités mexicains, comme celle  de l’OIT 169 que nous avons utilisée, en tant qu’autorités traditionnelles, contre le rapport d’impact environnemental qui a été approuvé par la semarnat (secrétariat de l’environnement et des ressources naturels) et son secrétaire en charge José Luis Luegue Tamargo, en faveur de la construction de l’aqueduc, en violation flagrante de la loi relative aux droits humains de troisième génération qui protège les indigènes en matière du droit au travail et au développement.

Dans ces conditions de guerre de basse intensité et une fois encore, le gouvernement mexicain et le gouvernement de l’état de Sonora complices,comme instruments de  l’intérêt du grand capital et de ses transnationales, veulent commettre le pillage le plus important de notre
histoire en nous arrachant l’eau, patrimoine de l’humanité, bien de la nation et propriété de la tribu Yaqui – par le décret présidentiel de 1940, en le transformant d’un instrument et moyen de production pour le développement et l’alimentation, en un bien privé et soumis aux règles du marché spéculatif.

C’est pour tout ceci que la tribu Yaqui et la société civile de sept municipalités de l’état de Sonora, représentées dans ses différentes organisations, nous voulons faire valoir la loi et l’état de droit, et nous constituer en  force civile pour arrêter et démanteler l’aqueduc à travers la dénonciation, la résistance et la désobéissance civile pacifique et empêcher ainsi que l’un des actes les plus injustes de l’histoire récente soit commis; de par notre caractère d’autorités traditionnelles de la tribu Yaqui de Vícam et de Potam, premier et deuxième chefs-lieux de la tribu Yaqui, nous ne permettrons pas que plus d’injustices soient perpétrées contre notre peuple, nous ferons valoir notre raison historique entant que peuples originaires de ces régions arides ainsi que nos droits historiques.

Toute autorité traditionnelle et tout membre de la tribu Yaqui se consacre à la défense de la terre et de l’eau.

« LA LUTTE POUR L’AUTONOMIE ET L’AUTODÉTERMINATION SONT DES PRINCIPES
INÉBRANLABLES DE LA TRIBU YAQUI »

« PLUS JAMAIS UN MEXIQUE SANS NOUS »

*CORDIALEMENT*
DES AUTORITÉS TRADITIONNELLES DE LA TRIBU YAQUI.

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