Archive for the compas anarquistas Category

[Bruxelles] « Des femmes face à la prison » – projection et repas de solidarité

Posted in anti-carcéral, Archives, compas anarquistas, Des femmes face à la prison on 1 avril 2019 by liberonsles

Jeudi 4 avril 2019 – 18h – cinéma Nova 3
rue Arenberg 1000 Bruxelles

Ce jeudi 4 avril à 18h aura lieu au cinéma Nova la projection d’un film qui aborde la question de l’enfermement et plus spécifiquement comment celui-ci s’attaque différemment aux femmes. Le tout sera suivi d’un repas en soutien à la Lime (caisse de solidarité bruxelloise)*

« ILS NOUS ONT VOLE NOS NUITS – des femmes face à la prison »

Dans ce documentaire, tourné au Mexique, 11 femmes témoignent de la manière dont la prison s’empare de leurs vies : discriminations systématiques, rôles assignés, appropriation du corps… Elles expriment leurs vécus, leurs luttes et comment elles en sont arrivées à une position anti-carcérale.

+ 2 courts-métrages réalisés pendant les luttes contre les prisons et les centre fermés en Belgique

Ces projections prennent place dans le cadre des deux semaines de solidarité avec les anarchistes poursuivis par l’Etat belge et sera suivi d’un repas en soutien à la Lime (caisse de solidarité bruxelloise)*

Jeudi 4 avril – 18h – cinéma Nova 3, rue Arenberg 1000 Bruxelles

*Pour plus d’infos sur la lime et sur le procès à venir : La Lime

 

[Oaxaca] Lettre sur la situation que nous vivons mon compagnon Miguel Peralta et moi-même.

Posted in anti-carcéral, événements, Communiqués, compas anarquistas, Des femmes face à la prison on 15 février 2019 by liberonsles

Lettre de Mariana envoyée pour la projection-discussion sur les luttes contre la taule, le samedi 2 Février 2019 à Lyon.

Un salut très chaleureux à toutes celles et à tous ceux qui partagent avec nous ce documentaire que nous avons réussi à réaliser avec l’amour, le soutien et beaucoup de travail solidaire de compas de ces latitudes. Un abrazo à tous ces compas qui résistent en prison et qui aujourd’hui rompent ces barreaux pour partager leurs expériences lors de ces rencontres. Merci pour la force que vous nous donnez.

Je m’appelle Mariana et même si nous ne nous connaissons pas personnellement, une partie de moi-même est déjà parvenue jusque dans vos terres grâce à ce documentaire. À travers ces quelques lignes je veux essayer de partager un peu avec vous la situation que nous vivons mon compagnon Miguel Peralta et moi-même, résultat de quatre années de prison et de procès judiciaires qui nous ont arraché notre liberté. Je pense que le documentaire est un matériel important qui permet d’ouvrir des espaces pour présenter les cas de compagnons qui sont encore en prison, mais également pour mettre en lumière comment cette prison nous submerge et est vécue par des gens comme nous, placé.e.s dans cette situation d’enfermement pour des raisons diverses.

Cela nous permet de rendre visibles les conséquences du système pénitentiaire au Mexique, qui est certainement très semblable partout ailleurs, mais également notre situation spécifique en tant que femmes, que ce soit en tant que mère, détenue/ex-prisonnière, compagne ou fille de prisonnier. J’aimerais donc vous parler d’abord du cas de Miguel, puis un peu plus de l’expérience que j’ai vécue dans cet accompagnement en tant que partenaire.

Il est l’un des sept prisonniers Mazatecas de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón (1), une municipalité située dans la Sierra Mazateca de Oaxaca. Il est accusé, avec 35 autres membres de l’Assemblée, d’homicide aggravé et de tentative d’homicide sur la base d’une accusation fabriquée de toutes pièces, qui s’appuie sur sept témoignages contradictoires et peu crédibles. Le contexte dans lequel ils ont été accusés est le résultat d’un conflit sociopolitique que la communauté d’Eloxochitlán connaît depuis huit ans, pour avoir défendu ses formes d’organisation interne et d’élection des représentants, or un groupe de caciques a tenté d’imposer le système des partis politiques et a pillé nos ressources naturelles. L’Assemblée communautaire s’y est opposée et, de ce fait, le harcèlement, la répression, les déplacements forcés, la confiscation, la violence et la fabrication de crimes contre les personnes qui composent l’assemblée ont augmenté ces dernières années.

Cela a été constant jusqu’au 14 décembre 2014, date à laquelle l’Assemblée Communautaire, en collaboration avec le conseil municipal, a tenté d’organiser une assemblée pour élire un représentant traditionnel de la communauté, qui a été attaqué par le groupe de caciques faisant usage d’armes à feu et blessant 8 personnes, alors que le Conseil municipal arrêtait l’un des agresseurs, Manuel Zepeda Lagunas, fils de Manuel Zepeda Cortés, (l’un des principaux répresseurs). Celui-ci a été remis vivant aux autorités afin de poursuivre l’enquête correspondante. Quelques heures plus tard, ceux qui ont remis Manuel Zepeda Lagunas, y compris la police municipale et le président municipal (autorités élues par l’Assemblée), ont été arrêtés et transférés dans une prison à Oaxaca sans en connaître la raison. À partir de ce moment, des mandats d’arrêt, des déplacements forcés et des violences accrues contre les membres de la communauté ont commencé, accusés de la mort de Manuel Zepeda Lagunas (une mort encore incertaine, puisqu’il a été remis vivant aux autorités de l’état).

Il y a eu jusqu’à 14 détenus, mais il y en reste aujourd’hui 7, les autres ayant réussi à obtenir leur acquittement par différents moyens légaux lorsqu’il a été démontré que l’accusation était fausse et qu’il n’y avait aucune preuve pour les garder en prison. Au contraire, c’est une consigne politique de la part de la famille du cacique qui non seulement a du pouvoir au niveau local, mais qui est parvenu à faire élire la fille de Manuel Zepeda, Elisa Zepeda, la députée locale de MORENA (2), alors qu’elle est l’une des principales responsables de l’accusation portée contre les membres de cette Assemblée.

Miguel a été arrêté le 30 avril 2015 dans le District Fédéral et emmené dans une prison à Oaxaca, où il a été officiellement détenu et un mois plus tard, a été transféré dans un pénitencier qui se trouve à trois heures de sa ville. Il est enfermé pour purger 3 ans et 10 mois dans la prison de Cuicatlán et depuis son arrestation, nous avons dû passer par un processus juridique très compliqué, avec de nombreux obstacles, des audiences annulées parce que les témoins présumés ne se présentaient pas, le refus du tribunal de prendre en compte un certain nombre de documents pourtant conformes… Comme souvent dans ce type de cas, ce sont de nombreuses irrégularités et complications qui en réalité servent seulement à allonger les délais et jouer avec le délai légal pour repousser le procès. Jusqu’à ce que finalement, le 26 octobre 2018, après que Miguel eut entamé une grève de la faim de huit jours, le juge Juan León Montiel, en charge du procès, le condamne à 50 ans de prison et à 152 mille pesos mexicains de réparation (3). Face à cette sentence, sentence aux ordres, car il n’y a aucun élément pour qu’il soit considéré comme responsable des crimes qui lui sont imputés, le groupe d’avocats qui s’occupe de son cas, Los Otros Abogadoz, a fait appel de cette sentence, qui devra être examinée par la Cour supérieure de l’État de Oaxaca. Cet appel est l’action juridique que nous menons actuellement et nous avons également lancé un appel à la solidarité pour continuer à exiger la liberté de Miguel, nous vous invitons donc à lire la déclaration et à vous joindre à cet appel…

Je m’en tiendrai là concernant les motifs pour lesquels Miguel est détenu et je vais maintenant essayer de parler de l’expérience et de ce que l’accompagnement et la prison elle-même ont signifié pour moi. Pour reprendre le titre du documentaire Nos Robaron las Noches (Ils nous ont volé nos nuits), non seulement comme une métaphore, mais comme une petite partie de notre vie qui nous a été arrachée et qui nous a laissé un vide très profond dans notre être et notre faire, parce que ce trou, ce morceau de jour/de nuit, nous le portons en nous constamment, à tout moment, à chaque instant de notre vie quotidienne. Mais ce fossé présente de nombreuses nuances, qui dépendent de comment nous nous y confrontons, de la manière dont nous le comblons et surtout de la manière dont nous y faisons face.

Parce que nous ne sommes pas seulement confrontées aux implications du système carcéral (règles, horaires, humeurs, c’est-à-dire tout ce que les compagnonnes disent dans le documentaire) ; au système judiciaire (l’imposture des juges, du personnel des tribunaux, le retard dans les procès, les maux de ventre à cause de la rage qui nous submerge) ; mais aussi, et c’est ce qui a été pour moi beaucoup plus fort et douloureux, ce sont les critiques, accusations et questions que nous font les familles, les compas et les amis. Chaque jour, tout comme nos compagnons se battent à l’intérieur, nous, nous battons ici, débordant ces murs, nous nous battons aussi pour ne pas tomber, pour affronter nos propres amertumes et pour trouver des moyens d’avancer et de lutter malgré le fait que ton compagnon, ton partenaire, ne soit pas là, dans la rue, à côté de toi.

Il est très difficile d’affronter le fait que ton compagnon soit en prison, qu’il est déjà condamné à 50 ans, que la procédure judiciaire est très pernicieuse, qu’elle t’épuise, te confronte, te divise, parce que tu entres dans un espace-temps (celui dont parle Miguel dans ses écrits), qui est absorbant, qui te pompe et joue comme un yoyo avec les hauts et bas de tes émotions. Cette « Nuit volée » est une ABSENCE PRÉSENTE, c’est un trou profond, c’est une bataille constante qui, tout comme elle nous a été volée, chaque jour, sans cesse nous essayons de la retrouver.

Et dans ce cheminement pour récupérer ce qui nous a été arraché, je réaffirme dans des événements comme celui-ci, où vous partagez une partie de votre temps avec moi quand vous m’écoutez, dans des actions concrètes, vos encouragements, dans une étreinte réconfortante, que le SOUTIEN et la SOLIDARITÉ sont les clés pour résister et pouvoir affronter la prison, l’enfermement ; elles sont les clés qui vous tiennent en vie, déterminées, debout. Car si dans cette lutte les relations, les amitiés, les émotions sont fragmentées, d’autres relations aussi se tissent et se renforcent.

Voilà ce qu’est notre bataille quotidienne, essayer de renverser cette fragmentation, qui tente de nous briser, de nous contrôler, de nous paralyser, et parvenir à réinventer d’autres moyens qui nous permettent de nous lever et de continuer. Parce que oui,c’est un fait, le TEMPS-PRISON a des conséquences sur nous, sur notre santé physique et émotionnelle, dans notre relation avec notre compagnon, dans tous tes liens et dans ta propre intimité en tant que femme, mais aussi dans la solidarité et le soutien qui t’enveloppe, qui t’étreint et t’aide à affronter ces conséquences…

La détention, la prison, les murs, te font vivre une expérience très forte, rien d’agréable, qui te remplit de froideur, de colère, de beaucoup de rage, de tristesse, et qu’il en coûte énormément de l’affronter, car le temps passe et il y a toujours cette incertitude de ce qui va arriver ; mais il y a quelque chose de plus fort que cela, c’est l’espoir de leur arracher notre liberté et de récupérer ce qui nous a été volé, l’espoir que la prochaine fois que tu rentreras entre ces murs pour rendre visite à ton compagnon, ce sera la dernière, la dernière où tu mettras le pied dedans, parce que cette fois-ci, quand tu ressortiras, ton compagnon, Miguel, rentrera avec toi…

Salut et liberté !
À bas les murs de la prison !
Brûlons les murs de la prison !

Mariana
Trois mois après la sentence qui nous a été imposée.

[Oaxaca] Communiqué de femmes d’Eloxochitlán, pour la liberté de tous les comuneros prisonniers.

 

________________________

(1) Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. C’est une commune d’environ cinq mille habitants qui se trouve dans la région appelée Cañada, dans l’État d’Oaxaca au Mexique. Comme les deux tiers des communes de l’État d’Oaxaca, elle est régie par le système des « us et coutumes indigènes » dont l’Assemblée est l’organe de prise de décisions s’opposant aux partis politiques. À la différence d’autres communes de l’État d’Oaxaca, à Eloxochitlán, les femmes participent aussi à la prise de décisions.

(2) Le Mouvement de Régénération Nationale (MORENA) est un parti politique mexicain de centre gauche, créé en 2011 à l’initiative d’Andrés Manuel López Obrador, le président du Mexique depuis le 1 er décembre 2018.

(3) L’équivalent de 7000 Euros environ

Traduction :  Amparo, Ju, les trois passants

Nos Robaron las Noches, Mujeres ante la carcel ( Projet )

 

[Mexique] Miguel Betanzos condamné à 50 ans de prison. Prise de position

Posted in Communiqués, compas anarquistas, Oaxaca, prisonnier-e-s de la guerre sociale. on 15 février 2019 by liberonsles

Prise de position de notre compagnon Miguel Peralta
Depuis la prison de Cuicatlán
Janvier 2019

Il y a trois mois, j’ai été condamné à 50 ans de prison par le néfaste juge Juan León Montiel, du Tribunal Mixte de Première Instance de Huautla de Jiménez. La semaine dernière, nous avons appris que l’enquête 08/2019 a d’ores et déjà été ouverte, et qu’elle dépend de la Troisième Salle d’Audience du Tribunal de Justice de l’État de Oaxaca. Mais la salle n’a pas fixé de date pour la célébration de l’audience, qui doit consister en la présentation de la plaidoirie en appel, parce que le dossier pénal 02/2015 a été envoyé incomplet au Tribunal : en effet, il a été « nécessaire » que le juge Juan León fasse part de la condamnation à Elisa Zepeda et à son père Manuel Zepeda, personnages qui tirent les ficelles du système juridique comme s’il s’agissait d’une vile marionnette, pour faire durer notre réclusion.

Je suis pleinement conscient que la prison et l’isolement que nous vivons relèvent des actions, des omissions et des mécanismes juridiques et politiques sciemment mis en place par les représentants de la « justice » grâce aux marionnettes qui œuvrent au sein du Tribunal Supérieur et du Tribunal Mixte, sachant que la consigne et le désir de la Chargée de Commission de Justice du Congrès Local de Oaxaca est de nous maintenir loin de notre communauté. Je parle de la députée locale de Morena, Elisa Zepeda Lagunas, qui ne cesse de mentir aux médias et achète des communiqués de presse à des journaux comme El Imparcial de Oaxaca, Noticias Voz e Imagen de Oaxaca, El Universal, Milenio, et tant d’autres qui, à coup de formules sensationnalistes et sans réelle investigation journalistique de fond, persistent à relayer ce mensonge et à donner crédit à la farce montée par cette soi-disant défenseuse des droits de l’homme, qui en réalité n’a rien fait d’autre que s’enrichir et prendre le pouvoir. On croit peut-être que la classe politique ne se forme que dans des espace sociaux larges comme le sont les métropoles ou les villes, où ses membres peuvent facilement s’éclipser et disparaître, mais il n’en est pas ainsi, dans les petits villages aussi elle prolifère avec les mêmes intentions : s’approprier les territoires en imposant ses gouvernements, toujours contre l’auto-détermination des peuples.

Il est aussi certain que ces tactiques de manipulation farcesques ne se cantonnent pas au niveau municipal et étatique, mais qu’elles innervent toutes les institutions qui fonctionnent hors de la représentativité communautaire. Depuis la scène où il opère par des actes symboliques, par la recréation du passé, l’exagération démagogique et le montage virtuel, le gouvernement entrant tente de donner une bonne image de lui, tandis que, par derrière, il cimente la militarisation du pays et maintient l’armée dans les rues pour remplir des soi-disant tâches de « sécurité ». Les grands projets sont déjà décidés malgré les résultats des études environnementales et l’opposition des communautés, mais on met pourtant en scène des référendums de pacotille qui n’ont d’autre fin que de légitimer les projets en question. Voilà pourquoi le saccage historique des ressources naturelles se poursuivra, tout comme l’appropriation culturelle des connaissances ancestrales, tout comme la production de déchets toxiques qui mettent en péril la vie des peuples et provoquent leur déplacement forcé.

Les traités et les recommandations internationales, ils s’en lavent les mains. Ce qui les intéresse, c’est que le secteur des affaires soit à son aise. La défense de la vie, du territoire, de l’eau, et nos formes d’organisation sont et continueront à être criminalisées par tout gouvernement qui impose ses structures par la violence et l’utilisation du pouvoir judiciaire pour essayer de nous réduire au silence. Ainsi, nous ne voyons aucune transparence dans ce nouveau gouvernement, et encore moins une quelconque volonté de libérer les compagnon.ne.s emprisonnés pour avoir défendu tout cela, comme c’est le cas de ceux et de celle de Tlanixco, qui sont enfermé.e.s dans les prisons d’État depuis plus de dix ans déjà et dont le procès a de nouveau été reporté, ce qui retarde encore leur sortie ; ou bien le cas d’un autre compagnon, Luis Fernando Sotelo, qui s’est aussi vu refuser récemment sa mise en liberté. Comment veulent-ils que nous ne doutions pas du gouvernement et de ses paroles, si leurs actions nous démontrent qu’ils ne cesseront pas de piétiner les peuples, les collectivités et les personnes qui résistent ?

Il ne me semble pas juste qu’ils utilisent notre nom et qu’il leur serve de butin politique, parce que notre réclusion sert à défendre nos territoires, l’organisation communautaire et l’auto-détermination. Nous partageons entre nous tous et toutes, en tant que prisonnier.e.s, la fabrication de délits qui pour la majorité sont structurés de la même manière puisqu’ils ont été inventés par l’État, par des individus puissants et par des entreprises transnationales. Récemment, le gouvernement a mentionné la possibilité d’une libération par loi d’amnistie, ou quelque chose du genre, ce qui n’a pas été légiféré et encore moins adopté, tandis que nous autres nous continuons à affronter les déficiences et les négligences du système juridique. Chaque jour nous livrons bataille contre le système pénitentiaire qui tente de nous déshumaniser, nous réinventons et nous reconstruisons notre identité parce qu’aucun libre développement de notre personnalité n’est permis. Nous nous voyons obligés de consommer les « aliments » qu’ils nous imposent, ils nous forcent à acheter des uniformes que nous abhorrons, nous nous battons contre l’esclavisation du travail, et il existe en somme un nombre incalculable de conséquences à l’isolement et à la limitation de tout ce qui nous plaît. Acheter un morceau d’ananas de contrebande devient un délit simplement parce que ça fermente, la taule nous épuise, mais malgré tout cela, nous respirons, nous imaginons, et nous restons debout. Même si la couleur de la prison nous déprime, nous anesthésie, nous continuons à résister à l’obstacle en partageant des moments avec notre famille, avec nos ami.e.s, avec notre compagnon.ne. Les conflits que la prison provoque en nous, les indifférences et le manque de communication qui rend impossible toute prise de décision concernant notre détention, l’État s’en moque absolument ; ils essayent de nous faire croire qu’ils vont régler nos affaires, que la critique n’est pas nécessaire, et encore moins la mobilisation, car plus isolés nous sommes et moins mobilisés, mieux cela vaut pour eux ; c’est le meilleur moyen de nous diviser et de nous soumettre.

Mais nous ne nous tairons jamais, avec nos mots et nos actions nous persévérerons dans l’effort jusqu’à faire s’effondrer les murs. Nous pensons que la passivité du peuple ne nous mènera nulle part et que la résistance est la proposition. Parce qu’au fond, aucun individu et aucun peuple ne peut être privé de ses moyens de résistance culturelle, sociale, économique et politique. La lutte des peuples n’est pas respectée, la criminalisation de celles et ceux qui luttent continue, ce qui prouve que la volonté réelle d’une « quatrième transformation » dont on a tant entendu parler n’existe pas : le pouvoir n’a fait que changer de mains, de couleur, de personnages, mais ni de forme, ni de fond. Bien que nous ayons face à nous un groupe d’ennemis puissants, par le poste politique et patronal qu’ils occupent, secondé par les institutions d’État, la solidarité et les batailles que nous livrerons seront encore plus fortes, portées jusque dans les rues, elle ne seront pas négociées et nous ne mendieront jamais notre liberté parce que nous avons la force de lutter pour elle, chaque minute de chaque jour et à chaque instant de notre vie, et parce que nous sommes conscients que les délits qui nous tiennent enfermés ont été fabriqués.

Nous continuerons d’exiger et de lutter pour que le processus juridique cesse ses atermoiements, nous continuerons à dénoncer les vices de forme et les croche-pieds que l’on nous fait à chaque pas, nous en appelons à la solidarité pour continuer à agir ensemble dans la lutte anti-carcérale, rien ne nous arrêtera, nous leur arracherons des mains notre liberté !

Miguel Peralta
Depuis la prison de Cuicatlán
Janvier 2019

 

Traduction Louise

 

miguelflomMiguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, membre de l’Assemblée Communautaire, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Cette arrestation a été perpétrée avec une grande violence par trois personnes en civil sans identification ni mandat d’arrêt, accompagnées de plus de 20 policiers « ministériels » de la ville de Mexico. Toutes ces irrégularités concernant l’arrestation de Miguel constituent une attaque de plus contre l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán, dans la continuité de celles qui ont été perpétrées depuis 5 ans par Manuel Zepeda Cortéz. Cet ex-président municipal siégea à la Présidence municipale après s’y être imposé de façon autoritaire, piétinant ainsi le système communautaire basé sur les « us et coutumes indigènes » dont l’Assemblée est l’organe de prise de décisions.

[Mexique] Miguel Peralta Betanzos condamné à 50 ans de prison. Déclaration de Miguel en réaction à la décision du tribunal – Depuis la prison de Cuicatlán, Oaxaca

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[Mexique] Miguel Peralta Betanzos condamné à 50 ans de prison.

Posted in Archives, compas anarquistas, Oaxaca on 1 décembre 2018 by liberonsles

Déclaration de Miguel en réaction à la décision du tribunal

Depuis la prison de Cuicatlán, Oaxaca

Une nouvelle fois, nous avons pu vérifier de quel bord se situait la loi, de celui de l’ambition, du pouvoir et de l’argent. Le cynisme de la « justice » a soufflé sur les braises rageuses de nos cœurs et nous encourage à continuer la bataille contre le pouvoir. Aujourd’hui, les sentiments se démêlent, mais la raison de la liberté pousse avec plus d’empressement dans ce sac de nœuds. Nous nous débarrassons du goût amer que nous a laissé cette hypocrisie de la part du procureur du tribunal de Huautla de Jiménez, Juan León Montiel, qui répétait à l’envi que le corrompu n’était pas corrompu, et que son travail pendant 18 ans au sein de ce système en était la preuve, maintenant, il n’y a que lui pour affirmer cela. Nous continuerons à aller de l’avant, à reprendre des forces, à embrasser l’essence de la liberté. Nous ne céderons pas avant d’avoir retrouvé l’harmonie dans notre communauté, à Eloxochtilań de Flores Magón, nous ne céderons pas avant d’avoir fait respecter nos formes d’organisation, avant d’avoir démantelé les mensonges qui nous maintiennent prisonniers et persécutés, avant d’avoir fait éclater la vérité. Bien qu’ils essaient de nous faire taire en nous gardant enfermés, nous n’abdiquerons jamais.

Miguel Peralta
Depuis la prison de Cuicatlán, Oaxaca
Avec toute ma rage

______________

07/11/2018

Le 26 octobre, notre compagnon Miguel Peralta a été personnellement informé que le juge Juan León Montiel le considérait pénalement responsable d’avoir commis le délit de tentative d’homicide qualifié, avec circonstances aggravantes, sur la personne d’Eliza Zepeda Lagunas (ex-présidente municipale d’Eloxochitlán et actuellement députée locale de MORENA pour le district 04 de Teotitlán, Oaxaca), ainsi que de son frère Manela Zepeda Lagunas ; prononçant une sentence de 50 années de prison, en plus du paiement en réparation du dommage subi, estimé à cent cinquante mille pesos. Pour cette raison, Miguel a décidé de mettre un terme à sa grève de la faim initiée le 19 octobre dernier, afin de recouvrer des forces et de continuer dans cette deuxième étape de la lutte pour l’obtention de sa liberté.

Le processus pénal initié à l’encontre de Miguel, qui culmine maintenant avec cette sentence, a été parsemé d’irrégularités et d’inconsistances juridiques depuis son début, le tout orchestré et subordonné par la famille Zepeda Lagunas, caciques et répresseurs d’Eloxochitlán.

Sources : Instinto Salvaje  CNA  Sentencia Instinto Salvaje


Entretien de Voices in Movement avec Miguel Peralta Betanzos, prisonnier anarchiste d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca

Voices in Movement (ViM):

Bonjour, bonsoir à toutes et tous, nous sommes ici avec le compagnon Miguel Peralta, prisonnier politique de Oaxaca au Mexique, nous allons parler un peu avec lui à propos de son procès politique, sur les différentes perspectives des luttes dans l’Etat de Oaxaca et au Mexique ainsi que sur les relations entre les mouvements anarchistes et autochtones et pour finir nous aborderons quelques aspects concernant les relations de solidarité internationale et nous envisagerons les différentes formes possibles de soutien à son procès judiciaire.

Bonjour Miguel, merci d’être avec nous aujourd’hui.

Miguel (M): Salut bonne nuit ou bonjour à toutes et à tous ceux qui nous écoutent

ViM : Bon on va commencer. Est-ce que tu peux nous parler un peu de toi, qui es-tu, d’où tu viens ? Où tu te trouves en ce moment et ce dont tu aurais envie de parler avec les compagnons qui écoutent cet entretien ?

M : Bien, mon nom complet est Miguel Ángel Peralta Betanzos, je suis membre de la communauté d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui elle-même fait partie du groupe indigène mazatèque, situé dans le nord-ouest de l’Etat de Oaxaca. Dans la communauté et dans la région mazatèque et nous parlons la langue mazatèque.

J’ai étudié un peu l’anthropologie depuis tout petit j’ai toujours aimé être sympa, avoir des amis, des copains d’autres endroits et de mon village aussi. Connaître le territoire, connaître un peu l’histoire de la communauté, marcher sur les chemins, j’aime la musique, les rythmes différents et… la nourriture, la gastronomie de la communauté et d’autres endroits, j’aime lire, bien sûr, j’aime le sport, jouer au basket, un peu au foot, j’aime nager, aller à la rivière, toucher l’eau, sentir la pluie, marcher sous la pluie, j’aime aussi que mes pieds s’enfoncent dans la boue, depuis tout petit. J’aime bien les fêtes traditionnelles de mon village, la fête du jour des morts, qui est le moment pendant lequel nous pouvons partager le bien commun, le bien commun avec nos compagnons et nos familles sur nos terres. J’aime bien aussi me souvenir des morts, de mes grands-parents, de mes oncles, qui ont été vivants et qui nous ont laissé comme des empreintes dans nos consciences. Je suis membre de l’Assemblée Communautaire qui est le lieu où se déroulent certaines activités collectives comme le tequio *, les corvées communautaires qui font partie du travail ou du soutien mutuel qui existe au quotidien dans la communauté. Nous avons participé à différentes luttes à l’intérieur de la communauté mais également à l’extérieur comme en 2006 lors des révoltes de Oaxaca.

*Au Mexique on appelle tequio la charge ou le travail collectif non rémunéré que tout habitant d’un village doit à sa communauté. C’est un us indigène que l’on retrouve ailleurs avec des nuances et force diverses mais qui est toujours enraciné dans différentes régions du pays.

ViM :Est-ce que tu peux nous parler des antécédents de certaines luttes de ton village ? Lire la suite

[OAXACA] Miguel Peralta Betanzos en grève de la faim

Posted in anti-carcéral, Communiqués, compas anarquistas, Oaxaca, prisonnier-e-s de la guerre sociale. on 6 novembre 2018 by liberonsles

 

Prison de Cuicacatlan Oaxaca

Miguel Peralta Betanzos en grève de la faim depuis le 19 octobre 2018

Grève pour la liberté !

Faim pour la vérité !

J’utilise mon corps comme matériel de guerre

Mes anticorps seront l’arme de cette bataille

La solidarité sera roc et l’eau bouclier du naxinandá*,

sillonneront le temps purifiant les mensonges.

Aujourd’hui je continuerai à résister sans aliments jusqu’à retourner les fausses informations.

Mais la rage et le feu survolant les frontières abriteront mon esprit tout en l’animant

Nous ne céderons pas jusqu’à récupérer la liberté

A bas les murs de toutes les prisons !

Miguel Peralta

__________

*naxinanda : commune mazatèque.

Lundi 22 octobre 2018 15 jours ouvrables se sont écoulés durant lesquels le juge Juan León Montiel s’était engagé à dicter la sentence du jugement de Miguel. IL NE L’A PAS FAIT.

Pendant ce temps, depuis 4 jours que Miguel ne s’aliment plus qu’en ingérant de l’eau, du sérum et du miel.

C’est pourquoi nous lançons un appel afin que vous contactiez le juge de la juridiction mixte du Tribunal de première instance de Huautla de Jiménez pour exiger qu’il cesse de retarder la mise en liberté de Miguel Peralta.

Vous pouvez également contacter le pouvoir judiciaire de l’État de Oaxaca, puisqu’ils ont également au courant de sa grève de la faim et qu’ils n’ont rien fait jusqu’à maintenant pour exiger que le juge Huautla s’acquitte de son travail.

Nous les rendons responsables de ne pas tenir leur promesse mettant ainsi en danger la santé de notre compagnon ; car chaque jour qui passe affecte un peu plus sa santé.

Ils lui ont déjà volé 3 ans et cinq mois, il n’y a aucune raison pour continuer à retarder sa sortie.

Miguel continuera en grève de la faim jusqu’à leur arracher sa liberté.

Sources : Cruz Negra Anarquista de Mexico

Miguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Plus d’infos

 

 (texte)

[Oaxaca] Miguel Betanzos : Quelques reflexions sur les changements physiques et émotionnels en prison

[Lleida – Catalunya] 10 de novembre 2018, jornada anticarcerària !

Posted in anti-carcéral, Archives, événements, compas anarquistas, Des femmes face à la prison, femmes prisonnières on 5 novembre 2018 by liberonsles

Dissabte 10 de novembre 2018, jornada anticarcerària!

Biblioteca Anarquista Maria Rius

carrer Corts catalanes, 79 de Lleida.

El 10 de novembre organitzem a Lleida una jornada per anar calentant motors de cara a la VI Marxa de torxes contra la presó de Ponent.

Començarem a les 12’30 amb un taller d’escriptura a presxs, i al acabar hi haurà un deliciós dinar per 5 euros (els beneficis aniran destinats a la preparació de la VI Marxa). Seguirem a les 16’30 amb una performance contra les cel·les d’aïllament i per acabar el dia passarem el documental « Nos robaron las noches », un treball casolà i col·lectiu realitzat a Mèxic l’octubre del 2016 on diferents dones donen testimoni de com la presó s’apodera de les seves vides.

Us esperem a totes! Ni presxs ni presons!

https://suportpresxslleida.noblogs.org/

Grup de Suport a Presxs de Lleida

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17 de novembre 2018

Jornada: PARLEM DE LA PRESÓ

A Can Batlló

CLIVELLA, col·lectiu de suport a persones preses

programa:

12:00. Apertura y presentación de la jornada.

12:15. Charla: Desatención sanitaria. A cargo de ponentes de distintos colectivos

14:30. Comida (vegana)

16:00. Pase de documentales (en distintos espacios):

COPEL: Una historia de rebeldía y dignidad.
“Después de 40 años de silencio, un grupo de antiguos componentes de la COPEL hemos decidido contar su historia, la de la intervención autoorganizada en la “Transición española a la democracia” de los presos sociales, para que se respetara nuestra condición de personas incluyéndonos en la amnistía.”

Nos Robaron las Noches (Los Trois Passants).
Documental colectivo realizado en Mexico en Octubre del 2016, como herramienta de lucha anticarcelaria. Un documental casero, hecho con medios propios, por personas solidarias y no especialistas. En este documental, 11 mujeres dan testimonio de la forma en que la cárcel se apodera de sus vidas; discriminaciones sistemáticas, roles asignados, apropiación del cuerpo. Ellas nos expresan sus vivencias, sus luchas y como con el paso del tiempo, llegan a una postura anticarcelaria.

18:00. Debate moderado por Clivella: Alternativas al sistema punitivo.

20:30. Cena: pizzas artesanas.

A partir de las 22:00 música en directo + DJ!!

 

[Ville de Mexico] Un regard sur la hiérarchisation des prisons

Posted in anti-carcéral, Archives, compas anarquistas on 5 septembre 2018 by liberonsles

Contribution: un regard sur la Hiérarchisation des prisons au Mexique
Une expérience depuis l’intérieur des murs

Par Mario González

[NdT : Le langage employé dans ce texte n’a pas été choisi, ni n’a été réfléchi par la personne qui écrit cet article, cela fait partie, que cela nous plaise ou non, de tout un discours sexiste largement utilisé dans la taule mexicaine non seulement par les taulards mais par toute l’institution carcérale, et, dans ce cas précis, la prison d’hommes du reclusorio oriente de la ville de Mexico ]

Ce à quoi je vais me référer lorsque je parle de hiérarchisation des prisons, ce sont les différentes forces qui convergent, se disputent l’espace de respect et de contrôle à l’intérieur des prisons.

Le sommet supposé de la hiérarchie dans les prisons du DF (Districto Federal de Mexico) est l’institution, l’État, le Gouvernement, l’Autorité, etc. qui sont représentés par le MP (Ministère Public -Parquet-), les juges, les gardiens, les magistrats, les fonctionnaires, et ainsi de suite…

C’est, en théorie, la principale autorité chargée de maintenir l’ordre parfait et le fonctionnement des centres de « réadaptation ».

Dans le but de mieux contrôler, les fonctionnaires utilisent certains prisonniers comme agents de contrôle afin de renforcer le système.

On appelle les prisonniers qui sont connus pour travailler pour l’institution ou pour les flics (les matons) des « mules ». Bien qu’ils n’aient pas une réelle autorité à l’intérieur de l’univers carcéral, les prisonniers qui travaillent pour les flics remplissent une fonction dans la hiérarchie du contrôle.

Dans cette pyramide de hiérarchisation il existe différents pouvoirs tant à l’intérieur du monde de la taule qu’en dehors de l’autorité institutionnelle.

Les prisonniers de chaque prison déterminent la hiérarchie dans chacune d’elles.

Les facteurs qui déterminent les hiérarchies sont divers : un prisonnier peut occuper un certain échelon dans la hiérarchie en fonction de son fric ou de l’endroit où il se trouve, de sa popularité, de sa force, de sa révolte, de son sadisme, du délit ou des délits commis, de sa condamnation, de ses soutiens, selon qu’il est indic, voleur, charognard, crapule, sympa, fort, intimidant, s’il a des « couilles », etc.

Tout dépend de la prison et du contexte.

Les plus respectés le sont grâce à l’argent ou par leurs « couilles ».

D’un côté les prisonniers respectent celui qui a le plus de pognon mais aussi le plus dingue d’entre tous.

En taule, il semble que celui qui s’impose le plus soit celui qui a des « couilles » parce que même s’il a beaucoup de pognon c’est toujours celui qui est le plus fort et le plus dingue qui s’impose.

Ce que je veux dire par avoir des « couilles », c’est comme parler d’une personne qui n’a peur de rien, courageuse ou cruelle mais qui est déterminée.

Par exemple : Lire la suite

[Mexico] Infos sur la bibliothèque Xosé Tarrio et répression contre le collectif CIMARRON

Posted in anti-carcéral, Collectif CIMARRON, Communiqués, compas anarquistas, El Canero, prisonnier-e-s de la guerre sociale., Ville de Mexico on 11 juillet 2018 by liberonsles

Les autorités pénitentiaires saccagent et détruisent la bibliothèque autonome Xosé Tarrio dans la prison nord de Mexico. Répression contre le collectif CIMARRON

Depuis le mois de novembre 2017, Fernando Barcenas (qui est sorti de prison le 11 juin dernier) et d’autres prisonniers du collectif Cimarron* lançaient l’idée de mettre en place une bibliothèque autonome gérée par les prisonniers eux-mêmes à l’intérieur de la prison Nord de Mexico. Après plusieurs mois de travail et de construction à l’intérieur, d’organisation et de soutien de l’extérieur, la bibliothèque « Xosé Tarrío González » ** est inaugurée le 28 avril 2018, non sans difficultés. La bibliothèque grandit peu à peu, elle se dote de 1000 documents et livres environ, jusqu’à ce que, le 5 juillet 2018, les autorités pénitentiaires décident de mettre fin à cette initiative.

« Construire une bibliothèque à l’intérieur de la prison va bien au-delà du fait de créer un simple espace « culturel » ou de « loisirs », cela implique d’assumer le fait qu’il y aura des tensions et des affrontements parce que, pour les sbires de l’administration pénitentiaire, il est inconcevable que les prisonniers soient capables d’autodétermination. » [Écrivait Fer Barcenas au mois de février 2018, depuis la prison Nord]

Communiqué envoyé par la Croix Noire Anarchiste de Mexico, 6 juillet 2018 :

Jeudi 5 juillet 2018, les compagnons incarcérés dans la prison nord, qui font partie du projet collectif CIMARRON ayant mis en place une bibliothèque alternative [à l’intérieur de la prison] nous ont informé que cette dernière avait été attaquée par les gardiens sous les ordres des commandant Hormigo (chargé de la sous-direction de la sécurité ) et Campos. Ces derniers ont obligé, mardi dernier, les compagnons à se couper les cheveux, en les menaçant d’être punis et envoyés dans le module de sécurité maximale de cette prison. Face à cette menace, les compagnons ont accepté de se couper les cheveux. Cependant, ils ont porté plainte contre les méthodes autoritaires du personnel de sécurité.

C’est pour cette raison que les commandants les ont convoqués à la direction pour renouveler leurs menaces. Cette fois-ci, ils ont dit que s’ils ne retiraient pas leur plainte, ils seraient transférés au module de sécurité maximale. Suite à tout cela, des fouilles violentes des cellules des compagnons ont été effectuées par les gardiens. Cela s’est fini par le saccage et la destruction de la bibliothèque alternative Xosé Tarrío González et le transfert du compagnon Gerardo Ramírez Valenzuela au dortoir de punition numéro 1 sous des prétextes absurdes.

Il faut rappeler que ce harcèlement dure depuis des mois. En effet, les autorités voient cette bibliothèque comme un danger pour leurs intérêts économiques.

Nous dénonçons l’attaque d’un espace culturel où les prisonniers peuvent s’exprimer librement. Nous mettons en question la duplicité morale et l’hypocrisie de l’administration pénitentiaire.

En effet, d’un côté, elle attaque des espaces culturels et artistiques, criminalise ceux qui refusent de se soumettre docilement à sa politique d’extermination et de mort, tout en autorisant et protégeant des entreprises criminelles auxquelles ces hauts fonctionnaires appartiennent.

Suite à ces faits, nous rendons responsables le directeur de la prison Enrique Serrano Flores, ainsi que Mónica Mandujano Rosillo la responsable de l’auditorium (où se trouve la bibliothèque) et les commandants Hormigo et Campos, des dégâts causés à la bibliothèque et à l’intégrité physique des compagnons du collectif Cimarron: Luis Lázaro Urgell, Alejandro N, Gerardo Ramírez Valenzuela. Nous exigeons que soit levée la punition de Gerardo et qu’il soit ramené à son dortoir.

Proyecto ambulante, Cruz Negra Anarquista Mexico

Notes :

*Le collectif CIMARRON est formé par plusieurs prisonniers en résistance de la ville de Mexico dont : Fernando Barcenas Castillo [qui est sorti de prison le 11 juin 2018], Gerardo Ramirez Valenzuela, Luis Lazaro Urgell et Alejandro N. Il s’agit d’un petit groupe de personnes qui ont décidé eux-mêmes d’appeler « cimarrón » «  cimarrón pouvant être tout animal domestiqué qui échappe à ses maîtres et redevient sauvage. Ce collectif a entamé un vaste travail de re-signification et de ré-appropriation de la vie à partir de la résistance culturelle, ignorant les espaces institutionnels pour mettre concrètement en place des ateliers, des discussions, une bibliothèque alternative, pour construire de la sorte une vie communautaire en marge du temps et des restrictions de la prison. En effet, la majorité de ceux d’entre nous considérés comme des « criminels » nous avons démontré que nous sommes capables d’assurer la subsistance avec intelligence, instinct et force physique en les combinant parfaitement entre eux, c’est ce qui fait de nous un ennemi en puissance à écarter par ceux qui nous dominent. C’est d’ailleurs pour ce motif qu’ils nous enferment dans des cages et qu’ils nous combattent de façon si brutale… Nombreux sont les « criminels » qui ne sont pas conscients de cela, mais d’autres comme nous l’ont perçu et sont prêts à livrer bataille contre le monstre carcéral et contre tout forme de domination… »

**Xosé Tarrío González est né en 1968 à la Coruña. A onze ans il est enfermé dans un internat, puis en maison de redressement pour se retrouver à 17 ans en prison où il contracte le SIDA. En prison, il met en œuvre l’anarchisme et la rébellion, menant de nombreuses tentatives d’évasions, pratiquant la solidarité réelle entre les prisonniers, luttant résolument contre la prison et les gardiens de prisons ; toutes ces attitudes entraînent humiliations, mises à l’isolement et il est de nombreuses fois torturé. En 2004, son état de santé se dégrade une nouvelle fois à cause de la maladie et finalement, le 2 janvier 2005 il meurt victime de l’institution carcérale et de la société qui la soutient. Xosé était un prisonnier du régime spécial FIES (Fichier Interne de Suivi Spécial) et auteur du livre « Huye, hombre, huye ».

Traduit par nos soins / correction Louise

[Mexico] Journal indépendant de combat : El Canero, numéro 5

[Oaxaca] Miguel Peralta : Déclaration solidaire avec les prisonnie·eres anarchistes de longue peine.

Posted in anti-carcéral, Communiqués, compas anarquistas, prisonnier-e-s en lutte on 2 juillet 2018 by liberonsles

11 juin 2018 : Journée internationale de solidarité avec tout·es les prisonnie·eres anarchistes de longue peine.

Déclaration solidaire de Miguel Peralta Betanzos (Prisonnier de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca, Mexique)

Traduction de l’Audio de Miguel en espagnol

Salutations à tous les compas qui permettent de transmettre ces paroles sincères.

Il n’est en rien facile de faire mention de ces deux grands mots, LONGUE PEINE, quand d’avance nous savons que leurs systèmes de justice et pénitentiaire ne servent à rien ; le système judiciaire et les personnes néfastes qui dissimulent leur visage derrière la balance, avides de chair à enfermer, tergiversent et fabriquent des expédients poussiéreux pour la justice en se basant à chaque fois sur des critères personnels, moraux et sur commande, pour condamner les compas qui sont en lutte contre l’ordre établi.

De la même manière, il est très compliqué d’assimiler le temps quand on se trouve à l’isolement, et nous ne pouvons pas seulement nous arrêter de vivre en regardant comment passent les jours, les mois, les années du calendrier, et supporter l’humiliation, combattre les peurs générées par la prison, les maladies que nous contractons au fil des jours, et rechercher des alternatives, improviser la résistance pour ne pas se retrouver « la botte sur le cou » tous les jours, tout ceci est, pareillement, une tâche difficile.

La réponse à ce qui nous est imposé pourrait être une résistance accrue, une longue lutte, bien que parfois nous n’ayons plus de forces. Je crois que notre esprit résistera et se maintiendra battant, comme battent nos cœurs enragés, désireux de marcher, libres ! Un jour nous réussirons à leur arracher les nuits et les jours qu’ils nous ont  volés, compañer@s.

Les prisonniers dans la rue !
À bas les murs de toutes les prisons !

San Juan Bautista Cuicatlan, Oaxaca

 

Traduit par Ju

Miguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Plus d’infos

 

Dernière lettre (texte)

[Oaxaca] Miguel Betanzos : Quelques reflexions sur les changements physiques et émotionnels en prison

 

 

[Mexique] Fernando Barcenas sort de prison !

Posted in Archives, compas anarquistas, Ville de Mexico on 12 juin 2018 by liberonsles

Fernando est sorti de prison, le 11 juin 2018 vers 21 heures, une fois dehors, il a brûlé son uniforme couleur beige qu’il a dû porter pendant quatre ans et demi.

Aviso CNA Mx (Cruz Negra Anarquista de Mexico)
Proyecto Ambulante (photos)

Aujourd’hui, 11 juin 2018, le compagnon anarchiste Fernando Barcenas Castillo est sorti de prison.

Arrêté le 13 décembre 2013, dans le cadre des protestations contre l’augmentation du prix des billets du métro, Fer avait été accusé d’avoir mis le feu à l’arbre de Noël de l’entreprise Coca-Cola, depuis lors il se trouvait dans la prison Nord dite le ReNo, dans la ville de Mexico.

En décembre 2014 il a été condamné à 5 ans et 9 mois de prison pour les délits d’attaques à la paix publique et association délictueuse.  Peu après sa detention Fernando n’a cessé d’élaborer de multiples projets : des ateliers de musique  d’écriture, de diffusion et d’information tels des fanzines et le journal anti-carcéral  indépendant de combat : « El Canero », qui signifie « celui qui est en taule ». Il s’agit d’un média libre produit par des prisonniers et prisonnières, derrière les barreaux de plusieurs geôles de la capitale mexicaine et d’ailleurs.

Pour Fernando « Le Canero est un projet qui veut expliquer la réalité vécue dans les prisons et la mettre en rapport avec un contexte social plus large, dont nous sommes tous prisonniers à différents niveaux. Ce journal contribue à diffuser la lutte anti-carcérale en tissant un lien de communication entre prisonniers et avec l’extérieur ». Il s’agit pour lui  « De démontrer que la lutte se mène quel que soit le lieu et avec les moyens dont on dispose, sans attendre que toutes les conditions soient réunies ».

Ainsi, le premier Canero est sorti en juin 2014, à ce jour, cinq numéros ont été écrits : au fil du temps, le contenu évolue. Ce journal est le produit des nombreuses réunions de prisonnier.e.s, des échanges et des réflexions, des actions conjointes, des grèves de la faim…Dans son cheminement, le Canero voit naître des organisations informelles de prisonnier.e.s en résistance, des actions coordonnées, des communiqués dénonçant la bête pénitentiaire, l’autorité et l’enfermement dans et hors les murs.

Depuis le mois de novembre 2017, Fernando lance une nouvelle idée, mettre en place une bibliothèque autonome gérée par les propres prisonniers et après plusieurs mois de travail et de construction, la bibliothèque est inaugurée le 28 avril 2018 avec le nom de Xosé Tarrío González *, la bibliothèque continue de grandir et à ce jour elle compte avec de nombreux documents, entre livres, revues et brochures… la bibliothèque continue sa route.

Pendant toutes ces années Fer a également encouragé et lancé l’organisation des prisonnier-e-s en résistance, tout d’abord il encourage la formation du C.C.P.R (Coordination Combative de Prisonniers en Résistance) plus tard il participe à la coordination des grèves de la faim avec d’autres prisonniers anarchistes de la ville de Mexico. Par la suite, Fer lance et encourage la formation de la C.I.P.RE (Coordination Informelle des Prisonniers en Résistance) comme forme et espace d’organisation pour tous ceux et celles qui ont été brimé.e.s et torturés par la machinerie pénitentiaire. La CIPRE étant une organisation informelle s’est dissoute et aujourd’hui s’efface non sans laisser toute une expérience organisationnelle derrière elle. Fer lance une nouvelle proposition donnant lieu au collectif des prisonniers CIMARRON, qui fait référence au sens « s’échapper, fuir » s’évader de la propriété d’un maître.

Va une forte accolade Fer, un abrazo compañero! Enfin dans la rue.

Jusqu’à la liberté totale!

 

Les trois passants

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*NOTE : Xosé Tarrío González est né en 1968 à la Coruña. A onze ans il est enfermé dans un internat, puis en maison de redressement pour se retrouver à 17 ans en prison où il contracte le SIDA. En prison, il met en oeuvre l’anarchisme et la rébellion, menant de nombreuses tentatives d‘évasions, pratiquant la solidarité réelle entre les prisonniers, luttant résolument contre la prison et les gardiens de prisons ; toutes ces attitudes entraînent humiliations, mises à l’isolement et il est de nombreuses fois torturé. En 2004, son état de santé se dégrade une nouvelle fois dû à sa maladie et finalement, le 2 janvier 2005 il meurt victime de l’institution carcérale et de la société qui la soutient. Xosé était un prisonnier du régime spécial FIES (Fichier Interne de Suivi Spécial) et auteur du livre « Huye, hombre, huye »

La lutte des prisonniers en Espagne et contre les FIES

[Mexico] Journal indépendant de combat : El Canero, numéro 5

[Cliquez sur l’image pour télécharger les fanzines]

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