Archive for the Ville de Mexico Category

[Ville de Mexico] A propos de la bibliothèque autonome Xosé Tarrio, à l’intérieur de la prison Nord

Posted in anti-carcéral, Archives, Collectif CIMARRON, compas anarquistas, El Canero, Fanzines, prisonnier-e-s de la guerre sociale., Ville de Mexico on 3 avril 2018 by liberonsles

Lettre de Fernando Bárcenas

A propos de la bibliothèque autonome Xosé Tarrio*, à l’intérieur de la prison Nord

Mexico, février 2018

Construire une bibliothèque à l’intérieur de la prison va bien au-delà du fait de créer un simple espace « culturel » ou de « loisirs », cela implique assumer le fait qu’il y aura des tensions et des affrontements parce que pour les sbires de l’administration pénitentiaire il est inconcevable que les prisonniers soient capables d’autodétermination.

En tant que représentants du pouvoir et de la machine mortifère, ils ne peuvent supporter l’idée qu’une poignée de « délinquants » (pour eux) remette en question leur mode de vie… Parce que remettre en question ce lieu qu’est la prison, signifie mettre en cause toute leur société avec son armement, ses valeurs et ses modes de relations…

C’est pour cela que nous nous adressons à vous, ceux de « l’extérieur » pour faire écho à nos luttes et résistances quotidiennes, mais aussi pour tisser des liens de solidarité et de soutien, car notre position est toujours aussi déterminée. Nous n’accepterons rien de l’institution parce que nous ne permettrons pas qu’elle essaie d’absorber et de s’approprier ce projet…

C’est pour cela que maintenant que nous avons réussi à obtenir un espace pour établir la bibliothèque, NOUS LANÇONS UN APPEL À TOUS LES COMPAGNONS ET À TOUTES LES COMPAGNONNES POUR AIDER À LA COLLECTE DE FONDS POUR ACQUÉRIR LE MATÉRIEL AVEC LEQUEL SERA CONSTRUITE LA BIBLIOTHÈQUE, c’est pour cela que nous cherchons à établir des dynamiques de façon conjointe aussi bien dedans que dehors, qui poussent les contradictions et les tensions jusqu’au point de rupture insurrectionnelle.

La prison est un espace commun à tous dans cette ère technologique, et c’est pour cela que nous devons savoir inventer des chemins qui nous conduisent à expérimenter de nouvelles formes de vivre et lutter, de sorte que lorsque l’incendie se propagera il ne restera pas d’autres possibilités incertaines que celles de construire nos vies en nous les réappropriant.

En guerre jusqu’à ce nous soyons tous libres !
Avec rage et amour !!

– Fernando Bárcenas-

Traduit par nos soins / correction Ju

Source espagnol

NOTEXosé Tarrío González est né en 1968 à la Coruña. A onze ans il est enfermé dans un internat, puis en maison de redressement pour se retrouver à 17 ans en prison où il contracte le SIDA. En prison, il met en oeuvre l’anarchisme et la rébellion, menant de nombreuses tentatives d‘évasions, pratiquant la solidarité réelle entre les prisonniers, luttant résolument contre la prison et les gardiens de prisons ; toutes ces attitudes entraînent humiliations, mises à l’isolement et il est de nombreuses fois torturé. En 2004, son état de santé se dégrade une nouvelle fois dû à sa maladie et finalement, le 2 janvier 2005 il meurt victime de l’institution carcérale et de la société qui la soutient. Xosé était un prisonnier du régime spécial FIES (Fichier Interne de Suivi Spécial) et auteur du livre « Huye, hombre, huye »

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Plus d’infos sur Fer Barcenas

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Le monde du « dehorsdedans » (Fanzine) II

Posted in Art et résistance, Des femmes face à la prison, Fanzines, femmes prisonnières, Ville de Mexico on 3 avril 2018 by liberonsles

Natacha Lopvet, française, a passé dix ans dans la prison pour femmes de Santa Martha Acatitla dans la ville de Mexico ; elle est sortie de prison en mai 2017. Natacha s’est accrochée à l’art pour résister à l’isolement et au lent écoulement des jours ; en prison, elle a rejoint la troupe de théâtre “Sabandija”, encouragée et lancée par sa compagne Maye Moreno. En prison, elle faisait également partie d’un collectif d’artistes qui a pour objectif d’aider d’autres femmes à s’exprimer à travers les arts. Elle s’est engagée à partager avec les autres détenues la joie de la création artistique et, pour ce faire, elle participait à plusieurs ateliers de lecture, écriture, peinture, théâtre ainsi qu’à de nombreuses manifestations culturelles. Natacha a également élaboré plusieurs fanzines qui rendent compte de la vie et de la survie en prison, du temps, de ce que c’est qu’être une femme en prison, du travail, de l’enfermement, de la résistance à travers l’art. Après dix ans de prison, Natacha continue de créer des projets artistiques divers à l’extérieur, elle écrit ses vécus, son parcours et continue à rendre visite à sa compagne Maye Moreno tout en menant de nombreux projets ensemble. Pour se rapprocher malgré les murs qui les séparent, Natacha et Maye ont ouvert le blog « Fueradentro » « dehorsdedans ».

« Fueradentro » « dehorsdedans » II

Technologie par Natacha Lopvet

« Je reste parfois surprise et amusée de voir l’attitude des gens dans la rue, les mains pleines de technologie !!! Dix ans sans technologie, j’arrive avec des yeux tout neufs et ça donne ça … »

Du théâtre en prison par Maye Moreno

« Cela fait 12 ans que je fais du théâtre en prison. Ici il n’y a pas de professionnels. Tout se fait de manière empirique, selon les besoins de s’exprimer, de raconter et d’écouter d’autres histoires pour nous redéfinir. Ceci est important pour nous autres car nous sommes en « voie de ré-insertion » … Faire du théâtre dans ces lieux ne nous donne pas de quoi manger, parce qu’ici tout doit être acheté ; exactement comme dehors, d’ailleurs, mais en plus il faut obligatoirement partager son temps entre les cours, les ateliers, le travail, les repas et les heures d’enfermement. Il reste peu de temps pour se consacrer au théâtre. Mais nous le faisons … Le théâtre est un puissant moyen d’expression. J’ai dirigé deux groupes « Sabandija » et « Las Intratables » ; j’ai essayé d’en contaminer d’autres par mon enthousiasme et je les ai invitées à venir raconter leurs histoires. »

 

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[Ville de Mexico] Lettre de Natacha Lopvet envoyée pour la 4ème journée « Des femmes face à la prison » : regards croisés, vécus et luttes.

Fanzine – Écrits de prison : Depuis la prison de femmes de Santa Martha Acatitla [Cliquez sur l’image pour télécharger le fanzine]

« …Tresser des idées, des projets, des rêves, pour réaliser des objectifs reliés à notre vie, parvenir à défaire les nœuds emmêlés que nous n’avons pas réussi à dénouer. Et avec le temps, l’attente, la patience nous éviterons les blessures en chemin, en regardant le monde avec des sourires pour réaliser les fanzines qui accompagnent notre pensée » (…) « Tresser signifie s’emmêler, se rassembler, se mélanger, mais cela signifie aussi se séparer à certains moments (pour faire une tresse, il faut séparer les cheveux) et vivre avec des nœuds qui ne peuvent pas toujours se dénouer aussi facilement que l’on aimerait, il s’agit de tisser différents chemins (les mèches de cheveux) pour les croiser alternativement et former ainsi un seul corps allongé » …

[Ville de Mexico] Lettre de Natacha Lopvet envoyée pour la 4ème journée « Des femmes face à la prison » : regards croisés, vécus et luttes.

Posted in anti-carcéral, Des femmes face à la prison, Ville de Mexico on 5 mars 2018 by liberonsles

Mexico, le 8 février 2018,

Bonjour,

Merci les Trois Passants, El Cambuche, Bruits de Tôles ainsi que les Toulousain·es et tous les amis présents et solidaires avec ceux et celles qui vivent dans et à l’extérieur des prisons.*

J’envoie toujours mes textes à la dernière minute, de la même manière que je vis à la minute, je prends des décisions à la minute, et c’est toujours à la dernière minute que les choses changent, que les événements se créent ou s’annulent. Et c’est comme ça depuis que je suis sortie.

Je tente depuis quelques semaines de jouer le jeu de la « ré-insertion », de frapper aux portes des institutions, des écoles privées, bien peignée, bien coiffée, propre sur moi. Et que croyez-vous ? Cela ne fonctionne pas. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’au fond, je ne veux pas. Le rejet total. Parce que cela empeste l’arrogance et l’arnaque.

Quand on passe dix ans dans un milieu, malgré tout hostile, à réapprendre le respect de soi, de ses désirs, de ses idéaux et de ses codétenu·e·s, on ne peut que constater que la société que l’on rencontre en sortant est complètement dysfonctionnelle. Les valeurs sur lesquelles se basent les sociétés d’aujourd’hui ne peuvent qu’engendrer des drames.

Confinés dans des rêves équivoques, enfants, adolescents et adultes ne peuvent qu’être voués à l’échec, et parce qu’ils veulent sauver ou accéder à des rêves impossibles à matérialiser ils terminent en prison, drogués, obèses, alcooliques ou malades. L’objectif de vouloir ré-insérer des prisonniers dans la société est un leurre. La société est malade, dénuée d’esprit, de poésie et d’empathie.

Comment peut-on se sentir à l’aise au sein d’une communauté qui est régie par la peur, la manipulation, la répression, le dédain, l’ambition et le mensonge ?

J’ai toujours pensé que la prison rendait ses hôtes lucides, en ce sens que l’expérience quelle qu’elle soit doit nous guider et nous ouvrir l’esprit, et je dois avouer que ce que j’observe et expérimente depuis neuf mois me fait un peu vomir. Évidemment, tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir, la liberté a plus que jamais une saveur exquise.

Seulement, mon cerveau aujourd’hui fonctionne différemment, j’observe depuis une autre perspective, vivre dans la vérité, pour de vrai, sans masque, dans le respect, le compañerismo, l’empathie : tous, des concepts que l’on remet au goût du jour en prison, si on veut survivre et se sentir un peu libre de respirer. Dehors, on rencontre le contraire, c’est choquant.  Je comprends maintenant pourquoi ceux qui ont passé de nombreuses années dedans ont du mal à ré-intégrer l’environnement (le monde) extérieur.

Je ne peux me résigner à penser que la vie, dehors, est un enfer… Ce serait invivable.

Alors, je vais faire comme dedans, dépasser l’environnement dans lequel je suis, et ne pas autoriser que ce dernier me domine et me ramène dans un enfer quelconque. Je privilégierai mes critères, mes désirs, mon rythme, mes choix, même si je dérange et je bouscule.

Ne pas redevenir un esclave du rêve global.
Je ferai de mon passe-temps mon gagne-pain.
Ne sommes-nous pas sur terre pour nous divertir et jouir de l’existence ?
Un être humain digne est un être humain heureux.

On n’arrive pas en prison pour avoir enfreint la loi, mais pour avoir voulu cesser d’être un esclave, pour avoir voulu rencontrer un espace de liberté.

C’était : l’humeur du jour.

Je vous recommande de vous procurer ce documentaire (Coraje), fait par une Allemande et tourné dans une correctionnelle pour mineures de la ville de Mexico. Où là, même les jeunes issues de cette prison après quelques mois ou années trouvent la vie triste et monotone à l’extérieur, puisque pour ces jeunes, elle consiste uniquement dans la recherche d’emploi, sinon d’argent pour subsister et oublier des activités nouvelles et enrichissantes rencontrées en prison comme le théâtre, entre autres.

Allez, bon vent !

Bon courage et encore merci. Un jour les prisons disparaîtront !!!!

– Natacha Lopvet –

PS : Un clin d’œil à ma mère, aujourd’hui, 11 février, c’est son anniversaire.

*Lettre de Natacha Lopvet envoyée pour la 4ème journée « Des femmes face à la prison » : regards croisés, vécus et luttes.

Plus d’infos Natacha et Maye

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[Depuis la prison Sud- Mexico] Lettre de Luis Fernando Sotelo

Posted in anti-carcéral, Archives, Communiqués, Fanzines, prisonnier-e-s de la guerre sociale., prisonnier-e-s en lutte, Ville de Mexico on 20 décembre 2017 by liberonsles

Lettre de Luis Fernando Sotelo
Envoyé par la Croix noire anarchiste de México
11 décembre 2017

Depuis la prison Sud du DF

À ceux et celles qui résistent aux stratégies et aux dispositifs du pouvoir capitaliste.

Aux compagnonnes du monde qui se rebellent et refusent d’accepter les formes de domination.

M’appuyant sur la réciprocité qui, je crois, est à la base de la solidarité véritablement révolutionnaire, je veux partager un chapitre de ma vie et y ajouter une réflexion, bien qu’étant toujours derrière les grilles de la prison, ici face aux bureaux de l’appareil judiciaire, bras de l’État, où la défense de la liberté pour la justice n’est de fait qu’un commerce de valeurs économiques.

Je vais donc vous raconter : aux environs de midi, sans surprise, j’entends le coursier « estafeta » (individu, lui aussi détenu, chargé de présenter les tickets de circulation interne, qui permettent de se rendre aux tribunaux).

Il se met à crier mon nom, je sais alors que je vais recevoir des nouvelles de la quatrième chambre du tribunal pénal et que celle-ci a déjà émis une nouvelle sentence. La notification m’est donnée à travers les grilles du tribunal n° 32. La personne qui me lit le verdict est, je suppose puisqu’il ne s’est pas identifié, secrétaire. Je n’ai vu que lui.

La sentence a été modifiée : la condamnation pour atteinte à la propriété a été supprimée, la seule de toutes ces forces juridiques du cirque de privilégiés patronaux. Cela ne m’enlève donc approximativement que neuf années, en insistant sur le fait que l’on me demande une somme supérieure à huit millions de pesos mexicains pour sortir dès aujourd’hui, si tel est « mon désir », et effectuer le reste de la peine, vingt mois, en conditionnelle.

En somme, on me condamne disant que je suis « pénalement coupable des délits de troubles à l’ordre public et d’attaques aggravées aux voies de communication », et l’on m’« impose une peine de 4 ans 8 mois et 7 jours de prison avec une amende de 71 865,72 pesos mexicains (3,151 euros environ)  ». Je suis condamné au paiement pour réparations de dommages matériels et l’on me « concède la peine substitutive à la détention par le Traitement en Liberté » ; en résumé, le bénéfice de la suspension conditionnelle de la peine est lié à la réparation préalable des dommages (qui est de huit millions de pesos mexicains si je comprends bien) ainsi qu’une caution de 20,000 pesos. (1000 euros environ). Lire la suite

Le monde du dehorsdedans (Fanzine)

Posted in Art et résistance, Des femmes face à la prison, femmes prisonnières, Ville de Mexico on 30 novembre 2017 by liberonsles

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[Prison Nord – Mexico] Une bibliothèque autonome

Posted in anti-carcéral, Archives, Communiqués, compas anarquistas, prisonnier-e-s de la guerre sociale., Ville de Mexico on 30 novembre 2017 by liberonsles

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[Ville de Mexico] Natacha: Le lesbianisme est-il une forme de résistance à l’enfermement ?

Posted in Art et résistance, Des femmes face à la prison, femmes prisonnières, Prisonniers de droit commun en lutte, Ville de Mexico on 23 novembre 2017 by liberonsles

Natacha Lopvet, française, a passé dix ans dans la prison pour femmes de Santa Martha Acatitla dans la ville de Mexico ; elle est sortie de prison en mai 2017.

Natacha s’est accrochée à l’art pour résister à l’isolement et au lent écoulement des jours ; en prison, elle a rejoint la troupe de théâtre “Sabandija”, encouragée et lancée par sa compagne Maye. En prison, elle faisait également partie d’un collectif d’artistes qui a pour objectif d’aider d’autres femmes à s’exprimer à travers les arts. Elle s’est engagée à partager avec les autres détenues la joie de la création artistique et, pour ce faire, elle participait à plusieurs ateliers de lecture, écriture, peinture, théâtre ainsi qu’à de nombreuses manifestations culturelles. Natacha a également élaboré plusieurs fanzines qui rendent compte de la vie et de la survie en prison, du temps, de ce que c’est qu’être une femme en prison, du travail, de l’enfermement, de la résistance à travers l’art. Après dix ans de prison, Natacha continue de créer des projets artistiques divers à l’extérieur, elle écrit ses vécus, son parcours et continue à rendre visite à sa compagne tout en menant de nombreux projets ensemble.

« Le lesbianisme est-il une forme de résistance à l’enfermement ? » est le dernier texte qu’elle a écrit pour participer à la 3ème journée de rencontres, d’échanges et de débats « Des femmes face à la prison » : regards croisés, vécus et luttes qui a eu lieu en Ariège le 28 octobre 2017. Nous diffusons ici son texte :

Le lesbianisme est-il une forme de résistance à l’enfermement ?

En prison il y a des femmes qui étaient lesbiennes avant d’y entrer et puis il y a toutes les autres qui, à 90 %, le deviennent, ou qui expérimentent le lesbianisme, depuis la coquetterie en passant par les relations platoniques, jusqu’au projet de mariage et de vie commune, pendant et après la prison. Certaines, après la sortie, retournent avec des hommes mais d’autres restent lesbiennes pour avoir découvert une tendance ou une préférence sexuelle qu’elles ignoraient auparavant.

Des femmes (jeunes en général) entrent en prison et optent pour un rôle d’homme, changent leur aspect, leur façon de se vêtir, de se raser les cheveux, de marcher ou de parler, essentiellement pour se protéger et surtout être maintenue par une femme au niveau économique et affectif : on les appelle les “machin” (petit macho). Elles attirent des femmes, des filles qui cherchent en elles un mari perdu, un père autoritaire, en somme qui cherchent à reproduire un schéma de vie abandonné à leur entrée en prison.

Le lesbianisme est très certainement, entre autres, une forme de résistance à l’enfermement, à l’isolement, à la solitude, à l’abandon, et il est aussi provoqué par une grande promiscuité, des carences matérielles et affectives de grande envergure, une telle adversité rapprochant forcément les êtres.

Malgré les efforts d’ouverture faits ici au Mexique à la communauté LGBTTI* à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, il y a encore beaucoup de discriminations autant de la part des prisonnières que des autorités, dues à l’ignorance, au déni de soi. Je n’étais pas lesbienne en entrant en prison mais au bout de sept ans, je me suis mariée avec une femme qui s’appelle Maye, nous sommes très heureuses.

– Natacha –

* comunidad Lésbico Gay, Bisexual, Transexual, Transgenero e Intersexual (LGBTTI)

Nouvelles du dehorsdedans

Natacha et Maye ont ouvert un blog « Fueradentro » « dehordedans »

https://fueradentro1.blogspot.fr/

« Aujourd’hui c’est jour de visite. Le ciel est bleu et l’air est tiède, même s’il n’est pas des plus limpides. À onze heures tapantes je sors en courant du couloir jusqu’à la salle des visites : Natacha est là, elle est arrivée par surprise, sans me prévenir, et elle m’attend avec une rose à la main, du pain frais et le journal du jour. Nous nous embrassons fort et mon cœur commence à s’emballer. Nous nous asseyons et nous mettons à parler, au début de tout et de rien à la fois, et puis nous nous laissons emporter par l’émotion, nos idées se multiplient et les heures se mettent alors à passer trop vite, à peine sont-elles suffisantes pour défaire et refaire notre monde qui est le monde des anciens et celui des enfants, des enseignants et des ouvriers, des jeunes et de ceux qui sont libres. Le monde qui m’attend dehors et celui dans lequel je vis pour l’instant : celui de dedans. Natacha et moi faisons mille projets pour parcourir sans cesse, pour explorer à fond le monde du dehorsdedans. »

– Maye Moreno –

« Difficile d’être complètement dehors quand quelqu’un est dedans, c’est comme cultiver les deux facettes des sentiments de liberté et d’enfermement, et d’un autre côté c’est résister à l’enfermement en maintenant des pensées infinies. Chacun se situe où il veut ou où il peut, que ce soit dedans ou dehors !!! »

– Natacha Lopvet –

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Fanzine – Écrits de prison : Depuis la prison de femmes de Santa Martha Acatitla

Nous vous présentons ici un fanzine intitulé « Écrits de prison : Depuis la prison de femmes de Santa Martha Acatitla. »

Natacha, Maye, Nancy font partie des 1500 femmes prisonnières qui vivent jour après jour dans la prison de femmes de la ville de Mexico. Avec d’autres prisonnières, elles ont participé par leurs écrits, poèmes et réflexions au fanzine collectif intitulé « LEELATU », qui rend compte de la vie et de la survie en prison, du temps, de l’attente, de ce que c’est qu’être une femme en prison, du travail, de l’enfermement, de la résistance, du fonctionnement de la hiérarchie carcérale et des classifications du travail en prison, entre autres thématiques liées à l’enfermement.

Nous avons traduit en français quelques réflexions, écrits et poèmes en essayant de faire voyager leur parole et de commencer ainsi à tisser un lien de solidarité avec elles.

Les dessins et les fresques recueillis dans ce fanzine ont également été élaborés par les prisonnières de Santa Martha Acatitla.

… « Tresser des idées, des projets, des rêves, pour réaliser des objectifs reliés à notre vie, parvenir à défaire les nœuds emmêlés que nous n’avons pas réussi à dénouer. Et avec le temps, l’attente, la patience nous éviterons les blessures en chemin, en regardant le monde avec des sourires pour réaliser les fanzines qui accompagnent notre pensée »(…)« Tresser signifie s’emmêler, se rassembler, se mélanger, mais cela signifie aussi se séparer à certains moments (pour faire une tresse, il faut séparer les cheveux) et vivre avec des nœuds qui ne peuvent pas toujours se dénouer aussi facilement que l’on aimerait, il s’agit de tisser différents chemins (les mèches de cheveux) pour les croiser alternativement et former ainsi un seul corps allongé » …

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