Miguel Betanzos – Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca

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[Oaxaca] Voix depuis la prison : Miguel Betanzos, après un an de sa détention + BULLETINS D’INFO

miguelflomMiguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, membre de l’Assemblée Communautaire, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Cette arrestation a été perpétrée avec une grande violence par trois personnes en civil sans identification ni mandat d’arrêt, accompagnées de plus de 20 policiers « ministériels » de la ville de Mexico. Toutes ces irrégularités concernant l’arrestation de Miguel constituent une attaque de plus contre l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán, dans la continuité de celles qui ont été perpétrées depuis 5 ans par Manuel Zepeda Cortéz. Cet ex-président municipal siégea à la Présidence municipale après s’y être imposé de façon autoritaire, piétinant ainsi le système communautaire basé sur les « us et coutumes indigènes » dont l’Assemblée Générale est l’organe de prise de décisions.

Miguel est l’un des 12 prisonniers indigènes membres de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, communauté mazatèque de l’État d’Oaxaca, qui se trouvent enfermés dans les différentes geôles de cet état Mexicain. Plus de 23 membres de l’Assemblée d’Eloxochitlán, hommes et femmes, sont sous mandats d’arrêts et ont été criminalisés pour avoir défendu « les us et coutumes communautaires » qui prévoient une autre façon de choisir ses représentants, s’opposant aux partis politiques soutenus par les caciques locaux qui essaient d’imposer à tout prix leur pouvoir afin de mieux contrôler la communauté par la peur et la prison.

[Oaxaca] Qu’est-ce que c’est le temps, en prison : Miguel Betanzos

 

tempsbetLettre de Miguel Ángel Peralta Betanzos
Depuis la Cellule 2 couloir C
Maison d’Arrêt de Cuicatlán, Oaxaca.

Qu’est-ce que c’est le temps, quand, en prison, on en a trop ?
On danse avec l’ombre, on joue avec nos rêves et on rit
On marche sur la voute céleste
On pleure en silence
On est parfois morts en vie
On chante et on se révèle face à leurs murs et à leurs barreaux
On se nourrit des déchets que jette la société ; on les recycle
On aiguise nos sens.
On détruit tous les jours ce qui est en place, on dés-arme la réalité.
On s’énerve contre nos pensées et nos camarades, (mais) pas tous les jours
On marche sur la corde fragile du châtiment, on dessine des visages avec les nuages,
On s’efforce de rendre les jours plus légers et, par nécessité,
On regarde toujours le ciel, mais aussi là où on met les pieds,
On entend des voix, on discute avec elles et on aperçoit des visages dans l’obscurité
On apprécie le vol des oiseaux, on aime la vie, on se trouve toujours dans la salle d’attente,
D’attente de Justice, d’une visite ou de liberté ? Qui sait ?
On se languit des personnes que l’on aime, on y pense,
On s’endort avec la lune et on tombe amoureux de la liberté en attendant une nouvelle aube
Lutter, endurer, résister,
Saluts fraternels à ceux et celles qui se sont solidarisés cette année.

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11 lettres anti – carcérales
Le silence dans l’obscurité chante et danse la musique de
la liberté à tous les incarcérés…
L’eau coule, se gonfle et excite les grillons
qui se préparent à la révolte.
Les oiseaux dans leurs cages sortent de leur léthargie et
cessent de siffler pour toujours…
Le silence s’est rompu
Le bruit, la rage et la colère deviennent complices des sentiments
et prononcent lentement la sentence de l’écroulement de la pensée.

Miguel Peralta Betanzos

Traductions Marion et Amparo / correction Val

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bartra-600pixLettre publique*

Depuis la Cellule 2 couloir C

Maison d’Arrêt de Cuicatlán, Oaxaca.

Alors ? Comment ça va ?

Bonjour à tous les compas, c’est une grande satisfaction de savoir qu’il existe dans l’univers des êtres solidaires avec les personnes enfermées, qui partagent expériences, luttes, résistances et qui nous accompagnent pas à pas pour atteindre le sentier de la liberté pleine ou qui la réinventent. A tous ceux qui se sont rassemblés pour développer ces activités, salutations et je vous embrasse fraternellement.

Presqu’un an que je suis enfermé et je suis encore debout grâce à vos encouragements, vous qui connaissez ma situation juridique et les autres à qui je n’ai pas raconté que mes audiences sont régulièrement reportées à des dates ultérieures. Jusqu’à maintenant et depuis le mois de décembre dernier c’est la quatrième fois, pour différents motifs, mais à la fin les prétextes sont toujours les mêmes : manque de pièces et les juges se renvoient la balle. Ces audiences doivent servir à initier le recours pour garanties individuelles (procédure d’amparo) ; si ce n’est pas le cas, alors nous devrons aller au procès avec présentation de preuves. Je sais que le chemin à parcourir sera très long mais je ne renoncerai pas. Il y a quelques jours j’ai appris qu’ils sont sur le point d’émettre d’autres ordres d’appréhension pour d’autres délits, vols et dommages à la propriété d’autrui, pour ceux qui sont déjà enfermés et pour d’autres compagnons de l’assemblée qui ont participé à la lutte pour notre liberté. Ainsi, nous nous rendons compte que ce n’est qu’un artifice supplémentaire de la part de l’Etat pour nous criminaliser en tant que peuples autochtones.

Notre village Nguixó, ce qui signifie « sous les nuages » et qu’en espagnol on appelle Eloxochitlán de Flores, se trouve enclavé dans les montagnes de la Sierra Madre occidentale dans l’Etat de Oaxaca. Nous sommes mazatecos et notre village compte environ huit mille personnes réparties dans dix-huit quartiers. Il existe une organisation communautaire pour élire nos représentants, tout se fait sur la base des décisions prises lors des discussions et des accords durant l’assemblée. Ces deux dernières décennies les femmes et les jeunes ont pris une part importante dans la participation à celle-ci ; nous faisons aussi des travaux collectifs que nous appelons “faena” (corvée, boulot), “tequio”, “mano vuelta” et qui dans notre langue s’appellent xa´mosen. C’est le travail extra (de « enmedio »), celui qui ne rapporte aucun salaire hormis la satisfaction de partager, de mettre en commun et qui est basé sur la réciprocité. Il existe différentes tâches comme le nettoyage des chemins qui délimitent notre territoire avec d’autres villages ; cela se fait tous les ans, l’appel pour ce travail se fait avec une corne ou un coquillage. C’est aussi le cas pour les semailles du maïs, on invite les amis, les compadres, la famille et le travail devient une fête et un rituel de la terre, nous faisons de la même façon pour construire une maison ou pour la réparer.

Notre village est riche en ressources naturelles, eau, bois, montagnes et c’est de ce butin que les caciques ont l’intention de s’emparer. Notre lutte va donc dans ce sens. D’abord défendre notre système communautaire pour que les partis politiques ne puissent pas entrer, et défendre les ressources naturelles ; cela a entraîné un conflit à l’intérieur du village avec divers affrontements. Les caciques ont embauché des paramilitaires pour tyranniser et punir nos compagnons. L’armée a perquisitionné des maisons sous prétexte de chercher de la drogue et des armes et ils l’ont fait dans les quartiers les plus organisés. Suite à notre emprisonnement, nos familles se sont déplacées mais elles continuent en résistance, nous savons qu’arrivera le jour où nous reviendrons. A la date d’aujourd’hui, nous sommes douze prisonniers disséminés dans les prisons de l’Etat, onze hommes et une femme.

Une autre chose que je voulais vous faire partager : il s’agit de la lutte à l’intérieur de cette prison. Tout d’abord pour l’introduction d’aliments vu qu’ils sont très limités ; pour les services de santé qui sont inexistants ; un exemple, il y a quelques jours, il y a eu une épidémie de rhume et ceux de l’Etat sont venus nous vacciner contre la grippe, nous avons aussi gagné la bataille pour obtenir des téléphones qui ne soient pas contrôlés par le système. Voilà, petit à petit nous avançons.

Bon assez bavassé, je crois que je vais réussir à vous endormir… je sais qu’un grand océan nous sépare mais nos pensées se rejoignent, c’est comme ça, la distance et le temps ne sont que des constructions mentales. Jamais nous ne serons de la chair à prison, nous détruirons le quotidien, nous ne nous habituerons pas à ces murs, notre esprit ne se convertira pas en pierre, Jamais !

Salut à tous les prisonniers du monde !
Que tout aille pour le mieux !

Cellule 2 couloir C des pourris
Maison d’Arrêt Cuicatlán Oaxaca,
Miguel Ángel Peralta Betanzos

Lettre lue et envoyée pour la Journée de Solidarité avec les prisonnier-e-s en lutte au Mexique organisée à Besançon par Caracol Solidario- Besançon, Le Groupe Proudhon – FA, Besançon, Le Resto Trottoir – Besançon et Les trois passants – Toulouse (9 avril 2016)

Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. Magón  est né le 16 septembre 1873 à Eloxochitlán (État d’Oaxaca) et mort le 21 novembre 1922 au pénitencier de Leavenworth au Kansas, États-Unis. Il est à l’origine du mouvement le plus radical de la Révolution mexicaine, le magonisme. À la tête du Parti libéral mexicain (PLM), il devient le fer de lance de l’opposition au régime autoritaire et corrompu de Porfirio Díaz. Durant son exil aux États-Unis, où il fuit la répression, il manifeste son adhésion à l’idéal anarchiste. Ennemi acharné de l’autorité, du capitalisme et de l’Église, il consacre sa vie à la lutte contre l’oppression du peuple mexicain et, par extension, de l’humanité dans son ensemble. Militant politique, propagandiste, journaliste, Ricardo Flores Magón est aussi l’auteur de nombreux contes, publiés dans le journal qu’il dirige; le journal independant de combat « Regeneración ». Lire la suite

Traduit par Amparo et les trois passants

Corrections Val et Myriam

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Fanzine à télécharger en français :

MIGUELFANZIN

cliquez sur l’image.

Miguel Peralta Betanzos de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón,

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Oaxaca: Voix depuis la prison, Miguel Peralta Betanzos

SOLIDAYA

Un jour de plus, c’est toujours un jour de moins

Par Miguel Betanzos

La prison ou centre de réadaptation sociale ? Ah ! Ah ! Ah ! Laissez-moi rire.
Un espace de ségrégation des individus-personnes, de discrimination, de non personnes, d’exclusions, de sans droits, de sous-alimentation, de non accès à la santé, un espace d’isolement, sans éducation, certainement pas un espace d’épanouissement de la sexualité.

Toujours obéir à des ordres, à des règles “de bon comportement ou de bonne conduite”, à des horaires établis et des appels à cause de la fameuse fuite, l’évasion ; des espaces mal organisés, ou plutôt pas d’espace, pour les loisirs, le travail ou pour faire du sport et des installations en très mauvais état, bref, un lieu de détenus et de surveillants, de policiers et de directeur, de balances, pourquoi ne pas le signaler.

Selon les dires du directeur et des surveillants nous sommes au paradis mais pour nous qui nous trouvons ici et pour ceux qui ont été dans d’autres centres pénitentiaires, toutes les prisons sont les mêmes.

En ces lieux, la faune est diverse et habituellement l’agitation commence à 6:00.

Les cinq chargés de préparer les aliments ouvrent la cuisine, le bruit commence avec le son des casseroles et des cuillères, tout un orchestre, même les oiseaux les accompagnent. On commence à entendre les premiers bonjours, dans le petit couloir entre la cuisine, la menuiserie et les toilettes.

7:00 du matin, c’est l’appel, toujours ponctuel, les yeux baissés, ça c’est leur discipline. Après l’appel on se met en rang pour la distribution des outils de travail dans la cage, ils ouvrent la menuiserie, ils allument la scie circulaire et la radio s’y mêle aussi. Parfois on n’arrive pas à faire la différence entre un son et un bruit, il y en a toujours un pour siffler une chanson du coin, une chilienne pour changer un peu et diversifier… On se réunit aussi dans l’espace fumeur pour partager une cigarette et raconter les histoires qui nous arrivaient là-bas quand on était dehors et il y a aussi l’ouverture de la petite boutique où l’on peut acquérir divers articles pour l’hygiène personnelle, savon, dentifrice, rasoir, et aussi des gâteaux secs, des chips, des tartes, des bonbons, etc.

Aux environs des 7:30 on entend la voix de celui qui est chargé de distribuer les tâches de nettoyage des toilettes, des douches, couloir et cuisine, manaaaaaaaaaaaaaards, manaaaaaaaaards (tâcherons). Comme des moutons que le berger appelle pour leur donner du sel, ceux dont c’est le tour accourent et on distribue les tâches : recycler les poubelles, ramasser les papiers des toilettes, pour German et Mario les fourneaux (comal), laver et passer la serpillière, pour Carlos nettoyer le couloir, pour Torres nettoyer la table, pour Ernesto laver les casseroles. C’est comme ça pendant tout un mois, chacun essaie de se réveiller avec son activité et la musique de l’eau commence, on rince, on arrose et on rassemble les seaux, chaque goutte tape sur un tambour. Et quand c’est fini tout s’en va et il ne reste que notre corps. Mais ce que l’on peut faire comprendre c’est que notre esprit, nos pensées, nos rêves sont libres, eux ne rentreront jamais dans la routine qu’impose le système. Les barreaux se diluent et on traverse les murs, les chants des oiseaux accompagnent l’eau, s’assemblent avec les coups de tonnerre et les éclairs dans le ciel…

Et ainsi la journée s’en va, ils nous l’ont prise, ils nous l’ont volée.

Écrits de prison, Miguel Betanzos
Juillet 2015, écrits envoyés pour la IIIe Rencontre contre l’emprisonnement et pour la liberté qui a eu lieu à Oaxaca, Mexique cet été.

Traductions : Amparo, Patxi et Les trois passants
Corrections : Myriam et Val

miguelflomMiguel Peralta Betanzos est un jeune anarchiste membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demie de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, membre de l’Assemblée Communautaire, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Cette arrestation a été exécutée sans identification et sans mandat d’arrêt, avec une grande violence, par trois personnes habillées en civil accompagnées de plus de 20 policiers ministériels de la ville de Mexico. Toutes ces irrégularités concernant l’arrestation de Miguel constituent une attaque de plus contre l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán, dans la continuité de celles qui sont perpétrées depuis 5 ans par Manuel Zepeda Cortéz. Cet ex-président municipal siégea à la Présidence municipale après s’y être imposé de façon autoritaire en piétinant ainsi le système communautaire basé sur les « us et coutumes indigènes » dont l’Assemblée Générale est l’organe de prise de décisions. Le cas de Miguel Peralta Betanzos commence à sortir de l’ombre et à se diffuser au Mexique et ailleurs.

 ***

Communiqué « Le système d’application de la justice à Oaxaca est pourri, de fait il empeste… »

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Les ami-e-s, compagnon-nes, familles et individus solidaires de l’assemblée communautaire d’ Eloxochitlán de Flores Magón
18 août 2015

Après 110 jours de détention de notre compañero Miguel Ángel Peralta Betanzos, membre de l’assemblée communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca, nous voulons vous faire savoir que le procès juridique qui s’est déroulé jusqu’à maintenant a été une nouvelle fois perturbé par ceux qui disent rendre la justice dans ce pays.

Après la sentence d’emprisonnement que le juge de Huautla de Jiménez, Oaxaca a prononcé le 7 mai, sa défense a opposé deux appels pour exiger la liberté de Miguel. Le délai juridique étant de trois mois, soit avant la date du 7 août, ces recours auraient du être résolus cependant le juge de Huautla n’a pas permis le déroulement du procès puisqu’il a retenu les documents qui avaient été sollicités par les juges de Oaxaca pour résoudre la situation légalement. Au jour d ‘aujourd’hui trois audiences ont été reportée suite aux omissions du juge de Huautla c’est pour cela qu’est prévue le lundi 24 août la prochaine audience pour résoudre certains des recours juridiques*.

Dans le cadre de la semaine internationale en solidarité avec les prisonniers anarchistes, ami-e-s, compagnon-nes, familles et individus solidaires lancent un appel à la solidarité pour exiger la rapide libération de Miguel Ángel Peralta Betanzos, emprisonné dans le centre pénitentiaire de Cuicatlán, tout comme des neufs prisonniers de l’assemblée communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, qui se trouvent emprisonnés à Ixcotel, ainsi que la suspension des ordres d’appréhension des membres de l’assemblée. [À Oaxaca, une action aura lieu ce 25 août en solidarité avec les prisonniers d’Eloxochitlán]**.

De même, nous exigeons la libération de notre compagnon Roque Coca, détenu le 7 juin dans la ville de Oaxaca, incarcéré depuis en compagnie de 7sept autres indigènes dans la prison de Perote, Veracruz, sans avoir reçu de notification légale de la raison pour laquelle il se trouvait là, de qui l’accuse et de quoi.

Liberté immédiate pour les 10 prisonniers de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón incarcérées pour raisons politiques !!! Liberté immédiate pour Roque Coca !! Armée hors des rues de Oaxaca!!!

« La rébellion est la vie, la soumission c’est la mort »
( Ricardo Flores Magón)
 Liberté pour les prisonniers !

Appel lancé par les ami-e-s, compagnon-nes, familles et individus solidaires pour la liberté de Roque Coca et les prisonniers de l’assemblée communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón.

*L’audience de Miguel Betanzos a été reportée au 24 septembre prochain.

**À Mexico, une action a eu lieu le 25 août à la Casa de Representación de Oaxaca

Source: “El sistema de impartición de justicia en Oaxaca está podrido de hecho apesta…” ( version en espagnol, reçu par mail, le 18 août 2015 )

Traductions : Amparo, Patxi et Les trois passants
Corrections : Myriam et Val

[OAXACA] Voix depuis la prison : Miguel Peralta Betanzos

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Lettre de Miguel Peralta Betanzos à l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón

Comment va compañeros ?

J’aimerais bien pouvoir vous serrer la main mais malheureusement ces quatre murs nous en empêchent. Croyez bien que dans le lieu où ils m’ont maintenant enfermé, ce n’est pas facile de supporter le froid, ils ne me laissent pas sortir, même pas pour prendre le soleil, je suis au mitard, la nourriture est infecte, la nourriture du village me manque, les plantes que notre terre produit, les galettes de maïs que seule ma mère sait faire. Vous aussi vous me manquez.

Je sais que cette lutte n’a pas été et ne sera pas facile, nous avons trébuché trop souvent, mais nous avons aussi appris à nous relever. Le gouvernement nous a mis face à de nombreux obstacles parce que nous sommes des gens humbles mais nous avons un grand cœur, un esprit inébranlable et une pensée commune ; je dis « nous » parce que je me sens avec vous qui luttez et résistez depuis votre tranchée : notre peuple.

J’espère que cette rage, ce courage, cette nécessité que nous soyons bientôt tou-te-s réuni-e-s ne se perde pas en simples paroles et que, dans les faits, nous continuions d’exiger la liberté de tous nos compañeros qui sont en prison.

Comme vous le savez, l’ennemi veut tous nous voir derrière les barreaux afin de se sentir maître de notre village, mais il n’y arrivera pas, car ses mensonges, il ne peut pas les soutenir, ni les justifier. On sait bien qu’il y en a beaucoup qui vont nous montrer du doigt, c’est pour cela que nous devons faire très attention et que nous devons prendre soin de nous.

Je pense que le plus important à présent est que malgré tout, nous apprenions à rester uni-e-s. Cela va être la tâche la plus difficile pour tout le monde, d’arriver à discuter de nos différences tout en continuant à aller de l’avant. Ne nous laissons pas intimider, bien que les menaces soient quotidiennes, ne nous arrêtons pas, marchons ensemble dans nos quartiers et dans nos hameaux.

Je salue mes ami-e-s, mes cousins, oncles, tantes, ma famille où qu’elle se trouve, mon père, Pedro Peralta Carillo, qui continue de résister depuis la prison de Cuicatlán et qui nous a tant appris, les compañeros emprisonnés à Ixcotel, les enfants, les jeunes, les femmes et nos grands pères et grand mères de l’Assemblée Communautaire qui nous maintiennent en vie.

12  mai 2015
Tlaxiaco, Miguel

Traduction Patxi

Oaxaca : Arrestation d’un membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón

FALLONS

Aux médias libres nationaux et internationaux
Aux collectifs sociaux et politiques, indigènes de la ville ou de la campagne, étudiants et ouvriers
Aux individus solidaires

Dimanche 3 mai 2015

Jeudi 30 avril dernier, vers 5 heures et demie de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca, a été arrêté sur son lieu de travail au centre-ville de Mexico. Cette arrestation a été exécutée sans identification et sans mandat d’arrêt, avec une grande violence, par trois personnes habillées en civil accompagnées de plus de 20 policiers ministériels du D.F. [ville de Mexico]. Ces personnes ont agressé Miguel ainsi que les gens qui l’accompagnaient quand ils leur ont demandé le pourquoi de cette arrestation.

Pendant plus de 26 heures, Miguel a été porté disparu et privé de liberté, d’abord avec la complicité de la police du Ministère Public de la Délégation Cuauhtémoc, ensuite avec celle de la police municipale de Teotitlán de Flores Magón, Oaxaca, qui l’a alors amené à la prison de Tlaxiaco. Ce n’est que le samedi 2 mai à 6 heures de l’après-midi qu’il a été présenté devant le juge de Tlaxiaco, qui à son tour a transmis le cas au tribunal de la ville de Huautla de Jiménez.

Toutes ces irrégularités concernant l’arrestation de Miguel constituent une attaque de plus contre l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán, dans la continuité de celles qui sont perpétrées depuis 5 ans par Manuel Zepeda Cortéz, ex-président municipal. Celui-ci, qui siégea à la Présidence municipale de 2010 à 2013 après s’y être imposé de façon autoritaire, est également soupçonné de détournements de fonds publics. Parmi ces attaques, signalons l’embuscade tendue contre la caravane annuelle en hommage à Ricardo Flores Magón qui eut lieu à Puente de Fierro, et que les habitants d’Eloxochitlán avaient organisée pour se rendre au Panthéon des Hommes Illustres de la ville de Mexico, le 20 novembre 2012. Signalons aussi la séquestration, la torture et l’emprisonnement de Pedro Peralta Carrillo en août de la même année, alors qu’il participait à un « tequio » pour les ravages causés par un ouragan. Pedro est toujours dans la prison de Cuicatlán, Oaxaca, dans l’attente de son jugement.

À cause de tout cela, nous, les habitants d’Eloxochitlán, les parents et les amis de Miguel Peralta qui nous solidarisons avec l’Assemblée Communautaire, nous dénonçons les actes arbitraires appliqués contre nos compagnons et contre nos compagnonnes qui ont été obligé-es de s’exiler de leur communauté aimée. Nous lançons un appel urgent à la solidarité au peuple du Mexique en général, aux organisations politiques et sociales internationales et aux individus solidaires pour qu’ils restent attentifs aux prochaines actions pour la justice et la liberté d’Eloxochitlán et de ses habitant-e-s.

Liberté pour Miguel Ángel Peralta Betanzos, Pedro Peralta Carrillo, Wilfrido Salazar Herrera, Fernando Gavito Martínez, Herminio Monfil, Rubén Cerqueda Jiménez, Omar Morales, Jaime Betanzos, Alfredo Bolaños et Raúl Betanzos !

Halte aux mandats d’arrêt contre plus de 20 membres de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón!

La rébellion est la vie, la soumission est la mort ! (Ricardo Flores Magon)

La famille, les ami-es et les collectifs solidaires avec l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón.

Source Cruz Negra Anarquista Mexico (Denuncia sobre la detención de integrante de la Asamblea Comunitaria de Eloxochitlán de Flores Magón)

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Lettre de Miguel Ángel Peralta Betanzos, communard prisonnier de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, actuellement emprisonné.

4 mai 2014

Cela fait quatre jours que je suis reclus dans cette cellule de châtiment où nous nous trouvons à trois, et où nous avons pour seuls droits ceux de recevoir le déjeuner, de la nourriture et un thé ou du café le soir, et de passer un appel téléphonique si seulement nous avons la chance d’avoir une carte . L’espace où nous sommes mesure 2 mètres de largeur sur 2 de longueur, avec le sanitaire et le lavabo inclus. Seul un petit orifice d’environ 20 centimètres de longueur sur 12 de largeur nous permet d’observer les autres compagnons mener leurs activités (élaboration de sacs, paniers, différents artisanats, hamacs, activités dans la charpenterie ainsi que l’équipe qui joue basketball), mais de cette cellule de châtiment il nous est interdit de sortir.

Je me trouve dans cette ville suite à un ordre de monsieur le cacique Manuel Zepeda Cortés, à qui nous nous sommes toujours opposés, puisque depuis trois ans il a pillé les ressources naturelles de notre peuple en extrayant des pierres, du gravier, du sable de la rivière Petlapa. Il a détruit des coteaux dans les quartiers « de Agua Torcida y Las Trancas » pour triturer la pierre et pour ainsi faire une affaire juteuse à l’intérieur de la commune. Dans ce but il a centralisé le système politico-comununautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón à travers l’usage indistinct de la violence, l’intimidation, l’achat de votes, la manipulation des programmes sociaux, et une persécution systématique de ses opposants, en manipulant l’information avec l’entière complicité des médias locaux et étatiques.

Pendant les trois ans de son mandat, de 2011 à 2013, les droits humains ont été massivement violés. Mais malgré le nombre de preuves établies, de vérifications préalables et de dénonciations, monsieur [Zepeda] a été protégé par le gouvernement d’Oaxaca que nous rendons aussi responsable des terribles exactions commises en toute impunité, comme ce fut le cas, ce 20 novembre 2012 à Puente de Fierro, où nous avons été pris dans une embuscade préméditée par cet homme – qui à l’époque était le président municipal. De ce fait, les policiers et les familles qui l’accompagnaient n’ont jamais fait l’objet d’une enquête claire. Mais mon père, lui, a été détenu, torturé et emprisonné le 11 août 2011 et à présent, il est encore privé de sa liberté à la Prison de San Juan Bautista Cuicatlán, sans avoir eu un procès juste au moment de son arrestation. Au contraire, son cas a été rempli d’irrégularités et de corruption.

Après que cet homme néfaste eut terminé son mandat de trois ans, la communauté commença à cheminer par le village en retrouvant un peu de paix, de tranquillité. Nous développions nos activités quotidiennes, en luttant contre les injustices latentes, jusqu’en septembre 2014. À cette date, l’État d’Oaxaca lui-même, à travers un audit supérieur, ratifia une dette fiscale de $21 000,000.00 qui datait de 2013 et, pour dévier l’attention, un nouveau conflit fut déclenché dans notre village à l’encontre des autorités élues par l’Assemblée Communautaire de la commune d’Eloxochitlán de Flores Magón. C’est ainsi que 80 personnes reprirent le palais municipal par la force et qu’elles firent signer au président une permission pour 180 jours, permission qui n’a jamais été ratifiée devant le Congrès.

De ces faits dérivent les événements qui se produisirent le 14 décembre, lorsque 6 compagnons de l’assemblée furent blessés par balle dans différentes parties du corps (poitrine, cou, tête, jambes) alors qu’ils exerçaient leur droit à la libre expression publique et à la participation politique. Dans ce contexte, deux personnes furent tuées et c’est de cela qu’ils m’accusent avec 34 autres compagnons et compagnonnes, dont 8 se trouvent actuellement dans la prison d’Ixcotel, bien qu’étant innocents. Du fait de son avarice, de sa soif de pouvoir et d’argent, monsieur Manuel Zepeda Cortés a déclenché une vague de violence dans notre village.

Même dans ce lieu, je me sens libre parce que je sais que je suis innocent, et ces murs de pierre ne pourront jamais faire taire ni intimider notre soif de liberté, bien que les oiseaux qui nous visitent se leurrent de leur vol. Je remercie ma famille, mes compagnonn-e-s du D.F., d’Oaxaca, du Mexique, de Colombie, de France, et de n’importe quel endroit où ils se trouvent, pour leur soutien inconditionnel. Santé et à bientôt !

Depuis la prison-église d’Asunción Tlaxiaco et ici, c’est sûr, ceux sont les moines dominicains qui les ont évangélisés !
Ni pardon ni oubli !
¡Libertada todxs lxs presxs políticos!
Liberté à tous et toutes les prisonniers politiques !

Miguel Ángel Peralta Betanzos

Source Cruz Negra Anarquista de Mexico

LE CONTEXTE

Eloxochitlan-

Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. C’est une commune d’environ cinq mille habitants qui se trouve dans la région appelée Cañada, dans l’État d’Oaxaca. Comme les deux tiers des communes de l’État d’Oaxaca, elle est régie par le système des us et coutumes ou système normatif des communautés indigènes.

La communauté est composée de 24 quartiers et deux agences communales ou ranches. L’« élection » des autorités communales ainsi que celle des représentants des quartiers a lieu tous les trois ans. Les agents communaux sont élus par le système des « us et coutumes » pour une période d’un an. Parmi les principales fonctions exercées il y a la représentation de la commune devant la mairie et la gestion de la communauté. L’Assemblée Générale est l’organe de prise de décisions par vote à main levée. À la différence d’autres communes de l’État d’Oaxaca, à Eloxochitlán, les femmes participent aussi à la prise de décisions.

L’ingérence de partis politiques

ni-pri-ni-pan-ni-prd-en-yucatanC’est au début des années 2010, avec l’arrivée des élections communales du mois de novembre, que les partis politiques ont commencé à s’immiscer dans le processus d’organisation communautaire. L’achat de voix, la corruption ont été quelques-unes des méthodes employées par les partis politiques et leurs représentants pour gagner les élections, en totale violation des formes traditionnelles de prise de décisions.

Suite à la défaite d’Eviel Pérez Magaña, candidat du PRI [Parti Révolutionnaire Institutionnel] au poste de gouverneur de l’État d’Oaxaca, face au parti de la coalition « Unis pour la Paix et le Progrès » formé par le PRD [Parti de la Révolution Démocratique – de gauche], le PAN [Parti d’Action Nationale – de droite], Convergence et le PT [Parti du Travail – de gauche], Manuel Zepeda, priiste originaire d’Eloxochitlán a été soutenu par Convergence pour gagner la présidence communale. C’est par l’achat de voix et en s’alliant aux leaders des quartiers qu’il a gagné la présidence municipale avec seulement un tiers de voix, en piétinant les formes traditionnelles d’organisation et de prise de décisions.

Les partis en désaccord ont demandé en vain à ce que leur participation dans la gestion de la commune soit prise en compte car, selon la tradition, ceux qui arrivent en deuxième ou troisième place aux élections doivent intégrer le gouvernement avec le candidat élu. Face au refus du candidat élu, les responsables communaux se sont alors adressés au Secrétariat Général du Gouvernement de l’État d’Oaxaca (SEGEGO) et aux autorités responsables, mais sans réponse favorable. C’est ainsi que le conflit post-électoral a commencé, en donnant en même temps naissance à l’Assemblée Communautaire qui mène des actions et manifestations pour faire pression et demander le respect des formes traditionnelles d’organisation et de prise de décisions.

Une histoire parmi tant d’autres de pillage et de mépris

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La période durant laquelle le président et ses proches exercent le pouvoir avec autoritarisme et répression est également une époque de détournement des ressources naturelles et économiques appartenant à la commune. Zepeda encourage le pillage de ressources (de sable, du gravier et de roches de la rivière), au bénéfice de ses propres entreprises et de celles de ses proches, comme la société de construction au nom de son gendre David Tello, celle de matériaux au nom de son épouse et une autre au nom de son frère Vicente Zepeda. De plus, il attribue des postes publics à toute sa famille, en désignant son fils Manuel comme directeur de logistique et maintenance de la commune, et sa fille Elisa Zepeda comme directrice du DIF [L’équivalent au service de la protection de l’enfance DDASS] et conseillère du développement communal. Sans appel d’offres, il assigne des travaux à ses propres entreprises – pratique opposée aux formes traditionnelles d’organisation [par us et coutumes] du village mais très proche de la façon d’agir des partis politiques.

En juin 2011 l’ouragan Beatriz a fortement frappé l’État d’Oaxaca, causant de graves dégâts dans la Sierra mazateca et dans la communauté d’Eloxochitlán. Il y a eu des dizaines de personnes sinistrées, et le bétail et les champs ont été fortement endommagés aussi dans la commune. Quelques habitants considèrent que les dommages ont été la conséquence directe des travaux menés au niveau de la rivière, puisque son lit a été modifié en raison du pillage de pierres et de sable qui servaient antérieurement de protection naturelle.

Devant la tragédie, le Service de Protection Civile fait acte de présence dans la communauté et réalise une cartographie des dégâts, toujours en accord avec le président municipal, à qui il remet des fonds pour aider les familles sinistrées. Ces ressources n’ont été distribuées qu’à ses proches, en excluant de la distribution tous les membres de l’Assemblée communautaire.

La Chasse aux sorcières

En 2012 une véritable chasse aux sorcières est lancée contre les membres de l’Assemblée communautaire : des dizaines de délits fabriqués sont utilisés pour émettre des mandats d’arrêt [des ordres d’appréhension] contre eux. Certains ont abandonné la communauté tandis que d’autres inscrivent un recours juridique de protection [amparo – habeas corpus].

Quelques mois après, l’ouragan Ernesto frappe la Sierra Mazateca. Au cours des travaux de reconnaissance des dégâts, des membres de l’Assemblée Communautaire sont interceptés par un groupe d’au moins 30 hommes. À la tête de cette embuscade se trouve le président municipal accompagné par des policiers municipaux qui, sans explication, agressent les habitants, conduisant à l’arrestation de Pedro Peralta [père de Miguel] qui – comme c’est déjà bien connu – a été porté disparu et torturé pendant plus de sept heures, avant d’être présenté à la prison de Cuicatlán, accusé du délit de niveau fédéral de « port d’arme à usage exclusif de l’armée » (l’arme appartenait au groupe agresseur). Il a été aussi accusé de « coups et blessures » (délit de droit commun).

Le juge du tribunal mixte de Huautla de Jiménez, Modesto Isaías Santiago Martínez, a reclassé le délit de torture et blessures contre Pedro et dans le même temps il a relancé les mandats d’arrêt contre des membres de l’Assemblée Communautaire. La Commission Nationale des Droits de l’homme (CNDH) n’a jamais émis de mesures de précaution malgré la preuve de torture signalée pendant l’expertise réalisée par le bureau du Procureur Général de la République (PGR) qui conclut que dans le cas de Pedro, le Protocole d’Istanbul a été violé [Il s’agit d’un protocole pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants].

Depuis 2011, Manuel Zepeda instaure un climat de violence et de répression contre l’Assemblée Communautaire. Désavoué par l’Assemblée Communautaire dès 2011, le mandat de Manuel Zepeda (2011-2013) a été caractérisé par la corruption, l’enrichissement illicite et personnel.

De 2013 à 2014, la nouvelle administration municipale conduite par Alfredo Bolaños Pacheco et les membres de l’Assemblée Communautaire est harcelée par Manuel Zepeda. À plusieurs reprises ce dernier menace de prendre la mairie.

Le 24 novembre 2014, Manuel Zepeda et son groupe passent des menaces aux actes en prenant d’assaut la mairie d’Eloxochitlán, séquestrant une partie du conseil municipal durant plus de cinq heures. Ils en profitent pour dérober les 60000 pesos qu’il y avait en trésorerie.

Le 14 décembre 2014, l’Assemblée communautaire d’ Eloxochitlán de Flores Magón se réunissait afin de désigner, selon ses us et coutumes, son futur maire. Lors de cette réunion, un groupe de cent cinquante personnes dirigées par l’ex-maire Manuel Zepeda a fait irruption et a tiré à l’arme à feu. Trois participants de l’assemblée sont alors grièvement blessés.

Face à cette attaque, l’Assemblée communautaire poursuit les agresseurs afin de les arrêter. Une nouvelle fois ils sont la cible d’une fusillade. C’est dans ce contexte que le fils et un homme de main de Manuel Zepeda perdront la vie. Ces deux personnes ont participé activement à la fusillade contre l’Assemblée communautaire.

Manuel Zepeda est finalement neutralisé et arrêté en possession d’une arme à feu de calibre 20. Sept membres de l’Assemblée communautaire le remettent alors au Ministère public de Huautla.

Ces sept personnes sont aujourd’hui incarcérées sous l’accusation d’homicide qualifié et tentative d’homicide. Les trente ordres d’arrestation contre des membres de l’Assemblée communautaire sont également liés à ces événements.

Si Manuel Zepeda se permet d’agir ainsi, c’est parce qu’il est soutenu par une partie du PRD. Une nouvelle fois, comme dans de nombreuses communautés du Mexique, la pénétration des partis politiques dans la vie communautaire engendre conflit et violence. En effet, ce qui se joue à Eloxochitlán, c’est la légitimité de l’Assemblée communautaire face au système électoral des partis.

Ces trente ordres d’arrestation obligent les membres de l’Assemblée communautaire à quitter le village.

C’est dans ce contexte que, le jeudi 30 avril 2015, Miguel Ángel Peralta Betanzos [fils de Pedro Peralta], lui aussi membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, a été arrêté sur son lieu de travail au centre-ville de Mexico.

Comme toutes les autres, cette arrestation, s’est faite avec une grande violence, par des policiers ministériels du D.F. [ville de Mexico].

Une campagne nationale a commencé au Mexique pour faire connaître le cas et pour obtenir la libération des membres de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón. S’y associant, la Croix Noire Anarchiste du Mexique a décidé de suivre le cas.

Traductions Les trois passants, Caracol Solidario et Patxi

Correction et relecture Annette et Valérie

Merci beaucoup à Patxi pour tous les éclaircissements et informations

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Sources :

Proyecto Ambulante : La lucha por la autonomía en Eloxochitlán de Flores Magón (1 de 2)
Subversiones

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