Prisonniers d’Oaxaca :

La région Loxicha :

La région de Loxicha est localisée dans le district de Pochutla, au sud de l’Etat d’Oaxaca. Sa population, qui est composée presque en totalité d’indigènes zapotèques, vit dans des conditions de pauvreté et de marginalisation, avec des taux d’analphabétisme et de mortalité parmi les plus élevés du Mexique. Les revenus des actifs se trouvent parmi les plus faibles du pays. Les habitants de la région de Loxicha manquent de tout, que se soit en matière d’alimentation, d’éducation ou de santé, on y meure encore de maladies facilement curables.

L’activité économique prédominante est l’agriculture de subsistance. L’absence d’opportunités pour obtenir une vie digne et la violence d’État sont les principales causes du déplacement de la population. Le pillage des ressources naturelles, comme c’est le cas pour les ressources forestières, a aggravé les conditions sociales et économiques dans lesquelles vivent les habitants.

La militarisation :

Le 29 août 1996 à l’aube, dans le hameau de Santa Cruz, appartenant à la commune de Santa María Huatulco, dans le district de Pochutla dans l’Etat d’Oaxaca, l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) lance une attaque contre les installations de la police et de l’armée. La réaction étatique à cette action a été la militarisation et la paramilitarisation de la région de Loxicha. Depuis lors, les communautés qui y résident subissent un état de siège militaire, paramilitaire, économique et social.

L’armée a occupé plusieurs communautés de la région et a établi trois bases opérationnelles mixtes dans les communes de San Agustín Loxicha, Magdalena Loxicha et La Sirena Miramar.

En 1997 à Miahuatlán de Porfirio Díaz, la base militaire n° XLIV a été construite. Celle-ci dispose d’une zone d’habitation, d’un camp d’entraînement et d’une piste d’atterrissage. Son influence géographique et opérationnelle couvre 175 communes de la côte, des vallées centrales, des plateaux sud en passant par une partie de la région Mixteca.

Depuis 1996, les communautés de la région de Loxicha ont été victimes de détentions extrajudiciaires massives, de perquisitions illégales, d’assassinats, de disparitions forcées, de torture, d’abus sexuels, de harcèlement, de menaces de mort, de procès et de nombreuses autres  exactions.

Le gouvernement fédéral et celui de l’État d’Oaxaca justifient ces crimes contre la population par le fait qu’une personne ait été assassinée suite aux événements du 29 août 1996 à Crucecita, Huatulco.

Selon les dires du gouvernement de l’État d’Oaxaca, il s’agirait de M. Fidel Martínez régisseur des finances de la mairie de San Agustín Loxicha. Cependant le cadavre présenté par le gouvernement n’a pas pu être reconnu par ses proches. Le gouvernement de l’État d’Oaxaca dirigé, alors, par Diódoro Carrasco Altamirano a largement diffusé des accusations contre les autorités municipales de San Agustín Loxicha, disant que celles-ci appartenaient à l’EPR et que la population de cette zone était une base d’appui du groupe armé.

Les difficiles conditions de vie des indigènes de la région Loxicha se sont aggravées suite à ces faits. La présence de forces militaires et policières, ainsi que la répression exercée contre les habitants de la zone, ont altéré la vie quotidienne des communautés.

La répression et le dénuement économique ont provoqué des déplacements de population, en particulier masculine. C’est pour cette raison que beaucoup de femmes doivent se débrouiller toutes seules pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Cette situation est particulièrement difficile pour les femmes qui ont des membres de leurs familles emprisonnés, et qui sont accusées d’avoir des liens avec des groupes armés.

source

Qui sont les prisonniers de Loxicha?

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Ils sont tous indigènes zapotèques de la région Loxicha dans l’État d’Oaxaca. Ils ont été arrêtés entre 1996 et 1999 pour avoir défendu leurs terres contre les « caciques » et le gouvernement, ils ont toujours défendu leur forme traditionnelle de gouvernement sans partis politiques, suivant leurs «us et coutumes». Malgré l’enfermement, ils sont très actifs au sein de la prison, ils ont créé le groupe «La Voix des Zapotèques Xiches en Prison».

En 1996, l’attaque de l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) à Huatulco allait servir de prétexte pour justifier la répression contre les Indiens de la Région Loxicha, dans la Sierra Sur de Oaxaca : au cours des années suivantes, il y a eu pas moins de 200 arrestations illégales, 150 cas de torture, 32 perquisitions illégales, 22 exécutions extra-judiciaires, 22 disparitions, 137 personnes en prison pour des raisons politiques et de conscience.

– Le 7 juin 2013, notre compagnon Álvaro Sebastián Ramírez ainsi qu’Abraham García Ramírez, Agustín Luna Valencia, Eleuterio Hernández García, Fortino Enríquez Hernández, Justino Hernández José, tous prisonniers de Loxicha, Oaxaca, ont été transférés arbitrairement sous torture physique et psychologique à la prison n°13 à Miahuatlán, Oaxaca.

– Le 20 juin 2013, les prisonniers Loxicha ont été transférés de la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », dans l’État d’Oaxaca, vers la prison n°6 « Huimanguillo », État du Tabasco. Puis ils ont été re-transférés de cette dernière vers à nouveau la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », où ils résistent aujourd’hui. Cela fait plus de cent jours d’isolement total et sans aucune communication possible vers l’extérieur. Le but de ce transfert :  les éloigner de leurs familles et de leurs compagnons, en essayant en vain de les couper de la solidarité qui leur entoure.

La Voix des Zapotèques Xiches en Prison:

sup-loxichasCela fait sept ans que le sous-commandant Marcos est venu rendre visite aux prisonniers politiques à l’intérieur de la prison de Santa María Ixcotel, dans l’État d’Oaxaca. Pendant tout ce temps l’Autre Campagne (la sexta aujourd’hui) les a accompagnés, les a soutenus et leur a apporté sa solidarité, démontrant ainsi qu’ils ne sont pas seuls.

Tous les prisonniers de La Voix des Zapotèques Xiches en Prison ont déjà vécu de 16 à 17 ans d’enfermement, accusés d’appartenir à l’Armée Populaire Révolutionnaire (EPR) alors qu’ils exerçaient leurs mandats au sein du conseil municipal de San Agustín Loxicha, élus selon les us et coutumes zapotèques.

Comme les prisonniers de la région de Loxicha le signalent :

Le groupe La Voix des Zapotèques Xiches en Prison est une initiative de certains parmi nous, c’est la manière que nous avons choisi de continuer à lutter avec dignité et rébellion, non seulement pour obtenir la liberté pour la liberté elle-même, mais parce que bien que nous soyons emprisonnés, nous sentons le devoir de contribuer aux efforts de toutes celles et de tous ceux qui se battent là-bas dehors pour un monde meilleur qui est encore possible. Nous avons choisi le nom La Voix des Zapotèques Xiches en Prison parce que nous sommes des indigènes zapotèques, enfants de la région de Loxicha – c’est pour cela que nous nous appelons Xiches – et parce que nous avons pris connaissance de la lutte exemplaire menée par les prisonniers zapatistes dans les prisons du Chiapas, qui se sont organisés en tant que Voix de l’Amate et Voix de los Llanos. C’est pour cela que nous serons une autre voix.

Traduction de l’interview réalisée au mois d’août 2010 par la CGT espagnole lors de sa visite aux prisonniers de la Voix des Zapotèques Xiches en Prison à Santa María Ixcotel et à Villa de Etla, dans l’État d’Oaxaca.

Traduit par les trois passants

Plus d’information de l’interview en espagnol cliquez ici:

Sept pièces du puzzle Loxicha
Qui sont les prisonniers de Loxicha?

Alvaro1987

Les prisonniers de Loxicha, leur histoire, leur cheminement.

De nuit ils ont été pris. Plusieurs personnes fortement armées, habillées tout en noir et encagoulées ont tout à coup fait irruption dans la cellule que les prisonniers partageaient. Avec violence, ils ont été fouettés contre le mur et on leur a attaché les mains derrière le dos. Ils ont été maintenus ainsi, attachés, debout pendant des heures jusqu’à ce que les hommes habillés en noir les fassent sortir de leur cellule, sans qu’ils sachent quand ils allaient revoir cette cellule qu’ils avaient partagée pendant seize ans.

Jamais aucun d’eux, ni personne, n’aurait voulu vivre dans ce lieu construit dans le seul but d’enfermer les gens et de leur arracher la liberté. Cependant, après seize ans, les sept hommes avaient changé les murs de cette prison en la rendant un peu plus habitable, un peu plus humaine. C’était déjà leur foyer, le lieu où ils travaillaient, où ils préparaient la nourriture, où ils recevaient leurs petits-fils et petites-filles et leurs visites, où ils écrivaient des lettres à la machine. Tout ce qu’ils avaient réussi à construire tout au long d’une demi-vie a disparu en un instant.

En les poussant avec violence, les hommes en uniforme les ont obligés à monter dans un autobus qui les attendait, le moteur allumé, pour ensuite les emmener loin de là. Ils ont été emmenés avec d’autres prisonniers qui montaient eux aussi, les mains attachées. Ils soupçonnaient déjà où on les amènerait mais l’incertitude était suffocante, plus encore pour ces sept hommes qui avaient tant de fois été arrêtés, séquestrés, portés disparus, torturés, et transférés d’une prison à l’autre. Ce qu’ils savaient avec certitude c’est qu’ils ne reviendraient jamais dans ce lieu où ils n’avaient jamais voulu venir, mais qu’au cours de presque dix-sept ans, ils avaient converti en foyer, leur foyer.

Alavrotros

Eux sont les prisonniers

À l’intérieur d’Ixcotel, la cellule 22, mieux connue sous le nom de la « Cellule des Loxichas », était quelque chose d’exceptionnel. Un microcosme de la région Loxicha, une enclave culturelle et linguistique, dont les habitants communiquaient dans leur langue maternelle, le zapotèque xiche de la Sierra Sur d’Oaxaca. Cette cellule était, dans une certaine mesure, un espace libéré à l’intérieur de la prison, le résultat de dix-sept années de lutte continue pour la liberté, d’une lutte menée depuis l’intérieur d’une institution dont la raison d’être est justement la privation de liberté et le contrôle de certains humains par d’autres humains. Dans ce contexte, les réussites des Loxichas ont été formidables.

Des quelques mille cinq cents internes de la prison d’Ixcotel, les six indigènes zapotèques xiches étaient les seuls à ne pas payer « le droit au sol », une sorte d’impôt ou de tribut que tous les internes doivent verser aux « responsables », dits « caciquillos » (allusion aux grands propriétaires terrains arrogants), qui régissent chaque cellule. En revanche, les xiches de la cellule 22 s’auto-gouvernaient au quotidien, conformément au système fondé sur les us et coutumes des communautés zapotèques, leurs communautés d’origine ; ils pratiquaient ainsi une sorte de micro-système d’us et coutumes à l’intérieur de la prison. Les six prisonniers indigènes, ceux qui n’étaient pas transférés et restaient dans la prison d’Ixcotel, choisissaient chaque année un responsable et un trésorier. Ces autorités rotatives avaient la responsabilité de s’occuper des affaires administratives de la cellule et de gérer l’argent qu’ils avaient en commun, respectivement.

Pour s’acquitter des frais collectifs représentés par l’achat, par exemple, des produits de nettoyage pour les toilettes ou des bonbonnes d’eau – qui ne sont pas fournis par la prison -, les prisonniers vendaient des plantes comestibles, des légumes, des citrons, qu’ils semaient eux-mêmes en dehors de leur cellule. Ceci était une autre réussite de leur lutte, même si la majeure partie du temps, ces semences étaient destinées à leur propre alimentation, quand ils ne les offraient pas tout simplement à d’autres détenus.

Ils étaient aussi les seuls prisonniers à s’être organisés, d’abord pour demander le droit à avoir une petite chapelle à côté de leur cellule, ensuite pour la construire eux-mêmes.

Pendant la journée, les murs de la prison d’Ixcotel se transforment en une sorte d’enceinte fortifiée contenant un petit village animé comme un jour de marché – un petit village certes profondément précaire, peuplé de gens qui ne sont pas libres, surveillés par des gens armés mais, en tout cas, un petit village. Ça bouge de partout, on y voit des détenus tissant des sacs à main, des détenues qui vendent des jus de fruits, des policiers qui se baladent ou s’endorment, des cireurs de chaussures, des gens demandant de la monnaie, des hommes tatoués jouant au basketball. Mais à l’intérieur et autour de la cellule 22, les choses avaient un autre rythme – il reste toujours difficile de dire qu’ils avaient « choisi » un autre rythme. Les temps de ceux qui restent à l’intérieur, soit pour quelques mois, soit pendant quelques années, sont différents des temps de ceux qui sont restés dans cette prison pendant presque deux décennies.

Les prisonniers Loxicha étaient respectés et connus de tous dans la prison d’Ixcotel, des « voyous » jusqu’aux gardes. Tout visiteur se rendait compte avec étonnement du traitement particulier qu’ils recevaient de la plupart des détenus, même des gardes. Le respect étonne quand il est loin du pouvoir et de la peur.

Dans leur espace commun, chacun avait son coin. Il y a quinze ans, quand ils furent environ cinquante prisonniers Loxichas à partager la même cellule de 7m sur 4m, ils étaient les uns sur les autres « tels des cigarettes ». Mais quand il en resta seulement six chacun eut son lit, en bas, devant le coin de cuisine ; il y avait quatre lits superposés, séparés par des rideaux improvisés pour que chacun ait un peu d’intimité. Deux autres prisonniers vivaient en haut sur une petite mezzanine qu’Alvaro, le menuiser du groupe, avait construite.

Pendant la journée, tous travaillaient, tous les jours, toute la journée, chacun à sa place. Agustin, Eleuterio et Justino passaient la journée dehors, les deux premiers s’asseyaient dans des chaises en bois toutes petites sous le toit de tôle de la chapelle, le troisième s’asseyait à côté de la porte de leur cellule ou juste de l’autre côté face au grand mur de la prison, au milieu de leurs plantes et de leurs arbustes.

C justino  Justino Hernández José
C’est le plus jeune du groupe. Il avait dix-neuf ans quand il s’est fait arrêter avec son père, qui a lui aussi passé quatre ans en prison. Ses compagnons se souviennent qu’il était à peine un enfant  ; ils ne le connaissaient presque pas. Dans la prison il a appris à parler espagnol. Aujourd’hui il est quelqu’un de réservé, il parle peu, mais il sourit sans cesse, comme un enfant, quand son épouse et son fils de quatre ans lui rendent visite – lui rendaient visite, veut-on dire. Dans ces moments-là, il semble déborder de bonheur et de vitalité, la vie qui lui a été niée revient pour quelques instants. Cette année il passera son trente-sixième anniversaire dans la prison de haute sécurité de l’État de Tabasco, éloigné de son épouse et de son fils. Sa femme souffre de diabète et n’a pas beaucoup de moyens. Elle aura du mal à le voir, à cause de la distance, jusqu’à sa libération.

C eleuterioEleuterio Hernández García
Il cousait des ballons de football, l’un des métiers les plus communs dans la prison et l’un des moins bien rémunérés. Malgré la difficulté du travail, en un seul jour il réussissait à coudre trois ballons, vendus huit pesos chacun (moins d’un euro). Eleuterio est aussi un homme très réservé, très humble et extrêmement respectueux. Il parle très peu l’espagnol puisque dans son hameau, étant paysan, il n’a jamais eu besoin d’apprendre. C’est le seul fils qui n’a jamais été marié  ; il était célibataire quand il a été arrêté, et célibataire il est resté. Il ne recevait jamais de visites, parce que la seule personne de sa famille proche est son père, qui est déjà très âgé (« c’est un p’tit grand père», comme ils disent là-bas), et qui vit dans un hameau très lointain. Mais Eleuterio ne se plaignait jamais, il n’arrêtait pas son travail, tout le jour il cousait, et pour une raison quelconque, il souriait toujours.

C agustinAgustín Luna Valencia
C’est un homme serein, déjà chenu, un peu corpulent, qu’on pouvait souvent trouver assis comme un bouddha, près de la chapelle, le dos contre le mur et le regard fixé sur son travail, tissant des paniers multicolores faits de fils en plastique et de fils de fer. C’est Agustín qui a transcrit la majorité des lettres, des communiqués et des dénonciations que les prisonniers Loxichas ont émis tout au long des années, avec une machine à écrire que le peintre Francisco Toledo leur avait offerte. Cependant, ce n’est pas un homme à qui il plaît de parler beaucoup, bien que dans certains moments il aime partager des histoires sur son village, sur ses années comme maître d’école ou sur les animaux et les plantes qu’il lui plaisait d’élever. Il connaît beaucoup d’histoires sur les animaux qui vivent dans la région Loxicha et sur les légendes que ses grands-pères racontaient à leur sujet. Avant de se faire arrêter il a été maître d’école pendant longtemps, et a toujours enseigné dans les communautés zapotèques très pauvres et marginalisées, semblables à celles qui les ont vu grandir, lui et tous les autres.

C fortinoFortino Enríquez Hernández
Il tissait aussi des paniers, bien qu’il travaillât toujours à l’intérieur de la cellule, avec Agustín. Il participait en jouant de la guitare avec le groupe de musiciens de la prison. Dans sa jeunesse, comme Agustín, il a lui aussi longtemps été maître d’école dans la région loxicha. Agustín et Fortino étaient déjà connus et respectés dans les communautés de la région Loxicha. Là où les gens ne parlaient pas l’espagnol, là où ils manquaient de tout, tous deux aidaient les familles à s’occuper des dossiers et des formulaires pour que le gouvernement étatique leur rende les services les plus élémentaires, eau, électricité, écoles, routes. C’est par cette attitude que les deux maîtres ont été élus : Agustín comme président municipal, selon les us et coutumes en vigueur dans les communautés, et Fortino comme maire de San Agustin Loxicha, en 1996.

C zacariasZacarías Pascual García López
À seulement 23 ans, Zacarías avait été agent municipal, le fonctionnaire le plus jeune dans l’histoire de sa communauté. En prison, Zacarías a appris la menuiserie et tout en partant de zéro il est rapidement devenu maître menuisier. Jusqu’à son transfert, c’était l’un des constructeurs de meubles les plus importants de la Vallée d’Etla et d’Oaxaca. À l’intérieur de la prison d’Etla, il donnait du travail à six autres prisonniers dans l’atelier de charpenterie pour la construction des meubles. C’est la raison pour laquelle il n’a jamais demandé son transfert à la prison d’Ixcotel. Il a un fils et une fille adolescente, et un bébé de moins d’un an. Tous vivent avec son épouse dans une communauté lointaine de la région de Loxicha.

C abrahamAbraham García Ramírez
Il était à la tête d’une organisation de petits producteurs de café. En prison il a appris à faire des paniers, et il lui plaisait de travailler à l’intérieur de sa cellule, toujours sans chemise pour être au frais. Il a aussi des enfants adultes et des petits-fils  ; mais il y a dix mois il a eu un autre enfant avec une femme qui vivait avec lui dans la prison d’Ixcotel. Le bébé est clairement la lumière de ses yeux. Personne ne sait quand il pourra le revoir.

C alvaroÁlvaro Sebastián Ramírez
Álvaro a commencé à travailler comme maître d’école à dix-sept ans, au milieu des années soixante-dix, et c’est à l’intérieur du magistère qu’il s’est initié au travail politique et organisationnel. En 1981, voulant créer une école dans la communauté dite aujourd’hui « Loma Bonita », il a livré sa première bataille politique après s’être affronté aux caciques de plusieurs agences municipales.

Il rit beaucoup, c’est un rire contagieux qui semble émaner non seulement de sa bouche, mais de ses yeux et de ses mains. Il a un regard intense, semble toujours observer  quelque chose, même quand il rit. Ses yeux et ses mains ne sont jamais tranquilles, même quand il ne les bouge pas. Comme ses yeux noirs et ses mains fortes, Álvaro est un homme extrêmement inquiet.

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Avant d’arriver à Ixcotel, il a été incarcéré dans la prison d’Etla pendant presque dix ans, avec Zacarías et d’autres compatriotes prisonniers. Là, il a ouvert une petite quincaillerie, et son épouse l’aidait en lui fournissant des produits. Cependant, en 2006, victime d’une tentative de meurtre, il a demandé son transfert vers la prison d’Ixcotel. Il s’est facilement habitué à la nouvelle prison, et y a appris rapidement la menuiserie, qu’il n’avait jamais pratiquée auparavant. En très peu de temps il a eu des clients à l’extérieur de la prison, qui venaient le voir pour lui commander des cadres et des petits meubles. Il s’est aussi consacré à une multitude de métiers car il est toujours à la recherche de quelque chose de nouveau à apprendre. C’est lui qui a construit la petite chapelle, en dehors de la cellule 22 et de la mezzanine où il vivait.

NdT : Alvaro a été séquestré vers 10 heures du matin le lundi 15 décembre 1997 par le groupe spécial de la police judiciaire de l’État d’Oaxaca. Son arrestation a eu lieu alors qu’il était au volant de sa voiture au centre-ville d’Oaxaca, où il attendait sa fille et sa femme.

« Mon cas n’a pas été le seul. L’État, par la séquestration et par la torture, a obligé plus d’une centaine d’indigènes zapotèques de la région de Loxicha à avouer des délits qu’ils n’ont jamais commis. Ils ont été obligés de signer et de donner leurs empreintes digitales sur des feuilles blanches pour que l’État puisse facilement leur fabriquer des délits ». (Alvaro Sebastian)

Les prisonniers Loxicha ont été transférés le 20 juin 2013 de la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », dans l’État d’Oaxaca, vers la prison n°6 « Huimanguillo », État du Tabasco. Puis ils ont été re-transférés de cette dernière vers à nouveau la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », où ils résistent aujourd’hui. Les conditions de détention et de vie sont totalement différentes – voire plus hostiles – que dans la prison d’Ixcotel, les visites sont très difficiles à obtenir, avec beaucoup de restrictions, des contrôles répétés et systématiques, de constantes humiliations vers les familles. Malgré cela la lutte et la détermination des compagnons restent intactes.

Ce texte est la première partie d’une série d’écrits qui s’intitulent : Sept pièces du puzzle Loxicha. Ce travail collectif a été réalisé par « La Voix des zapotèques xiches en prison », L’agence indépendante « Subversions » entre autres.

Traduit par Les trois passants
Correction: Valèrie, Myriam et Val

Plus d’infos sur Alvaro Sebastian Ramirez

OAXACA: Cela fait dix-sept ans qu’a commencé la guerre contre les peuples de la Région Loxicha (septembre 2013)

« Après dix-sept ans, il faut à nouveau tout laisser pour continuer à exiger la liberté immédiate et inconditionnelle de nos prisonniers politiques et de conscience. Cela fait dix-sept ans que nous résistons avec dignité et colère…  »

LOXICHA

Communiqué de La Voix des zapotèques Xiches en prison*

Il y a dix-sept ans commençaient les opérations militaires dans la Région Loxicha. L’incursion de l’armée fédérale n’a été qu’une partie de ce qu’aujourd’hui nous connaissons comme « des opérations de contre-insurrection ».

Plus de cent cinquante personnes ont été arrêtées sans mandat, torturées et ont été obligées de signer et de donner leurs empreintes digitales sur des feuilles blanches pour leur fabriquer des délits. Des meurtres sélectifs déguisés en affrontements ou en tentatives de fuite, des viols et des déplacements forcés de la population marquent le commencement de la mise en place d’une guerre contre les habitants de la Région Loxicha.

ejercito1Ce qui a immédiatement suivi l’occupation militaire, et qui persiste de nos jours, est la mise en application des politiques sociales d’assistanat ayant comme objectif de figer l’inégalité et de consolider certains groupes au pouvoir. Ces politiques montrent la façon dont laquelle le pouvoir du capital et de l’État s’acharnent contre les peuples qui exercent leur auto-organisation, afin de les capturer, de les affaiblir et de les détruire pour qu’ils deviennent des peuples obéissants et participants aux institutions créées depuis en haut.

En nous offrant la soit disant « voie démocratique » pour la gestion des améliorations des conditions de vie de la population, ils créent de faux dirigeants et des représentants du mécontentement, qui se spécialisent à leur tour dans l’obtention des bénéfices pour les victimes, ce qui fait partie aussi de la stratégie de contention, puisqu’il semble plus facile de négocier que de s’engager véritablement dans la lutte pour la liberté et la justice.

« Le Combat contre la pauvreté » tant acclamé par le gouvernement, essaie de garantir une stabilité et une gouvernabilité, mais dans les faits, c’est la politique par laquelle ils cherchent à contrôler et à apprivoiser les espaces où naît la résistance au néolibéralisme.

loxicha3Après dix-sept ans, il faut à nouveau tout laisser pour continuer à exiger la liberté immédiate et inconditionnelle de nos prisonniers politiques et de conscience. Cela fait dix-sept ans que nous résistons avec dignité et colère devant un État qui obéit seulement aux demandes du pouvoir et du capital transnational.

Les prisonniers Loxicha ont été transférés le 20 juin de la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », dans l’État d’Oaxaca, vers la prison n°6 « Huimanguillo », État du Tabasco. Puis ils ont été re-transférés de cette dernière vers à nouveau la prison n°13 de « Mengolí de Morelos, Miahuatlán », où ils résistent aujourd’hui. Cela fait plus de cent jours d’isolement total et sans aucune communication possible vers l’extérieur dans ces Laboratoires d’Extermination.

Aujourd’hui 25 septembre 2013, le calendrier répressif qui a débuté en 1996 continue sa course, avec dix-sept ans d’impunité pour les auteurs matériels et intellectuels des crimes de lèse humanité : Le génocidaire Ernesto Zedillo, Diódoro Carrasco Altamirano et Gabino Cué Monteagudo** qui continuent à bénéficier des avantages obtenus par leurs participations à la guerre contre les peuples indigènes.

Erika-Sebastian-Familiares-de-los-PresosLiberté pour les Prisonniers Politiques et de Conscience de la Région Loxicha !
Halte à la Guerre contre nos peuples indigènes !
Liberté pour Alvaro Sebastian Ramirez !

La voix des Zapotèques Xiches en prison
25 Septembre 2013

* Communiqué adressé aux compagnons et compagnonnes de l’EZLN ; aux compagnons et compagnonnes du Congrès National Indigène ; aux  compagnons et compagnonnes du Réseau contre la répression et pour la Solidarité ; aux compagnons et compagnonnes adhérent-es à la sixième déclaration du Mexique et du monde  et aux peuples du Mexique et du Monde.

** Ernesto Zedillo Ponce de León fut président du Mexique entre 1994 et 2000. Membre du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). Diódoro Humberto Carrasco Altamirano fut membre du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). Il a été ministre de l’intérieur de 1999 à 2000 pendant la présidence d’Ernesto Zedillo et  gouverneur de l’État d’Oaxaca de 1992 à 1998. Quant à Gabino Cué Monteagudo est l’actuel gouverneur de l’État d’Oaxaca.

Traduit par Les trois passants

Correction : Val et Myriam

Source et plus d’infos sur Alvaro Sebastian Ramirez

Le Combat occulté des femmes de Loxicha

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Quelles améliorations pour les Indiens au Mexique ?

La lutte pour la possession des terres de la région de Loxicha (Loxicha est une région comptant 35 000 personnes réparties dans 26 communautés) dans l’État de Oaxaca, au sud-ouest de Mexico, a provoqué plus de 350 morts en 20 ans. Depuis les années 70, la persécution militaire est constante. Mais il y a quatre ans, le harcèlement par l’armée et la police s’est intensifié et la situation à Los Loxicha est aujourd’hui comparable à celle que vivent les habitants du Chiapas, c’est la « guerre de basse intensité[[« Guerre de basse intensité », inventée par les États-Unis et utilisée au Vietnam. C’est une pression exercée sur la population par les moyens les plus variés (Omniprésence militaire, arrestations arbitraires, tortures, introduction de l’alcool dans des communautés, déplacements forcés de population, intimidations, menaces, rumeurs manœuvres de division des communautés, groupes paramilitaires, etc.). Les objectifs de cette forme de guerre sont la destruction de la structure des communautés, l’anéantissement psychologique des populations et la disparition de leur culture.]] ».

Le gouvernement justifie l’oppressante présence militaire par l’apparition d’un groupe armé le 26 août 1996, l’Ejercito popular revolutionario (E.P.R., Armée populaire révolutionnaire) a attaqué ce jour-là la Crucecita, à Huatulco, dans l’État de Oaxaca. Cette première attaque de l’E.P.R. a fait un mort, Fidel Martinez, le régisseur d’une hacienda de la municipalité de Loxicha. Le 29 août, une seconde attaque a lieu, qui fait cette fois douze victimes. La répression qui s’abat alors sur la région de Los Loxicha, peuplée en majorité par des Indiens zapotèques, est terrible. L’armée mexicaine, la police judiciaire, la police préventive de l’État de Oaxaca et selon des témoignages, des agents du F.B.I., envahissent les communautés, procèdent à des détentions arbitraires, à des tortures et à des assassinats. Sans preuves, plus de 100 hommes sont incarcérés et condamnés à de lourdes peines de prison.

Le 10 juin 1997, les familles des prisonniers décident d’installer un planton (1) sur le parvis du palais de gouvernement de Oaxaca pour réclamer la libération de leurs proches injustement détenus. Depuis trois ans, ces femmes et enfants maintiennent le planton et, petit à petit, des libérations sont obtenues faute de preuves.

Pour comprendre ce qui a pu provoquer cette escalade de violence, nous nous sommes rendus en août 2000 sur ce planton et Mme Genova Garcia Luna, au nom de l’Union de pueblos contra la repression y la militarization de la region Loxicha, a accepté de répondre à nos questions.

ML : Genoveva, j’aimerai que vous racontiez l’histoire du village de Loxicha.
Genoveva : Le gouvernement et les caciques, propriétaires terriens exerçant un pouvoir économique, militaire et politique sur la population, nous accusent d’appartenir à un groupe armé qui s’appelle l’E.P.R. À l’origine, le problème vient des caciques qui sont originaires d’autres régions et qui, depuis plusieurs années, depuis 1980, entrent dans notre région. Les caciques ont commencé à s’emparer des terres de ceux qui ne savent pas parler espagnol, pour l’argent, les gens ont été obligés de donner leurs terres aux caciques, à leurs hommes de main. Nous sommes le peuple, nous sommes originaires d’ici et les caciques viennent d’ailleurs, de l’autre côté. Ils obligeaient les paysans à travailler sur leurs terres, ils ne les payaient pas ; les gens devaient endurer la loi des caciques. Les caciques ne voulaient pas les payer et si des personnes exigeaient d’être payées, et bien ils les tuaient, ils violaient les femmes.

Durant tout ce temps, les gens ne pouvaient plus supporter tant d’injustice. Les caciques étaient écoutés pendant les années 80, mais après le peuple a décidé de nommer son propre président, élu démocratiquement. M. Alberto Antonio devint président pour trois ans. Et, comme les communautés étaient totalement abandonnées, il décida d’écrire au gouvernement. Il demanda de l’aide pour les communautés, l’eau potable, des écoles pour les enfants, des points de santé.

Tous les trois ans, le président était ainsi élu jusqu’en 1996, lorsqu’apparut un groupe armé à Huatulco et à Oaxaca. Il fut dit que ces groupes étaient dirigés par le président des communautés. Au même moment, le président et toute la population participèrent à une marche pour réclamer des écoles. Le gouvernement, pour toute réponse, demanda à la population de créer une coordination. Toutes les personnes rentrèrent dans les communautés et, le 25 septembre 1996, l’armée mexicaine, la police judiciaire de l’État et le F.B.I. arrivèrent dans les communautés. Ils mirent des professeurs, des paysans et des étudiants en détention. Il y eut une très forte répression dans les communautés. En une journée, 50 personnes furent incarcérées et le président municipal est toujours en prison. Il est accusé d’appartenir à l’E.P.R. comme toutes les personnes incarcérées.

Ce sont le gouvernement et les caciques qui font circuler le bruit que nous appartenons à l’E.P.R. Nous n’avons jamais vu ces personnes, nous n’avons jamais vu les groupes armés. Nous ne faisons qu’attendre.

ML : Une grande partie des personnes originaires de Loxicha ne parle pas l’espagnol. Les actes d’accusation ont pourtant été validés, signés par les prisonniers…
G : Durant leur détention, la majorité des prisonniers ont été torturés, ils ont disparu deux-trois jours et ont fini par signer des feuilles en blanc. S’ils ne signaient pas ces actes d’accusation en blanc, ils étaient de nouveau torturés, alors ils le faisaient. Tous les prisonniers se sont vus obligés de signer ces feuilles d’accusation en blanc.

ML : Des rumeurs ont eu cours à propos des dons que ferait l’E.P.R. mais cela est en contradiction avec la situation économique des communautés.
G : Nous avons toujours eut conscience que si des groupes armés sont apparus dans différents États du Mexique, c’est en raison de la pauvreté qui existe partout dans le pays. Par exemple dans notre région, nous sommes totalement oubliés par le gouvernement, il n’y a aucune aide. En fait, il n’y avait aucune aide parce que depuis que nos proches ont été incarcérés, les infrastructures se sont améliorées : le gouvernement a construit des routes pour que l’armée arrive plus vite dans les communautés ! Voila ce que fait le gouvernement aujourd’hui. Pourquoi pas avant ? C’est la question : pourquoi le gouvernement ne nous aide-t-il que maintenant ? Nous exigeons donc une réponse et de l’aide du gouvernement. Et nous recevons des menaces, nous sommes harcelés par la police.

ML : Et vos terres ? Sont-elles laissées à l’abandon ou y a-t-il des personnes qui sont restées pour s’en occuper ?
G : Ici les femmes vont et viennent parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de laisser leurs maisons à l’abandon. Si elles le faisaient, les caciques en profiteraient pour se les approprier. Depuis le début de la répression nous ne pouvons plus vivre en paix. Il y a plus de 250 ordres d’appréhension à l’encontre des paysans. Ceux qui font l’objet d’un ordre d’appréhension ne vivent plus chez eux, ils se cachent jour et nuit. S’ils rentrent seulement une heure ou deux dans leurs maisons, ils courent le risque d’être arrêtés ou tués. Dans les maisons, il n’y a plus que les femmes et les enfants.

Cela fait maintenant beaucoup de temps que nous luttons et nous avons obtenu la libération de 51 prisonniers. Avant ils étaient 135. Peu à peu, ils les libèrent faute de preuves, parce qu’ils n’en trouvent pas. Mais après ces libérations, ils ont condamné ceux qui restaient. Certains ont été condamnés à 40 ans de réclusion[[M. Agustin Luna Valencia (président municipal) a été condamné à 42 ans de prison, M. Fortino Enriquez Hernandez et Abraham Garcia Martinez à 36 ans ; Alvaro Ramirez à 38 ans de détention (La Jornada, février 2000)]].

ML : Quelle est la forme d’organisation du planton ? C’est une organisation communautaire ? Vous partagez tout le même sol, le même toit, qui est celui du palais du gouvernement, la même nourriture…
G : C’est le seul moyen de survivre ici non ? Nous devons manger la même chose, ensemble, partager, parce que dans les communautés à l’heure actuelle…

C’est justement pour ça que nous aimerions que des organisations se rendent dans les communautés. Qu’il y ait une caravane, pour que l’on sache quelle est la situation dans les communautés. On entend très souvent parler du Chiapas et nous savons que la répression est très forte là-bas, mais cela n’est pas le cas seulement au Chiapas. D’autres États sont aussi touchés : Guerrero, Veracruz et ici a Oaxaca. Nous vivons ici jour et nuit, devant le palais du gouvernement. Nous mangeons ici, nous dormons ici, nos enfants jouent ici.

ML : Au travers de l’exemple des zapatistes et de la lutte au Chiapas, il semble qu’il y a une avancée possible. Comme vous le disiez, la présence de sympathisants est très importante. Ils peuvent dénoncer les menaces, être présents et signaler les abus de pouvoir de la part des caciques, des paramilitaires. Il s’agit aussi d’attirer l’attention de l’opinion publique pour que tous les regards ne soient pas braqués seulement sur le Chiapas. Partout où il y a une injustice, il faut la dénoncer.
G : C’est ce que nous voudrions actuellement, puisque nous commençons a obtenir la confiance des gens. Avant, c’était terrible : dès qu’une organisation s’approchait de nous, le lendemain ils étaient menacés. Par exemple, les bureaux de la Ligue mexicaine des droits de l’homme ont été pillés parce que c’était les seuls à nous soutenir.

ML : Vous savez que le Mexique est considéré dans le monde comme une démocratie dans laquelle les droits de l’homme sont respectés.
G : Oui mais où est la vérité ? Nous avons vu à la télévision, nous avons lu dans les journaux la vérité du président Zedillo (2). Il affirme que la paix et la tranquillité règnent au Mexique, que nous vivons en démocratie. Mais pour nous qui manifestons ici, c’est la paix ? C’est la démocratie ? Vivre dans un lieu à la merci des intempéries où on ne peut pas dormir, où on ne peut pas se déplacer librement, ce n’est pas la démocratie. La paix et la démocratie n’existent que pour les familles des membres du gouvernement. Alors que les paysans souffrent jour et nuit dans leurs champs et dans la montagne, eux sont tranquillement dans leurs maisons.

ML : Avez-vous espoir que quelque chose change avec le gouvernement de Vicente Fox ?
G : Nous n’avons aucun espoir que quoi que ce soit change. Pour nous, c’est exactement la même chose, ils changent de costume, rien de plus. Ce sont les mêmes, ils ont les mêmes idées. Probablement va-t-il y avoir une répression encore plus forte envers les indigènes. Son discours n’est pas correct envers nous, cela va sûrement être encore pire.

Nous ne nous laisserons pas intimider par les menaces. Nous savons qu’il en coûtera beaucoup de travail mais nous allons continuer notre lutte. Nous ne nous arrêterons pas avant d’avoir obtenu la libération de nos proches, de meilleures conditions de vie dans les communautés, la démilitarisation de la région et l’annulation des 250 ordres d’appréhension. Notre objectif est de continuer la lutte, et les menaces peuvent continuer, nous n’en avons pas peur.

Entrevue réalisée le 7 août 2000 à Oaxaca par Stéphane Catherine et Séverine Grihault

Source

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1) « Planton» veut dire piquet de protestation. Suite aux arrestations, aux disparitions, au déplacement forcé de la population loxicha et en raison de nombreuses violations à leurs droits humains, les familles de la région loxicha, dont beaucoup de femmes qui avaient leurs maris en prison, décidèrent de tenir un piquet permanent, pendant quatre ans et demi, dans les couloirs du palais du gouvernement de la ville d’Oaxaca. Le piquet commença le 10 juin 1997. Actuellement, après le transfert, en juin 2013, des sept  compagnons de loxicha, de la prison d’Ixcotel vers celle de Mengolí de Morelos, Miahuatlán, dans l’État d’Oaxaca, les familles des prisonniers ont de nouveau installé un piquet de protestation au centre-ville d’Oaxaca, comme il y a 17 ans.

2) Ernesto Zedillo, ancien président mexicain qui « gouverna » le pays de 1994 à 2000, est arrivé au pouvoir au milieu d’une crise politique à l’intérieur de son propre parti, le PRI. En 1993, il avait été nommé directeur de campagne de Luis Donaldo Colosio, le candidat officiel du PRI à la présidence. Quand ce dernier fut assassiné en mars 1994, le président Carlos Salinas choisit Ernesto Zedillo pour le remplacer. Ernesto Zedillo se lança dans la campagne et finit par être élu le 21 août 1994. Arrivé au pouvoir au milieu d’un flaque de sang, il a été également accusé par de nombreuses organisations et centres de droits de l’homme d’être pleinement responsable, par action et omission du massacre d’Acteal, perpétré durant sa présidence : le 22 décembre 1997, 45 Indiens Tzotzil, dont des enfants, furent massacrés par des paramilitaires dans le village d’Acteal, au Chiapas, au sud du Mexique.

En 2000 Zedillo quitte le pouvoir et part vivre aux Etats-Unis. En 2011 une accusation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité est déposée contre lui auprès d’une Cour du Connecticut. Cependant, le 7 septembre 2012, les autorités américaines lui accordent l’immunité diplomatique. Ernesto Zedillo est aujourd’hui professeur en études internationales à Yale aux Etats-Unis.

– Citations ajoutées le 27 octobre 2013 par Liberonsles.

Références : Ernesto Zedillo et les années noires du Chiapas

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