Femmes dénonçant le cas Atenco

Neuf ans après la répression à Texcoco et à San Salvador Atenco

atnomas

Communiqué de la Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle, 9 ans après la répression à Texcoco et à San Salvador Atenco*

Nous n’oublions pas la répression des 3 et 4 mai 2006, à Texcoco et San Salvador Atenco. Elle a constitué un châtiment exemplaire, toute sa brutalité déversée sur nos corps, les fibres les plus sensibles de notre être ont été touchées et ensuite, exhibées.

La solidarité a été le prétexte utilisé par l’État pour assiéger, frapper, perquisitionner des domiciles, assassiner et torturer. Ce fut un acte de guerre contre l’Autre Campagne [aujourd’hui la sexta], ils ont essayé, par la terreur, de nous annuler, nous réduire, nous démobiliser.

La réponse a été merveilleuse, une vague de solidarité a réussi à rompre le siège policier à San Salvador Atenco, une campagne nationale et internationale a commencé, où des milliers et des milliers d’adhérents à la Sexta [nationale] et la Zezta Internationale ont obtenu la libération de ceux et celles qui avaient été emprisonné-e-s : L’alerte rouge lancée par l’EZLN [Armée Zapatiste de Libération Nationale] et son appel à mobilisations, les blocages des routes et les actions dispersées réalisées de part et d’autre du pays et du monde, le piquet de protestation [aux environs de la prison], les gardes, le barco**, les concerts solidaires, les cris depuis l’autre côté du mur de la prison. Tout cela, a été l’effort et le fruit de la solidarité et de l’organisation de nous tous et toutes qui sommes la Sexta et des gens solidaires d’en bas.

La violence est inhérente au capitalisme et à l’État, comme un binôme du système d’exploitation et de domination. Évidemment cette dernière n’est pas nouvelle, cependant à présent nous pouvons voir comment elle s’aggrave, s’approfondit et se socialise, ce qui plonge la société dans l’incertitude, la peur et la paralysie.

Il est de plus en plus évident que la répression est une pratique généralisée dans ce pays, nous avons vu avec horreur comment la politique d’en haut a annoncé une guerre contre le trafic de drogues, pour, dans les faits, la diriger contre la société, contre les gens d’en bas : des milliers de personnes ont été assassinées; et de la même manière le crime fait aux femmes s’est déployé ; d’autres femmes et d’autres hommes, aussi par milliers, ont disparu ; beaucoup d’autres personnes ont été le bouc émissaire qui remplit les prisons, grâce aux déclarations auto-inculpatoires arrachées par les corps policiers et militaires après de terribles séances de torture au cours desquelles la torture sexuelle apparaît de plus en plus comme une pratique généralisée contre les femmes.

Il existe aussi, la répression sélective contre les résistances qui luttent contre ce système asphyxiant, prédateur de la vie. Nos frères et soeurs bases d’appui Zapatiste ont été la cible d’une guerre ouverte et de plus en plus hostile et violente de la part de groupes paramilitaires, ce sont des attaques systématiques contre la construction de l’autonomie des communautés Zapatistes. C’est le système de la domination qui, à travers de la CIOAC Historique**, a perpétrée le terrible crime; frapper, à coups de machette, torturer et assassiner le maître [votan] zapatiste Galeano.

La nuit du 26 au 27 septembre jusqu’à l’aube a été terrible pour les normaliens d’Ayotzinapa, avec le meurtre de 6 personnes, dont trois normaliens, les 43 étudiants disparus, en plus d’un autre étudiant dans le coma. Dans la même logique pour générer la terreur, on comprend la brutalité exercée contre Julio César Mondragón.

Les stratégies de contrôle social sont dessinées minutieusement : Selon la cible , selon le dommage qu’elles essaient de provoquer, selon la réaction qu’elles attendent. L’État se prépare et affute son coup. Certaines fois c’est à travers les forces policières et militaires que la violence est exercée, d’autres fois, à travers des groupes paramilitaires ou par le biais du trafic de stupéfiants.

Nous, en 2008, quand nous avons entamé ce cheminement collectif, nous avons pensé qu’il était et continue d’être vital, de caractériser la répression, décortiquer ses objectifs, comprendre les stratégies et les méthodes utilisées pour briser les personnes et les collectivités ; comment constituer une communauté ? comment fortifier l’organisation ? Élaborer des stratégies de confrontation tous et toutes, ensemble. Notre pari – le pourquoi de notre travail – c’est de nous organiser contre ce rouage du Capitalisme qu’est la répression.

Ils nous répriment pour nous briser, mais ensemble hommes et femmes nous nous reconstruisons.

Faire appel à la mémoire, cette proposition n’est pas des moindres, il s’agit de reconstruire notre histoire racontée par nous-même, recourir à la vérité, de comment les événements se sont passés, comment nous avons vécu, survécu, comment nous avons fait face au puissant. Ce sont des expériences collectives qui nous renforcent et qui nous rappellent que nous regardons le pouvoir en face et même avec la peur toujours là, même en étant petites, nous lui faisons face.

Neuf ans se sont écoulés et nous n’oublions pas, parce qu’aujourd’hui plus que jamais la répression est en vigueur. Nous ne pardonnons pas parce que le meurtre, la prison, la torture et la disparition continuent d’être le langage d’en haut. L’État affine sa stratégie : nous démobiliser par la violence n’a pas fonctionné. Maintenant il a recourt à la pression et aux menaces, ce ne sont plus les bêtes en uniforme qu’ils envoient, maintenant ce sont des hommes et femmes habillées avec des vêtements coûteux, avec de portefeuilles pleins de prébendes et de pots-de-vin, qui essaient de nous casser à travers la création de fonds et d’indemnisations.

Nous insistons : nous ne cédons pas devant les stratégies de l’État, nous continuons la lutte, nous continuons à parier sur une « autre réparation » celle qui reconstruit le tissu social, la confiance, la solidarité, celle qui évoque la mémoire et construit la vérité pour nous celles et ceux qui sommes en bas.

Solidarité et soutien mutuel
Mai 2015.

Campaña contra la represión política y la tortura sexual
[ Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle]

Source

Traduit par Les trois passants et Caracol Solidario

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*La Campagne contre la répression politique et la torture sexuelle est menée par des femmes qui ont été arrêtées lors des opérations du contrôle de population à Texcoco et à Atenco, le 3 et 4 mai 2006. Femmes qui ont survécu aux tortures à caractère sexuel et physique, telles que : les agressions, postures obligées pour un temps prolongé, et la prison. Depuis l’été 2008, ce groupe de femmes a commencé à travailler pour rendre visible les buts de la répression en abordant de manière franche et ouverte l’utilisation de la torture sexuelle comme instrument de contrôle social, utilisé couramment par la police et les militaires au Mexique.

[https://contralatorturasexual.wordpress.com/]

** Barco : [le colis], c’est l’expression utilisée pour passer solidairement les produits nécessaires en prison : savon, shampoing, papier toilette… Dans ce cas précis, les personnes du piquet de protestation qui se tenait à l’extérieur de la prison, faisaient le « barco », c’est à dire, faisaient passer le colis aux prisonnières avec les produits dont elles avaient besoin.

*** Le 2 mai 2014, la CIOAC-Historique [Centrale Indépendante des Ouvriers Agricoles et Paysans] organisation paramilitaire liée au Parti de la Révolution Démocratique (gauche) a attaqué le Caracol de La Realidad, l’un des cinq centres régionaux où siègent les Conseils de bon gouvernement zapatistes, le bilan de cette attaque a été la destruction d’une école et une clinique, plusieurs personnes blessées et l’assassinat du votan [maître] Galeano, l’un des responsables de la Petite école zapatiste (Escuelita) qui symbolise la nouvelle initiative zapatiste internationale et nationale

Voir aussi : Le Rapport de l’audience des Femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains.

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FotoMujeresAtencomuralCela fait déjà neuf ans que dans les rues de Texcoco et de San Salvador Atenco les 3 et 4 mai 2006, les trois niveaux de gouvernement avec l’aide des trois principaux partis politiques et l’ensemble de l’appareil de l’Etat mexicain ont déchaîné leur violence et leur brutalité par l’intermédiaire de leurs forces policières et judiciaires contre des hommes et des femmes qui défendaient le droit au travail, à la terre et à la solidarité avec ceux d’en bas. Une blessure incontestable du processus de construction du tissu de l’Autre Campagne (aujourd’hui la sexta) a été la violente répression du 3 et 4 mai 2006 à San Salvador Atenco. Bilan de la répression : Javier Cortés Santiago et Alexis Benhumea assassinés par la police, 207 personnes arrêtées dont de nombreux adhérents à la sexta.

Suite à ces faits, un groupe de femmes qui avait été détenues et torturées par l’État mexicain dans son ensemble, a décidé de porter plainte contre celui-ci pour la torture sexuelle qu’elles ont subi. Ces plaintes ont commencé au niveau national, où comme on pouvait s’y attendre, elles ont reçu pour toute réponse le silence et l’oubli. Ce qui a amené cette plainte à un niveau international tel que la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Durant ces neuf ans, elles ont fait avancer avec dignité cette plainte internationale, pour que soit jugé l’État mexicain, tout en mettant en évidence la nature du système capitaliste et de l’État lui-même.

Nous disons à nos compagnes : Mariana Selvas Gómez, Georgina Edith Rosales Gutiérrez, María Patricia Romero Hernández, Norma Aidé Jiménez Osorio, Claudia Hernández Martínez, Ana María Velasco Rodríguez, Yolanda Muñoz Diosdada, Cristina Sánchez Hernández, Patricia Linares, Suhelen Gabriela Cuevas Jaramillo et Bárbara Italia, que la lutte continue pour que la mémoire ne soit pas étouffée par le pouvoir de l’État et de ses institutions. Cette mémoire, c’est à nous de la nourrir, de la réfléchir, de l’entretenir -comme vous l’avez souligné à plusieurs reprises- pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli comme le souhaiterait l’État.

En solidarité, Les trois passants

estrellita

Rapport de l’audience des Femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains.

atenco

Compagnons et compagnes de la Sexta nationale et internationale
Compagnons et compagnes du Réseau contre la Répression et pour la solidarité
À tous et à toutes les compagnons et compagnes solidaires qui nous ont accompagnées dans cette lutte qui est à nous tous et toutes :

Au mois de mars dernier, nous nous sommes présentées à la Commission Inter américaine des Droits Humains (CIDH) pour donner notre témoignage, en affrontant la nombreuse délégation de l’État mexicain. Dans ce contexte, nous avons fait appel aux personnes solidaires pour qu’elles nous envoient des photos et des lettres de solidarité. La réponse a été très grande ; elle est venue de tous les coins du Mexique et de plus de 10 pays qui, à travers leurs actions, nous ont accompagnées. Aujourd’hui nous voulons vous informer du déroulement de cette audience ainsi que des événements qui vont suivre.

019bc5d33dccc9531c78434d586e08fe_LLe 14 mars 2013, à Washington, a eu lieu au siège de la Commission Inter-américaine des Droits Humains l’audience publique du témoignage concernant le cas #12 846 « Mariana Selvas Gómez et les autres compagnes » contre l’État mexicain. Il portait sur les actes de torture physique et sexuelle, les arrestations arbitraires et les autres graves violations aux Droits Humains commises par des fonctionnaires d’État à l’encontre des 11 femmes plaignantes, et perpétrées durant les opérations policières qui ont eu lieu à Texcoco et San Salvador Atenco, État du Mexico, en mai 2006.

Cette audience s’est déroulée en trois parties. La première était un témoignage de notre compagne Italia Méndez, plaignante, représentant les 11 femmes qui portent plainte. La deuxième concernait les plaidoiries de nos avocates représentées par Alejandra Nuño et Stephanie Erin Brewer, du Centre pour la Justice et le Droit international CEJIL, et du Centre de Droits de l’homme Agustín Pro Juárez.

La troisième partie était la plaidoirie de l’État mexicain, représenté par Lía Limón, sous-secrétaire des Affaires Juridiques et des Droits Humains du Ministère de l’intérieur (SEGOB) du Gouvernement du Mexique, et par Juan Manuel Gómez Robledo Verduzco, sous-secrétaire des Affaires Multilatérales et des Droits Humains du Ministère des relations extérieures du Mexique (SRE). Ces deux représentants ont signalé qu’ils avaient l’intention de s’excuser et ont demandé à la commission son intervention pour trouver une sortie alternative ou « amicale », en exigeant le droit d’offrir cette alternative et, ainsi, passant outre notre droit en tant que plaignantes d’obtenir justice, vérité, mémoire et réparation.

Mujeres-de-Atenco-450x331Par une lettre, signée par toutes les femmes plaignantes de ce cas, qui a été lue à voix haute par Italia Méndez, nous avons informé la commission que « Nous ne voyons pas de possibilité et ce n’est pas notre désir d’explorer une solution amicale. En effet, l’État a démontré pendant plus de six ans son incapacité à répondre à nos demandes de vérité et de justice, non seulement parce que les seules actions qu’il ait menées visaient notre dénonciation au niveau inter-américain et international, mais aussi parce qu’il continue de répandre une fausse information sur ce qui s’est passé à Atenco et sur la recherche de justice. En effet, la position de l’État est qu’il a déjà permis un accès à la justice, alors que dans les faits ce cas est resté impuni. C’est pourquoi nous ne pouvons pas attendre de progrès de la part de l’État : au contraire, l’accès plein à la justice que l’État aurait pu offrir dans un premier temps, serait, aujourd’hui au point où nous en sommes, pratiquement impossible à atteindre. »

L’audience s’est conclue avec l’intervention du Procureur de Justice de l’État de Mexico, qui a fait preuve de démagogie et a gaspillé les dernières minutes de l’audience en ne prononçant que des mots vides de sens qui ne transmettaient rien.

Nous demandons à la commission d’émettre son rapport de fond rapidement.

1 IMG_2874 Mujeres de Atenco_Cesar MartinezAlors que ce litige international suit son cours, au Mexique un processus pénal est mené contre deux policiers qui seraient supposément les responsables du transfert vers la prison de Santiaguito, transfert durant lequel de nombreux actes de torture ont eu lieu. Ce procès réveille de nouveaux soupçons quant à la simulation de l’État dans ses investigations, puisque les ordres d’arrestation ont été émis dans le contexte d’une enquête réalisée par le Comité pour l’Élimination de la Discrimination de la Femme (CEDAW, son sigle en anglais) au niveau de l’État mexicain.

C’est à New York, la veille de sa rencontre avec le CEDAW, que l’État Mexicain a publiquement annoncé, que des ordres d’arrestation avaient été émis contre trois policiers et qu’à l’heure de la comparution, il avait déjà arrêté deux policiers et qu’un troisième était décédé.

FotoMujeresAtencomuralMaintenant, nous savons que bientôt nous serons appelées à nous présenter à une confrontation avec les policiers inculpés, ce qui est très dur pour nous, puisque nous connaissons les pratiques de victimisation de la part des autorités. Nous ne refuserons pas de participer à ce procès, nous irons et soutiendrons le regard et donnerons notre témoignage, parce qu’il y a 7 ans, nous avons décidé de ne pas accepter l’impunité, le silence et l’oubli.

Nous vous lançons à nouveau un appel à rester attentifs/ves, à nous accompagner et à prononcer votre solidarité en ce moment difficile et douloureux.

C’est par la solidarité et le soutien mutuel que nous avons réussi à cheminer jusqu’à maintenant. La dénonciation sociale que nous avons fait avancer depuis 2006 a donné des fruits extraordinaires dans la construction de la vérité et de la mémoire. Nous continuerons en avant d’un pas ferme parce que nous marchons coude à coude avec vous.

Contre la répression politique !
Contre la torture sexuelle !

Femmes dénonçant le cas Atenco

Source

Traduit par les trois passants et Valérie.

estrellita

Lettre de Mariana Selvas envoyée dans le cadre de la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier-e-s au transfo

mariana selvas « Que la douleur n’éteigne pas la rage
que la joie ne désarme pas mon amour
que les assassins du peuple avalent
leurs molaires canines et incisives
et se mordent judicieusement le foie
que les barreaux des cellules
se transforment en sucre ou se courbent de pitié
et que mes frères puissent faire à nouveau
l’amour et la révolution »
Mario Benedetti, Homme qui regarde le ciel

Cette lettre est adressée, non à tout le monde indifféremment, mais aux personnes qui cassent les frontières géographiques et temporelles, à celles qui parlent la langue de la révolte et dans la poitrine desquelles palpitent la rage, l’amour et la dignité.

Cette lettre vous est adressée, à vous compagnes et compagnons, avec qui jour après jour nous faisons oeuvre révolutionnaire en questionnant tout pour construire ensemble un monde où la LIBERTÉ pourra exister.

Liberté, soeur splendide comme dirait la chanson, muse de poèmes et de chansons, de luttes et d’insomnies… Mais qu’est-ce que la liberté ?

Il y a quelques années j’ai perdu la liberté à cause de la répression politique. Ils m’ont inventé des délits et m’ont mise en prison, comme ils l’ont dit – « tu restes privé de liberté » – et je questionnais ce fait.

Existe-t-il réellement un espace construit de murs et de barreaux qui nous prive de la liberté ?

En vérité, le seul fait d’être en cellule signifiait-il que je n’étais plus libre ?

Et ceux qui sont hors de ces lieux sont-ils libres ?

Beaucoup de questions me venaient à l’esprit et ce mot tournait, sautait, criait tout le temps dans ma tête : liberté, liberté, liberté…

Qu’est-ce que la liberté ?

En parlant avec mes compagnes prisonnières je me suis rendu compte que chacune de nous avait une image différente de ce que ce petit mot signifiait. Pour quelques-unes la liberté était tout simplement le fait d’être en-dehors de la prison.

Pour d’autres la liberté était de pouvoir rester chez elles avec leurs familles respectives.

Il y avait des compagnes pour qui la liberté s’exprime dans les différentes façons de vivre la vie.

Enfin, chacune de nous mettait une brique à cette construction collective qui prenait peu à peu une forme. Réfléchir ensemble nous rendait « libres », allégeait l’oppression qui pesait sur nous et nous faisait nous sentir heureuses. Cela nous donnait la force nécessaire pour continuer de résister au passage du temps.

Le soutien venu de l’extérieur a réussi à démasquer l’État répressif et de cette façon et grâce à ça, je suis sortie de prison.

J’étais en « liberté » comme ils le disaient – « vous êtes en liberté » -, mais je ne me sentais pas libre, je marchais dans les rues et je ne voyais pas la liberté, nulle part. J’arrivais à la maison et l’énorme peur m’envahissait à tout moment, elle voyageait et je me sentais attachée.

Encore et encore les mêmes questions revenaient : sommes-nous libres ?

Suis-je libre en sachant que nous vivons attachés, menottés, opprimés, exploités ?

La liberté existe-t-elle dans un monde où il n’y a pas de justice, où on nous répriment à tout moment ?

Cette lettre n’a pas pour but de donner la réponse à ces questions, elle voudrait seulement partager certaines des inquiétudes qui nous furent communes, à mes compagnes et moi.

Je ne sais toujours pas ce qu’est ou qui est la LIBERTÉ, je ne sais comment elle se ressent, ou si elle a une forme ou une odeur et quelles sont ses couleurs.

À quoi rêvera la LIBERTÉ ?

Ce que je sais c’est qu’elle sera belle, et j’espère qu’avec mes compagnes et compagnons nous arriverons à la connaître ou à la construire.

C’est pour cela que cette lettre vous est adressée à vous, compagnons et compagnes de coeur rebelle et digne, c’est un remerciement pour ce chemin parcouru ensemble et l’espérance du grand monde que nous sommes en train de construire.

Je vous embrasse très fort.

Votre compagne Mariana Selvas

Note :
Lettre envoyée pour la journée du samedi 20 avril 2013, dans le cadre de la semaine internationale de solidarité avec les prisonnier-e-s qui a eu lieu au Transfo à Paris. Mariana Selvas est adhérente à la sixième déclaration zapatiste, elle a été arrêtée le 4 mai 2006 à San Salvador Atenco, dans l’État de Mexico. Pendant le trajet jusqu’à la prison elle a été tabassée, menacée de mort et elle a subi des agressions sexuelles par des membres de la police de l’État. Elle a participé avec 10 autres compagnes -ayant vécu la torture sexuelle à Atenco- au projet de lutte et de reconstruction, appelé « Mirada Sostenida » Regard soutenu.

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Et la lutte continue !

Traduit par les trois passants et Valérie.

estrellita

Femmes du cas Atenco : Ni oubli ni pardon !

noperdonCas Atenco : l’État Mexicain toujours méprisable, lâche et mensonger… toujours démonstratif de l’excès de pouvoir dont il est bénéficiaire.

Cela fait déjà sept ans que dans les rues de Texcoco et de San Salvador Atenco les 3 et 4 mai 2006, les trois niveaux de gouvernement avec l’aide des trois principaux partis politiques et l’ensemble de l’appareil de l’Etat mexicain ont déchaîné leur violence et leur brutalité par l’intermédiaire de leurs forces policières et judiciaires contre des hommes et des femmes qui défendaient le droit au travail et à la solidarité avec ceux d’en bas. Suite à ces faits, un groupe de femmes qui avait été détenues et torturées par l’État mexicain dans son ensemble, a décidé de porter plainte contre celui-ci pour la torture sexuelle qu’elles ont subi. Ces plaintes ont commencé au niveau national, où comme on pouvait s’y attendre, elles ont reçu pour toute réponse le silence et l’oubli. Ce qui a amené cette plainte à un niveau international tel que la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Durant ces sept ans, elles ont fait avancer avec dignité cette plainte internationale, pour que soit jugé l’État mexicain.(1)

Le jeudi 14 mars 2013, Italia Mendez a exposé son cas et présenté ceux des onze compagnes dénonçantes devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains à Washington. Ces onze compagnes ont décidé avec rage et dignité de continuer la lutte et la dénonciation de l’attaque perpétrée à Atenco par l’État Mexicain.

Pour elles, il est clair que l’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social qui non seulement affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais aussi les collectifs, les organisations et la société. Depuis l’opération policière à Atenco en 2006 et durant l’exposition du cas Atenco à Washington ce 14 mars 2013, l’État continue de nier qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement en raison d’une stratégie étatique. Il continue à déclarer avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État de Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par des policiers qui ont agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression. (2)

Suite à la réunion des femmes survivantes du cas Atenco à la CIDH à Washington, représentées d’une part par Italia Mendez et leurs accompagnateurs du centre de droits humains « Prodh » et d’autre part par les représentants de l’Etat Mexicain – Andrés Díaz Fernández, membre de l’équipe de défense du Centre Prodh a déclaré que « le fait pour l’État Mexicain de présenter aux femmes du cas Atenco une « solution amicale » représentait la dernière carte qui pouvait être jouée par l’État afin d’éviter un examen par la Cour et en même temps, cela représentait une maniéré d’atténuer le cas Atenco partout dans le monde. Il est clair que par cette proposition, l’intention de l’État était de minimiser le niveau des violations graves aux droits humains à San Salvador Atenco ».(3)

Bref, l’État Mexicain a tenté en vain durant l’audience publique à la CIDH par l’intermédiaire de sa représentante Lía Limón García, sous-secrétaire aux Affaires Juridiques et aux Droits Humains, de négocier une « solution amicale » avec les onze femmes qui ont été agressées sexuellement pendant l’opération policière de 2006 à Atenco et qui portent plainte, afin d’éviter une sanction éventuelle de la Cour Interamericaine des Droits Humains (CoIDH). Ce que les femmes d’Atenco ont instantanément refusé.

Bárbara Italia Méndez Moreno – représentante des onze femmes qui ont été agressées sexuellement- a donné lecture d’une lettre écrite par celles-ci, devant les magistrats Tracy Robinson, Rosa Maria Ortiz et Rodrigo Escobar (ce dernier étant le rapporteur auprès de la CIDH pour le Mexique ), les représentants de l’État mexicain, les avocats des victimes – du Centre de Droits de l’homme Agustín Pro Juárez (le Centre Prodh) et du Centre pour la Justice et le Droit international (CEJIL) – ainsi que devant des dizaines de personnes qui se sont rendues à l’audience :

« Nous ne voyons pas de possibilité et ce n’est pas notre désir d’explorer une solution amicale, puisque l’État a démontré pendant plus de six ans, non seulement son incapacité à répondre à nos demandes de vérité et de justice, principalement parce que les seules actions qu’il ait menées visaient notre dénonciation à niveau inter-américain et international, mais aussi parce qu’il continue de répandre une fausse information sur ce qui s’est passé à Atenco et sur la recherche de justice. » (4)

Dans cette missive adressée au mexicain Emilio Álvarez Icaza secrétaire exécutif de la CIDH, les onze femmes qui soutiennent le cas, enregistré sous la référence 12.486, ont sollicité le rapport de fond, à fin d’initier un litige au tribunal inter-américain.

D’autre part, Barbara Italia a rappelé pendant la lecture de la lettre que « l’État avait eu l’opportunité dès 2006 de démontrer une volonté politique à fin d’enquêter et sanctionner les violations commises » Le texte envoyé à la CIDH le 8 mars dernier a été signé par Mariana Selvas Gómez, Georgina Edith Rosales Gutiérrez, María Patricia Romero Hernández, Norma Aidé Jiménez Osorio, Claudia Hernández Martínez, Ana María Velasco Rodríguez, Yolanda Muñoz Diosdada, Cristina Sánchez Hernández, Patricia Linares, Suhelen Gabriela Cuevas Jaramillo et Bárbara Italia.

Et le combat continue…

« Après six ans de résistance nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes, mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la judiciarisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions (…)Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté. »(5)

Nous disons à nos compagnes que la lutte continue pour que la mémoire ne soit pas étouffée par le pouvoir de l’État et de ses institutions. Cette mémoire, c’est à nous de la nourrir, de la réfléchir, de l’entretenir pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli comme le souhaiterait l’État.

Par les trois passants
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(1) Déclaration de solidarité avec les femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Réseau contre la Répression et pour la Solidarité (RvsR)
(2) À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser » Article écrit en 2012, par Barbara Italia Mendez
(3) Atenco, ni perdón ni arreglo “amistoso”. Revista Proceso 18/Mar/2013 por Gloria Leticia Díaz
(4) Ibid
(5) Op cit : À Atenco : Nous ne pourrons …par Barbara Italia Mendez

estrellita

Déclaration de solidarité avec les femmes dénonçant le cas Atenco

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Déclaration de solidarité avec les femmes dénonçant le cas Atenco devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains

Cela fait déjà sept ans que dans les rues de Texcoco et de San Salvador Atenco les 3 et 4 mai 2006, les trois niveaux de gouvernement* avec l’aide des trois principaux partis politiques et l’ensemble de l’appareil de l’Etat mexicain ont déchaîné leur violence et leur brutalité par l’intermédiaire de leurs forces policières et judiciaires contre des hommes et des femmes qui défendaient le droit au travail et à la solidarité avec ceux d’en bas.

Durant les opérations qui ont eu lieu ces jours-là, 207 personnes ont été faites prisonnières. Elles ont été soumises violemment, torturées physiquement, sexuellement et psychologiquement durant leur trajet vers la prison de Santiaguito et la Palma. Puis elles ont été soumises à des procédures judiciaires durant des années, à l’intérieur et à l’extérieur de la prison.

Durant ces jours, la solidarité d’en bas et à gauche s’est levée dans tout le Mexique, de la dignité rebelle du sud-est mexicain, jusqu’à la douloureuse frontière nord du pays. Elle s’est soulevée au-delà de nos frontières, tout autour du globe. Cette solidarité, cette douleur et cette rage qui naissent d’en bas font que nous n’oublions pas ces jours, cette violence, cette torture, cette prison. Nous n’oublions pas la stupidité inhérente à l’État et sa violence. Nous n’oublions pas non plus la dignité qui l’a affronté, la dignité qui s’est levée depuis ces prisons. Nous, d’en bas et à gauche, nous n’oublions pas ces jours, nous n’oublions pas cette violence, nous n’oublions ni cette solidarité, ni cette dignité.

Suite à ces faits, à cette répression, un groupe de femmes qui avait été détenues et torturées par l’État mexicain dans son ensemble, a décidé de porter plainte contre celui-ci pour la torture sexuelle qu’elles ont subi. Ces plaintes ont commencé au niveau national, où comme on pouvait s’y attendre, elles ont reçu pour toute réponse le silence et l’oubli. Ce qui a amené cette plainte à un niveau international tel que la Commission Inter-américaine des Droits Humains. Durant ces sept ans, elles ont fait avancer avec dignité cette plainte internationale, pour que soit jugé l’État mexicain, tout en mettant en évidence la nature du système capitaliste et de l’État lui-même.

Le jeudi 14 mars 2013, les compagnes vont comparaître au cours d’une audience devant la Commission Inter-américaine des Droits Humains. C’est pour cela que nous levons nos voix, notre solidarité avec elles et leur dignité. Nous leur disons qu’elles ne sont pas seules dans cette lutte contre l’oubli que l’État veut imposer sur sa violence et sa torture. Nous leurs disons que nous sommes avec elles, peu importe où nous nous trouvons. Toute notre solidarité se soulève pour vous, pour vous accompagner dans cette lutte que vous avez entreprise.

Les femmes qui portent plainte devant la CIDH ont clairement dit que le but de cette lutte est de réussir à réparer leurs vies et que cette réparation, elles le savent, ne se limite pas aux espaces juridiques, mais qu’elle se construit, se répare depuis en bas et à gauche, en reprenant leur vie et en disant clairement que la violence de l’État n’a pas réussi à les rompre ; qu’avec leurs collectifs, leurs organisations, elles ont marché et se sont fortifiées, non sur la base des lois, mais sur la base de la solidarité et de la dignité qui naît tout en bas.

Dans ce sens, nous lançons un appel aux collectifs, organisations, familles, peuples et individus à vous prononcer publiquement par tous les moyens possibles à votre disposition, en solidarité avec les femmes qui portent plainte devant la CIDH pour le cas Atenco, qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules, que nous sommes à leurs côtés, comme nous l’avons été durant ces années et que nous serons avec elles durant cette audience et que nous continuerons à être là, avec toute la solidarité et la dignité qui nous réunissent.

Vive les femmes qui luttent pour la justice !

Vive la dignité rebelle des femmes !

Contre l’oubli, la mémoire !

Contre le pillage et la répression : la solidarité !

Red contra la Represión y por la Solidaridad (RvsR)

*Le Mexique est un État fédéral, les trois niveaux de gouvernement sont le niveau municipal, le niveau de l’État et le niveau fédéral.

Traduit par Les trois passants

Merci à Val pour les corrections

libertad_sin_prejuicioVoir aussi le rapport : MEXIQUE. Craintes pour la sécurité de Bárbara Italia Méndez, ici

Témoignages de femmes victimes de tortures et de violences sexuelles à San Salvador Atenco (vidéo en espagnol)

À Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser »

barmarÀ Atenco : « Nous ne pourrons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser ».

Italia Méndez*

« Plan d’une extermination : écraser l’herbe, arracher tout, depuis la racine jusqu’à la dernière plante vivante, arroser la terre avec du sel. Après, tuer la mémoire de l’herbe. Pour coloniser les consciences, pour les supprimer ; pour les supprimer, les vider du passé. Annihiler tout témoignage qui rappelle que dans la contrée il y a eu autre chose que du silence, des prisons et des tombes. Il est interdit de s’en souvenir… » Eduardo Galeano

Mexico. En 2002, avec le soutien d’organisations et de collectifs, le Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT) a réussi à arrêter le projet économique le plus ambitieux du mandat de Vicente Fox Quesada, alors président du Mexique : la construction du nouvel aéroport international de Mexico qui s’étendait sur 4.550 hectares de terres de culture confisquées par le gouvernement fédéral sur le terrain communal de San Salvador Atenco, moyennant une indemnisation de sept pesos (moins d’un euro) par mètre carré.

La lutte des paysans du FPDT est devenue un exemple d’organisation et, surtout, de victoire. La légitimité de leur combat, leur capacité d’organisation et la solidarité nationale et internationale ont été les éléments clefs qui ont permis d’arrêter non seulement l’État et tous ses appareils, mais aussi le capital, puisque des centaines d’entreprises se frottaient déjà les mains en espérant obtenir de grands bénéfices du pillage des biens communaux.

En 2006 naît l’Autre Campagne, un mouvement national rassemblant des milliers de personnes adhérentes à la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Sur tout le territoire national, elle émerge comme un mode d’organisation qui doit constituer une alternative à la logique électorale des candidats alors engagés dans la campagne. Elle se dresse, provocante et dangereuse pour le pouvoir.

C’est dans ce contexte que, les 3 et 4 mai 2006, le terrorisme d’Etat s’est abattu à Texcoco et à San Salvador Atenco. Par la répression politique, le sang et la prison, le pouvoir a décidé de mettre fin au cheminement de l’Autre Campagne. Tout a commencé par un conflit ciblé entre de petits producteurs de fleurs et de légumes et les autorités municipales de Texcoco : celles-ci niaient le juste droit des premiers à travailler en commercialisant leurs productions sur la voie publique. Le FPDT, toujours solidaire des autres luttes, accompagnait les producteurs et jouait le rôle d’interlocuteur.

alexisbenhumeaBilan de la répression : Javier Cortés Santiago et Alexis Benhumea assassinés par la police, 207 personnes torturées et emprisonnées, des centaines de perquisitions, cinq personnes d’autres pays – survivantes de la répression – expulsées, la persécution politique et judiciaire des membres du FPDT, l’utilisation de la torture sexuelle contre nous, les femmes détenues. La classe politique dans sa totalité a légitimé les faits de diverses manières, il y a eu des applaudissements retentissants et des silences complices.

La répression politique a pour but très concret la désarticulation, par la terreur, de toute organisation qui s’oppose aux intérêts de l’État et au pouvoir économique. L’objectif principal est d’empêcher les personnes d’identifier les buts que poursuit la répression, afin d’annuler leur capacité de défense et de confrontation.

L’utilisation de la torture sexuelle est un outil de contrôle social si puissant que non seulement il affecte d’une manière directe les femmes survivantes, mais il a aussi des répercussions sur la famille, les collectifs ou les organisations et, naturellement, sur la société. Depuis l’opération policière à Atenco, l’État a nié qu’il y ait eu des femmes torturées sexuellement. Face à des preuves irréfutables, il a déclaré avec insistance que ce qui était arrivé aux femmes sur le parcours vers la prison de Santiaguito, à Toluca, État du Mexico, était le fait d’actes isolés, accomplis par une paire de policiers nerveux et qui avaient agi de leur propre chef. Or, il s’agit en réalité d’une stratégie délibérée à l’encontre des femmes, qui a été employée pendant les deux jours qu’a duré la répression.

La préméditation, l’intentionnalité et l’impunité prouvent que cette atteinte au corps des femmes, mise en œuvre à des moments très précis, vise à envoyer un message brutal à l’« ennemi » en répandant le sentiment de culpabilité, la stigmatisation et la peur.

mujeres-de-atenco-6to-anivDans notre expérience, l’appui mutuel nous a permis de mettre en évidence les buts et les principes de la torture sexuelle. Lorsque nous nous sommes retrouvées toutes ensemble dans la prison de Santiaguito, plusieurs d’entre nous ont décidé d’écrire leur témoignage. Nous avons choisi de transformer la culpabilité et la honte en responsabilité et de désigner les coupables. La divulgation de l’atteinte à nos corps, de nos visages et de nos noms nous a permis de casser le silence. Nous savions que cela ne suffirait pas, mais c’étaient nos premiers pas dans un chemin si long et si sinueux qu’il ne pouvait être parcouru que collectivement.

Le rôle de la dénonciation sociale, tant en 2006 qu’aujourd’hui, a été fondamental. Lorsque nous étions isolées, nos moyens de communication étaient des morceaux de papier mais des centaines de voix ont été le haut-parleur de nos paroles et les récits d’horreur ont acquis une valeur réparatrice : l’innommable, l’inénarrable s’écoutait à haute voix, peu à peu se dissipait le tabou qui consiste à parler de quelque chose de si intime. La honte disparaissait. Nous avons refusé le rôle que les responsables nous avaient attribué et surmonté la culpabilité et la peur, à travers un accompagnement psychologique et un travail collectif.

Face à la répression, d’innombrables manifestations de protestation ont eu lieu, et de grands efforts organisationnels ont été réalisés en vue de la libération de prisonnières et de prisonniers. La peur était coûteuse en énergie et beaucoup de personnes ont renoncé à la participation politique, quelques groupes se sont désarticulés, le tissu social s’est déchiré. Intimider la société à travers le châtiment exemplaire de ceux et celles qui luttent : ce message avait été envoyé, renforcé encore par l’impunité des coupables, la dilution de leur responsabilité l’idée que « rien ne peut être fait face au pouvoir de l’État ».

Découvrir l’étendue de la répression a été réellement dévastateur. Comment recomposer le tissu social ? Comment combattre la peur ? Comment nous reconstruire ?

2011-11-09-104959Atenco.gifCertaines d’entre nous insistent sur la nécessité de mettre en évidence les instruments du contrôle social par l’État, et de multiplier les discussions autour de cette problématique. À cette fin, nous avons lancé depuis l’été 2008 « Une campagne contre la répression politique et la torture sexuelle », en cheminant main dans la main avec des organisations et des collectifs qui ouvraient leurs espaces à ces réflexions. Cette campagne vise à mettre au jour les conséquences de la répression, telles qu’elles ont été vécues sur le plan individuel et collectif.

Analyser avec distance les mécanismes répressifs nous permet de nous placer dans un rôle actif, et nous rend capables de leur faire face sans abandonner nos luttes et nos idéaux.

Ces mécanismes obéissent à des stratégies définies selon les effets que l’on cherche à provoquer dans la population, auprès des organisations et des individus. Ils ne sont pas furtifs et encore moins aléatoires. La répression à San Salvador Atenco n’a pas eu lieu par hasard : transformer un modèle d’organisation, de résistance et de victoire en symbole de mort, de torture et de prison, met en évidence l’intérêt du Pouvoir à déformer notre perception, arrêter à tout prix l’Autre Campagne et tatouer dans notre peau le message de la défaite.

Après six ans de résistance nous continuons à construire la mémoire collectivement, en cherchant une réparation, non seulement de nous-mêmes, mais aussi du tissu social, des organisations et des collectifs qui nous accompagnent. Nous réclamons justice, mais pas uniquement par la juridictionnalisation de notre cas à travers des instruments internationaux, puisque nous savons qu’il n’y a pas de justice à attendre des institutions.

Nous ne pouvons réparer ce qui est cassé que si nous continuons à nous organiser, en luttant pour l’autonomie et la liberté.

Aujourd’hui, comme il y a six ans, les hommes politiques lancent leurs campagnes électorales pleines de mensonges et de faux-semblants. Aujourd’hui, comme il y a six ans, nous insistons : notre lutte ne se borne pas aux formes politiques d’en haut, nous continuons notre chemin sans nous contenter du « moins pire ». L’idéal de liberté ne s’efface pas : malgré la répression, nous sommes toujours debout.

Italia_3-384x384* Bárbara Italia Méndez a été arrêtée le 4 mai 2006 au matin dans une maison de San Salvador Atenco, dans l’État de Mexico, où elle s’était réfugiée pour échapper à la police. Elle s’était rendue de Mexico à San Salvador Atenco après avoir appris qu’un mineur avait été tué et que des manifestations et des affrontements avec la police avaient eu lieu.
Selon son témoignage, des membres de la Policía Federal Preventiva (PFP, Police fédérale préventive) ont fait irruption dans la maison et l’ont arrêtée sans aucune explication. Les policiers lui ont tiré les cheveux, l’ont obligée à s’accroupir et l’ont rouée de coups ; elle a été blessée à la tête et présentait de multiples contusions. Son chemisier remonté sur la tête, elle a été ensuite contrainte de monter dans un véhicule de la police et de s’allonger sur d’autres détenus. Pendant le trajet jusqu’à la prison de Santiaguito près de Toluca, dans l’État de Mexico, elle a dû enlever ses vêtements, a été passée à tabac, menacée, a subi des agressions sexuelles et été violée à l’aide de différents objets par des membres de la police de l’État sous les encouragements de leurs collègues.

Traduit par les trois passants

Merci à Valérie pour les corrections

Source

Chronologie des faits

Le 22 octobre 2001, le gouvernement fédéral décrète l’expropriation de 11.500 hectares, parmi lesquels 5.400 sont des terres productives appartenant à Atenco, en offrant en compensation 7,20 pesos par mètre carré. Le projet était la construction du nouvel aéroport international de la ville de Mexico, violant ainsi les droits naturels et sociaux des communes à décider de l’usage d’un territoire qui leur a toujours appartenu.

Le Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT, Front communal en défense de la terre) s’est organisé et a décidé de défendre leur territoire.

Finalement, le 2 août 2002, le gouvernement se vit forcé d’abroger le décret d’expropriation qui n’avait jamais démontré son utilité publique et annula le projet d’aéroport.

5 avril 2006 : L’Autre Campagne passe par Atenco et le FPDT adhére à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

2 mai : Une table de négociation se tient au bureau du sous-procureur de l’État de Mexico avec les autorités de l’État au sujet du respect au droit du travail des fleuristes des villages de Texcoco. Ceux-ci avaient été violemment expulsés de leur marché quelques mois auparavant et avaient demandé l’aide du FPDT. Ce jour-là, un accord fut passé permettant la vente de fleurs pour les 3, 10 et 15 mai et ordonnant aux policiers gardant le marché de se retirer.

3 mai : À 5 heures du matin, les fleuristes accompagnés du FPDT se présentèrent au marché de Texcoco mais le gouvernement de l’État n’avait pas tenu parole. Ce furent des centaines de policiers qui provoquèrent des affrontements et arrêtèrent des membres du FPDT et des fleuristes.

4 mai : Le lendemain, ce furent 3 500 policiers puissamment armés qui envahirent Atenco. Ils réalisèrent des arrestations arbitraires et enlevèrent plus de 200 personnes dont des mineurs et des personnes âgées. Les gens arrêtés furent torturés et les femmes violées.

atenco22Bien des actions ont été menées pour libérer toutes et tous les prisonnières et prisonniers d’Atenco. Douze personnes étaient encore emprisonnées qui purgeant des peines qui vont de 31 ans, pour neuf d’entre elles, à 67 ans et 6 mois pour Felipe Alvarez Hernandez et Hector Galindo et jusqu’à 112 ans pour Ignacio del Valle, enfermés dans une prison de haute sécurité. Et il reste encore des personnes avec des mandats d’arrêt.

Après 4 ans et 1 mois de mobilisation populaire et de recours légaux, le mercredi 30 juin 2010 à 13h00 la Cour Suprême de Justice de la Nation a voté la liberation des 12 prisonniers du FPDT.

Jorge Alberto Ordóñez Romero, Román Adán Ordóñez Romero, Alejandro Pilón Zacate, Juan Carlos Estrada Cruces, Julio César Espinoza Ramos, Inés Rodolfo Cuellar Rivera, Edgar Eduardo Morales Reyes, Óscar Hernández Pacheco et Narciso Arellano Hernández ont été libérés le 30 juin 2010.

Ignacio del Valle Medina, Felipe Álvarez Hernández, Héctor Galindo Gochicoa ont été libérés le 1er juillet 2010.

2016 Le gouvernement continue sa pression sur les terres collectives d’Atenco et la lutte continue…

Exposition : ATENCO…Que s’est-il passé?

Beaucoup d’entre vous se souviennent sans doute de la lutte des paysans de San Salvador Atenco contre un projet d’implantation d’aéroport en 2001 et 2002, et, en représailles, de la répression sauvage qui, plusieurs années après, a frappé les habitants de cette petite ville du bassin de Mexico. L’opération de police coordonnée et déclenchée les 3 et 4 mai 2006 par les autorités conjointes de la municipalité, du gouvernement de l’État de Mexico et de l’État fédéral, s’est soldée par la mort de deux jeunes garçons, par de nombreux blessés, par le viol de plus de trente femmes lors de leur transfert en détention et par plus de 200 arrestations accompagnées d’actes de torture.

Exposition sur Atenco (Archive 2006)

FRONT COMMUNAL EN DÉFENSE DE LA TERRE
San Salvador Atenco, Mexique, mai 2010

(Quelques éléments du contexte historique)

Recevez un salut rebelle et fraternel, venu du centre de la République mexicaine, de la part des villages vivant sur les berges de l’ancienne lagune de Texcoco.

Qui sommes-nous ?

– Des peuples indigènes
– Semi-ruraux
– Nous sommes situés à environ 40 kilomètres de la ville de Mexico, à l’est de la ville de Mexico
– Notre commune est composée de cinq bourgs : Ixtapan, Nexquipayac, Acuexcomac, Atenco et Zapotlan ; et environ 40.000 habitant-es

Quelques éléments du contexte historique

Nous qui constituons le Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT, Front communal en défense de la terre) descendons des premiers habitants des terres de Texcoco, Atenco et Chimalhuacan. À une lointaine époque, nos ancêtres, qui faisaient partie des tribus Nahuatlacas, se sont établis sur les rives de ce qui était alors le lac de Texcoco. Par conséquent, nos communautés existent depuis longtemps avant que ces terres ne soient nommées « mexicaines » ou « américaines ».

Nos ancêtres furent vaincus, soumis à l’esclavage et dépossédés de ces territoires lors de la conquête coloniale espagnole. Jusqu’en 1910, où la révolution mexicaine, impulsée par Emiliano Zapata, vit le soulèvement des communes sous les bannières de « Terre et liberté » et « La terre à ceux qui la travaillent ». Le triomphe de la révolution permit de récupérer ces territoires. C’est alors que fut réalisée la distribution de terre aux peuples indigènes sous la forme agraire d' »ejido » qui établit que les terres sont communautaires, servent exclusivement à la culture, qu’elles sont invendables et qu’on peut les enlever à ceux qui ne les travaillent pas.

Ces derniers temps, ces terres servent à notre propre consommation. Elles produisent du maïs, des haricots, de la luzerne, des bettes, des épinards, des courges, etc.

Origine du conflit

Le 22 octobre 2001, le gouvernement fédéral décrète l’expropriation de 11.500 hectares, parmi lesquels 5.400 sont des terres productives appartenant à Atenco, en offrant en compensation 7,20 pesos par mètre carré. Le projet était la construction du nouvel aéroport international de la ville de Mexico, violant ainsi les droits naturels et sociaux de nos communes à décider de l’usage d’un territoire qui leur a toujours appartenu.

Cette expropriation violait également l’article 115 de la Constitution mexicaine qui reconnaît aux communes le droit de décision en ce qui concerne l’usage de leurs terrains.

Ajoutons que nous ne fûmes jamais informés ou consultés comme l’établit l’article 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui a été ratifié par le Mexique en tant que norme constitutionnelle et dont l’article 6 exprime que « ne seront pas imposés des processus de développements économiques, politiques qui affectent les vies, croyances, institutions ou bien-être ainsi que les terres de ceux qui les occupent ou les utilisent d’une manière ou d’une autre. »

Nous, FPDT, nous sommes organisés et avons décidé de défendre notre territoire.

Voici quelques-unes des raisons ayant motivé cette décision :

– Nous sommes les occupants originels de ces terres
– Nos terres et nos vies n’ont pas de prix. Leurs valeurs ne sont pas cotées sur le marché.
– La terre est notre identité
– Nous rejetons un progrès qui n’apporte que pauvreté au plus grand nombre, qui nie notre identité, qui se nourrit de l’expulsion et de la subordination du peuple.
– Il est hors de question de construire un aéroport sur l’ancien réservoir d’eau de Texcoco et sur nos terres car cela ne ferait qu’augmenter dramatiquement les déséquilibres écologiques de cette zone.
– L’aéroport détruirait les quelques lacs servant de refuge à une population d’oiseaux estimée entre 100.000 et 300.000 spécimens selon la saison.
– Les zones de réserve des nappes phréatiques seraient réduites, ce qui aurait comme conséquence de faire croître la pénurie d’eau, la salinité des terrains alentour et surtout d’augmenter les risques d’inondation de vastes zones du sud-est de la vallée de Mexico. Pratiquement, ça aurait fait disparaître une bonne partie des réserves d’eau locales.
– Ce projet n’aurait bénéficié qu’à des entreprises nationales ou multinationales qui suivaient un plan d’intégration économique dans toute l’Amérique centrale connu comme « Plan Puebla Panama » (ou Plan Mésoamérique) ainsi qu’aux intérêts du capital financier (FMI, Banque mondiale, etc.)
– Nous refusons l’aéroport car il n’est rien d’autre qu’une nouvelle formede conquête, une nouvelle invasion qui se cache derrière les noms de progrès et de modernité.

Nos manières de lutter

– Par le droit, la raison et la force de la parole (assemblée)
– Par la mobilisation sociale
– Par des marches et des manifestations publiques…
– Des meetings,
– Des forums d’information et d’alerte,
– Des tracts, affiches et posters,
– Des interventions dans les écoles, universités, places publiques, marchés…
– Des tournées dans tous les États de la République
– Par la musique, le théâtre, la danse…
– En mettant en avant le symbole de la défense de la terre : la machette qui représente le travail au champ, l’aliment qu’on en tire et qui exprime une culture respectant la terre, une culture bâtie autour du maïs, base de l’alimentation et de la vie collective.

Le triomphe

Dix mois de lutte acharnée en ont découlé. Pendant toute la période, nous fûmes copieusement réprimés et un de nos camarades, José Enrique Espinoza Juarez, fut assassiné. On nous a stigmatisés en nous traitant de violents, d’ignorants, d’ennemis du progrès et du développement national.

Et pourtant, la force du droit et de la raison, la solidarité nationale et internationale, les médias honnêtes et alternatifs et la force des convictions de nos gens mirent en déroute l’imposition de l’aéroport.
Finalement, le 2 août 2002, le gouvernement se vit forcé d’abroger le décret d’expropriation qui n’avait jamais démontré son utilité publique et annula le projet d’aéroport.

Nous avons mené une lutte sociale pacifique et n’avons jamais tiré de coups de feu ni tué quiconque.

La solidarité avec les autres luttes sociales du pays

La lutte pour défendre la terre nous a éveillés à la réalité de l’impact du néolibéralisme et de la mondialisation. C’est pourquoi nous avons choisi de rester unis et organisés, comme FPDT, afin d’améliorer les conditions de vie de nos communes et nous avons décidé d’être solidaires avec les luttes sociales de notre pays.

La vengeance du gouvernement : trahison et répression

Chronologie des faits qui ont marqué notre histoire :

– 25 avril 2006 : L’Autre Campagne passe par Atenco et nous adhérons à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone.

– 2 mai : Une table de négociation se tient au bureau du sous-procureur de l’État de Mexico avec les autorités de l’État au sujet du respect au droit du travail de nos frères fleuristes des villages de Texcoco. Ceux-ci avaient été violemment expulsés de leur marché quelques mois auparavant et avaient demandé l’aide du FPDT. Ce jour-là, un accord fut passé permettant la vente de fleurs pour les 3, 10 et 15 mai et ordonnant aux policiers gardant le marché de se retirer.

– 3 mai : À 5 heures du matin, les fleuristes accompagnés du FPDT se présentèrent au marché de Texcoco mais le gouvernement de l’État n’avait pas tenu parole. Ce furent des centaines de policiers qui provoquèrent des affrontements et arrêtèrent des membres du FPDT et des fleuristes. Pour riposter, nous avons bloqué un grand axe en exigeant que le gouvernement tienne parole et libère nos camarades. Sa réponse fut le silence et il envoya des centaines de policiers armés pour débloquer la route. Ceux-ci assassinèrent un adolescent de 14 ans, Javier Cortes Santiago, qui passait par là. La population arriva à stopper les policiers et à les mettre en fuite avec des pierres et des bâtons.

– 4 mai : Le lendemain, ce furent 3 500 policiers puissamment armés qui envahirent Atenco. Ils réalisèrent des arrestations arbitraires et enlevèrent plus de 200 personnes dont des mineurs et des personnes âgées.
Les gens arrêtés furent torturés et les femmes violées. Parmi les détenu-e-s se trouvaient cinq étrangèr-e-s qui vécurent ces terribles expériences.

Bien des actions ont été menées pour libérer toutes et tous les prisonnières et prisonniers d’Atenco.

2016 Le gouvernement continue sa pression sur les terres collectives d’Atenco et la lutte continue…

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