Prison Politique

Prisonnier-e-s et réfugié-e-s politiques, invité-e-s par l’EZLN à la petite école zapatiste.

escuelita zapatistaPrisonnier-e-s et réfugié-e-s politiques, invité-e-s par l’EZLN à la petite école zapatiste qui aura lieu pendant le mois d’août au Chiapas.

L’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) a fait savoir que parmi ses invités au cours sur la liberté selon les zapatistes, se trouvent de nombreux prisonniers et réfugies politiques, tels qu’Alberto Patishtán, Julian Assange, Leonard Peltier, Bradley Manning, les Pussy Riot, Mumia Abu Jamal et les cinq prisonniers cubains.

Dans un nouveau communiqué sur "les condisciples" de l’événement annoncé par L’EZLN, le Sous-commandant Marcos se dirige maintenant à tous les absents-présents à la petite école zapatiste qui aura lieu au mois d’août.

"En plus des mort-e-s et disparu-e-s qui ne seront pas là et y seront, nous accompagneront dans la petite école zapatiste les prisonnier-e-s politiques qui, par divers magouilles juridiques, se trouvent dans les prisons du monde ou en situation d’asile politique".

Le premier est Alberto Patishtán: "Condamné à 60 ans de prison, qui ce 19 juin aura passé 13 ans derrière des barreaux. Son délit : être mexicain, originaire du Chiapas, indigène, professeur et sympathisant zapatiste. Bien que son incarcération injuste ait été démontrée, les autorités judiciaires retardent sa libération. Selon les mots d’un fonctionnaire gouvernemental "si l’on libère Patishtán ce serait un mauvais signal : nous mettrions en évidence que le système judiciaire est une merde, et nous inciterions la lutte pour la liberté d’autres prisonniers. C’est quelque chose qui ne nous convient d’aucun point de vue. Mieux vaut attendre que se fatiguent tous ceux qui font du bruit avec ça. Mais ici, nous savons que le système judiciaire au Mexique est une merde et que celles et ceux qui luttent pour la liberté des prisonniers politiques ne se fatigueront… jamais".

Marcos explique qu’ont été invités, "parmi de nombreux autres, certains qui symbolisent non seulement l’idée absurde de prétendre enfermer la liberté, mais aussi, et surtout, la résistance digne et la persévérance de ceux qui ne sont pas vaincus par les geôliers, les murs et les barreaux".

Concernant Julian Paul Assange, réfugié politique, Marcos écrit : " Son délit : diffuser mondialement le pourrissement de la politique extérieure nord-américaine. Et pour ce qui est de Bradley Manning, soldat de première classe de l’armée nord-américaine, son délit : diffuser une vidéo où l’on voit, depuis un hélicoptère, des soldats ricains tuant des civils en Irak. Parmi les assassinés se trouvent deux journalistes. Il est aussi accusé d’avoir exfiltré des documents sur la barbarie états-unienne en Afghanistan et en Irak. La charge principale contre Manning, qui pourrait signifier sa mort, est celle « d’aider l’ennemi » c’est-à-dire aider à faire connaître la vérité".

Antonio Guerrero Rodríguez, Fernando González Llort, Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar et René González Sehwerert font partie des autres invités : " La patrie de ces cinq personnes est Cuba, premier territoire libre d’Amérique. Leur délit : avoir donné des informations sur les plans de groupes terroristes basés sur le territoire des États-Unis et d’avoir paradoxalement sauvé de nombreuses vies du pays qui les emprisonne et qui dit lutter contre le terrorisme".

Parmi les invités se trouvent également, les Russes Maria Alyójina, Yekaterina Stanislávovna Samutsévich y Nadezhda Tolokónnikova, membres du groupe de rock punk Pussy Riot. "Leur délit : dénoncer l’autoritarisme de Vladimir Poutine avec la complicité du haut clergé de l’église orthodoxe russe. Et cela « dans le pays qui se vante de s’être libéré de la « tyrannie communiste »".

Puis, dans l’invitation formelle faite à ces personnes, les sous-commandants Moisés et Marcos admettent : "Nous savons qu’il vous sera peut-être impossible de participer personnellement à cette occasion. Mais nous savons bien que le jour arrivera où les portes des prisons s’ouvriront pour celles et ceux qui, comme vous, ont été fait prisonniers et prisonnières par l’injustice devenue gouvernement. Et ces mêmes portes resteront ouvertes suffisamment pour que par elles entrent les banquiers et leurs serviteurs. Quoi qu’il en soit, ici, nous attendons, tôt ou tard, votre participation. Car si notre détermination est la liberté, l’une de nos particularités est la patience".

San Cristóbal de las Casas, Chiapas., 20 juin 2013.
Par Hermann Bellinghausen, journal, La Jornada.

Traduit par les trois passants et Val

Voir le communiqué complet, intitulé LES CONDISCIPLES II. Il manque les… LES PRISONNIER-E-S POLITIQUES. Par les sous-commandants Moises et Marcos de l’EZLN

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Prison Politique :
"Le Chemin de la répression.
Notes pour une histoire de la persécution politique au Mexique".

Rapport élaboré par Gloria Arenas Agis et Eugenia Gutiérrez

Le 2 octobre 2008 a été présentée la première partie d’un rapport élaboré par les compañeras Gloria Arenas Agis et Eugenia Gutiérrez qui s’intitule “ Le Chemin de la répression. Notes pour une histoire de la persécution politique au Mexique”.

Cette première partie dont le titre est “La prison politique” contient un texte d’analyse sur les chemins et les formes de la répression. Ce texte est accompagné du recensement de 3507 cas d’emprisonnement politique durant ces 18 dernières années.

Les compañeras ont mis ce rapport à disposition du mouvement de « L’Autre Campagne » afin que chaque personne intéressée puisse le consulter, le copier, le reproduire, l’imprimer, le publier ou l’enrichir.

Vous pouvez également ici consulter et copier au format PDF autant le recensement que le document qui en fait l’analyse en espagnol ( nous travaillons actuellement sur la traduction en français du rapport complet).

https://liberonsles.files.wordpress.com/2012/01/la-ruta-de-la-represion-parte-i-prision-politica-2008.pdf

https://liberonsles.files.wordpress.com/2012/01/censo-prision-politica-en-mexico-2008.pdf

Voici un résumé du rapport:

Le gouvernement du président Felipe Calderón s’est caractérisé par la militarisation des principales régions indigènes du pays et par la continuité d’une politique de criminalisation des mouvements sociaux, qui au nom de la “paix sociale”, a justifié la violence de l’État et la répression. A l’audit “biculturalisme néolibéral” qui a caractérisé l’administration de Vicente Fox (précédent président du Mexique) – à travers la récupération et la banalisation des demandes des peuples indigènes – est en train d’être substitué un néoconservatisme qui traite les indigènes organisés comme des délinquants ; et à la rhétorique à propos de la reconnaissance culturelle est substitué un discours développementiste contre la pauvreté.

La répression à l’encontre des mouvements sociaux au Mexique a une longue histoire, qui ne date pas des gouvernements PANistes, mais le phénomène dont nous sommes témoins avec cette administration, est celui de la légitimation de la criminalisation de la dissidence à travers des réformes judiciaires qui ont pour prétexte la lutte contre la délinquance. Ils établissent un cadre légal pour emprisonner et frapper le mouvement social.

La stratégie utilisée par le gouvernement contre les militants/activistes sociaux consiste en la fabrication d’accusations fédérales contre eux, telles que “obstruction des voix de communication”, “destruction de biens fédéraux” ou “séquestration aggravée”, afin que dans leur dossier n’apparaissent pas tel quel des accusations politiques. Cette stratégie a permis, autant à Vicente Fox qu’à Felipe Calderón, de déclarer à plusieurs reprises qu’au Mexique, il n’y a pas de “prisonniers politiques”. C’est pour cela que certains analystes, parmi eux Eugenia Gutiérrez et Gloria Arenas, préfèrent parler de “prison politique”, lorsqu’ils se réfèrent à tous ces cas où ce sont des raisons politiques qui ont entraîné l’emprisonnement d’hommes et de femmes, indépendamment des accusations dont ils ont fait l’objet.

Depuis la prison de Chiconautla, Gloria Arenas(1) s’est donné pour tâche de reconstruire ces cas et de faire un recensement partiel des victimes de la prison politique, afin de dénoncer les centaines de cas où les militants et militantes sociaux ont été victimes de l’appareil judiciaire au service du pouvoir.

Selon le recensement réalisé par elle et par Eugenia Gutiérrez (2), de 1992 à juin 2008, au moins 3364 personnes ont été emprisonnées parce qu’elles appartenaient au mouvement social. Elles reconnaissent que ce nombre peut être plus important, car elles ont uniquement pris en compte les cas répertoriés auxquels elles ont eu accès. Leur recensement montre qu’il y a eu au moins 228 femmes et 174 mineurs détenus (dont 28 sont des femmes).

Ces chiffres font référence aux activistes qui sont passés par la prison ; beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui libres, mais les vexations et les viols, dont beaucoup ont souffert, restent impunis. Dans les données présentées par les auteurs sur la prison politique sur les trois derniers sexenas (le mandat présidentiel au Mexique est de 6 ans), elles montrent que durant le gouvernement d’Ernesto Zedillo au moins 1205 personnes ont été emprisonnées, durant celui de Vicente Fox au moins 1576 ; et à mi-2008, le gouvernement de Felipe Calderon (élu en 2006) avait emprisonné au moins 337 activistes.

Parmi ces 337 activistes, se trouvent les dirigeants du Front des Villages pour la Défense de la Terre (FPDT) d’Atenco (3). Ils ont été emprisonnés par Vicente Fox, mais condamnés durant l’administration de Felipe Calderón.

L’impunité qui a prévalu dans le cas des violations des droits humains à Atenco, l’extrême violence sexuelle utilisée par les forces de polices a converti la répression contre les habitants d’Atenco en un symbole de l’antidémocratie au Mexique.

Bien qu’ils soient actuellement libres, les dirigeants paysans du FPDT (Ignacio del Valle, Felipe Álvarez et l’étudiant en droit de l’UNAM et assesseur légal du mouvement, Héctor Galindo) ont été condamnés en quelques instants à 67 ans de prison. Non content de cette peine à perpétuité, le 21 août 2008, le pouvoir a condamné Ignacio del Valle à 45 ans supplémentaires. Le même jour, Juan Carlos Estrada Romero, Óscar Hernández Pacheco, Narciso Arellano Hernández, Alejandro Pilón Zacate, Jorge Alberto y Román Adán Ordóñez Romero, Pedro Reyes Flores, Inés Rodolfo Cuéllar Rivera, Édgar Eduardo Morales Reyes et Julio César Espinoza Ramo ont été condamnés à 31 ans, 10 mois et 15 jours de prison.

Aujourd’hui, les principaux responsables des viols commis les 3 et 4 mai 2006 n’ont pas été jugés et les femmes victimes de ces violences sexuelles continuent d’attendre que justice soit faite. Les rapports remis aux organismes des droits humains semblent avoir été archivés. Peu de médias font référence à ces événements et le gouverneur de l’État de Mexico, Enrique Peña Nieto, semble avoir commencé sa campagne pour les présidentielles de 2012 avec des spots télé qui parlent de réussites, d’investissements. Il prétend grâce à cela cacher le bain de sang qu’il a fait couler à Atenco.

Dans le contexte actuel de ce gouvernement, la criminalisation des mouvements sociaux a été accompagnée de la militarisation et de la violence d’État, comme le démontre la répression violente contre les mouvements sociaux dans tout le pays et la guerre de basse intensité contre le mouvement zapatiste au Chiapas.

Gloria Arenas mentionne aussi “qu’il existe le mythe qui consiste à dire que la répression s’est abattue sur le mouvement armé, que la répression est provoquée par le mouvement armé. "Des 1500 prisonniers dont nous avons pu récupérer les noms, l’immense majorité, je dirais 95 %, était du mouvement social et pacifique et du mouvement qui choisi la voix électorale. Les prisonniers que le gouvernement lie au mouvement armé, nous n’étions que très peu.”

De plus, elles se sont aperçues durant ce recensement qu’une sensibilité et une perspective de genre était nécessaire : “ Nous, les prisonnières politiques, nous sommes moins nombreuses que les hommes, mais nous subissons une violence plus grande à cause du machisme et du patriarcat. La femme subit des violences sexuelles, durant beaucoup de détentions il y a eu des viols, du harcèlement, des agressions de nature sexuelle. Il y a un autre type de violence : l’occultation. Quand on fait connaître les faits, même dans les médias indépendants, de nos mouvements, on dit : “ il y a eu 50 détenus, parmi eux quelques femmes”. On ne dit pas combien de femmes. Parfois les femmes étaient 40 et les hommes 10. Dans un comptage on met prisonniers, parce que nous ne savons pas combien de femmes étaient présentes. Il y a un silence à propos des prisonnières.”

Une des conclusions importantes de ce travail a été de montrer que les partis de gauche au pouvoir répriment aussi et ont des prisonniers politiques : “Un autre mythe dont nous avons fait écho dans le mouvement social, influencé par ceux d’en haut, est qu’un changement de parti politique au niveau du gouvernement peut améliorer la situation des prisonniers et prisonnières politiques. En analysant les chiffres de ce recensement, nous avons découvert que dans le cas du Mexique, que ce soit le PRI, le PAN ou le PRD, peu importe le parti au gouvernement, exactement la même forme de répression se répète : torture, répression massive, arrestations massives, emprisonnements pour inhiber la mobilisation populaire. Dans le cas du Guerrero, durant le gouvernement de Zeferino Torre Blanca (4), il y a eu beaucoup de prisonniers politiques, de morts et de disparus. A Oaxaca, le gouvernement était du PRI, dans d’autres États le gouverneur est du PAN, dans d’autres il s’agit d’alliances des trois partis".

"Ce recensement est un sauvetage de notre histoire, il n’est pas terminé, nous devons le terminer tous ensemble.”

(1) Originaire d’Orizaba dans l’Etat du Veracruz, Gloria Arenas Agis a été prisonnière politique 10 ans dans la prison de Chiconautla, dans l’État de Mexico. Son mari originaire d’Oaxaca, Jacobo Silva Nogales, a été prisonnier à Almoloya dans l’État de Mexico, puis à Nayarit dans le nord du pays. Ils ont été libérés, Gloria le 28 octobre 2009 et Jacobo Silva un jour plus tard. Ils ont été arrêtés en 1999, lui le 19 octobre à Mexico et elle, trois jours plus tard à San Luis Potosi. Des effectifs militaires, policiers et des services d’espionnage politique du gouvernement ont participé à leurs captures (détention illégale, disparition durant plusieurs jours, torture, irrégularité durant le procès et lieux et dates de capture et de détention faux)
Pour leur “délit”, ils ont fait 5 ans de prison et une fois leur peine accomplie, elle fut augmentée de 14 ans et 2 mois. Pour d’autres “délits”, ils accumulèrentt 50 ans de prison. Mais ils ont par leur défense juridique fait tomber les charges. Ils ont gagné tous les appels nécessaires jusqu’à ce que le gouvernement n’ait plus d’autres choix que de les libérer. En 2006, ils ont adhéré à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandonne de l’EZLN, embrassant une forme de lutte civile et pacifique. En sortant, ils ont déclaré que leur lieu de lutte est l’Autre Campagne.

Plus d’infos:  http://www.omct.org/fr/urgent-campaigns/urgent-interventions/mexico/2009/11/d20396/

(2) Professeur à l’UNAM (Universidad Nacional Autónoma de México) elle a beaucoup travaillé sur la prison politique, la résistance, la répression et l’organisation du mouvement social au Mexique. Elle a participé à de nombreuses rencontres sur les thématiques des femmes disparues, assassinées et emprisonnées au Mexique pour des raisons politiques.

(3) Le 22 octobre 2001, le gouvernement fédéral décrète l’expropriation de 11.500 hectares, parmi lesquels 5.400 sont des terres productives appartenant à Atenco, en offrant en compensation 7,20 pesos par mètre carré. Le projet était la construction du nouvel aéroport international de la ville de Mexico, violant ainsi les droits naturels et sociaux des communes à décider de l’usage d’un territoire qui leur a toujours appartenu.
Le Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (FPDT, Front communal en défense de la terre) s’est organisé et a décidé de défendre leur territoire.
Finalement, le 2 août 2002, le gouvernement se vit forcé d’abroger le décret d’expropriation qui n’avait jamais démontré son utilité publique et annula le projet d’aéroport.
Voir https://liberonsles.wordpress.com/les-prisonniers-datenco/

(4) Carlos Zeferino Torreblanca Galindo, né le 14 mars 1954 à Guadalajara, Jalisco, Mexique. Il fut le gouverneur de l’État mexicain du Guerrero entre 2005 et 2011, Zeferino est membre du Partido de la Revolución Democrática PRD.(wikipedia)

A propos de l’Autre Campagne

Présentation du 14 juin 2008 à Apizaco, dans l’Etat de Tlaxcala, analyse relative à la prison politique au Mexique,
par Gloria Arenas Agis et Eugenia Gutiérrez.

En 2007 alors que se tenait à Mexico le premier Forum National contre la Répression, il y avait des centaines de prisonnières et de prisonniers politiques dans les prisons du pays et l’on sentait un certain découragement dans le mouvement social qui venait d’être très frappé à Oaxaca et dans l’Etat de Mexico. Durant cette année, beaucoup de ces personnes, ainsi que certaines au Chiapas ont été libérées. C’est-à-dire qu’il y a actuellement à peu prés 154 personnes prisonnières politiques, bien que ce chiffre pourrait être plus élevé car il n’existe pas encore d’enregistrement systématique des libérations récentes à Oaxaca.

La liberté de beaucoup de prisonnières et de prisonniers d’Atenco, de l’APPO* et du Chiapas nous a motivés collectivement. Mais cela veut-il dire que la répression a cédé ? Que le gouvernement de Felipe Calderon nous a “permis” de construire une réalité distincte de celle que nous impose le capitalisme néolibéral ? Si nous suivons la route de la répression durant de nombreuses années, nous voyons que ce n’est pas un fantôme qui apparaît ici et là de manière sporadique et isolée par décision personnelle de certains gouvernements un peu plus cruels que d’autres. Au contraire, ce qui devient évident en cheminant sur cette route, c’est que la répression est une tactique permanente, dont la stratégie est l’annihilation des luttes, des pensées, des motivations et de l’organisation du mouvement social, avec pour objectif de le rendre inoffensif pour les intérêts du capital et pour les structures du pouvoir politique.

Dans le cadre de l’Autre Campagne, plusieurs forums ont eu lieu pour la liberté des prisonnières et des prisonniers politiques. Durant des mois et en réponse à cet appel, nous nous sommes donné pour tâche de commencer la préparation d’un recensement ou d’un “cadre” sur la prison politique, accompagné de quelques notes sur la persécution politique au Mexique, qui nous permettent de connaître non seulement la manière dont nous poursuit le pouvoir, mais aussi de connaître notre propre histoire de lutte et de résistance.

C’est ainsi qu’est née l’idée de ces travaux que nous voulons remettre à l’Autre Campagne. Dans ces travaux nous analysons le terme “persécution politique” uniquement, car il nous paraît plus large que “répression”. Cette persécution nous l’entendons comme une série de pratiques d’annulation de la dissidence au service desquelles le pouvoir met toutes ses ressources : de la violence jusqu’à l’ouverture, de la disparition forcée jusqu’à l’achat de leaders, de la torture jusqu’au mensonge et la distraction, de l’assassinat jusqu’aux médias de communication.

En janvier 2006, est sortie de San Cristobal de las Casas la caravane de l’Autre Campagne dans laquelle voyageait le sous-commandant Marcos. Depuis lors, l’une des revendications les plus urgentes a été la liberté des nôtres. Nous avons aussi vu la nécessité de s’organiser contre la répression et l’impunité. Au passage de la caravane, des voies se sont levées, que nous n’entendions pas avant, des voies qui nous parlent de luttes mais aussi de victimes de la persécution politique. En plus, nous avons nos propres moments de douleur et de prison. Nous avons donc commencé la collecte et l’enregistrement de données qui se sont fait connaître, ainsi que l’information qu’ont reçue et envoyée des compañeras et compañeros de différents Etats.

Au début, nous pensions réussir à faire un recensement des prisonnières et des prisonniers, mais nous devons reconnaître que malgré les efforts de beaucoup de personnes, les informations que nous avons réussi à réunir sont incomplètes. Il y a des manques, des doutes et des erreurs. Il y a en particulier un manque de communication quant aux libérations. Il faut par exemple que l’Autre  Campagne à Morelos, Michoacán, Puebla, Hidalgo et dans d’autres États nous soumette des données actualisées sur la répression dont ont souffert leurs luttes. C’est pour cela que nous présentons ici non pas un recensement fini, mais uniquement des notes pour un recensement, en comptant sur vos participations pour pouvoir les corriger, les compléter et les maintenir actualisés.Dans les prochains jours, nous enverrons dans chaque Etats les listes des détenues et détenus pour que chacun puisse les vérifier et les corriger.

Alors que nous étions en train de collecter les cas que l’Autre Campagne nous apportait, surgissaient les histoires et s’évanouissaient les mythes.

Quand Vicente Fox était président, il a dit lors d’une tournée en Europe qu’au Mexique il n’y avait pas de prisonniers politiques. Ce mensonge a été répété récemment par le gouvernement actuel. La vérité que font apparaître les chiffres que nous avons pu récolter, c’est que de 1992 à juin 2008 il y a eu au moins 3364 personnes emprisonnées parce qu’elles appartiennent au mouvement social. Le nombre réel peut être plus important, car nous n’avons pris en compte que les cas documentés que nous avons pu systématiser. Parmi les emprisonnés, il y avait au moins 238 femmes. Nous supposons qu’elles sont beaucoup plus, mais nous n’avons pas encore les chiffres des répressions à Oaxaca, Ciudad Universitaria, Zimapán ou à Guadalajara, où il y avait beaucoup de jeunes. Nous avons trouvé qu’il y avait 174 mineurs (dont 28 sont des femmes). Nous savons qu’il y aura beaucoup plus de jeunes quand nous pourrons comptabiliser les chiffres manquants par exemple au Chiapas, à Ayotzinapa ou à Cancún.

Un pourcentage élevé de personnes détenues appartiennent à un peuple indien, bien qu’il nous soit difficile de dire avec exactitude à quel pourcentage. De fait, la majorité de ceux qui ont été détenus dans les Etats de Oaxaca, Chiapas, Guerrero, Veracruz, Baja California et Sonora appartiennent à un peuple indien.

Pour les femmes, les mineurs et les peuples indiens, la répression adopte des formes particulièrement cruelles. Nous faisons état par la suite de trois histoires parmi les milliers de noms que nous avons récoltés.

1) María Delia Pérez Arizmendi, femme enceinte de huit mois, a été torturée, elle a accouché seule dans la prison de Cerro Hueco au Chiapas. Son fils est mort durant l’accouchement et on ne lui a pas permis de l’enterrer dignement. Cela fait sept ans qu’elle est en prison, elle a été condamnée à 15 ans. Elle est diabétique et mère d’une fille et d’un garçon.

2) Durant la répression des 3 et 4 mai 2006 à Atenco, Francisco Javier Cortés Santiag, âgé de 14 ans, a été assassiné par un policier de l’Etat qui lui a tiré dessus à courte distance. Notre compañero Ollin Alexis Benhumea est mort un mois après, lui aussi assassiné par un policier. Le 4 mai neuf mineurs ont été détenus, huit hommes et une femme. Les neuf ont subi la même torture, appliquée à tous les détenus durant le voyage de cinq heures jusqu’à la prison de Santiaguito. Le jour suivant, les neuf jeunes ont été envoyés à la prison pour mineurs de Zinacantepec. Nous n’avons pas d’information sur ce qui est arrivé à la jeune fille, mais nous savons que ces huit jeunes hommes ont été passés à tabac de façon continue et ont subi punitions, insultes et torture durant les 24 jours de leur réclusion.

3) Marcelino Santiago Pacheco, indigène de los Loxicha, a été torturé et a disparu durant 9 mois. Il est réapparu au mitard de la prison de Miahuatlán. Il est resté prisonnier 9 ans, il a été libéré en 2002. Actuellement son frère Anselmo et lui ont disparu.

En ce moment et d’après notre recensement, il y a huit personnes qui ont passé plus de dix ans en prison politique. Le compañero resté emprisonné le plus longtemps était Juan Valdez Pérez à San Luis Potosi. Don Juan a été libéré en septembre 2007. Il a été prisonnier 15 ans. Les chiffres sont dits rapidement, mais les histoires réunies dans ce recensement nous disent que beaucoup de femmes et d’hommes ont été torturés et ont disparus pour une période de trois jours à neuf mois avant d’être emprisonnés. Elles nous disent aussi les tortures sexuelles contre des femmes et des hommes, bien que ces derniers en parlent difficilement.

Un mythe raconte que la répression fait partie du passé. La vérité qui ressort des données est que la répression est continue. Les massacres, les assassinats sélectifs et les disparitions ont eu lieu sans interruption durant des décennies et des décennies de lutte sociale. En ce qui concerne spécifiquement la prison politique, les statistiques des trois derniers sexenas le confirment : durant le gouvernement d’Ernesto Zedillo 1205 personnes ont été emprisonnées, durant la période de Vicente Fox, au moins 1576, et depuis an et demi qu’est arrivé au pouvoir Felipe Calderon il y en eut au moins 337.

La quantité de prisonnières et de prisonniers politiques qui à un moment donné se sont trouvés en prison peut être variable. Par exemple, aujourd’hui nous avons dans nos registres au moins 154 prisonniers dont 144 hommes et 10 femmes. Mais, à d’autres moments, le nombre de compañeras et compañeros prisonniers augmente. Février 2000 sort du lot avec 1096 et décembre 2006 avec près de 700 prisonniers.

Beaucoup d’entre vous se rappellent de la promotion du vote utile pour faire sortir les PRIistes de la présidence et y installer Vicente Fox du PAN. Vous vous rappelez sûrement que quelques compañeros et compañeras ont pensé qu’en 2006 nous aurions dû soutenir le PRD parce qu’il représentait un espoir de changement démocratique. Mais les chiffres, qui sont finalement le miroir de la réalité, démontrent que peu importe qui est au gouvernement. Tous répriment. Il suffit de jeter un œil à la liste des gouvernements des Etats les plus répressifs de ces dernières années. Dans plusieurs cas, certains pourraient argumenter que telles ou telles répressions massives ont été exécutées par le gouvernement fédéral, non par les gouvernements locaux, mais la vérité dans ces cas c’est que les gouvernements locaux n’ont rien fait pour empêcher l’acte répressif, ni pour le condamner. Dans la majorité des cas, ils étaient d’accord et ont participé avec leur police locale. Dans d’autres cas, ceux sont eux qui ont dirigé l’opération.

La liste des gouvernements les plus répressifs durant ces 16 dernières années est la suivante :

Voir la liste des  prisonnier-e-s 2009-2012 sur la rubrique: Nos-prisonnieres-liberons-les-toutes/ Où ils se trouvent les prisonnier-e-s de l’Autre Campagne?

Chiapas

Juan José Sabines Guerrero (PRD). Il assure que pendant son gouvernement il n’y a pas de prisonniers politiques, mais les données montrent qu’il a emprisonné au moins 8 personnes. Durant son mandat, les harcèlements paramilitaires et la persécution à l’encontre des communautés zapatistes ont réapparu et se sont intensifiés.

Pablo Salazar Mendiguchía (PAN-PRD) a fait subir la prison politique à au moins 140 personnes. Durant son gouvernement, la persécution contre l’EZLN a augmenté.

Julio César Ruiz Ferro (PRI). Durant son gouvernement, des dizaines de groupes paramilitaires se sont formés. Il est responsable du massacre d’Acteal en décembre 1997.

District Fédéral (Ville de Mexico)

Alejandro de Jesús Encinas Rodríguez (PRD). Durant la courte période qu’a duré son gouvernement intérimaire, au moins 20 manifestants de l’Autre Campagne, hommes et femmes ont été poursuivis dans les rues, l’Alameda Central, la Bibliothèque de Mexico, jusqu’à être arrêtés, frappés et traînés. Il y a eu des plaintes pour agressions sexuelles (29 octobre 2006).

Ma. del Rosario Robles Berlanga (PRD). Elle était la chef du gouvernement lorsque la PFP a occupé l’école préparatoire N°3 de l’UNAM et le campus de la Cité universitaire pour casser la grève des étudiants en 2000. En février de la même année, 998 personnes ont été détenues, des hommes et des femmes, et beaucoup d’entre eux étaient mineurs.

État de Mexico

Enrique Peña Nieto (PRI). Durant son gouvernement, il y a eu deux répressions massives au cours desquelles ont été arrêtées 232 personnes. En 2006 à San Salvador Atenco et à Texcoco, 212 personnes ont été détenues avec toute l’horreur que nous connaissons déjà. A El Torito, Naucalpan le 23 novembre 2007, des policiers municipaux et de l’État ont dispersé violemment une manifestation pacifique et arrêté 20 personnes. Il y avait des femmes et des enfants.

Guerrero

Zeferino Torreblanca Galindo (PRD). Depuis le début de son gouvernement, il a emprisonné au moins 94 personnes du mouvement social, parmi elles 56 personnes de l’école normale de Ayotzinapa. Bien que nous n’ayons pas encore analysé les chiffres, il est important de savoir combien étaient mineurs. Il y a eu des blessés très graves. Il a lancé une persécution systématique allant jusqu’à des assassinats et des emprisonnements contre le peuple indigène mepha’a et contre la police communautaire.

René Juárez Cisneros (PRI). Il a emprisonné au moins 27 personnes, parmi elles des comuneros qui s’opposent à la construction du barrage de La Parota. Pendant son gouvernement, il y a eu un nombre élevé d’assassinats et de disparus. Sa spécialité était de réprimer les écologistes.

Ángel Heladio Aguirre Rivero (PRI). Durant son gouvernement eut lieu le massacre d’El Charco. Il a emprisonné au moins 41 personnes.

Rubén Figueroa Alcocer (PRI). Il est responsable du massacre d’Aguas Blancas (28 juin 1995). Durant son gouvernement, un grand nombre de personnes ont été emprisonnées, assassinées et ont disparu, mais nous n’avons pas encore de données. Cette tâche reste à accomplir.

Hidalgo

Miguel Ángel Osorio Chong (PRI). C’est le gouverneur actuel. Il a lancé en décembre 2007 une répression massive contre des indigènes qui s’opposent à la construction d’une décharge de produits toxiques à Zimapán. 45 personnes ont été détenues ; parmi elles, les femmes ont dénoncé des abus sexuels.

Il reste encore à enregistrer la répression exercée contre les élèves de l’école normale rurale (El Mexe, 2000) pendant le gouvernement de Manuel Ángel Núñez Soto (PRI).

Jalisco

Francisco Ramírez Acuña (PAN). Il a coordonné une opération de répression massive le 28 mai 2004 contre les altermondialistes à Guadalajara, durant laquelle 200 personnes ont été détenues. Il y a eu des plaintes pour viols sur des hommes et des femmes, ainsi que pour torture. Beaucoup de gens doivent faire face à des procès.

Michoacán

Lázaro Cárdenas Batel (PRD). Il a soutenu la répression contre 500 travailleurs des mines de Sicartsa pour casser leur grève. Deux ouvriers sont morts.

Oaxaca

Ulises Ernesto Ruiz Ortiz (PRI). Durant son gouvernement, il a emprisonné au moins 521 personnes du mouvement des maîtres d’école et de l’APPO (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca), des municipalités autonomes de San Blas Atempa et de Reyes Nopala. Durant son mandat plus de 90 personnes ont disparu et il y a eu 20 assassinats.

Diódoro Humberto Carrasco Altamirano (PRI). Durant son gouvernement, il a lancé une répression contre les habitants de Loxichas. Cette population indigène a été soumise à des interrogatoires et à des tortures en masse. 90 personnes ont été détenues. 11 ans plus tard certaines sont encore en prison.

Quintanta Roo

Félix Arturo González Canto (PRI). Il a lancé une répression massive contre une manifestation à Cancun au cours de laquelle 500 personnes furent arrêtées (août, 2005).

Joaquín Ernesto Hendricks Díaz (PRI). Il a réprimé le Forum Social Alternatif à Cancun en février 2001. Il y a eu 67 détenus et 15 blessés.

Veracruz

Fidel Herrera Beltrán (PRI). Depuis son arrivée au gouvernement, il a emprisonné 52 personnes du mouvement social. Il a lancé une répression massive contre des indigènes nahuas de l’organisation Los Dorados de Villa (adhérent à l’Autre Campagne) à Ixhuatlán de Madero.

Yucatán

Patricio José Patrón Laviada (PAN-PRD-PT- PVEM). Il a coordonné une opération de répression massive contre une manifestation pacifique contre la venue de George Bush à Mérida. Il y a eu au moins 26 détenus, hommes et femmes.

Ils ont essayé de nous faire croire à un autre mensonge : que l’on réprimait uniquement le mouvement social armé et que le mouvement social pacifique avait un espace de lutte respecté par les répresseurs, ou du moins qu’il était moins durement réprimé. Dans ce recensement, les données qui contredisent ce mensonge sont très nombreuses.

Les trois militants/activistes sociaux Ignacio del Valle, Héctor Galindo et Felipe Álvarez, réprimés brutalement les 3 et 4 mai 2006 à Atenco et à Texcoco ont été condamnés à 67 ans et demi de prison chacun. C’est une des peines les plus lourdes qui ont été prononcées à l’encontre de prisonniers politiques au Mexique. Le délit pour lequel ils ont été condamnés est celui de séquestration aggravée. Mais ce n’est pas tout, ils ont été emprisonnés dans une prison fédérale de haute sécurité (El Altiplano, Etat de Mexico) où est appliqué un des régimes pénitenciers les plus destructifs pour la personnalité et des plus violents pour la dignité humaine.

Ce recensement, nous l’accompagnerons d’un bref recuento des chemins qu’a parcourus depuis 70 ans le mouvement social mexicain à la recherche d’une seule chose : un monde de démocratie, sans exploitation, sans spoliation, sans discrimination et sans répression.

L’analyse de ce parcours, qui est une partie de notre histoire en tant qu’Autre Campagne, nous aidera à faire tomber plusieurs mythes à propos de la répression pour que s’imposent certaines vérités. Nous espérons que ce travail, basé sur l’effort de différentes personnes et organisations durant cette année, nous aide, nous adhérents à la Sexta Declaration de la forêt Lacandonne à réfléchir sur les défis du mouvement social actuel.

Parce que nous l’avons vu au Chiapas, à Oaxaca à Atenco, dans le Guerrero et dans chaque recoin du pays, nous sommes convaincus que nous allons être à la hauteur de ce que requiert cette lutte pour changer à partir de la racine l’oppression du capitalisme néolibéral et ses structures de pouvoir.

* L’Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (APPO, en espagnol Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxaca) s’est formée en juin 2006 à la suite de l’envoi des forces de police le matin du 14 juin contre les enseignants, qui manifestaient depuis le mois de mai, la population de la ville d’Oaxaca prit spontanément le parti des maîtres d’école. C’est en grande partie avec l’aide des habitants du centre que les enseignants purent se remettre de l’attaque surprise des flics et reprendre l’offensive, infligeant aux forces de l’ordre de l’État d’Oaxaca une défaite dont ils ne se remettent pas. À la suite de cet affrontement, eurent lieu deux manifestations, qui ont regroupé plusieurs centaines de milliers d’habitants. Peu à peu, les gens ont commencé à s’organiser. Le 23 juin, les délégués des colonies (les colonies sont des quartiers créés à partir de la concession de terrains par les habitants eux-mêmes), des associations civiles (de développement, de communication, de culture, d’éducation, de santé, de droits humains, de protection de la nature… Il y en a plus de 500 répertoriées dans tout l’État d’Oaxaca), des associations indiennes (UNOSJO, Service Mixe, CIPO – Ricardo Flores Magón, Conseil des anciens de Yalalag, Service communautaire Ñuu Savi, Union des communautés et peuples indigènes Chontales, Union des femmes Yalatèques…), des représentants des communes de l’État (plus de cent communes se sont libérées à cette occasion, de la tutelle du Parti révolutionnaire institutionnel – PRI), des artistes, des représentants du secteur académique (université autonome Benito Juárez d’Oaxaca – UABJO), des groupes politiques de gauche et d’extrême gauche, des étudiants, des individus sans qualité particulière, des libertaires, des syndicats (de la santé, par exemple) et, bien entendu, la section 22 du syndicat de l’éducation (la section 22 est la section syndicale qui correspond à l’État d’Oaxaca) se sont réunis en assemblée pour désigner les membres d’une commission provisoire négociatrice.Voir Qu’est-ce que l’APPO ? sur: http://cspcl.ouvaton.org/article.php3?id_article=373

Campagne nationale et internationale “Primero Nuestr@s Pres@s”

En 2005, suite à la publication de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, diverses organisations, groupes et individu-e-s se sont joints à un appel de l’EZLN pour lancer un mouvement national anticapitaliste, civil et pacifique, en bas et à gauche, en se débarrassant des partis politiques et de la corruption des gouvernements et des campagnes électorales. Ce mouvement s’appelle «L’Autre Campagne ».

Dans l’Autre Campagne, différents terrains de lutte existent : la défense des ressources naturelles comme la terre, les forêts et l’eau, du territoire, du travail, contre les hauts tarifs de l’énergie électrique, pour l’autonomie… La réponse de l’État à ces luttes a été la répression. C’est dans ce contexte, que nous parlons de plusieurs compagnons et compagnes prisonnierEs pour avoir lutté dans tout le Mexique. La majorité d’entre ELLeux fait face à des accusations infondées (obstruction des voix de communication,vol, séquestration aggravée, meurtre) dans une tentative évidente de ne pas les reconnaître comme prisonnierEs pour avoir lutté.

En 2009 et jusqu’à aujourd’hui, divers collectifs, groupes, organisations et individus ont proposé de lancer et ont renforcé jour après jour la campagne nationale et internationale “Primero Nuestr@s Pres@s” (D’abord Nos Prisonniers-es). Par des initiatives et des actions ils continuent la lutte pour leurs libérations. Le message de cette campagne est que chaque compagnon et compagne qui est emprisonné-e pour son combat, ne sera pas abandonné-e et ne sera pas oublié-e !
Au début de cette campagne il y avait 54 prisonniers de l’Autre Campagne recensés, de 2009 à 2011, 35 compagnons ont été libérés grâce à l’effort de tous et de toutes ceux qui se sont solidarisés de multiples façons, aujourd’hui 19 compagnons sont toujours emprisonnés.

L’Autre Campagne dans le contexte de Guerre au Mexique

Ces dernières années, une guerre contre le peuple mexicain a été déclenchée sous le prétexte d’arrêter le crime organisé et le narcotrafic. Plus de 50 000 personnes sont mortes ; des villages entiers vivent sous le feu croisé des militaires, des policiers et des narcotrafiquants.

Tout le Mexique vit une situation de violence grandissante, d’hostilité majeure contre toute forme de protestation. La militarisation et para-militarisation du territoire progressent continuellement. Le Mexique est en guerre, mais il ne s’agit pas d’une seule guerre, ce sont des guerres qui se superposent les unes aux autres, ce sont des guerres multiples d’en-haut pour soumettre l’en-bas rebelle dans ses multiples formes, en menaçant celui qui dénonce, en frappant celui qui se solidarise, en emprisonnant celui qui proteste, en assassinant celui qui s’organise. Cette guerre arrange bien les États-Unis et le système capitaliste. Malgré tout, des milliers de personnes, villages et communautés résistent sans se rendre ni se vendre.

Malgré les difficultés et les blessures que l’Autre Campagne a retrouvé et retrouve jour après jour dans ce contexte de guerre nourrit par la peur, le réseau de solidarité qu’elle a réussît à construire, laisse toujours la place à son cri de rage « Si nos tocan a un@s, nos tocan a tod@s ! », « Un coup porté contre l’une ou l’un d’entre nous est un coup porté contre toutes et tous !».

Qui sont les prisonnier-es de l’Autre Campagne ?
Ils sont tous détenus pour avoir lutté!

Qui sont les prisonnier-es de l’Autre Campagne ? Cliquez ici

« Ils nous ignorent parce qu’on est indiens, parce qu’on parle tzotzil, parce qu’on n’a pas fait d’études. Et cela se reproduit jusque dans les communautés, puisque ceux qui ont de l’argent quittent la communauté et se rangent avec le gouvernement (…) le plus triste de ce qu’il voit en prison ce sont les gens qui ne veulent pas se défendre, ils ne parlent pas espagnol donc, comme ils ne peuvent pas s’exprimer, beaucoup se taisent. Mais d’autres font preuve de courage et gardent l’espoir de sortir un jour. » Alberto Pathistan Gómez, Chiapas.

"Ils m’ont arrêtée arbitrairement le 10 Mai 2007 avec mon époux Alfredo. Ils nous ont accusés d’un délit que nous n’avons pas commis. Nous avons souffert de traitements inhumains tels que la torture physique, psychologique et des menaces de mort" (…)"Le plus triste de tout cela, c’est que j’étais enceinte de quatre mois et à cause de la torture dont j’ai souffert, mon fils est né malade avec une paralysie cérébrale et il est comme mort, mais en vie. C’est pour cela que je suis en jeûne et en prière pour un temps indéfini à cause de l’injustice que je vis, condamnée à 27 ans et 6 mois de prison". Rosa López Díaz

Voir aussi Pathistan et Rosa Lopez sur Qu’est-ce-que « la voix de l’Amate » ? https://liberonsles.wordpress.com/prisonniers-de-la-voix-de-lamate-chiapas/

« Mon cas n’a pas été le seul. L’État, par la séquestration et par la torture, a obligé plus d’une centaine d’indigènes zapotèques de la région de Loxicha à avouer des délits qu’ils n’ont jamais commis, ils ont été obligés de signer et de donner leurs empreintes digitales sur des feuilles blanches pour leur fabriquer des délits ». Alvaro Sebastián Ramírez de Loxicha -Oaxaca

Où ils se trouvent les prisonnier-e-s de l’Autre Campagne?

Voir l’exposition prisonnier-e-s de l’Autre Campagne ici

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