Archive for the Fanzines Category

[Oaxaca] La lutte pour l’autonomie à Eloxochitlán de Flores Magón (deuxième partie)

Posted in Fanzines, Oaxaca, prisonnier-e-s en lutte on 31 mai 2018 by liberonsles

Eloxochitlán de Flores Magón est le berceau de l’anarchiste mexicain Ricardo Flores Magón. C’est une commune d’environ cinq mille habitants qui se trouve dans la région appelée Cañada, dans l’État d’Oaxaca. Comme les deux tiers des communes de l’État d’Oaxaca, elle est régie par le système des us et coutumes ou système normatif des communautés indigènes. À la différence d’autres communes de l’État d’Oaxaca, à Eloxochitlán, les femmes participent aussi à la prise de décisions.

Depuis 2010, suite à l’intervention des partis politiques, un conflit social qui oppose deux positions diamétralement opposées, s’est fait jour dans la vie quotidienne de la communauté. D’un côté se trouvent ceux qui considèrent que les partis politiques doivent rester à l’écart de la prise de décisions, puisque traditionnellement l’assemblée communautaire est l’espace pour élire les autorités. De l’autre côté se trouvent ceux qui ont ouvert les portes aux partis, mettant en place des pratiques comme la coercition ou l’achat de votes, ce qui représente une violation des us et coutumes.

Ce conflit a affecté profondément la communauté; tortures, emprisonnements et déplacement forcé ne sont que quelques unes des blessures qu’a dressé un mur de douleurs entre les habitants d’Eloxochitlán, qui depuis 2010 et jusqu’au jour d’aujourd’hui continuent de lutter pour obtenir justice, là même qui semble, comme dans la plupart du territoire mexicain, être absente ou en faveur d’une seule des parties.

Ce qui suit est la deuxième partie* d’un article qui reprend le déroulement chronologique de certains des éléments clés qui ont marqué le développement de ce conflit.

Cliquez sur l’image pour télécharger le fanzine

La lutte pour l’autonomie à Eloxochitlán de Flores Magón (première partie)

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*La lucha por la autonomía en Eloxochitlán de Flores Magón (2 de 2) Por Rafael Camacho,

* Ricardo Flores Magon, récopilation de textes – Bibliothèque Anarchiste ici

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Miguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, a été arrêté au centre-ville de Mexico. Plus d’infos

Dernière lettre (texte)

[Oaxaca] Miguel Betanzos : Quelques reflexions sur les changements physiques et émotionnels en prison

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[Ville de Mexico] A propos de la bibliothèque autonome Xosé Tarrio, à l’intérieur de la prison Nord

Posted in anti-carcéral, Archives, Collectif CIMARRON, compas anarquistas, El Canero, Fanzines, prisonnier-e-s de la guerre sociale., Ville de Mexico on 25 mai 2018 by liberonsles

Lettre de Fernando Bárcenas

A propos de la bibliothèque autonome Xosé Tarrio*, à l’intérieur de la prison Nord

Mexico, février 2018

Construire une bibliothèque à l’intérieur de la prison va bien au-delà du fait de créer un simple espace « culturel » ou de « loisirs », cela implique assumer le fait qu’il y aura des tensions et des affrontements parce que pour les sbires de l’administration pénitentiaire il est inconcevable que les prisonniers soient capables d’autodétermination.

En tant que représentants du pouvoir et de la machine mortifère, ils ne peuvent supporter l’idée qu’une poignée de « délinquants » (pour eux) remette en question leur mode de vie… Parce que remettre en question ce lieu qu’est la prison, signifie mettre en cause toute leur société avec son armement, ses valeurs et ses modes de relations…

C’est pour cela que nous nous adressons à vous, ceux de « l’extérieur » pour faire écho à nos luttes et résistances quotidiennes, mais aussi pour tisser des liens de solidarité et de soutien, car notre position est toujours aussi déterminée. Nous n’accepterons rien de l’institution parce que nous ne permettrons pas qu’elle essaie d’absorber et de s’approprier ce projet…

C’est pour cela que maintenant que nous avons réussi à obtenir un espace pour établir la bibliothèque, NOUS LANÇONS UN APPEL À TOUS LES COMPAGNONS ET À TOUTES LES COMPAGNONNES POUR AIDER À LA COLLECTE DE FONDS POUR ACQUÉRIR LE MATÉRIEL AVEC LEQUEL SERA CONSTRUITE LA BIBLIOTHÈQUE, c’est pour cela que nous cherchons à établir des dynamiques de façon conjointe aussi bien dedans que dehors, qui poussent les contradictions et les tensions jusqu’au point de rupture insurrectionnelle.

La prison est un espace commun à tous dans cette ère technologique, et c’est pour cela que nous devons savoir inventer des chemins qui nous conduisent à expérimenter de nouvelles formes de vivre et lutter, de sorte que lorsque l’incendie se propagera il ne restera pas d’autres possibilités incertaines que celles de construire nos vies en nous les réappropriant.

En guerre jusqu’à ce nous soyons tous libres !
Avec rage et amour !!

– Fernando Bárcenas-

Traduit par nos soins / correction Ju

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[Oaxaca] Miguel Betanzos : Quelques reflexions sur les changements physiques et émotionnels en prison

Posted in anti-carcéral, Archives, compas anarquistas, Fanzines, Oaxaca, prisonnier-e-s de la guerre sociale. on 24 mai 2018 by liberonsles

Reçu par mail, mars 2018

Quelques reflexions sur les changements physiques et émotionnels*

Depuis la Maison d’arrêt San Juan Bautista, Cuicatlán, Oaxaca

Miguel Peralta Betanzos

Pendant ma détention, une des premières affections dont j’ai souffert a été mon poignet gauche, cassé par les policiers qui m’avaient frappé. En raison de mon incarcération, ma blessure n’a jamais été soignée, ce qui a entraîné une limitation de la mobilité de ma main, pour développer des activités sportives, mais surtout là où je le ressens le plus c’est dans le travail, notamment lorsque je tisse.

Lorsque j’étais dehors j’étais rarement malade. Maintenant, j’ai développé des maladies telles que la sinusite, des gastrites et des migraines qui ont augmenté je pense à cause du climat, qui est chaud et humide, mais aussi du stress, des préoccupations, de l’anxiété, qui sont des sentiments dont je n’avais pas l’habitude. Je souffre désormais de maladies respiratoires et comme il est rare que le système carcéral fasse un suivi médical, ce sont ma famille, mes compagnons qui s’occupent de mon cas, qui se chargent de m’apporter des médicaments pour tenter de soulager un peu ces maux. Cette situation m’a conduit à consommer des médicaments car en prison on ne nous permet pas de nous soigner avec la médecine traditionnelle de nos peuples, et c’est vrai que je n’étais pas habitué à prendre ces médicaments. Par exemple, je n’ai pas eu le droit de faire rentrer des plantes ou d’autres remèdes pour me soigner alors que dehors j’aurais pu le faire, et, de fait, ceci a aussi engendré une perte, une rupture de mon identité.

Nous sommes limités dans notre épanouissement plein et entier, par exemple concernant l’habillement, je regrette la diversité des couleurs, de ne pouvoir porter une casquette, de me laisser pousser la barbe. Tout cela m’empêche de me sentir comme un être qui se réalise totalement.

Ça me paraît bizarre et incongru, de savoir qu’une sensation qui auparavant pouvait me procurer du plaisir quand j’étais dehors, je me réfère à la nourriture, comment aujourd’hui cela me rend aigri et comment je peux être de mauvaise humeur en ressentant le mal du pays.

J’ai changé mes habitudes de sommeil, maintenant je ne peux plus dormir avec cette tranquillité qui me reposait comme lorsque j’étais dehors. Avant je dormais six heures aux côtés de ma compagne et maintenant je dors trois ou quatre heures par nuit avec cinq compagnons de cellule.

J’en ai jusque par-dessus la tête d’entendre le cliquetis des clefs et le bruit des bottes qui ouvrent et ferment les portes et les cadenas. Tous ces bruits ne me procurent aucun repos et encore moins confiance. Plein de choses me manquent comme prendre un coq dans les bras, écouter une chanson qui me plaise, fouler la terre aux pieds, la sentir et fumer. J’ai la nostalgie de mes marches sous la pluie, du brouillard, de sentir ce climat de la montagne et d’entendre ces bruits. Les bruits des oiseaux, des rivières, du moulin à maïs, à café. Toucher les plantes, récolter le café et le maïs, toucher la terre, l’eau, manger des fruits, danser.

Toute cette surveillance et cette sécurité m’ont, paradoxalement, rendu méfiant à plus d’un titre. Comme, par exemple, pour des choses concernant des échanges au travail, ou acquérir des objets pour la toilette, et dans les relations affectives j’en suis arrivé ycompris à douter de mes compagnons, de ma compagne non du point de vue politique mais au niveau des sentiments, émotionnel, ce qui me met de mauvaise humeur et déclenche une lutte interne pour ne pas me laisser emporter par ces sentiments.

Mais malgré ce que je vous raconte, je cherche à exercer non seulement mon corps mais également mes sens et mon esprit grâce à l’imagination, et en profiter lorsque je sors pour les audiences (même si ce ne sont que quelques moments, car dès mon retour en prison ils me les reprennent). Je tiens à souligner que depuis que je suis enfermé, quelque chose dans ma façon d’être n’a pas souffert des conséquences, et qu’ils n’ont pas non plus réussi à transformer négativement, c’est ma conscience et ma lutte constante pour maintenir ce en quoi je crois, qui je suis et surtout les personnes que j’apprécie.

– Miguel Peralta Betanzos –

*Extrait du livret / fanzine : « Reflexions sur les changements physiques et émotionnels en prison »

Traduit par nos soins

Miguel Ángel Peralta Betanzos est un jeune indigène mazatèque, anarchiste et membre de l’Assemblée Communautaire d’Eloxochitlán de Flores Magón, Oaxaca. Le jeudi 30 avril 2015, vers 5 heures et demi de l’après-midi, Miguel Ángel Peralta Betanzos, a été arrêté au centre-ville de Mexico.

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Le monde du « dehorsdedans » (Fanzine) II

Posted in Art et résistance, Des femmes face à la prison, Fanzines, femmes prisonnières, Ville de Mexico on 23 mai 2018 by liberonsles

Natacha Lopvet, française, a passé dix ans dans la prison pour femmes de Santa Martha Acatitla dans la ville de Mexico ; elle est sortie de prison en mai 2017. Natacha s’est accrochée à l’art pour résister à l’isolement et au lent écoulement des jours ; en prison, elle a rejoint la troupe de théâtre “Sabandija”, encouragée et lancée par sa compagne Maye Moreno. En prison, elle faisait également partie d’un collectif d’artistes qui a pour objectif d’aider d’autres femmes à s’exprimer à travers les arts. Elle s’est engagée à partager avec les autres détenues la joie de la création artistique et, pour ce faire, elle participait à plusieurs ateliers de lecture, écriture, peinture, théâtre ainsi qu’à de nombreuses manifestations culturelles. Natacha a également élaboré plusieurs fanzines qui rendent compte de la vie et de la survie en prison, du temps, de ce que c’est qu’être une femme en prison, du travail, de l’enfermement, de la résistance à travers l’art. Après dix ans de prison, Natacha continue de créer des projets artistiques divers à l’extérieur, elle écrit ses vécus, son parcours et continue à rendre visite à sa compagne Maye Moreno tout en menant de nombreux projets ensemble. Pour se rapprocher malgré les murs qui les séparent, Natacha et Maye ont ouvert le blog « Fueradentro » « dehorsdedans ».

« Fueradentro » « dehorsdedans » II

Technologie par Natacha Lopvet

« Je reste parfois surprise et amusée de voir l’attitude des gens dans la rue, les mains pleines de technologie !!! Dix ans sans technologie, j’arrive avec des yeux tout neufs et ça donne ça … »

Du théâtre en prison par Maye Moreno

« Cela fait 12 ans que je fais du théâtre en prison. Ici il n’y a pas de professionnels. Tout se fait de manière empirique, selon les besoins de s’exprimer, de raconter et d’écouter d’autres histoires pour nous redéfinir. Ceci est important pour nous autres car nous sommes en « voie de ré-insertion » … Faire du théâtre dans ces lieux ne nous donne pas de quoi manger, parce qu’ici tout doit être acheté ; exactement comme dehors, d’ailleurs, mais en plus il faut obligatoirement partager son temps entre les cours, les ateliers, le travail, les repas et les heures d’enfermement. Il reste peu de temps pour se consacrer au théâtre. Mais nous le faisons … Le théâtre est un puissant moyen d’expression. J’ai dirigé deux groupes « Sabandija » et « Las Intratables » ; j’ai essayé d’en contaminer d’autres par mon enthousiasme et je les ai invitées à venir raconter leurs histoires. »

 

Cliquez sur l’image pour télécharger le fanzine

[Ville de Mexico] Lettre de Natacha Lopvet envoyée pour la 4ème journée « Des femmes face à la prison » : regards croisés, vécus et luttes.

Fanzine – Écrits de prison : Depuis la prison de femmes de Santa Martha Acatitla [Cliquez sur l’image pour télécharger le fanzine]

« …Tresser des idées, des projets, des rêves, pour réaliser des objectifs reliés à notre vie, parvenir à défaire les nœuds emmêlés que nous n’avons pas réussi à dénouer. Et avec le temps, l’attente, la patience nous éviterons les blessures en chemin, en regardant le monde avec des sourires pour réaliser les fanzines qui accompagnent notre pensée » (…) « Tresser signifie s’emmêler, se rassembler, se mélanger, mais cela signifie aussi se séparer à certains moments (pour faire une tresse, il faut séparer les cheveux) et vivre avec des nœuds qui ne peuvent pas toujours se dénouer aussi facilement que l’on aimerait, il s’agit de tisser différents chemins (les mèches de cheveux) pour les croiser alternativement et former ainsi un seul corps allongé » …

[Depuis la prison Sud- Mexico] Lettre de Luis Fernando Sotelo

Posted in anti-carcéral, Archives, Communiqués, Fanzines, prisonnier-e-s de la guerre sociale., prisonnier-e-s en lutte, Ville de Mexico on 20 décembre 2017 by liberonsles

Lettre de Luis Fernando Sotelo
Envoyé par la Croix noire anarchiste de México
11 décembre 2017

Depuis la prison Sud du DF

À ceux et celles qui résistent aux stratégies et aux dispositifs du pouvoir capitaliste.

Aux compagnonnes du monde qui se rebellent et refusent d’accepter les formes de domination.

M’appuyant sur la réciprocité qui, je crois, est à la base de la solidarité véritablement révolutionnaire, je veux partager un chapitre de ma vie et y ajouter une réflexion, bien qu’étant toujours derrière les grilles de la prison, ici face aux bureaux de l’appareil judiciaire, bras de l’État, où la défense de la liberté pour la justice n’est de fait qu’un commerce de valeurs économiques.

Je vais donc vous raconter : aux environs de midi, sans surprise, j’entends le coursier « estafeta » (individu, lui aussi détenu, chargé de présenter les tickets de circulation interne, qui permettent de se rendre aux tribunaux).

Il se met à crier mon nom, je sais alors que je vais recevoir des nouvelles de la quatrième chambre du tribunal pénal et que celle-ci a déjà émis une nouvelle sentence. La notification m’est donnée à travers les grilles du tribunal n° 32. La personne qui me lit le verdict est, je suppose puisqu’il ne s’est pas identifié, secrétaire. Je n’ai vu que lui.

La sentence a été modifiée : la condamnation pour atteinte à la propriété a été supprimée, la seule de toutes ces forces juridiques du cirque de privilégiés patronaux. Cela ne m’enlève donc approximativement que neuf années, en insistant sur le fait que l’on me demande une somme supérieure à huit millions de pesos mexicains pour sortir dès aujourd’hui, si tel est « mon désir », et effectuer le reste de la peine, vingt mois, en conditionnelle.

En somme, on me condamne disant que je suis « pénalement coupable des délits de troubles à l’ordre public et d’attaques aggravées aux voies de communication », et l’on m’« impose une peine de 4 ans 8 mois et 7 jours de prison avec une amende de 71 865,72 pesos mexicains (3,151 euros environ)  ». Je suis condamné au paiement pour réparations de dommages matériels et l’on me « concède la peine substitutive à la détention par le Traitement en Liberté » ; en résumé, le bénéfice de la suspension conditionnelle de la peine est lié à la réparation préalable des dommages (qui est de huit millions de pesos mexicains si je comprends bien) ainsi qu’une caution de 20,000 pesos. (1000 euros environ). Lire la suite

Prisonniers de droit commun en lutte – Chiapas

Posted in Archives, Chiapas, Fanzines, Prisonniers de droit commun en lutte on 22 septembre 2017 by liberonsles

Nous avons élargi notre solidarité et nous sommes en relation avec des prisonnier-e-s dites de droit commun organisé-e-s dans la prison de Santa Martha Acatitla (Centro Femenil de Readaptación Social) et dans la prison Nord de la ville de Mexico et au Chiapas.

Nous ne nous inscrivons pas dans une lutte qui ne viserait à soutenir que les seuls « innocents injustement détenus » en prison. Notre lutte soutient tous les prisonniers et prisonnières qui se reconnaissent dans une lutte anti-carcérale et de dénonciation du système pénitentiaire dans sa globalité, rejoignant en cela nos luttes pour la destruction de la prison et de cette société carcérale.

Cependant, et sans entrer dans cette démarche innocentiste, il est nécessaire d’expliquer que bon nombre des compagnons indigènes qui écrivent dans ce fanzine ont été accusés de délits totalement fabriqués par les autorités, dans le but de continuer à surpeupler les prisons, alimentant de la sorte l’énorme marché non seulement du point de vue des investisseurs et des usuriers, mais aussi afin de légaliser l’exploitation générée à l’intérieur, grâce en particulier à la fabrication de nombreux produits destinés à la vente extérieure, sous l’étiquette « Bon travail des autorités à la recherche de délinquants potentiels qui portent atteinte à la sécurité ». La chasse aux « délinquants » imaginaires permet par la suite d’obtenir des primes et des récompenses au nom « de la rigueur de la loi » et par conséquent de légitimer ce système de « justice ». Dans ce contexte, des centaines d’indigènes se voient inculpés, bien qu’ils n’aient commis aucun des crimes dont ils sont accusés.

Au Chiapas, des femmes et des hommes indigènes sont confrontés à ce type de détentions arbitraires, passant ainsi des années en prison dans l’attente de leur procès ou ayant été condamnés à de très lourdes peines de prison pour des crimes relevant de la cour d’assises (enlèvement, tentative d’homicide, terrorisme, etc.) sans avoir eu accès ni à une défense juridique, ni à un·e interprète. Les autorités en profitent sachant que la détention se fera d’autant plus facilement que les accusés ne parlent ni l’espagnol ni ne comprennent ce qu’ils sont obligés de signer sous la torture, et que les dossiers passeront par les juridictions sans difficultés majeures.

Bien que plusieurs compagnons revendiquent leur innocence, il ne s’agit pas pour nous de donner une légitimité à ce terme, l’idée même d’innocence ou de culpabilité ne nous convient pas, mais le fait est qu’ils sont nombreux et que cela arrive souvent.

Les compagnons le mentionnent fréquemment dans leurs écrits car dans la majorité des cas il s’agit en effet de détentions totalement arbitraires, où le corps de ce délinquant imaginaire occupera une cellule supplémentaire générant des profits pour l’administration et son personnel tout en sachant que les aveux auront été obtenus après des jours et des nuits de torture aussi bien physique que psychologique.

Ceci étant dit, nous espérons que la lecture de ces témoignages parviendra à refléter le climat dans lequel vivent les détenus, comment et dans quel contexte ils ont été arrêtés et comment après avoir été détenus ils ont commencé à apprendre à lire et à écrire le « castillan », à raconter leur histoire et à faire sortir leur voix au-delà des murs, à s’organiser et à résister à l’intérieur des prisons du Chiapas, qu’ils soient innocents ou pas.

Bonne lecture

Les trois passants et traductrices

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À la fin de l’année 2016, un groupe de six prisonniers, parmi les plus de deux mille qui survivent dans la prison de “L’Amate” en Cintalapa – Chiapas, a créé l’organisation de prisonniers en lutte « la Voz Verdadera del Amate ». Il s’agit de prisonniers dits « de droit commun » qui ont décidé de se battre en cassant par l’organisation l’isolement et le lent écoulement des jours. Certains parmi eux sont en train d’apprendre à écrire en espagnol afin de faire sortir leurs mots de prison.

Voici quelques-unes de leurs lettres et de leurs témoignages

[Cliquez sur l’image pour télécharger le fanzine]

[Ville de Mexico] Lettre de Luis Fernando Sotelo, depuis la prison sud.

Posted in Communiqués, Fanzines, prisonnier-e-s de la guerre sociale., sexta, Ville de Mexico on 17 juillet 2017 by liberonsles

Luis Fernando Sotelo, étudiant âgé de 22 ans, adhérent à la Sixième Déclaration zapatiste, a été arrêté le 5 novembre 2014 suite aux manifestations et aux actions pour la présentation en vie des 43 étudiants disparus depuis le 26 septembre 2014. Le juge a signifié sa mise en détention préventive pour les délits d’attaques à la paix publique [délit qui est pénalement du même type que le délit de terrorisme], d’attaques aux voies de communication et de dégradations (d’une station de Tramway, d’un distributeur de titres de transport et de caméras de surveillance). Après plus de deux ans de procès, notre compagnon Luis Fernando Sotelo a été condamné à 13 ans de prison et à une amende de 519 815,25 pesos (26 000€).

Lettre de Luis Fernando Sotelo, depuis la prison sud – juin 2017.

 

Aux personnes conscientes, aux collectifs qui mettent toute leur force pour démonter la réalité mécanisée.

A tous ceux qui comprennent que la vie est la vie et que le capitalisme est la mort.

A ceux qui m’ont accompagné depuis le premier jour de ma détention.

Et à ceux qui ont embrassé, empoigné les diverses formes d’exprimer le NON ! A l’emprisonnement et à celui de la liberté :

salutations et abrazos à tous et à toutes.

Premièrement : Le lundi 3 juillet aura lieu un meeting à l’extérieur du Tribunal Deuxième chambre en Matière pénale, où se déroulera l’Appel de ma dernière sentence (décembre 2016 me condamnant à 13 ans et 15 jours) afin que pendant ces deux semaines convoquées, par leur présence, ceux qui se solidarisent et s’impliquent dans les procès du peuple organisé, puissent se manifester.

Pour ceux qui n’ont toujours pas décidé de participer à cette initiative je leur dis soyez attentifs malgré tout au résultat de ce procès et aux signes que la liberté envoie à l’ombre des Institutions, parce que les ombres remplissent la nuit et le jour est loin d’être d’un seul bloc, de même que la raison rutilante de l’État ne l’est pas davantage.

Malgré tout, je vous demande d’assister au meeting, qui est un outil pour faire pression dans la lutte contre les motifs pour lesquels on me punit, comme cela se fait depuis longtemps. Étant donné que le motif judiciaire n’est pas suffisant (celui qui m’a conduit en détention) pour être libre dehors de la prison ; parce que plus d’un juge, – dans mon cas comme dans d’autres – considère que la justice est une dame aux yeux bandés tenant dans la main gauche une épée et dans la droite un chien de garde, c’est ainsi qu’ils prétendent faire respecter leurs sentences. Et parce que même si la stabilité cohérente des lois de l’État dépend de ce que les acteurs judiciaires m’emprisonnent/m’absolvent; je sais aussi que la domination exercée par l’État ne garantit le bien-être de personne et n’a d’autre objectif que d’imposer son ordre par la force. C’est pourquoi j’en appelle à la solidarité pour mon cas, pour démentir l’impuissance antiétatique et anticapitaliste, car seule la force de ceux d’en bas peut me rendre libre.

Deuxièmement : quel que soit le résultat de mon appel, je vous demande de continuer à me soutenir aussi bien dans les sentiments que dans la pratique qui consiste à attaquer les différentes formes de domination.

Troisièmement : je veux partager avec vous ce que j’ai appris en tant que prisonnier, ce que m’a apporté cette expérience. J’ai appris que je suis libre pour m’assumer en tant qu’ennemi de la domination capitaliste.

– parce que je suis jeune

– parce que j’écoute de la musique et pas seulement de la musique commerciale

– parce que je ne vénère pas la richesse du riche

– parce que bien que n’étant pas zapatiste je suis adhérent à “Sexta” Sixième Déclaration de la forêt Lacandone

– parce que je n’accepte pas que l’État Mexicain criminalise en se servant de ma personne

– parce que je n’accepte pas ma punition sans auparavant me savoir en condition de guerre contre les entrepreneurs parasites de la Société Bourgeoise

– parce que je me suis retrouvé dans le surplus de ce modèle idéal et moderne de société de ces gouvernements officiels.

– parce que par mes paroles je cherche le respect des autres luttes anticapitalistes

– parce que sans être anarchiste je partage des idées avec l’anarchisme

– parce que marchant sur un chemin aussi étroit que celui du judiciaire, je ne me rends pas, je ne me vends pas, je ne lâche rien.

– parce qu’il est plus que possible et probable que je rêve à d’autres chemins pour la libération des peuples

– parce que je cherche à me faire entendre et à me rendre visible loin des moyens de communication vendus et de désinformation, chez lesquels je figure comme ennemi du bien commun

– parce que je crois chaque jour un peu moins que ma nature dépend de critères civilisés mais qu’elle dépend par contre beaucoup plus de mes envies profondes de créer, aussi bien que de mes envies de détruire ce qui nous est imposé

– parce que sans appartenir à aucun parti, je réfléchis à la politique utilitariste de ceux d’en haut de là où je vis

– parce que je préfère voir une tempête dans le ciel plutôt qu’une télé-novela à l’échelle nationale

– parce que je reconnais que la lutte n’existe pas seulement à l’extérieur de moi, mais que je peux aussi la nourrir de l’intérieur

Aujourd’hui je suis un ennemi des structures capitalistes. C’est pour cela que mes ennemis à travers la prison et leurs sentences démesurées tentent inutilement de faire en sorte que leurs ennemis potentiels de demain ne se rebellent pas. Après tout, la revanche contre la prison ne concerne pas que moi.

Mon plus sincère Amour et ma plus sincère Gratitude aux compagnons.

Luis Fernando Sotelo Zambrano
Juin 2017

 

Traduction Amparo, Les trois passants / correction Lucio

Plus d’infos + fanzine : écrits de prison.

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